‹ Les industries d'artChapitre 39 sur 86 · ANCiEUS · texte numérisé non relu

ANCiEUS

fils, chacun a étudié professionnellement luie spécialité de l'industrie du bois, la mécanique, l'architecture, la décoration, en vue de devenir plus lard un chef de service dans l'une ou l'autre des pai ties de l'industrie. Les patrons sont venus à bout des doctrines funestes répandues dans le monde des ouvriers contre l'apprentissage et l'enseignement artistique. On fait dans tous les ateliers des apprentis, povu'vus d'une solide instruction technique, en assez grand nombre pour assurer le recrutement du personnel ; l'obligation mutuelle de leur faire suivre les coiu"s de l'Ecole des beaux-arts, à des heures déterminées prises siu' le temps réglementaire des présences à l'atelier, est entrée dans les moeurs patronales. r)ii en espère que la généi'ation nouvelle travaillei'a moins empii iquement ([ue la génération présente, à laquelle manque généralement une instruction artistique mètne élémentaire; quoi(ju'on critique fort l'enseignement de cette école qui iw serait pas assez spécialisé pour les apprentis en vue de leur UK'lier. La sculpture sur marbre, sur pierre et sur bois, se pratique ijidiUeremment, suivant les commandes, dans les mêmes ateliers et par les mêmes ouvriers; cette simultanéité, à l'opinion des patrons, doime d'excellents résultats techniques, le travail du bois assouplissant, par plus de délicatesse^ la main du sculpteiu' sur j)ieire; le travail de la pierre préservant de la mignardise le sculpteur sur bois; en outre, — ce (pii n'est pas moins apj)réciable, — elle assure l'ouviier hal)ile dans les deux parties contre un cliomage, fi'é({uent pour celui ([ui ne sait que l'une d'elles. 11 est ulilc de signaler cette nouvelle démons' ration éloquente de l'erreur de la docii'ine économi(pie de la s];écialisution dans les industriels d'art.

Une branche (h' la décoration innnobilière <[ui avait paru, à la suite de l'Exposition d'AngeM's en i8()5, envoie de prendre une extension locale, le slair, esl aujourd'hui complètement abandonnée; on continue, comme par le passé, à faire de la pâtisserie av(H' des éléments importés des usines de l-*aris qui se livrent à celte s|téciaHté sur une grande échelle. La peiiiiure décorative. L'iudusti'ic^ de la pcinturc (lécoi'ativ*^ est ])eu développée; on y compterait actuellement à jx'ine une trentaine d'cjuvriei's ; el c'est l)ien plus pour la région, dans les châteaux el les villas, ([ue pour Angers ([u'ils travaillent; on ne (h'core point pictiu'alement les hôtels et les édifices publics. Pendant une période, il y a environ cpiinze ans, on a exécuté des travaux assez importmits

LA FERRONNERIE D'ART. .i35

dans les églises; ce mouvement est aujourd'hiii enrayé. I^es raisons (pii m'ont été invoquées pour expliquer cette réaction sont de tous ordres. Ne serait-ce pas bien plutôt parce que la peinture décorative est elle-même tombée? J'ai va ici et là quehpies exemples de cette décadence, vraiment pni l'ail s jxmr provoquer une émulation de conuuandes entre les fabriques et les uiembres du clergé. Les mêmes conséipiences d'une situation semblable on! Hô obs(M'vées fréquemment ailleurs.

Des trois ateliers de vitraux d'art qui existaient liier, dans la ville Les vitraux ti'art. d'Angers, l'un a été fermé ; un autre serait à la veille de disparaître ; le troisième ne subsiste que parce que son projiriétaire possède mie fortune personnelle qui lui permet de le maint(Miir sans lui demander de bénéfices. L'industrie, qui fui autrefois assez prospère, en est arrivée là par la concurrence effrénée que les patrons se sont faite entre eux, concurrence qui a amené une dépression incessante des prix et, par conséquent, un avilissement de la production. Ajoutez à cela l'indifférence de plus en plus accentuée du public pour un mode de décoration relativement coûteux, la diminution des commandes pour les églises par suite des lois religieuses. La situation ne pouvait qu'empirer de jour en j<»m'. Actuellement, la région ne suffît même plus à alimenter de travaux courants im atelier d'une vingtaine d'artistes et d'ouvriers; son clief doit en chercher jus([n'en Bretagne, en Vendée et dans le Poitou, où il se trouve en présence des peintres verriers de Nantes, du Mans, de Laval et de Bordeaux, forcés également à s'ouvrir des débouchés nouveaux. Les rares apprentis qui se forment dans les ateliers angevins ne restent pas dans le pays; aussitôt qu'ils savent un peu le métier, ils s'en vont clierchei" fortune à Paris; la situation est telle que les maîtres se monti-ent encore fort heureux de pouvoir profiter de leur apprentissage pour rex(''cutiou de travaux inférieurs dont les prix ne permellraienL pas d'y employer des artistes ordinaires, si faibles que soient devenus les salairi^s dans cette dernière catégorie.

La ferronnerie d'art est encore en honneur dans l'Anjou. Sur 3oo ou- La fenonnei-ie d'art, vriers de l'industrie du fer, répartis entre 5 grands ateliers et 90 petits, on compterait 80 artistes, capables d'exécuter une œuvre de maîtrise comme la grande grille du Jardin des Plantes. Malheureusement, elle ne trouve pas les encouragements qu'elle mérite; il y aurait, pour la faire prospérer, à entre-

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La Chambre syndicale des entrepreneurs du département de Maine-et-Loire.

prendre une propagande active en sa faveur auprès des propriétaires, des architectes et des administrations; et je ne vois guère, à cette heure, quelle institution pourrait remplir cette mission opportune.

Toutes ces industries font partie de la Chambre syndicale des entrepreneurs du département de Maine-et-Loire. J'ai pensé qu'il était de mon devoir de demander au président de cette association de me fournir les moyens de voir les membres de son bureau pour les entretenir de l'objet de mon étude à Angers. Voici le procès-verbal de la délibération qui y a été prise, à la suite d'une conférence qui n'a pas duré moins de deux heures :

Le 9 novembre i8g(3, à 2 heures du soir, les membres du bureau de la Chambre syndicale des entrepreneurs du département de Maine-et-Loire, assistés de quelques-uns de leurs collègues, réunis au sièfje social en séance extraordinaire pour recevoir et entendre M. Marins Vachon, émettent les vœux suivants :

1° Que l'Ecole régionale des beaux-arts reçoive, au point de vue de son installation, le développement nécessité par l'extension du nombre des ouvriers d'art et des apprentis qui en suivent les cours ;

1° Que l'enseignement y soit plus spécialement organisé en vue des industries d'art locales et régionales ;

3° Qu'il soit créé à Angers un Musée d'art décoratif ou d'art industriel en vue des industries artistiques locales et régionales.

Le Président, Morin ; le Secrétaire, L. Thibault.

Pour expliquer et justifier cette délibération importante, je vais résumer et les observations échangées entre les membres du bureau de la Chambre syndicale sur la situation actuelle de l'Ecole régionale des beaux-arts, et les résultats de mon enquête personnelle.

École régionale Eu dépit dc SOU titre, cl'après les déclarations mêmes de ceux qui en ont

la responsabilité administrative, cette institution ne serait-elle pas encore rien moins qu'une école véritable, dotée d'un organisme puissant et complet d'enseignement artistique? Ne constituerait-elle pas bien plutôt une simple réunion de cours publics et populaires, libres, sans lien étroit entre eux, sans discipline scolaire assurant une assiduité absolue, comme le sont les autres cours municipaux de science, de littérature, de musique, etc., également réiuiis sous la direction d'un fonctionnaire qui ne paraît guère avoir

traiUre r<Me piihlic que celui (Tassiirer le bon ordre el la ffestioii des crédits, conformément aux dispositions du budget ?

Les classes inférieures ont le caractère et la physionomie d'une école enfantine ; elles en portent d'ailleurs la dénomination officielle. Pour se débarrasser le soir de leurs bambins, les parents les envoient au « Cours de dessin » ; c'est bien porté dans le peuple, et ça ne coûte rien. 11 y a là, les soirs d'hiver, groupés dans une salle immense, jusqu'à 260 enfjinls dont le plus grand nombre a 8 et 10 ans. On n'y apprend pas grand'chose; le cours est un amusement. Ceux qui, de ces classes primaires, passent aux classes secondaires, doivent y recevoir une instruction nouvelle ; ils constituent ainsi des impedimenta constants à la marche régulière et progressive des études. Il y a à cette organisati<jn un inconvénient plus grand encore, d'ordre social : elle enlève à l'Ecole des beaux-arts son caractère sérieux.

Le phénomène étrange d'une contradiction formelle entre le recrutement de la population de l'Ecole des beaux-arts et son objectif social, qui a été observé déjà si fréquemment, se manifeste ici plus évident encore peutêtre que partout ailleurs. D'après la statistique dressée par la direction, l'école comprend 798 élèves inscrits, ainsi classés professionnellement : peintres décorateurs et peintres sur verre, 1/7; sculpteurs sur bois et sur pieri-e, 1/7; ouvriers en bâtiments, 2/7; élèves architectes et dessinateurs, mécaniciens, 2/7; étudiants, instituteurs et jeunes filles, 1/7. Les classes de peinture et de sculpture comprennent 6 élèves; celle d'architecture 20; soit le 20*^ du contingent des classes secondaires et supérieui'es, les jeunes filles, au nombre de 124, exclues de ces catégories. Or, l'enseignement parait avoir essentiellement pour but la préparation à l'Ecole des beaux-arts de Paris; on ne rêve que de faire des peintres, des statuaires et des architectes, futurs lauréats des prix de Rome et des médailles des Salons. Actuellement, on n'y compte pas moins de g boursiers angevins, municipaux ou départementaux. Dans un tableau officiel des élèves qui se sont fait remarquer particulièrement dans les cours, depuis la création de l'Ecole régionale des beaux-arts, je ne trouve, après i4 jeunes gens reçus à l'Ecole nationale des beauxarts de Paris, qu'un élève de l'Ecole nationale des arts décoratifs, un élève de l'Ecole des arts et métiers d'Angers, un dessinateur à la manufacture de

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Trélazé, un peintre verrier, et un mécanicien aux (^liantiej's de la Loire; on cite ensuite, sans mentions spéciales de prix et de médailles, à l'école, par conséquent en classification secondaire, 3 sculpteurs, 2 peintres verriers, 5 menuisiers, 4 dessinateurs industriels, 4 conducteurs de ponts et chaussées, de travaux publics, et 2 professeurs. L'école ne possède effectivement aucun enseiffuement spécial pour les arts décoratifs ou les industries d'art, bien qu'au programme officiel de sculpture figurent — pour la forme — des exercices de composition en vue de l'application de la sculpivu'e à l'industrie. Poiu' ime population scolaire de 100 sculpteurs sur pierre si sur bois, il n'y a pas de cours régulier de modelage. C'est le professeur de peinture qui, de temps à autre, ([uand quelques élèves des cours supérieui's le lui demandent, (Ml donne des leçons facultatives! Les seuls coiu's pratitpies sont ceux de stéréotomie et de charpente.

Les réclamations des chefs d'ateliers de sculpture, d'ébénisterie, de peinture décorative, de ferronnerie sur le peu d'utililé' prati([ue pour ces métiers de l'enseignement de l'Ecole régionale des beaux-arts sont unanimes.

Angers me réservait la grande joie de constater combien les idées nouvelles sur la mission sociale des écoles d'art ont fait vin grand chemin, de recevoir la preuve qu'elles ont pénétré dans l'administration municipale, et ([u'on y paraît — par l'adjoint au maire chargé de riiistrudion publique et des beaux-arts — • résolu à réagir énergiquement (;ontre les théories néfastes (jui les ont jusqu'ici souvent stérilisées et qui entravent si fréquemment le développement de la prospérité industrielle et artistique de notre pays. On y recomiaît, avec la volonté d'y remédier d'urgence, que l'installation matérielle de l'école, logée, provisoirement depuis im demi-siècle, dans de vieux bâtiments, tour à tour caserne, couvent, école primaire, etc., est nuisible au bon fonclionnement de Tinstitution ; (jue l'enseignement y devrait avoir un caractère plus élevé, et l'organisation d'vme véritable école, avec cours du jour et ateliers d'application; que l'éparpillement du crédit du personnel enseignanl, ([ui est de 16,000 fr., entre 11 cours avec titulaires, adjoints et suppléants, est insuffisant pour (diacun d'eux, sans proportion entre les uns et les autres en raison de leur utilité et de leurs résultats.

Un recruleraenl des élèves, iionaal, sérieux, non plus laissé exclusivement au caprice des parents el des enfants, préoccupe aussi l'administration.

« 11 y a, me dit Tad joint au maire, dans l'Ecole primaire supérieure un atelier où les élèves font du travail manuel; mais c'est du travail très ordinaire; il y aurait lieu d'orienter ce cours vers l'art industriel. Alors, l'élève sortant de l'Ecole primaire, à i5 ans, pourrait entrer à l'Ecole des beauxarts où il arriverait déjà en possession d'un petit bagage de connaissances en géométrie et dessin. La ville, en outre, accorde annuellement 6,000 fr. de bourses d'apprentissage; elle pourrait exiger que ses boursiers suivent les com's de l'Ecole régionale des beaux-arts; et, sans aucun doute, les patrons souscriraient à ces conditions. Lin examen sévère d'entrée à l'école éliminerait, au bénéfice des jeunes gens ayant de sérieuses aptitudes, et pour le plus grand profit des industries d'art, toutes les nullités qui actuellement l'encombrent et gênent le développement progressif des études. »

Les circonstances actuelles sont donc on ne peut plus favorables à une réorganisation radicale de l'Ecole régionale des beaux-arts, tant au point de vue de rinstallation qu'à celui de l'enseignement, réorganisation réclamée unanimement par les représentants les plus autorisés des industries d'art.

On a lu le vœu de la Chambre syndicale des entrepreneurs sur la création Un musée d'an décoratif, à Angers d'un Musée d'art décoratif. La numicipalité ne serait point non plus, m'assure-t-on, indifférente à la réalisation de ce vœu, ime institution de ce genre étant facile à organiser à Angers où ni les locaux, ni les éléments constitutifs ne font défaut. Rarement, peut-être même nulle pai't, trouverait-on une coïncidence aussi précieuse de la réimlon opportune des uns et des autres en vue de la mise à exécution innnédiate d'un projet présentant toutes les conditions de succès.

Angers possède quatre nmsées : le Musée de peinture, le Musée David d'Angers, installés dans le Logis-Barrault, le Musée Turpin de Crissé à l'hôtel de Pincé, et le Musée archéologique qui occupe les bàliments de l'ancien hôpital Saint-Jean. Des deux premiers, je n'ai point à m'occuper ici. Le troisième et le quatrième rentrent dans le domaine de celte étude.

Le Musée Turpin de Crissé a été formé par les collections d'œuvres et objets d'art léguées, en i85o, par le comte Turpin de Crissé, peinti'e, collée-

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tionneur, inspecteur des beaux-arts sous la Restauration et membre de l'Institut, d'une famille originaire de l'Anjou. Il y a là des antiquités égyptiennes, grecques et romaines, des bronzes antiques, des vases grecs, des verreries, des vitraux, des émaux, des faïences, des pierres gravées, des médailles, des bijoux, des sculptures du Moyen âge, de la Renaissance et des Temps modernes, des gravures, des dessins et des tableaux de toutes époques et de toutes écoles. Dans son testaincnl, Tur[)in de Crissé expliquait ainsi son legs à la ville d'Angers par le caractère des collections qu'il avait réunies : (c Point de série complète dans un gein'e ni dans un autre, mais ([uelques beaux échantillons, quelques spécimens qui ne se trouveraient d(''placés dajis aucun musée; toutefois, ils seraient bien perdus dans les grandes galeries de Paris. J'ose espérer qu'ils offriront plus d'intérêt au musée de la ville d'Angers, appelant, pour qu'ils soiejit groiq)és autour d'eux, les donations et les legs des riches amateurs. » Le caljiii(M a été d'abord installé au Logis-Barrault, puis on le transféra à l'hôtel de Pincé, lorsque ce chef-d'œuvre de l'architecture du xvi*^ siècle, donné à la ville par le peintre (jiiillaume Bodinier, fut restauré. Or, ces collections sont insuffisantes pour remplir toutes les salles. Le conservateur a cherché à attémier la sensation désagréal^le de vide et de provisoire qu'on en éprouve, par Torganisation (Pun nuisée embryonnaire d'architecture, (ju'alimente maigrement une rente de 358 (V., léguée })ar un architecte angevin, M. Moll. Cette série de dessins, de plans, de pholograpliies et de moulages, éparse dans trois salles, ne laisse pas d'étonner; ce n'est point un musée historique angevin, moins encore un musée professionnel ; on n'en comprend ni l'intérêt, ni le but dans ce milieu spécial, ([ui semble bien plut(M appeler (juelque chose dans le genre du Musée de Cluny, dont les oljjets d'art du cabinet Turpin de Crissé, du rezde-chaussée et du premier étage, suijgèrent d'ailleurs aussitôt l'idée. En réunissant là un certain nombre de pièces d'art — meubles, tapisseries, orfèvreries, curiosités, etc. — - extraites du Musée Saint-Jean, en faisant quelques restitutions d'ameublement et de décoration dans le style de la Renaissance, on reconstituerait aisément, sans grands frais, dans les plus belles salles de Pliôtel, un type superljc de Pintérieur d'une opulente demeure d'autrefois, répondant au caractère architectural du monument.

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Ce serait là à la fois une haute curiosité liistorique et une œuvre d'enseignement d'art.

Quant au Musée Saint-Jean, on le tient pour un des plus riches musées archéologiques de province. Il a été particulièrement consacré aux antiquités, à l'iiistoire monumentale de la région de l'Ouest, sans exclusion cependant des œuvres d'art, peinture, sculpture, émaux, céramique, etc., du Moyen âge et de la Renaissance, et des objets de pure curiosité. Tout récemment même, un legs Giffard y a fait entrer des moulages de chefs-d'œuvre de la statuaire de toutes les époques, qui ne sont pas sans surprendre un peu dans un musée de ce genre, et qui, par la blancheur crue du plâtre, au milieu de toutes ces vénérables reliques du passé, patinées admirablement par le temps, produisent un effet des plus disgracieux. On en reçoit même tout d'abord l'impression fâcheuse qu'on pénètre dans un simple entrepôt, d'autant que l'administration municipale ne s'est guère mise jusqu'ici en fi'ais pour l'adaptation du local à sa destination nouvelle, pour l'établissement de vitrines en harmonie avec les œuvres qu'elles contiennent et l'emplacement qu'elles occupent. Cependant l'initiative hardie et intelligente du conservateur actuel a déjà fait dériver un peu le musée de sa physionomie d'établissement provisoire et du principe d'une création purement d'histoire provinciale par les monuments lapidaires, par les fragments d'architecture et de décoration, vers l'utilisation raisonnée de ses richesses, comme institution pratique d'enseignement artistique et industriel. Dans la mesure des ressources financières actuelles, toutes ces épaves d'églises et d'anciens hôtels angevins — meubles, sculptures sur pierre et siu' bois, vitraux, tissus, tentures, peintures, etc., — dont un grand nombre sont de véritables chefs-d'œuvre d'art décoratif, ont été disposées, classées et présentées pour servir de modèles, de dociunents d'étude, aux ouvriers e! aux artistes d'Angers; déjà même, pour compléler cette organisation, il a été créé une petite bibliothèque d'art et d'industrie avec prêts extérieurs, au moyen des livres de la Société d'archéologie. Malheureusement, les ressources sont à peu près nulles; la pénurie d'argent entrave le développement des résultats de cette intéressante innovation. Le budget du Musée Saint-Jean pi'ésente les crédits suivants : Conservateur (préciput), 500 fr., (déplacements), 3oo fr. ; concierge surveillant, 800 fr. ;

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surveillant, 3oo fr. ; aclials, i,5oo fr. ; cliauffago, 3oo fr. ; dépenses d'entretien, 75o fr. ; entretien du square, i5o fr. ; soit un total de 4i6oo fr. : une misère ! En dépit du dévouement le plus infatigable et le plus désintéressé, de la foi la plus ardente et la plus active, on ne peut, avec ce budget, faire fonctionner un musée d'enseignement, tel ([u'il pourrait être facilement organisé, par suite de l'exceptionnelle, unique peut-être même, bonne fortune d'un fonctionnaire encouragé dans ses projets par un comité de direction où la science arcliéologi([ue, la passion des gloires du passé, ne font pas obstruction aux idées de progrès moderne et à la préoccupation des besoins des industries d'art.

Dans ma visite au bm^eau de la Chambre syndicale des entrepreneurs, dans les conversations avec le représentant de la municipalilé, où ces projets ont été exposés, avec les compléments d'organisation qu'ils comportent, on a paru craindre tout d'abord que leur réalisation n'entraînât la désagrégation du Musée archéologique. Il y avait à luller contre un préjugé instinctif, presque universellement répandu, de l'antinomie irréductible d'un musée d'art et d'industrie pai'allèle et même intimement lié à un musée d'antiquités, dans le sens général de ces deux termes. Le Musée de Cluny, beaucoup plus fréquenté par les artistes et les ouvriers que le Musée des arts décoratifs, était une réplique aussi éloquente que décisive. Elle a paru convaincre les hési-tants et les adversaires. J'estime même comme très fâcheux à tous les points de vue que les musées du Logis-Barraull ne puissent être réunis ou contigus au Musée d'archéologie et au futur Musée d'art décoratif, non seulement en considération du principe philosophique de l'unité de l'art, mais pour des raisons plus positives d'administration et d'organisation. Il a été question d'annexer ce dernier à l'Ecole régionale des beaux-arts, reconstruite sur im vaste emplacement. Mieux vaudrait, au contraire, si la question de l'éloignement du centre de la ville n'était pas uji obstacle invincible, annexer l'école au Musée Saint-Jean, transformé définitivement en une institution d'enseignement artistique et de science archéologique, où les élèves des classes du jour et du soir auraient constamment sous les yeux et sous la main des documents d'études en moulages et en originaux. Mais la sagesse est de tirer le meilleur ])arti pratique de ce qui existe, de le faire servir inmiédiate-

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