LA PEINTURE DÉCORATIVE. — LA SERRURERIE D'ART
à la gabegie. On me déclare qu'il n'y a ([unn seul chef d'atelier qui ait fait, à Nantes et à Paris, dans des écoles d'art, des études artistiques spéciales en vue de son industrie, et que les ouvriers, en général, ne témoignent d'aucun souci de développer leur instruction professionnelle, en suivant des cours de peinture décorative. Patrons et ouvriers objecteraient irréfutablement qu'il serait bien difficile qu'il en fût autrement. Où les uns et les autres pourraient-ils apprendre leur métier d'art ? Il n'y a pas une école, pas un cours public, où l'on enseigne même simplement le faux marbre et le faux bois. Aussi, réclame-t-on la création d'une véritable Ecole des arts décoratifs ; en ajoutant nettement qu'elle sera inutile, si préalablement les administrations n'ont pas aboli le système des adjudications.
Aux patrons et ouvriers de ces deux corporations de la sculpture et de la peinture décoratives, qui se préoccupent de la création de cette école, et qui auront sans doute l'intelligence de faire défendre leiu^s intérêts devant la municipalité par les chambres syndicales ou par des délégués, je signale particulièrement comme document pour les propositions de programme d'études celui de l'enseignement spécial aux ornemanistes et aux décorateurs, donné à l'Ecole des beaux-arts d'Anvers, compris sous la dénomination générale de cours d'application aux métiers qui relèvent de la peinture et de la sculpture :
(( Etude de l'ornementation de différents styles, dans ses divers rapports avec la peinture et la sculpture, depuis l'antiquité jusqu'aux temps modernes ; compositions d'ensemble peintes ou dessinées, modelées en terre ou en cire.
« Etudes de détails pour des projets en rapport avec les métiers dépendant de la peinture et de la sculpture à exécuter sur programmes avec devis estimatifs des travaux.
« Peinture et modelage d'après nature de trophées et d'accessoires, de plantes, de fleiu's et d'animaux; nature morte et nature vivante. » (Rapports de missions, 3*^ volume, p. 28.}
Les serruriers sont encore en assez grand nombre et font preuve d'une La serrurerie d'art, rare habileté dont les architectes n'hésitent pas à rendre témoignage, en citant, comme exemples, des tables de communion et des grilles monumentales, fort bien exécutées sur des dessins originaux. ^
NANTES
Il y a à Nantes quelques peintres verriers — une cinquantaine — disséminés dans cinq ateliers, qui s'adonnent exclusivement aux vitraux religieux. La corporation souffre beaucoup de la concurrence parisienne favorisée par les architectes et par le clergé, de celle à outrance que les industriels se font entre eux, à la fois par besoin de travaux et par jalousie de métier. Les apprentis et les artistes se forment dans les ateliers ; il m'a paru que l'insiruction qu'ils y reçoivent n'est point très profonde ; fjuelques-uns fréquentent les cours de l'Ecole municipale de dessin ; on me déclare qu'ils n'en tirent pas un grand profit. Aussi, y a-t-il là unanimité de vœux pour la transformation de cet établissement en Ecole des arts décoratifs. Un Musée d'art et Toutcs CCS corporations (l'industrics d'art, dans les doléances et les vœux
d'industrie ., ., , ipiii- i ii i-
111 Palais des arts. ^l'u ^ out ctc cxprimcs par Ics clicts d ateliers et par les chambres syndicales, réclament non moins vivement qu'une école d'art, un Musée d'art et d'industrie. La Chaml)re syndicale de l'ameublement me dit : « Xous verrions avec le plus grand intérêt, l'estimant très utile, se créer dans le musée nouveau une section d'arts décoratifs, une collection de meubles, tapisseries et étoffes, objets d'art industriel, (pii, tout en étant pour nous des sujets d'études, des documents précieux, développeraient en même temps le goût de nos clients et les amèneraient à nous faire des commandes plus artistiques. Une galerie destinée à recevoir des expositions permanentes, locales ou régionales, uniquement artistiques, et excluant tout mercantilisme compléterait cette création et la rendrait plus intéressante et plus utile, en multipliant les visites du public. » La municipalité paraît être dans les mêmes sentiments et opinions sur l'opportunité de la création d'un Musée d'art et d'industrie, sur les services ([u'il rendrait aux industriels de Nantes ; mais les idées sur son organisation, sur son fonctionnement, sur le concours de l'État, sur la participation des corporations et associations industrielles et artistiques, ne paraissent rien moins qu'arrêtées et décisives. D'une part, on projette d'annexer à l'Ecole des beaux-arts future deux ou trois salles qui serviraient de musée ; de l'autre, il serait question d'utiliser, dans ce but, tout ou partie des vastes galeries du rez-de-chaussée du nouveau Palais des arts. Une difficulté générale embarrasse, il est vrai, tout le monde : la ville ne possède pas actuellement le plus petit embryon de collections d'art industriel. De