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LA BIJOUTERIE ET LA JOAILLERIE

commencé sous le premier Empire. Aiijoiird'luii, seules deux maisons font de cette orfèvrerie, et encore par très petite quanlité. Eu œuvres de (juelcjue importance exécutées dans ces dernières années, on ne peut guère mentionner que deux grands surtouts de table (pii figuraient à l'Exposition lyonnaise de 1894, et la corbeille d'argent offerte par la ville de Lyon aux marins russes, simple adaptation d'une pièce déjà ancienne. Il n'y a pas une clientèle suffisante pour faire travailler d'une façon permanente un atelier produisant industriellement de l'orfèvrerie. Quelques fabricants parisieus, qui avaient tenté d'organiser des succursales, ont échoué ; ils se contentent de commis-voyageurs. Voilà quelle est la situation actuelle, d'après les déclarations des industriels. Les informations recueillies auprès des amateurs ne les infirmenl point.

La fabrique lyonnaise de la bijouterie et de la joaillerie occupe environ La bijouieric

. . ... . . et la joaillerie.

5oo ouvriers, dont moitié de nationalité suisse, répartis en une trentaine de maisons. Depuis 1871, l'industrie a pris une extension considérable; on en évalue la production à plus de 12 millions de francs, alors qu'en 18G7 elle n'était pas supérieure à 3 millions. Cette production est de deux ordres : le bijou courant pour la commission et l'exportation, et le bijou de luxe, qui n'en représente guère que le ao*^. Pour le bijou de luxe, il y a à Lyon une clientèle sérieuse, fidèle et riche, qui n'est point encore atteinte de la maladie du snobisme, achète ce qui lui plaît, avec la curiosité de l'original et du beau 'quelle qu'en soit la provenance, et commande avec la préoccupation d'une exécution irréprochable, n'hésitant point à imposer son goût souvent fort délicat et des idées personnelles très arrêtées sur les formes et l'ornementation. On exécute dans plusieurs ateliers des œuvres d'art véritables : bagues massives, bracelets repoussés, ciselés, repercés, qui feraieul bonne figure à côté des créations des maîtres parisiens, avec lesquels, d'ailleurs, très fréquemment et avec succès, luttent les Lyonnais. La vente du bijou courant s'étend sur toute la France et même sur le marché de Paris où elle fait aux ateliers une concurrence dont ils se plaignent fort, et qui a amené une rupture complète de relations entre les industriels de l'une et l'autre ville. Lyon produit à plus de 20 p. 100 meilleur marché, et la qualité de la marchandise n'est point inférieure. La seule siqiériorité qui reste à Paris est celle de la création des types que Lyon se contente d'imiter; mais, ici on

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manifeste l'ambilion d'arriver prochainement à s'émanciper de cette tutelle artistique. Les fabricants ne contestent point que l'industrie manque d'originalité ; ils avouent qu'à deux ou trois exceptions les patrons n'ont point une instruction technique et artistique suffisante, qu'ils ignorent trop ce qui se fait à l'étranger ; que les artistes capables d'exécuter de belles pièces ne sont pas dans la proportion désirable — à peine un 2cf ; — que les ouvriers sont routiniers, réfractaires à tous les conseils, à tous les encouragements pour développer leur instruction. Ils sont également unanimes sur les difficultés de l'apprentissage, sur l'abaissement constant du niveau de l'enseignement qui s'y donne, sur la dépression des prix de la main-d'œuvre, par suite de la diminution de sa valeur, alors qu'ils préféreraient de beaucoup payer cher un bon ouvrier faisant du beau travail que payer peu un ouvrier faisant de la mauvaise Ijcsogne. Et, toutes ces déclarations, qui m'ont été faites avec la plus grande franchise, sans réticences ni hésitations, étaient accompagnées de témoignages sincères et expressifs du désir ardent de remédier à tout cela, de preuves qu'il a déjà été tenté beaucoup dans ce but, notamment par l'institution ingénieuse des primes de fin d'apprentissage, de jetons de présence aux cours de l'Ecole nationale des beaux-arts et de la Société d'enseignement professionnel, par l'organisation de cabinets de dessins — la nécessité de l'intervention constante de l'art dans l'industrie étant partout reconnue — ; avec des regrets éloquents parfois de l'absence de solidarité, d'union, entre les fabricants. Il n'est point douteux que, dans un avenir très rapproché, il se fasse — mais sur des initiatives plus audacieuses, avec le concours des administrations publiques — des réformes et des créations (jui assureront à l'industrie encore plus de prospérité. La plus lu'gente de ces créations est une chambre syndicale qui groupe tous les fal^ricants et tous les marchands pour la défense de leurs intérêts corporatifs, qui fasse tomber les jalousies, les malentendus et les préventions dont souffrent cruellement les uns et les autres, qui permette à la collectivité d'être informée plus qu'elle ne l'est aujourd'hui sur la concurrence étrangère, et lui donne les moyens de faire abroger dans les règlements publics ce qui esl une source de difficultés et de complications pour le poin- (;onnage, pour la douane, pour les transports, etc.

LA BIJOUTERIE ET LA JOAILLERIE. Sg

L'organisation d'un enseignomonL, professionnel, pour fournir à l'industrie la génération nouvelle d'artistes et d'ouvriers qui va lui manquer demain, une école de la bijouterie, compléterait l'école de l'orfèvrerie et du bronze, constituant l'une et l'autre, sous le titre général d'Ecole des arts industriels du métal, une institution qui, d'après les déclarations des patrons, dans les diverses branches de ces industries, serait assurée d'un recrutement immédiat de près de 200 élèves, non compris les ouvriers qui viendraient y suivre les cours du soir, et dont on peut évaluer le chiffre au moins à 100.

Da»s tous les centres de bronze d'art, d'orfèvrerie et de bijouterie de Les écoles cirangèrcs

' de bijouterie

l'étranger, en Autriche, en Allemagne, en Angleterre, il existe fies écoles de et d'orièvrene. ce genre. Vienne en possède trois : l'Ecole d'art décoratif annexée au Musée impérial et royal des arts industriels ; l'Ecole des bijoutiers, orfèvres et ouvriers en argenterie; l'Ecole des fondeurs en cuivre, ouvriers en bronze et ciseleurs. Dans la première, on enseigne pour les apprentis et les ouvriers du métal le dessin technique, les styles, la géométrie, le modelage, la gravure, la ciselure, l'émail, la chimie et la métallurgie. Le même programme a été adopté par la deuxième école. Quant à la troisième, elle comprend quatre divisions : le dessin à main levée et le dessin linéaire ; un cours de modelage ; un cours de ciselure et des cours de chimie et de galvanoplastie. Son objectif, d'après ses statuts, n'est pas de faire des élèves ([ui suivent ces cours des artistes proprement dits, mais de développer chez eux, avec l'habileté de main nécessaire pour devenir de bons ouvriers, les connaissances techniques de leur métier ; et de les entraîner vers l'art en mettant constamment sous leurs yeux des modèles de formes, anciens et modernes, aussi parfaits que possible. Hanau, en Prusse, a été doté, depuis plus de deux cents ans, d'une école de dessin par une association de bijoutiers, graveurs et orfèvres. Cette école s'est transformée successivement, suivant les besoins de l'industrie; aujourd'hui, elle jouit flans les pays allemantls * f l'une telle réputation qu'on y vient de partout. L'enseignement se divise en cours fie flessin, d'anatomie, de composition, de motlelage, de ciselure, tle sculpture, avec ateliers d'applications, fonderie, forge, bibliothèque, collections tcchnologif[ues et artistiques. La loi exige f{ue tous les patrons ac-

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cordent au moins six heures par semaine à leurs apprentis pour la fréquentation de l'école, A Pforziieim, le grand centre de la bijouterie allemande, il y a une Ecole industrielle municipale, qui ne compte pas moins de 800 élèves bijoutiers, — tous les apprentis de la ville étant tenus de suivre ses cours, — et une Ecole d'arts et métiers, consacrée spécialement aussi à la bijouterie. Le programme de l'Ecole industrielle pour les sections de bijouterie et d'orfèvrerie impose trois années d'études scientifiques, artistiques et commerciales, embrassant les matières suivantes : arithmétique, géométrie et algèbre, comptabilité, économie industrielle, dessin, compositions d'ornements et modelage. Dans l'Ecole des arts et métiers, l'enseignement pratique est ajouté à l'enseignement théorique par l'organisation d'ateliers de ciselure et de gravure. A Birmingham, l'Association des orfèvres et bijoutiers a fait organiser, en 1889, dans la succursale de l'Ecole municipale d'art, qui se trouve dans le quartier des ateliers de ces industries, des cours spéciaux d'enseignement professionnel et artistique. Dès les premiers jours, ces cours ont compté plus de 100 élèves, alors qu'on en espérait tout au plus une cinquantaine. Ce chiffre doit être doublé à l'heure présente.

Dans la corporation, la création d'une association d'art et d'industrie serait accueillie avec joie. Quelles doléances j'ai entendues sur l'isolement dans lequel on laisse une industrie qui, pour prospérer, a besoin de tant de vie artistique extérieure, de tant d'agitation d'idées nouvelles!! La 11 y ^ urgence à ces créations et à ces réformes. La concurrence étran-

gère, allemande et suisse, devient de jour en jour plus sérieuse. L'opinion d'un certain nombre de fabricants est même que la première constitue pour le bijou à bon marché un grand péril, par une production intensive, séduisante, originale, élégante même, dont les prix déconcertent. Pforzheim a déjà des représentants sur place comme à Paris ; les petits marchands, les bazars vendent presque exclusivement ses articles. Genève, pour la chaîne et le bracelet souple, a conquis le marché lyonnais ; on ne trouve plus de chaînistes à Lyon. Et, une nouvelle concurrence, imprévue, commence à se manifester, celle de la fabrique d'Amsterdam, qui paraît en mesure de vendre à aussi bon marché que les Allemands des produits excellents.

La municipalité, à son défaut l'État, n'a-t-elle pas le devoir de se préoc-

concurrence étrangère.

ciiper d'une situation aussi grave qui touche aux intérêts de nombreux ouvriers, et menace dans son avenir une industrie nouvelle, qui pourrait, au contraire, devenir, par ses conditions économiques et artistiques exceptionnelles, la rivale des plus grandes de l'étranger, si on se préoccupait de lui fournir les moyens de se développer par la création d'institutions analogues à celles que possèdent ses concurrents?

La serrurerie d'art a une certaine importance ; elle n'occupe pas moins La serrurerie d'an, de i5o ouvriers répartis entre quatre maisons. L'habileté de ces ouvriers serait très grande, par suite d'une excellente organisation professionnelle dans des ateliers dirigés par des chefs qui aiment leur métier, en sont fiers, et dont l'instruction technique laisserait peu à désirer. L'industrie en outre a eu la bonne fortune de trouver en quelques architectes, — dont deux, hélas ! sont morts dans toute la vigueur de leur talent, André et Echernier, — des protecteurs qui ont beaucoup fait pour elle et lui ont procuré une clientèle riche, se passionnant, sous leur influence, pour les œuvres d'art en fer forgé. Un certain nombre de travaux remarquables ont été exécutés, dans ces dernières années, à l'hôtel de ville, à la préfecture, aux facultés, l'administration ayant eu l'idée heureuse de supprimer à leur propos le système néfaste de l'adjudication. Les serruriers d'art réclament la création d'un musée où ils pourraient trouver des éléments d'études, des modèles de goût et de bonne exécution en ferronnerie ancienne et moderne ; et, ils espèrent la fondation d'une association d'art et d'industrie qui leur permettrait, par ses expositions périodiques, par les relations établies entre les industriels et les amateurs, de se faire connaître et apprécier. Gomme les ébénistes et les menuisiers, ils regrettent vivement l'abandon des expositions lyonnaises d'art décoratif. C'est qu'ils ont à lutter aujourd'hui, en l'absence de tous moyens de publicité et d'instruction pratique de la clientèle, contre la concurrence de la Belgique et celle du Nord, important à Lyon du fer estampé et moulé, qui, par l'illusion qu'il donne du fer forgé, trompe la clientèle sur la valeur d'art et sur les prix normaux de l'œuvre vraie du ferronnier d'art.

La production des imprimeries typographiques et lithographiques à Lyon L'imprimerie, est évaluée par la Chambre de commerce à environ 5 milhons de francs.

LYOxN.

Seuls les journaux et les travaux de ville font vivre l'industrie. Les ateliers des premiers ont désorganisé les imprimeries d'art, en leur enlevant les meilleurs ouvriers par les salaires très élevés qu'ils leur assurent. L'édition représente un minime chiffre d'affaires. On doit fixer à environ i5o le nombre des ouvrages imprimés depuis vingt-cinq ans par les quatre maisons qui sont outillées pour cette branche de la typôgraphie ; la plus grande partie aux frais des auteurs ou de sociétés historiques, archéologiques et scientifiques, car le Livre lyonnais n'a pas de clientèle suffisante — i oo amateurs au plus — pour assurer à un éditeur les frais d'un ouvrage d'art. Il n'y a point d'émulation entre imprimeurs au point de vue artistique. Or, si la typographie lyonnaise a brillé d'un très vif éclat pendant la Renaissance c'est qu'elle ne comptait pas moins de ga maîtres; et, s'il s'est produit, il y a ([uelques années, un mouvement nouveau de retour aux belles impressions, c'est que Perrin avait réussi à exciter l'amour-propre de ses collègues et à leur inspirer l'amljition, sur son exemple, de produire des ouvrages irréprochables de goi'it.

En lithographie, les travaux ordinaires de commerce, prospectus, en-têtes de lettres, factures, étiquettes, etc., constituent toute la production; pas d'affiches illustrées, pas de chromos, ni d'almanachs ; à peine quelques menus d'une exécution généralement peu originale ; les industries locales ne font pas usage de prospectus ni de réclames artistiques.

La Chambre syndicale des maîtres imprimeurs de Lyon et des industries se rattachant à l'imprimerie, fondée en 1891, et qui compte 120 membres, s'est préoccupée à plusieurs reprises de l'organisation d'un enseignement professionnel et artistique destiné à former des apprentis, dont le besoin se fail fortement senlir dans tous les ateliers, et à donner aux ouvriers une instruction complète qui leur fait défaut, en même temps qu'à fournir à la lithographie des dessinateurs ingénieux. Jusqu'ici elle a échoué. La Chambre syndicale ouvrière a fait une opposition acharnée, couronnée de succès, à la création d'un cours avec atelier, en coopération avec la Société d'enseignement professionnel du Rhône, sous le prétexte de la concurrence d'ouvriers plus habiles qu'il créerait par là aux syndiqués.

Les projets d'une école d'apprentissage n'ont pas abouti pour la même

raison, à laquelle est venue s'ajouter celle d'une dépression future des salaires par l'augmentation du nombre des ouvriers. En 1892, il a été fait , aussi, à la Martinière des filles, une tentative d'organisation d'un cours professionnel de gravure lithographique par la Chambre des maîtres imprimeurs. Le cours a été suivi pendant deux ans par 3 élèves; aujourd'luii, il n'y en a plus qu'une seule. Une troisième tentative a eu pour objectif TEcole municipale de dessin pour jeunes filles ; la Chambre avait fourni tout le matériel ; le cours n'a pas donné de résultats. Plus heureux a été le Syndicat ouvrier dans la création, à l'école de la rue Jean-de-Tournes, d'un cours de perfectionnement, actuellement fréquenté par im certain nombre d'apprentis.

Il y a eu autrefois à Lyon une grande industrie de la reliure, spéciale aux La reikuc d'art, ouvrages religieux, missels, bréviaires, paroissiens. Imitation de Jésus-Christ, etc., qui occupait plusieurs centaines d'ouvriers. Tours, Limoges et Malines, par leur organisation d'ateliers mécaniques à la production d'un bon marché invraisemblable, ont tué l'industrie. Un libraire me montre des livres de prières, de format in-32, contenant une centaine de pages, d'une impression passable, reliés en toile gaufrée, qui se vendent 20 centimes au détail; Malines en inonde actuellement la région. On n'évalue pas à plus de 3o le chiffre des ouvriers relieurs actuels ; deux tout au plus font de l'art, et vivent exclusivement des commandes de deux amateurs lyonnais ; l'un a conquis par des œuvres d'une exécution irréprochable et d'un goût délicat une réputation qui a franchi les limites de Lyon ; on le tient pour un des maîtres de l'école française contemporaine.

L'industrie des vitraux ne compte plus à Lyon ({u'un très petit nombre Les vitraux d'art, d'artistes et d'ouvriers, répartis en cinq ateliers, dont un seul a une certaine importance et produit de véritables travaux d'art. Les commandes pour les églises et les chapelles l'alimentent presque exclusivement; le vitr.ail d'appartement n'est guère en faveur ; les architectes des édifices publics se soucient peu de ce moyen de décoration qu'ils trouvent trop coûteux. D'ailleurs, Lyon présente au point de vue du bâtiment une particularité peu favorable au développement de la décoration immobilière. L'aristocratie et la bourgeoisie ne font pas construire d'hôtels ; dans toute la ville, on n'en trouverait pas dix, tant anciens que modernes : question de mœurs locales.

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L'ostentation n'est point le faible du Lyonnais, quelle (jue soit sa situation sociale. Il préfère se loger dans un immeuble de rapport, où il n'a point à faire extérieurement état de maison en rapport avec sa fortune et son rang. La seule satisfaction d'amour-propre public qu'il se permet à ce point de vue est d'habiter place Bellecour; il réserve les dépenses somptuaires pour sa maison de campagne et son château, se sentant là à l'abri des indiscrets et des médisants; et, même, depuis quelques années, il se produit dans les habitudes mondaines une évolution qui menace de la disparition prochaine de cette dernière ressource des décorateurs. Les négociants et les industriels, comme villégiatiu'c ou comme retraite, paraissent préférer aujourd'hui la côte d'Azur et le Midi aux environs de Lyon; et, la mode des voyages de plus en plus prononcée aidant, on bâtit déjà beaucoup moins (pi'autrefois sur les bords du Rhône et de la Saône, dans les vallées de l'Azergues et du Mont-d'Or. Quatre-vingt-quinze pour cent des maisons sont construites par des entrepreneurs et non par des architectes, en vue d'une spéculation de vente ; on n'a donc point le souci d'y faire des frais, qui diminueraient le rapport des locations. Ce n'est guère que depuis le percement du quartier Grolée que des architectes parisiens ont importé dans les constructions neuves de l'avenue du Président- Carnot, de la place des Jacobins, des types nouveaux cl' architecture qui se font remarquer par une ornementation sculpturale et par des aménagements intérieurs un peu luxueux. L'industrie des vitraux n'a ainsi à proprement parler aucun débouché pour les travaux civils de quelque importance. Dans l'art rehgieux, les nouvelles lois visant les fabri(jues et les communautés ont beaucoup fait l)aisser de chiffre et de valein* la production, que tend aussi de plus en plus à avilir de prix, partant d'exécution, la concurrence que se font entre eux les industriels, (jui, malgré leur très petit nombre et la communauté de leurs intérêts à se syndiquer, se jalousent et se combattent avec acharnement. La décision du conseil de l'œuvre de N.-D. de Fourvièr«s de faire exécuter dans ses chantiers les nombreuses verrières qui doivent décorer la nouvelle basilique a porté également un coup à l'industrie, en la privant d'un travail colossal et de longue diu^ée.

Ah ! c'est là parmi les quelques artistes que compte la corporation qu'il y a

une désespérance douloureuse de l'abandon dans lequel ils sont tenus, de l'indifférence générale qui accueille leurs œuvres, de l'absence de tous moyens de les faire connaître et apprécier dans les écoles, dans les musées, dans les expositions !

Lyon a été autrefois un centre de céramique. Les historiens d'art industriel, et notamment M. Natalis Rondot, ont publié des documents desquels il résulte qu'aux xiv'^ et xv^ siècles on y fabriquait de la poterie de terre ; au commencement du xyf siècle, des potiers italiens vinrent s'établir dans la ville; de i5i2 à i555, il est fait mention de quatre grandes fabriques. La faïence blanche devient même une spécialité lyonnaise. Lorsque, en i584, Henri III vint à Lyon, la collation que lui offrit le consulat à l'hôtel de ville fut servie dans de la vaisselle blanche de Seyton. Plus tard, on produit des faïences émaillées, peintes et décorées à la japonaise. En 1783, un industriel du nom de Combe, élevé dans l'atelier des Glerissy, à Marseille, fonda, en commandite avec un faïencier, une manufacture au faubourg de la Guillotière. A la fin du siècle, on compte trois manufactures lyonnaises. L'industrie a complètement disparu ; et, à aucune époque, il n'a été fait de tentatives quelconques pour sa résurrection.

Les institutions d'enseignement public, créées en vue des industries d'art qui viennent d'être analysées, sont: L'Ecole nationale des beaux-arts, les écoles municipales de dessin, la Société d'enseignement professionnel du Rhône et les cours professionnels municipaux.

Quand, en 1 886, le Ministère de l'instruction publique et des beaux-arts L'École nationale réorganisa l'Ecole nationale des beaux-arts, la réforme ne visait pas moins les industries de l'ameublement, de la sculpture sur pierre et sur bois, de la peinture décorative, de l'orfèvrerie et de la bijouterie, etc., que la grande industrie de la soierie. Il était aussi nécessaire, aussi urgent, de donner aux ouvriers et aux ^tistes de ces diverses catégories une instruction artistique, basée sur l'enseignement le plus sévère. En conséquence, on décida d'y iniposer le règlement suivant, relatif à l'application stricte d'un programme d'études communes à toutes les professions, qui avaient été jusquelà à la discrétion absolue du caprice des élèves :

L'enseignement de la division de bosse embi^asse : la géométrie appliquée, les éléments de perspective et de géométrie descriptive, l'étude de lafîqure humaine, des animaux et de l'ornement.

des beaux-arts.

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Dans cette division, les élèves se préparent aux différentes classes d'application. Ils sont astreints a venir k l'école toute la journée. Ils dessinent la figure le matin et fout l'après-midi des études .spéciales de géométral et d'ornement, selon la spécialité à laquelle ils se destinent.

Ils peuvent suivre tous les cours oraux qui ont lieu le soir.

La classe de modèle vivant, par laquelle doivent passer tous les élèves avant d'être reçus dans les classes d'application, a pour but de développer l'enseignement du dessin. Les élèves qui y sont admis sont tenus, comme ceux de la division de bosse, de venir toute la journée a l'école, devant continuer l'après-midi les études spéciales de géométral, de l'ornement ou de l'art décoratif, selon la classe à laquelle ils se destinent.

Ils doivent tous suivre les cours oraux du soir, savoir :

L'archéologie, la perspective, l'anatomie pour ceux qui se préparent à la peinture, gravure ou sculpture ; la géométrie descriptive ou stéréotomie, l'archéologie et la perspective pour ceux qui se préparent à l'architecture, l'art décoratif et la fleur.

Par exception, les élèves qui se préparent à la classe de sculpture ne sont pas tenus de passer par la classe de modèle vivant, a la condition ([u'ils aient satisfait à tous les examens de la division de bosse. Ils doivent, en tous cas, venir toute la journée à l'école, modelant le matin k la classe de sculpture et faisant, l'après-midi, des études spéciales de géométral et d'ornement, comme les élèves de la bosse et du modèle vivant. Ils doivent suivre tous les cours oraux, sauf la perspective.

Les élèves de la classe de fleur doivent suivre en même temps, l'après-midi, la classe d'art décoratif pendant deux ans au moins ; ils étudient les applications industrielles sous la direction des professeurs d'art décoratif et de fleur réunis.

La réforme n'aurait point donné les résultats espérés. La classe spéciale de l'art décoratif, snr le développement de laquelle on comptait pour en bien affirmer le caractère et l'importance, ne réunit aujourd'hui qu'un nombre proportionnel d'élèves très infime — 1 5 d'après la statistique officielle, et dans ce chiffre sont compris tous les dessinateurs de la fabrique de soierie ; — alors que les cours spéciaux pour les peintres, les sculpteurs, les architectes et les graveurs, candidats aux prix de Paris et de Rome, ne comptent pas moins de l\i jeunes gens. L'école continue donc à être, comme dans le passé, surtout une institution préparatoire à t'Ecole nationale des beauxarts de Paris. Cette préférence accordée à la peinture, à la sculpture et à l'architecture est aussi naturelle que logique. Ainsi qu'il a été indiqué plus haut, l'organisation de l'École des beaux-arts de Lyon, comme celle de l'Ecole des beaux-arts de Paris, fait de l'une et de l'autre, dans ces trois catégories, de véritables écoles professionnelles, d'apprentissage même. Les jeunes gens viennent y apprendre un métier, non dans sa théorie seule, mais dans

L'ÉCOLE DES BEAUX-AHTS. kl

sa pratique, en vue d'une profession très déterminée, dont ils ne sortiront jamais, qui doit les conduire à l'aisance, à la foi'tune, à la gloire ; alors que, dans les aulres catégories, qui visent pins encore de vrais métiers, tels que ceux de dessinateurs de fabrique, de sculpteurs sur pierre et sin* bois, de bijoutiers, etc., on semble, comme programmes et comme installation de cours, avoir eu la préoccupation d'exclure de l'enseignement tout ce qui pourrait lui donner un caractère d'utilité immédiate, évidente, indiscutable, au point de vue de la profession future destinée à assurer le pain quotidien. Cette question, — il me semble, par la sensation très nette que j'en ai eue pendant mon enquête, — ne serait-elle pas très difficile à résoudre simplement parce qu'elle a été embrouillée de fayon pres([ue inextricable par les théories littéraires, qui interviennent toujours dans les études de ce genre? A prendre prosaïquement, mais avec netteté, les choses pour ce qu'elles sont, les écoles pour ce que les mœurs sociales nouvelles et les besoins modernes de la vie les ont faites, on arriverait très rapidement à en obtenir ce qu'elles doivent donner. (]'est ainsi (pi'on a procédé en Belgique pour la réforme des vieilles Académies de Bruxelles et d'Anvers; et, l'on a parfaitement réussi. Je résume les dispositions essentielles de cette réforme à l'Académie de Bruxelles, exposée dans le troisième volume de mes Bapporls de missions, page 28 :

Pendant la première année des cours, les élèves» reçoivent un enseignement du dessin et de la géométrie, commun à toutes les sections. Ce cours est, en quelque sorte, un cours général préparatoire, organisé pour donner à tous les élèves une instruction artistique primaire, uniforme, qui les rende aptes a suivre fructueusement les cours suivants. Après cela, les jeunes gens se trouvent en présence des trois grandes divisions générales de l'ai't : peinture, sculpture et architecture. Ils doivent alors faire, entre elles, un choix conforme au métier qu'ils veulent exercer ; a leur intention, il a été dressé un tableau synoptique, qui donne ingénieusement l'indication de toutes les branches industrielles dérivant de chacune de ces divisions générales. Les organisateurs de ces écoles ont pensé avec raison qu'une spécialisation précise était nécessaire, dès la deuxième année, afin cjue l'élève, pendant l'étude de l'application de l'art à son industrie, fût encouragé constamment a persévérer, l'utilité pratique de l'enseignement lui étant démontrée a chaque instant. L'expérience a prouvé, en effet, que si les deux tiers des élèves abandonnaient autrefois les académies, avant d'avoir appris quelt[ue chose d'utile, la raison en était à ce fait qu'ils avaient eu le sentiment très net de l'inutilité, pour leur métier, du travail long et difficile, auquel les règlements les condamnaient. L'ancien système de la généralisation des études présentait, en outre, le grave inconvénient d'égarer beaucoup de jeunes gens, dans un enseignement d'art pur, sans appli-

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cation a l'industrie, et d'en faire ainsi de fort mauvais peintres, sculpteurs et architectes, alors qu'ils auraient pu devenir, avec un autre enseignement, d'excellents menuisiers, charpentiers et décorateurs. Les élèves qui témoignent de dispositions exceptionnelles pour la peinture, la sculpture et l'architecture passent ensuite, après des examens très sévères, dans une école spéciale qui, à Anvers, porte le titre d'Institut supérieur des beaux-arts, et a Bruxelles, celui d'Académie des beaux-arts.

Les résultats de cette réforme sont qu'à l'heure présente, sur les i,ooo élèves de Pinstitution, 354 sont inscrits à l'Ecole des arts décoratifs et en suivent les 9 cours, qui sont ainsi dénommés: dessin d'objets industriels, dessin d'ornement avec notes historiques de dessin d'ornement, composition d'ornement dans ses diverses applications industrielles, composition d'ensembles décoratifs appliqués à l'arcliitecture, peinture décorative (deux classes), sculpture décorative (deux classes). En outre, dans le dernier exercice, le conseil académique et le conseil communal, sur la proposition du conseil de perfectionnement de l'école, ont décidé de donner encore plus de développement à l'étude de l'art décoratif, en créant entre la classe d'ornement historique et celle de composition d'ornement une classe intermédiaire, celle de l'analyse de la fleur. A l'occasion de la célébration du dixième anniversaire de la fondation de l'Ecole des arts décoratifs, le bourgmestre de Bruxelles a tenu à "se rendre un compte exact des résultats de l'institution, et a provoqué à cet effet un.e enquête auprès des chambres syndicales et des anciens élèves de l'école pour connaître le chemin parcouru depuis dix ans, et savoir ce qui reste à faire pour mieux servir encore les intérêts des industriels.

Les cours municipaux L'cnseigncment artistique de l'Ecole des beaux-arts est complété par six de dessin. ^colcs municipalcs de dessin pour lesquelles le conseil municipal vote annuellement plus de 5o,ooo francs de crédits, et qui comptent environ 700 inscriptions d'élèves. Dans un compte rendu de 1882, le président du conseil d'administration de ces écoles résumait ainsi éloquemmenj le programme de leur enseignement :

Pour les écoles municipales, le programme est plus simple et plus court, comme sont les moyens et le temps qu'on leur accorde. Elles doivent constituer, avant tout, un enseignement populaire, c'est-à-dire former des artisans supérieurs, et donner au plus grand nombre

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