‹ Les industries d'artChapitre 43 sur 86 · L'ECOLE MUNICIPALE DE DESSIN · texte numérisé non relu

L'ECOLE MUNICIPALE DE DESSIN

les industries d'art locales. Elle a été pour ainsi dire abandonnée par la invuucipalité, qui ne lui consacre qu'un budget de 8,000 fr., et l'a installée misérablement au sommet d'un vieux bâtiment délabré — renfermant en outre une école primaire et un commissariat de police — dans les conditions les plus déplorables d'outillage, d'aménagement, d'éclairage et même de salubrité. Le corps professoral reçoit les appointements suivants : le directeur-professeur de dessin artistique, i,5o() fr. ; le professeur de dessin industriel, 1,100 fr. ; le professeur d'architecture, 600 fr. ; le professeur de mathématiques, 800 fr. Les industriels se désintéressent de l'institution ; aucune chambre syndicale, aucune association, ne lui accorde la moindre subvention, le plus petit prix d'encouragement.

Il a été déjà plusieurs fois question de la réorganisation radicale de cette Ecole de dessin, vraiment indigne d'une ville aussi riche; mais les projets ont toujours échoué. En 1881, quand le ministère de l'instruction publique décida la création en Bretagne d'une Ecole régionale des beaux-arts, elle fut proposée à la municipalité de Nantes qui la refusa, ne voulant pas s'engager à bâtir mi édifice spécial pour l'y installer. En 1892, le conseil municipal décida la mise à l'étude d'un projet de transformation de l'Ecole de dessin en Ecole des beaux-arts, et de sa reconstruction sur l'emplacement du vieux musée; le mandat du conseil a expiré avant la discussion du projet. En ce moment, la nouvelle municipalité a fait nonnner une commission pour le reprendre et l'étudier à nouveau. J'ai exprimé le désir de connaître l'économie générale de ce projet, le plan de réorganisation, les programmes, et surtout les idées nouvelles qui ont pu y être exposées. Toute apparence d'ingérence extérieure soulevant immédiatement des hésitations — on semble être fort autonomiste dans la ville de Nantes, — il ne m'a été possil)le d'obtenir (pie l'indication qu'on se propose de créer, non point une école pratique pour les industries artistiques de la ville, mais une Ecole des beauxarts pour faire des candidats aux bourses de Paris et aux prix de Rome, sur le type de l'Ecole municipale de Lill<% fort admirée par l'administration nantaise. Or, ce n'est point du tout cela ([u'espèrent les représentants de ces industries, A cet égard, les vœux tles chambres syndicales et des chefs d'ateliers ont été nettement et unanimement expressifs. A la Chambre syndi-

La réorganisalioa

de l'école.

Opinions et vœux des industriels.

25o NANTES.

cale de l'aineiibleiiient, doul le bureau s'est réuni spécialenieut daas le but de me faire connaître ses idées à cet égard, il m'a été dit en propres termes : a Quant à l'organisation d'vuie Ecole des beaux-arts, nous la verrons avec plaisir. Les élèves se recruteraient parmi ceux qui sortiraient des écoles d'apprentis et ceux qui dans les ateliers montreraient de réelles dispositions. Elle d('velopperait des talents qui sans elle n'auraient pas été cultivés, et profiteraient ainsi à toutes les industries d'art. Nous n'aurions peut-être plus à conslaler, comme aujourd'hui, que le tiers des ap])reulis devenus ouvriers abandonnent leur métier" faute de moyens d'existence. La Chambre syndicale de l'ameublement, les autres chandjres syndicales et les principaux industriels ([ui pourraient aider à l'organisation de cette école n'ont jamais été consultf's. Les commissious |)i'ises dans le seui du conseil municipal n'ont pas jugé à propos juscpi'à préseul de mettre à profil l'expérience de ceux tpii sont le plus intéressés à une bomie organisation. » Line déclaration non moins nette sur ces mêmes points m'a été faite par la (^iiambre syndicale des industries du bâtiment, ([ui cojiipte i6o membres. Le président du jurv d'(''lal j>our l'exemption des ouvriers d'art du service militaire de trois ans, cher d'un grand atelier de meiuiiserie, m'a fait (Moijuenmient part de ses craintes (jue la réorganisation de l'Ecole mmiici[)ale de dessin en Ecole des beaux-arts, tpi'il espère innuinente parce qu'elle est devenue absolument nécessaire, ne soit pas faite assez hardiment dans le sens de la spécialisation industrielle, avec un enseignement d'applications prati({ues ; qu'elle n'entraîne encore plus du côté de la peinlui'e et de la scul])ture, par conséquent hors de Nantes, les sujets les mieux dou('s. Le patron (riiiic maison d'ébénisterie qui occupe pi'ès de 5oo ouvriers a été aussi net dans ses souhaits que l'c'cole future puisse fournir à l'induslrie des scu]j)leurs ornemanistes de tuleul el des tapissiers de grand goùl par une insirucliou artistique absolumeul |irofessionnelle.

Une Ecole des arts décoratifs viendrait au moment psychologique. Il s'est fait à Nantes, depuis quelques années, un grand mouvement économique et industriel (pii a amené une augmentation du chiffre des habitants el accru l'importance de la ville. < )n bàlit de nouveaux cpiarliers, on transforme les anciens. Des édifices nombreux, civils el religieux, sont en cours de cous-

Page 1