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L'EBÉNISTERIE ET LA MENUISERIE

Iruclioa ou vlejiiienf d'être aclievés, allendaiit une tlécoration de peintuies et de sculptures ; et la régiou uautaise a suivi Texemple de la métropole. Le goût du luxe et tlu bien-être se développe avec l'aisance et la richesse. Les traditions de \ie ('légante qui avaient été abandonnées par l'aristocratie et la bourgeoisie semblent renaître. On caresse le rêve de faire de Nantes la véritable capitale de la Bretagne. Or, pour gu'une i-enaissance puisse se produire, qu'elle soit durable, féconde, et s'aflirme avec éclat, il lui faut des industries d'art nombreuses et prospères. 11 y en a beaucoup ici ; mais la plupart ont subi une profonde décadence par suite d'une longue période d'abaissement du goût, et de la dimimition des fortunes privées.

La plus importante de ces industries, celle (jui a le mieux résisté et qui L'ébénisterie

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même, dans une de ses branches, a pris une certaine extension, est l'industrie du bois : meimiserie, ébénisterie et ameublement. Elle occuperait actuellement un juillier d'ouvriers, répartis dans une demi-douzaine de grandes maisons et dans une juullitude de petits ateliers. L'ébénisterie non seulement alimente Nantes et la région de jneubles courants d\me bonne exécution et de belles œuvres d'art, elle en exporte aussi beaucoup à Paris où des maisons du faubourg Saint-Antoine réputées de premier ordre et les grands magasins les vendent comme des créations parisiennes. Paris, en échange, expédie à Nantes le produit de camelote, la fantaisie de pacotille et le faux meuble de luxe, qui garnissent les bazars. Les doléances des chefs de cette branche de l'industrie portent exclusivemeut sur les tendances de la clientèle vers le l)on marché, alors qu'autrefois elle | ayait sans hésitation les meubles de prix ; et sur l'invasion du snobisme pour les importations anglaises. L'apprentissage s'y fait sans trop de difhcultés de recrulement ; une maison a même su créer chez elle une école spéciale (jui lui fournit des sujets d'éhte. L'organisation des grands ateliers y est exceptionnelle. Ils ont à leur tête des chefs habiles, ayant re<;u une instruction professiomielle sérieuse ; Tun de ces ateliers présente cette très rare particularité d'être tlirigé par l'arrière-petit-fils et l'arrière-petit-gendre de son fondateur. H y a partout un personnel de dessinateurs habiles et de sculpteurs de mérite, mais il devient insuffisant par suite de l'extension des affaires. Par cette organisation, l'industrie a pu coiujuérir sur Bordeaux et sur Paris la spécia-

NANTES

lité des aménagements de paquebots et vaisseaux, dans laquelle elle n'a plus qu'une seule concurrence, celle de Cherbourg.

Quant à la menuiserie d'art, elle trouve dans les travaux religieux une compensation à la pénurie des commandes pour les constructions civiles et les édifices publics. On bâtit eu Bretagne beaucoup d'églises et de chapelles, encore que les nouvelles lois sur les fabriques et les droits d'accroissement aient diminué les ressources du clergé. Là, les industriels font le procès aux architectes en général pour le peu d'encouragements et de collaboration qu'ils leur donnent, et même parfois pour rencontrer en eux des adversaires déclarés, jaloux de leur indépendance et de leurs succès. L'apprentissage, dans cette branche de l'industrie du bois, est moins facile que dans l'ébénisterie ; on me dit que le métier de menuisier est foi't tombé dans l'esprit des parents qui lui préfèrent pour leurs enfants tous les métiers métallurgi([ues, par les raisons qui ont été exposées plus haut. Aussi, réclame-t-on unanimement la création d'une école spéciale pour former des apprentis et donner aux ouvriers une instruction industrielle et artisti({ue sérieuse qui leur fait grand défaut.

TIne industrie toute nouvelle, fort intéressante, vient d'être créée : celle de la toile peinte pour décoration d'intérieurs. Actuellement, une seule maison l'exploite, mais dans des conditions industrielles et commerciales relativement restreintes. Elle est appelée à recevoir un grand développement ; les architectes et les décorateurs s'en montrent fort satisfaits, et déjà des installations complètes ont été faites dans des châteaux et dans des étabhssements publics avec un certain succès. Son initiateur a eu l'habileté de produire dès le début des pièces aux dessins originaux et aux coloris très frais, d'un effet décoratif superbe. Pourvu qu'il n'intervienne pas là, comme partout, hélas ! (juekpie industriel ({ui, pour attirer la clientèle par le bon marché, avilisse la fabrication et trompe le public par (juelque abominable contrefaçon.

La sculpture décorative. La sculpturc sur bois ct sur picrrc présente une situation qui, sans être brillante, permet aux i5o artistes qu'elle compte de travailler régulièrement, de vivre tant bien que mal. Le besoin de réformes radicales dans l'organisation sociale et économique de l'industrie, dans le recrutement des apprentis,

dans renseignement professionnel et artistique des ouvriers, s'y fait partout sentir. Le compte rendu sommaire d'un long entretien avec le chef du plus important des ateliers de la ville résumera expressivement les doléances, les craintes et les vœux de la corporation sur ces divers points. La lutte de la sculpture véritable contre la concurrence de Saint-Sulpice, — carton-pâte, siu'moulage, plâtre et enluminure, — est très dure, d'autant plus qu'elle a pour elle l'ignorance et la cupidité du bas clergé, incapable de distinguer entre une œuvre d'art et la pacotille fardée. Pour son compte personnel, il a dû s'ingénier à trouver toutes sortes d'inventions et de perfectionnements mécaniques pour le découpage, le cliantournage, la mise au point, qui lui permettent d'approcher des prix de Saint-Sulpice, de livrer, par exemple, des statues en pierre, grandeur naturelle, d'une exécution soignée, pour i,ooo fr. La vie pour un artiste qui voudrait faire de la statuaire et de la décoration autrement que par des procédés industriels serait impossible en province, à son avis ; et il me cite les noms de nombreux sculpteurs qui sont mc»rts de faim littéralement après avoir produit des œuvres d'un réel mérite ; jamais, parce qu'ils étaient des provinciaux, on n'a consenti à leur payer les mêmes prix qu'aux sculpteurs parisiens, à qui d'ailleurs dans les grandes villes sont réservées presque exclusivement les commandes importantes pour les monuments et les édifices publics. Fort heureusement, ajoute-t-il, les travaux religieux suppléent à la pénurie des travaux civils. On ne se doute pas de ce que, depuis vingt-cinq ans, il a été bâti ou restauré d'églises en Bretagne ; entre paroisses il y a émulation à avoir l'église la plus vaste, la plus haute, la mieux décorée, et l'on n'y épargne point l'argent. Mais il n'y a plus guère de petites villes ou de villages à pourvoir de constructions nouvelles; on a dû songer à aller cherchei' en Vendée et en Anjou la besogne nécessaire pour alimenter les ateliers; or, le clergé y est moins généreux et n'a pas le même goût pour la décoration artistique des églises. Les sculpteurs ne trouvent point chez les architectes le concours et la protection auxquels ils devraient s'attendre ; ils ont même parfois à souffrir d'une véritable hostilité. Ainsi l'un d'eux a failli être mis à l'index par la corporation entière sous le prétexte qu'il obtenait directement des travaux, qu'il en fournissait les plans et les dessins. Pielativement à l'apprentissage, le recrutement des

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