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LE MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE. — LE MUSÉE DOBUÉE

cette difficulté il faut faire un moyen. A bien examiner la situation, sous toutes ses faces et dans toutes ses conséquences, on peut la trouver excellente et exceptionnelle de tous points.

Dans quelque temps, par la donation Dobrée — un véritable palais et des collections d'objets d'art ancien, orfèvrerie, émaux, meubles, céramique, etc., et de curiosités de tous genres, autographes, gravures, etc., évaluées à plus de trois millions de francs, sans compter la dotation pour leur entretien, donation complétée par les collections de la Société d'archéologie, fort riches en antiquités locales et régionales — , Nantes possédera un musée de Gluny. Les projets du comité qui dirige ce futur musée, départemental — car c'est Le Musée archéoiogùiuc

I , , • 1 j • / 1 I j • • et le Musée Dobrée.

le département qiu a hérite du généreux amateur nantais et qui a recueilli les collections archéologiques cédées par la société impuissante à les augmenter avec ses minimes ressources — sont les suivants : Dans le palais, élevé sur les plans de Viollet-le-Duc, en style du xif siècle, comprenant trois étages, seront placées les antiquités et les collections Dobrée — les conditions du legs s'opposent à la disjonction de ces collections. — On s'efforcera de donner à l'installation des unes et des autres une physionomie pittoresque, en même temps qu'un ordre scientifique aussi complet que possible pour faciliter les études et intéresser le public. Dans le manoir du duc Jean V, qui date du xv® siècle, contigu au palais dont il n'est séparé que par une coui', on aménagera les salles, au nombre de neuf, de façon à constituer des ensembles de mobiliers de diverses époques, en vue de servir de modèles de style et de goût aux artistes et aux ouvriers de l'industrie de la menuiserie et de l'ébénisterie. Dans les jardins, qui mesurent près d'un hectare, seront placées les reconstitutions de différents monuments que contient le Musée d'archéologie : un cloître, des façades de maisons à pans de bois, une chapelle Renaissance dont l'ornementation est attribuée à Michel Colombe, etc., de nombreux fragments de sculpture très précieux du Moyen âge et de la Renaissance. Les sculpteurs sur pierre trouveront là des modèles techniques parfaits.

Que la municipalité crée donc au Palais des Arts un Musée d'art décoratif en moulages pour tout ce qui est ancien jusqu'à la fin du xviif siècle, et en originaux, à partir de celui-ci. La commission du Musée des beaux-arts a

NANTES

été saisie tout récemment par le conservateur général d'un projet d'organisation d'une sorte de petit musée du Trocadéro et l'a adopté à l'unanimité. Ce projet pourrait recevoir une extension fort opportune par l'adjonction aux pièces d'art monumental de spécimens d'œuvres de décoration mobilière, correspondant chronologiquement et etlmographiquement. Un musée Type allemand de cc gcurc a été Créé de toutes pièces, en 1868, quand on décida de doter

de musée de moulages i . i ' . . .

pour l'industrie. l^s uidustrics artistiqucs de la Bavière d'une institution d'enseignement artistique. Les sections du bois et des métaux — mobilier, lambris, panneaux sculptés, ferronnerie, armes, bronzes, orfèvrerie, joaillerie, etc. — ne sont composées que de reproductions en plâtre et en galvanoplastie ; des peintures à l'huile, à l'aquarelle, au pastel, des photographies et des dessins composent les collections des sections du tissu et de la céramique. Et ce musée de moulages et de copies, qui n'est pas une des moindres attractions du palais de la Maximilian strasse, a rendu les plus grands services aux industriels, aux ouvriers et aux artistes munichois. Les musées d'art industriel du South Kensington, de Londres, d'Edimbourg, de Berlin, de Vienne et de Buda-Pestli, ont également organisé des galeries de moulages d'œuvres d'art fort intéressants et très appréciés comme matériaux d'instruction artistique. Avec les produits des ateliers de reproductions en plâtre du Louvre, de l'Ecole des beaux-arts et de l'Union centrale des arts décoratifs, avec les galvanoplasties de Christophle, d'Elkington et autres nombreux industriels ayant, aujourd'hui, à leur disposition des procédés scientifiques merveilleux, peu coûteux; au moyen des pubHcations de tous genres en chromolithographies et en photographies coloriées, abondamment multipliées depuis vingt-cinq ans, il serait facile de constituer rapidement et relativement à très peu de frais au Palais des Arts, un Musée d'art décoratif qui ferait grand honneur à la ville de Nantes, et serait très utile pour le développement de ses industries.

Une partie des galeries serait réservée pour les expositions périodiques de peintures et d'art décoratif, pour une exposition permanente des œuvres produites dans les ateliers d'art nantais. Ce système d'expositions existe aujourd'hui dans tous les musées de grandes villes, en Autriche, en Allemagne et en Angleterre ; et, il prend de jour en jour plus d'extension, en raison des services immenses qu'il rend.

Ce projet de création au Palais des Arts, développé dans ses grandes lignes devant M. le maire, a paru lui sourire fort; son principe a été accepté sous la réserve ou plutôt avec l'espérance d'une contribution en œuvres d'art de l'Etat, comme il a été fait à Saint-Etienne; et du concours de l'Union centrale des arts décoratifs, suivant les promesses annoncées au congrès de 1894. En conséquence, le minime crédit de 7,000 fr. environ, accordé par la ville, serait augmenté pour faire face à des acquisitions nombreuses d'œuvres d'art modernes, dans toutes les branches d'industries, surtout dans l'ameublement.

Une institution, sur la création de laquelle il y a également unanimité de vœux, est une Association d'art et d'industrie, qui réunisse, dans une communion constante d'efforts, d'ambitions et de dévouements, tous les industriels et les ouvriers d'art, tous ceux qui, par leur situation sociale, par leurs goûts, s'occupent d'art et s'y intéressent. Ici, comme ailleurs, les chambres syndicales se consacrent exclusivement aux questions d'ordre purement économique ; les relations entre industriels de la même corporation ne sont rien moins que cordiales et fréquentes ; chacun vit à l'écart, cachant soigneusement ses affaires, se dérobant le plus possible aux charges, si restreintes qu'elles soient, qu'imposerait toute association effective; et cherchant par tous les moyens, souvent même les moins louables, à débaucher la clientèle de ses concurrents. Or, tout le monde se plaint amèrement de ces mœurs, souhaite qu'elles soient remplacées par des sentiments de solidarité, d'estime et de confiance mutuehes, par des échanges d'idées et la mise eu commun des moyens d'action pour se défendre contre la concurrence étrangère, contre la dépression du goût public et contre l'invasion des bazars qui discréditent l'industrie par les produits mauvais qu'ils répandent partout. Une association seule peut amener cette évolution ; seule aussi, en s'adressant aux ouvriers en même temps qu'aux patrons, elle pourra, sinon mettre hn, apporter des atténuations, bien voisines de l'entente, aux dissentiments qui séparent à cette heure si tristement les uns et les autres.

Il a bien été fondé, en 1890, une association, la Société des Amis des arts, qui a fait espérer un instant que Nantes allait être doté de cette institution. '^<=« A l'illusion a succédé bientôt la déception. Après six ans de fonctionnement, cette association est restée ce que l'avaient faite ses statuts, sans la transfor-

NANTES

mation de son organisme que semblaient devoir lui imposer les circonstances et la perception immédiate des services immenses à rendre aux industries d'art : une réunion temporaire de 2 44 amateurs, rentiers, industriels, négociants et fonctionnaires, qui fait annuellement, pendant un mois, dans une galerie privée, une exposition de peinture, sculpture et objets d'art, dont les bénéfices sont appliqués à l'acquisition d'œuvres que les sociétaires se partagent par voie de tirage au sort. Pourtant, il s'est trouvé deux ou trois membres, qu'une mission aussi élevée et aussi utile à remplir n'a point laissés indifférents, qui ont tenté de faire quelque chose en faveur des industries. Gomme début, ils ont obtenu, en 1 894, d'organiser une exposition spéciale des arts décoratifs — métaux, bois et tapisseries. — - L'entreprise a peu réussi. Le contraire eût été un phénomène ; l'exposition avait contre elle la majorité de la société préférant, par goût et intérêt, des aquarelles et des tableaux ; les industriels et les artistes de Nantes, mécontents de ce que l'exposition paraissait avoir été réservée à l'industrie parisienne — sur 34 exposants, il n'y avait en effet que 3 Nantais — . Les amateurs de peintures et les industriels pratiquèrent la protestation de l'abstention. Aussi n'enregistra-t-on que la moitié des entrées des années précédentes, 2,000 fr. au lieu de 4?ooo fr. ; 8,000 fr. d'acquisitions au lieu de 3o,ooo fr. ; et le bilan se solda par un déficit de 2,000 fr. Cet échec financier n'a point découragé les énergiques promoteurs des Expositions d'art décoratif. Forts d'être dans la bonne voie sociale et de faire ainsi plus d'honneur à l'association, ils ont réclamé une dernière expérience, sous la condition d'un abandon définitif des expositions industrielles, si la prochaine qu'on organisera en novembre, ne donne pas de meilleurs résultats financiers. Une association spéciale d'art et d'industrie, composée d'industriels, d'artistes et d'ouvriers, soutenue par l'Etat, par la municipalité et par les chambres syndicales, aurait une autre crainte : ne pouvoir faire assez ; et une autre ambition : faire mieux encore, pour encourager et défendre les industries d'art par de nouveaux sacrifices et |)lus de dévouement.

RENNES

Rennes offre la démonstration superbe du principe qu'une institution L'École régionale

. . . des beaux-arts.

d instruction publique ne vaut que par ceux qui la dirigent et y enseignent ; que l'esprit de décision, l'énergie, le dévouement et la poursuite d'un objectif pratique et précis transforment rapidement les conditions les plus défavorables à son développement et à sa prospérité. Quand on fonda, en i884, l'Ecole régionale des beaux-arts, les artistes et les industriels ne s'en montrèrent rien moins que des partisans enthousiastes ; la municipalité, ellemême, avait été certainement, dans l'acceptation des propositions du Gouvernement, beaucoup plus inspirée par un sentiment de rivalité contre Nantes, h qui Rennes dispute le titre de capitale de la Bretagne, que par la constatation du besoin de fonder une œuvre de haute portée sociale, par l'urgence de défendre et faire prospérer les industries de la ville et de la région. On ne paraît point ici très ambitieux de gloire artistique. Les monuments anciens sont sans caractère grandiose; les édifices modernes n'ont ni grâce ni originalité ; on continue à bâtir, dans le goût d'autrefois, de hautes maisons mornes, qui perpétuent la monotonie et la sévérité de la vieille ville parlementaire. Les rares statues placées sur les places publiques les encombrent plus qu'elles ne les embellissent ; et, dans les intérieurs, les traditions d'économie et de simplicité n'ont point encore fait place à des habitudes de luxe et de confort. Calme de tempérament, modeste d'idéal, sans ambitions, le Breton de la Haute-Bretagne se laisse vivre paisiblement, avec l'exclusif souci de ne pas troubler la tranquillité du présent par de vastes projets d'avenir et par de trop vifs regrets du passé. L'école fut installée pitoyablement dans les greniers d'un bâtiment neuf, occupé par des locataires variés : postes, cercle militaire, etc., etc. ; fâcheux témoignage public d'une officielle indifférence pour l'institution nouvelle. La municipalité ne remplissait point là ses enga-

RENNES

gements vis-à-vis de l'Etat ; elle devait faire construire un édifice spécial, répondant à toutes les exigences d'un enseignement industriel et artistique complet. Mais l'artiste mis à la tète de l'école se préoccupe immédiat ement d'étudier la situation de l'art et des industries à Rennes ; son enquête lui fait la conviction très nette que l'école doit avoir pour but principal de former des ouvriers d'art ; qu'en conséquence la théorie dans les cours doit être complétée par la pratique dans des ateliers. Il fut autoi isé à appliquer ces idées, encore qu'elles parussent étranges et audacieuses. Le système pliilosopliiipie des compensations du bon Azaïs peut tirer un bel exemple de cet incident d'une rmmicipalité qui, pour cette institution, laisse faire tout ce qu'on veut, pourvu qu'il ji'y ait pas de dépassement de crédits dans le budget annuel. Une indolence apparemment regrettable devient une louable sagesse : les résultats en seront de tous points excellents. Il a donc été créé ici ce que je n'ai pas encore trouvé ailleurs aussi caractérisé : un enseignement d'art appliqué pratiquement aux industries. Atelier de peinture Lc cours clc cojuposition décorativc, basé sur des connaissances très dtcoiative. sévères du dessin, des mathématiques et de l'anatomie, comprend des études d'après la plante vivante au jardin public du Thabor, d'après la faune et des minéraux, sur des pièces du Musée d'histoire naturelle, et des compositions d'objets variés, avec analyse technologique des éléments qui les composent. Après le cours, les élèves sont appelés, dans un atelier d'application, à exécuter en grandeur naturelle — comme un travail définitif — ^des fragments de décoration d'après les conqjositions précédentes, non seulement en vue d'apprendre à composer, mais à peindre industriellement. Sur 27 jeunes gens suivant le cours, il n'y en a pas moins de 1 8 qui fréquentent assidûment l'ateher.

Malheiu'eusement, l'installation de cet atelier est mauvaise à tous les points de vue : l'espace et la hunière font défaut; on ne peut faire de grandes pièces de décoration ; la pému'ie du matériel impose l'obligation, cruelle et désespérante, de détruire cluupie jour les peintures de la veille ; la municipalité consacre annuellement à l'achat des couleurs, des toiles, des châssis et des pinceaux une somme de 3oo fr. ! Et pourtant les résultats — 1(»ns les ('lèves li'ouveiil à se placer en sortant de l'école avec des salaires

(roiivriei's — (IcAi'aieul plaider en faveur d'une inslallalion el (Tnn outilla(|e tlicjnes d'une grande école d'art, permettant de donner à l'enseignement toute son extension, alors qu'aujourd'hui il est restreint de telle layon <pie l'atelier ne produit pas le dixième des travaux (|ui s'y feraient dans des conditions normales, même modestes.

Pour les jeunes gens n'ayant point l'ambition de devenir des décora- Aidier de peinture

en bâtiment.

teurs, on a créé un cours de peinture en bâtiment qui ne compte pas moins de II élèves. Ils y reçoivent les premières notions de préparation de peinture sur les différentes matières, y apprennent les divers genres de lettres, le filage à main levée, la décoration à plat et cernée, les faux marbres et les faux bois. L'instruction professionnelle domiée dans cet atelier est si pratique, si utile par le dessin qui raccom[)agne, (pie la plupart des élèves entrent dans des maisons de peinture de la ville et de la région avec des salaires immédiats. Là aussi, fâcheusement, le professeur ne dispose point de locaux ni de documents de travail suflisants ; il doit pi'endre comme champ d'expériences techniques et artistiques les j)linthes, les chambranles et les parois des couloirs obscurs des bâtiments de l'école, où le travail se trouve constamment entravé ])ar les allées et venues. Le budget du matériel de ce cours est de 4oo fr. !

La section de sculpture comprend deux ateliers : l'un de modelage. Atelier de scuipiiue

, - . . - !• [•'''■'■"c et sur buis.

1 autre de sculpture pratique sur pierre, marbre et bois. Ce dernier atelier — qui constitue également une fort intéressante innovation dont je trouverai bien peu d'exemples dans toute mon enquête — est fréquenté par lo élèves, dont 7 boursiers. Faute de place dans le bâtiment de l'école, on a dû l'installer fort loin, dans un laubourg ; le local (pii lui est affecté — qu'on loue annuellemenl 56o fr. — a la physionomie et la réalité d'une éclK)ppe où les élèves sont les uns sur les autres, embarrassés dans les malériaux et les pièces en cours d'exécution. Là aussi les résultats sont remarquables. Les élèves non seulement trouvent avec facilité des places rémunératrices, mais ils sont fort recherchés par les patrons ; et l'école ne peut pas sufOre aux nombreuses demandes. La préoccupation du salaire avait longtemps lait obstruction à l'achèvement des études; on y a remédié par la création de bourses d'apprentissage. Sur les lo élèves, 7 sont boursiers. L'école tout

RENNES

entière n'en compte pas moins de i6 ; la municipalité vote annuellement dans ce but un crédit de 3,4oo fr., et le conseil général une subvention de i,ooo fr. Mais, quand arrive la troisième année d'études — pour faire un bon ouvrier praticien quatre ans sont nécessaires, — il est presque impossible de retenir les élèves, surtout les plus habiles et les plus intelligents. La direction de l'école s'en montre fort désolée. N'y aurait-il pas lieu, en ce cas, à l'adoption d'un système qui a fort réussi ailleurs : celui des primes de fin d'études ?

On a très intelligemment résolu le gi'ave problème des travaux pratiques, les seuls tjui puissent former des artistes. Le directeur s'est ingénié à procurer d'une façon à peu près permanente à l'atelier des commandes de l'administration municipale. Ainsi, grâce à un dévouement peu commun, il a obtenu de faire exécuter une série de vases, de statues et de groupes — ^dont il fournit gracieusement les modèles, étant lui-même un sculpteur de talent — destinés à l'ornementation du jardin public du Thabor. Quand on bâtit la Faculté des lettres et des sciences, voyant que l'architecte n'y avait réservé aucune place à la sculpture décorative, il adressa à la municipalité une protestation énergique, élocpiente, déclarant avec beaucoup de raison ([u'il étail inutile d'y faire des ornemanistes, si la ville donnait elle-même l'exemple de les exclure systématiquement du personnel des travaux de construction ; et il demandait qu'une revision des projets fùl ordonnée dans ce sens, l'école se chargeant gratuitement de toute la décoration (pi'on voudrait bien lui confier. L'architecte objecta que l'école en était absolument incapable. Le maire, M. Le Bastard, qui personnellement portait fort intérêt à l'institution dont la création était un peu son œuvre, insista avec énergie pour qu'il lut donné suite à la proposition et fit voler que Tornementation de la porte d'honneur — une tête de Minerve et deux cariatides, la Science et la Poésie — serait réservée à l'atelier de sculpture pratique. On fit faire contre ce vote par les sculpteurs de la ville une vive campagne d'opposition qui échoua. Lorsque Tatelier eut achevé la besogne, l'architecte, l'entrepreneur et les ornemanistes eux-mêmes s'empressèrent fort loyalement d'avouer qu'ils n'auraient cru jamais, avant cette épreuve, ([ue de simples élèves apprentis seraient en mesure d'exécuter aussi riqjidement et avec autant d'habileté un

travail fort délicat. Le maire, ravi, songea même à charger l'école de toutes les autres sculptures de l'édifice ; le directeur refusa : « un établissement public, dit-il, ne devant point faire concurrence à l'industrie privée ».

Cette démonstration, éclatante, de la haute valeur de l'enseignement pratique de l'école, si elle ne fit pas tomber toutes les pi'éventions — ■ notamment celles des architectes qui continuent à se montrer réfractaires à la décoration sculpturale, — devait produire au moins le très heureux effet de changer radicalement l'opinion des entrepreneurs de sculpture, hostiles jusque-là à l'institution. Aujourd'hui ils sont en relations fréquentes avec la direction pour s'enquérir des bons sujets et proposer des embauchements. C'est là un immense résultat obtenu. A toutes les expositions de fin d'année au IVésidial, les travaux de sculpture sur pierre et sur l)ois sont fort appréciés et loués; en i88g, à l'Exposition universelle, ils ont valu à l'école de Rennes un grand prix. Il convient de noter que cet enseignement pratique, destiné à faire d'émérites praticiens de pierre, de marbre et de bois n'empêche nullement l'éclosion de futurs statuaires de talent : l'année dernière, il est sorti de cet atelier un logiste du grand prix de Rome en sculpture. Ces exodes, il est vrai, constituent une exception très rare. Ce n'est pas en effet une des moindres particularités de l'Ecole régionale des beaux-arts de Rennes d'être certainement de toutes les écoles d'art de France celle qui présente le moins de candidats pour Paris et pour Rojiie, (juoique — - autre particularité - — le recrutement s'y fasse, plus que partout ailleurs, dans la bourgeoisie qui aiu'ait les moyens d'alimenter ces ambitions. Sur un état des i3o élèves de mérite sortis depuis dix ans de l'école, je n'en trouve que 2G qui ait quitté les rives de la Vilaine pour celles de la Seine, dont 1 1 pour entrer à l'Ecole nationale des Beaux-Arts, eti5 pour compléter leur instruction de peintres décorateurs, architectes, sculpteurs ornementistes et dessinateurs - industriels. Tous les autres sont restés à Rennes ou dans la région, et y exercent honorablement leur métier.

La sculpture sur bois marche de front avec la sculpture sur pierre dans l'ateher de l'école ; tous les élèves doivent apprench^e simultanément l'une et l'autre : précieuse garantie contre le chômage dans l'avenir. La sculpture sur bois offre encore plus de débouchés dans la région. 11 y aurait même

LES INDUSTRIES u'aRT. 3/i

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urgence à la développer. Autrefois, Rennes a possédé une importante ébénisterie religieuse. Deux cents ouvriers et artistes, au moins, étaient occupés d'une façon permanente dans cinq grands ateliers qui fabriquaient des autels, des chaires, des stalles, des tables de communion, des confessionnaux, en grand nombre et d'une excellente exécution ; il ne reste plus qu'un seul atelier et quelques ouvriers ; mais, dans la région, il s'est créé ou développé des centres d'ébénisterie civile, dont la production, me dit-on, croît de jour en jour, son activité portant, hélas! principalement sur le meuble breton ancien : Laval, Fougères, Dinan, Dol, Saint-Malo, Saint-Servan et Redon. La plupart des sculpteurs de l'école émigrent çà et là, assurés d'un travail plus fixe et plus l'ructueux. Cette situation devait préoccuper un directeur d'école avisé et intelligent. Il voudrait diriger une partie de l'enseignement professionnel du côté de celte ébénisterie, le faire servir à régénérer une industrie qui tourne dans le cercle de Popilius — • cercle vicieux, s'il en fut, autant que dangereux — du brocantage et de l'imitation ; et l'amener, par des dessinateurs ingénieux et des sculpteurs habiles, à la création d'œuvres qui, sans surlir, (!aris leur constitution, d'une tradition pittoresque — ce qui est leur raison d'être, — avec des éléments décoratifs nouveaux, conquerraient cert;uuemeiit luie clientèle que la satisfaction d'une fantaisie laisse indifférente au bon marché ; il projette de faire prociiainement la démonstration des moyens exceptionnels que peut offrir l'école pour réaliser cet idéal, par la fabrication de quelques pièces de mobilier, dont le dessin, le modelage, la memiiserie et la sculpture seront faits entièrement par les élèves. Or l'école n'a pas d'argent pour cela. La municipalité ne peut, faute de quelques écus, laisser tomber et un projet aussi intéressant, et tant de bonne volonté, d'cnlraiii et de dévouement. Pour cette branche d'industrie régionale, le musée, en aimexe de l'école, organisant le système de prêts de modèles de meul)les, développé au chapitre de Quimper, ne compléterait-il point merveilleusement cette belle œuvre d'enseignement industriel et artistique ?

La menuiserie est encore à Rennes une industrie assez importante par le chiffre des ouvriers — ^ 5oo — . Au point de vue artistique, sa décadence serait imminente, et sa situation sociale très critique. Plus d'apprentissage; dépression constante de la valeur de la main-d'œuvre et par là diminution des

salaires ; concurrence effrénée entre les chefs d'ateliers par les bas prix pour les commandes privées, par les rabais inouïs dans les adjudications publiques ; un syndicat ayant réuni à ses débuts i5o patrons et n'en comptant plus aujourd'hui qu'une cinquantaine, qui, dans ses très rares séances où il ne vient presque personne, ne s'occupe ni d'art, ni d'instruction professionnelle : voilà le triste résumé des déclarations douloureuses faites avec une parfaite loyauté par le président même de ce syndicat. A l'Ecole municipale d'industrie, sur 5o élèves, il y en a 3 dans l'atelier de menuiserie, qu'il est question de fermer en présence de l'indifférence des parents et de l'hostilité des petits industriels qui préfèrent des apprentis de la campagne, dont ils peuvent faire à leur gré des domestiques et des garçons de peine. Sous la précédente municipalité, sur l'initiative du directeur de l'Ecole régionale des beaux-arts, il avait été question, en considération de cet état de l'Ecole d'industrie, de les fusionner, dans le but, par un enseignement artistique plus développé, et combiné avec des ateliers d'application, de former des ébénistes, des menuisiers d'art et des ferronniers ; cette idée heureuse n'a pas été poursuivie.

Rennes est le siège d'une grande imprimerie. L'enseignement profession- L'imprimerie, nel y est organisé par l'initiative privée, de façon à satisfaire à tous les besoins de l'industrie ; je n'avais donc point à porter mon étude sur ce point.

Rennes a eu autrefois, même il y a moins d'un demi-siècle, des peintres Les vitraux d'art, verriers en renom ; à l'heure présente, à une ou deux exceptions près, la profession n'est plus exercée nominalement que par de simples metteurs en plomb, qui travaillent spécialement pour la campagne. Et, pourtant, la Bretagne, si religieuse, où l'on bâtit et restaure en grand nombre des églises et des chapelles, est une des provinces qui offrent encore le plus d'affaires à traiter avec un peu d'entregent, avec la recommandation de quelques œuvres de valeur. La direction de l'école rêve de restaurer l'art des vitraux. Actuellement, deux élèves, présentant des dispositions, qui savent dessiner et peindre sont poussés dans cette voie ; or , les locaux et le matériel font défaut pour un enseignement pratique. N'y a-t-il donc pas à la mairie, au palais de l'ancien Parlement, à la préfecture, dans les églises, quelques fenêtres à décorer ?

RENNES

L'ancienne céramique Oii il })rodiiit de la céramique à Rennes et dans les environs, à Fontenay, aux

(le Rennes. mi * i tt 'i \ i tt ivii

xvf , xvif et xvm siècles. Au moment ou Hélène de Hangest, 1 illustre femme d'Artus Gouffier, faisait fabriquer dans les dépendances de son château d'Oiron, près de Thouars, les fameuses faïences dites de Henri II, les sires de Fontenay, l'une des plus puissantes familles seigneuriales de la Haute- Bretagne, protégeaient une manufacture de terre cuite et de faïence installée près du manoir de La Josselinaye, dans un hameau dénommé La Poterie ; à la fin du xvf siècle et au commencement du x\ïf, les Gossé-Brissac, qui succédèrent aux Fontenay dans ce fief, continuèrent leur protection à cette manufacture. En 1748, un faïencier florentin, Jean Forasassi, dit Barbarino, s'installa à Rennes, sur le pavé Saint-Laurent. Le succès de son entreprise provoqua vite la concurrence ; il se fonda deux ateliers, l'un paroisse Saint-Martin, l'autre paroisse Saint-Pierre, dont les patrons firent venir des artistes et des ouvriers de Rouen et de Marseille. La céramique rennaise prospéra jusqu'au moment où les trois ateliers abandonnèrent la production d'art, faute de peintres de valeur, pour ne plus faire que de la faïence ordinaire et de la poterie ; elle disparut définitivement au commencement du xix*^ siècle. L'école aurait également l'ambition de tenter la restauration de cette industrie^ ; seuls les moyens matériels lui en manquent. Il faudrait pour cela què. larinuilicipalité y prît intérêt et consentît à dépenser quelque argent.

j .s ;. v.i; : ; .' Les .Allemande, ont bien réussi à ressusciter ainsi plusieurs anciens centres de céraTiiique artistique, abandonnés pendant des siècles. Au cours de mon Rapport de mission Alans la Prusse rhénane, j'en ai cité des exemples convaincants, (Rapports de mission s,^ â^ volume, pages 45-98.)

Situation sociale Mais, ici,-comme daus un grand nombre de villes, la municipalité et la

de l'École réijionale , . . • i i p • i i^r^ l ' • I l

desbeaux-aris. populatiou ue -paraisscut pas avou' de la ionction de 1 Lcoie régionale des beaux-arts une perception bien précise, Jii comprendre quel rôle immense elle pourrait jouer dans l'organisme municipal pour le développement de la prospérité de hi ville et de la région. On ne lui a pas fait la part d'influence sociale et de situation administrative à laquelle lui donnent droit les services rendus. Quel contraste d'installation avec l'École d'agriculture, le Lycée^ les Facultés ! Pour toutes ces insiitutions on a bâti des palais ; les futurs artistes et ouvriers d'art sont logés dans des greniers ! Les dix pro-

fesseiirs reçoivent en moyenne 9,000 fr. par an ; le professeur àn cours d'archilecture touche 1,200 fr. ! Au lieu d'être le centre naturel et logique (le l'enseignement artistique, l'Ecole des beaux-arts n'en constitue qu'une fraction restreinte ; chaque établissement d'instruction publique, le Lycée, l'Ecole normale, l'Ecole d'industrie, etc., a son professeur de dessin pai'liculier, auquel on ne peut ainsi assurer qu'un traitement insuffisant pour un artiste de valeur. Aucune des chambres syndicales n'accorde à l'école le moindre encouragement de subvention ou de prix. D'ailleurs, la municipalité ne leur a fait aucune place parmi les membres du conseil de perfectionnement qui compte, comme représentant le-s industries à titre piu'emenl privé, un menuisier et un constructeur mécanicien. Cette institution, pour laquelle la ville dépense annuellement 24,000 fr,, et l'Etal 12,000 fr., ([ue fréquentent jilus de 3oo élèves, mérite plus de bienveillance, de sollicitude et d'honneurs.

Actuellement, l'école n'est régionale que sur le papier. Or, autour de influence de récoïc

. , . -Il 1 1 • 1 • 11 • Haute-Bretagne.

Uennes gravitent plusieurs villes, dont les industries nouvelles ou anciennes se développent chaque jour Fougères, Vitré, Dinan, Dol, Saint-Malo, Saint- Servan et Redon. Du jour où son enseignement aura reçu une grande extension, aura acquis une légitime popularité, son influence rayonnera avec éclat et fécondité sur ces villes, dont les municipalités sans doute aucun créeront des bourses pour que leurs futurs artistes viennent s'y perfectionner- D'ores et déjà, en considération de l'absence de toute autre institution d'art dans cette partie de la Haute-Hiclagiu», ne serait-il pas oj)portun d'importer ici le système dont j'ai constaté l'application si pratique en Angleterre : celui des succursales? Par exemple. Derby est le centre d'une dizaine de villes industrielles, trop peu riches pour se donner le luxe d'une grande école avec des professeurs émérites ; l'administration de l'école d'art de Derby a songé à les faire bénéficier d'une organisation exceptionnelle. A tour de rôle, chaque jour de la semaine, se succèdent dans toutes les succursales ses 10 professeurs donnant ici et là les mêmes leçons. Les municipalités ou les comités locaux n'ont à se préoccuper <{ue de fournir les bâtiments et d'indemniser les professeurs de leur déplacement. Cette action s'exerce dans un cercle très vaste ; on est allé jus({u'à Chesterfield, distant de 3o kilomètres.

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et dont l'école succursale n'a pas tardé à devenir une école autonome très prospère. Le système est aussi simple qu'ingénieux.

Au défaut de Nantes, Rennes, par une Ecole d'art, vraiment régionale, richement dotée, organisée supérieurement, et complétée par un Musée industriel et artistique, dont le germe est dans les collections d'archéologie et de céramique du Palais des arts, pourrait aisément devenir la métropole artislique de la Bretagne, comme elle en est déjà, par son Université, la métropole scientifique.

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