LES RÉFORMES DE L'ÉCOLE DES BEAUX-ARTS
tissage ne peuvent avoir lien qu'mie fois par semaine. Denx soirs seulement, dans le même temps, sont accordés aux cours de scnlptiu'e et de géométrie élémentaire; et trois au cours de dessin du même degré. Faute de place, l'école n'a ni amphithéâtre, ni bibliothècpie, ni musée; les collections de livres, de dessins et de modèles sont entassées pêle-mêle, à mie extrémité de la galerie, dans un local étroit, auquel on ne peut accéder cpi'en traversant les groupes d'élèves, serrés les uns contre les autres, dans vme promiscuité qui nuil à l'hygiène, à la discipline et au travail. L'on ne sait point où placer les métiers, dont l'acquisition est décidée pour le cours de mise en carte des tissus. Par la concession générale de ce bâtiment seule, l'école pourra mettre à exécution le programme d'un enseignement théorique et pratique complet pour tous les artistes et les ouvriers des industries d'art locales et régionales. Au rez-de-chaussée, très vaste, seraient installés les ateliers de sculpture sur pierre et sur bois, de modelage, de stéréotomie, de tissage, de peinture décorative, etc.; au premier étage, qui ne contient pas moins de dix salles, admirablement éclairées par un jour de nord-ouest, les cours de science el de dessin; et, dans la galerie supérieure, on placerait le Musée d'art décoratif. La cour pourrait même recevoir une grande serre où les élèves dessineraient et peindraient les plantes et les fleurs vivantes.
Alors, Tours sera doté d'une fort belle école d'arl et d'industrie, car tout ce qui doit constituer un étalalissement modèle de ce genre s'y trouvera réuni, dans les plus parfaites conditions de fonctionnement normal. Celte école et le Musée de peinture et de sculpture agrandi de 4 salles pour les collections de plâtres et de marbres, pour les aquarelles et dessins, mis en communication par une courte passerelle avec le Musée d'aii, décoratif, formeront, sur la merveilleuse esplanade de la rive gauche de la Loire, un ensemble superbe des institutions d'art de la capitale de la Touraine.
ANGERS
La sculpture. La principale industrie artistique d'Angers est la sculpture sur pierre et
sur bois, qui bénéficie à la fois d'une glorieuse tradition d'art et d'une situation ethnographique exceptionnellement propice à son développement. Si on a dit que le Rhin était la rue des moines, tant dans ses Ilots il se mire d'éghses et d'abbayes, la Loire est la rue des artistes, par les merveilles d'architecture et de sculpture dont ses eaux tranquilles baignent les pieds ; et du grand fleuve les maîtres sont remontés dans tous ses affluents pour couvrir leurs rives de nouveaux chefs-d'œuvre, non moins superbes. La capitale de l'Anjou peut s'enorgueillir de Saint-Maurice, du Logis-Barrault, de l'hôtel de Pincé, autant que Tours de sa cathédrale, de la maison de Tristan l'Ermite, du cloître de l'abbaye Saint-Martin, de la tribune de Saint-Clément; et Orléans, de Sainte-Croix, de l'hôtel des Créneaux, de la maison de Diane de Poitiers, etc. La région abonde de cette belle pierre, le tuffeau, dans laquelle le ciseau peut découper avec facilité les ornements les plus fins, et dont la couleur blanche est une caresse pour les yeux. Les haies séparatives des champs, divisés à l'infini, sont faites d'une essence de chêne, d'une admirable plasticité. Aussi, de tous temps, les sculpteurs angevins ont-ils été renommés ; aujourd'hui encore, on vous montre avec orgueil la décoration sculpturale nouvelle de l'hôtel de Pincé, aussi délicate que celle (jui a été exécutée par les ornemanistes du xvf siècle ; les façades de Saint-Laud et de la Madeleine, sculptées à la pointe du ciseau avec une maîtrise peu commune par la génération contemporaine d'artistes, qu'ont formée David d'Angers père, les Granaux, etc., des maîtres de la première partie de ce siècle, à qui on peut faire honneur d'avoir provoqué une véritable renaissance de la sculpture angevine. On m'assure cpie la réputation de l'école actuelle est si bien établie et justifiée, que jamais il n'est venu à l'idée d'un architecte, charqé de quelque
L'ÉBÉiNISTERIE. -
restauration de château historique ou cFune construction monumentale nouvelle, de faire appel à des praticiens parisiens, comme cela a lieu si fréquemment dans toutes les autres r '-gions. Les entreprises de sculpture pour la menuiserie d'art et pour l'ébénisterie sont nombreuses et importantes. Le faubourg Saint-Antoine et les grands magasins de Paris s'alimentent autant à Angers qu'à Nantes et à Toulouse, de meubles scidptés, (ju'ils revendent imperturbablement à la province comme des créatious originales du génie parisien; et j'ai eu la preuve de travaux considérables, chaises, bancs d'œuvre, stalles, confessionnaux, autels, etc., exécutés pour Amiens, Bordeaux, le Mans, Tours, Angouléme, Versailles, Bayeux et Lyon. Il s'est même fondé ici, depuis quelques années, une industrie spéciale, originale, celle de la sculpture des chevaux de bois et de la décoration des carrousels de foires, qui fait une concurrence victorieuse aux Anglais et aux Allemajids, aux([uels on eu avait laissé le monopole fructueux.
L'organisation sociale et teclmi(jue des ateliers de sculpture présente des particularités qui justifient leur prospérité artisticpie. Si on constate une diminution assez considérable du chiffre des ouvriers et des artistes, il n'y a pas lieu à discuter de la question de décadence; loin de là. Jamais, à l'opinion des architectes et des entrepreneurs, on n'a sculpté avec plus de goût et, plus d'habileté. Les sculpteurs sur pierre et sur bois, en i883, n'étaient pas moins de 3oo; aujourd'hui, on n'en compte guère plus (pi'une centaine; le nojubre des menuisiers et des ébénistes ({ui avait monté jusqu'à 5oo, est retoudjé à 200 environ. Cette diminution s'explique par cette raison que les grands travaux d'édilité et de construction, qui ont fait de la partie centrale du vieil Angers une ville nouvelle, avaient provo(jué une immigration de menuisiers et de sculpteurs, accourus de tous les points de l'Anjou et de la Touraine, hors de proportion avec la moyenne normale des commandes locales. La généralité des chefs d'ateliers sont d'anciens ouvriers, qui connaissent tout du métier d'une façon parfaite, et qui se sont élevés au ])atroual à foice d'énergie, d'intelligence et d'initiative. L'un des plus réputés, occupant le plus nombreux personnel, est à la fois un praticien consommé et un dessinateur ingénieux, qui crée tous ses modèles pour le courant, et sait, pour les œuvres exceptionnelles, s'adresser à des artistes de haute valeur. J)e ses trois
LES INDUSTRIES d'aRT. ,'io