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modernes de Oiiimper, qui les rend si difficiles à distinguer des produits de ces divers centres; sans compter (ju'il s'est produit accidentellement d'autres influences, telles que celles de Delft, de Montmorency, de Strasbourg, etc., source de difficultés de classification pour les historiens et les amateurs. Cependant, la tradition de Rouen a toujours dominé; hier encore, elle caractérisait industriellement la production quimperoise. La curiosité, qui s'est si fort développée pendant cette seconde partie du siècle, avait maintenu cette tradition ; ce qu'il y a, dans les collections publiques et privées, sur les murs des salles à manger des bourgeois bibelotteurs, de fausses vieilles faïences de Rouen, à la corne, aux décors rayonnants, ocrés, etc., provenant de Ouimper, est prodigieux. On peut même dire, sans vouloir accuser les industriels de s'être associés à ce commerce par des procédés déloyaux de • maquillage et d'apposition de fausses marques, que le brocantage a depuis trente ans constitué le plus clair des bénéfices de la fabrication. Aussi, faut-il chercher là exclusivement les causes de la stagnation dans laquelle s'est enlizé Quimper, et qui a empêché son évolution industrielle et artistique, alors que toules les autres fabriques se transformaient et progi^essaient. Éutaciuci de l'industrie. Actuellement, l'industrie — poterie et faïencerie — occupe i5o ouvriers répartis en trois maisons, dont deux sont d'égale importance ; la production annuelle s'élève à peine à un demi-million de francs. La Rretagne est le seul marché pour la poterie et la platerie ordinaire de faïence ; mais déjà les industriels ont à lutter contre la concurrence de la demi-porcelaine blanche et imprimée du Centre, de l'Est et du Nord, que commencent à préférer, pour l'illusion du luxe, les paysannes, auxquelles les mœurs nouvelles importées par les chemins de fer, par les commis-voyageurs, font abandonner de plus en plus le culte du costume et du mobilier séculaires. La grande cruche à lait, (jue les laitières portaient autrefois si pittoresquement sur leurs têtes, avec des allures de canéphores grecques, dans les sentiers de chèvres, exclusives voies de connnuuication entre les fermes et les villages, est remplacée aujourd'hui par des bidons de fer-blanc, juchés sur les carrioles (pii ont accès partout. Elle est devenue une pièce archéologique de musée. Avec elle a disparu une branche importante de fabrication. Les importations anglaises s'inliltrent peu à peu dans la vieille province, par
Saiiil-Malo, Brest et Roscoff. Pendaiil un certain temps, Quiniper a traité des affaires importantes en grès avec la Hollande et le Nord pour les liqueurs et les bières ; TAngleterre et PAllemagne Tout prestpie supplanté dans cette spécialité, par suite de la facilité et du bon marché de leurs ti'anspoi'ts, et peut-être même plus par la supériorité conquise sur une fabrication (pii se serait relâchée un instant, comme soins apportés au choix des matières premières et à leur transformation. Les stations balnéaires de Bretagne et de Vendée, les collectionneurs parisiens et anglais, absorbent la production artisti(pie et de fantaisie. Là encore, se manifestent déjà, avec une timidité qui disparaîtra bien vite, si le succès y répond, des essais de concurrence étrangère par des industriels de Bohême, dont les agents récoltent soigneusement dans leurs tournées tout ce cpi'ils peuvent trouver en fait de documents et d'informations : [)hotographies, gravures, dessins de costumes, de types et de paysages bretons. Dans le Nord, Desvres et Fives-Lille font aussi du vieux Ouimper. Pour cette partie, les industriels se sont livrés, pourtant, depuis (piehjues années, à de louables efforts en vue de renouveler la physionomie traditionnelle de leurs produits. Quelques-uns ont tenté de substituer aux motifs ressassés du vieux Rouen et du vieux Marseille un peu de naturalisme pittoresque et gracieux. En dépit d'une réelle originalité obtenue, ils ont échoué ; la curiosité qui constitue leur exclusive clientèle les enfermait dans le cercle de Popilius des copies et des imitations du passé. Aujourd'hui, cependant, une création assez heureuse a réussi à obtenir les faveurs capricieuses des loui'istes, à remplacer les thèmes anciens de décoration : ce sont des sujets de scènes de mceurs, de costiunes et de paysages célèbres de la vieille Bretagne. Il faut en mettre partout, en petit et en grand, en accessoire et en principal, sur les potiches, les corbeilles, les cornets à lleurs, les salières, les pots à tabac, les porte-monnaie, les cendriers, etc. Tout est aux bretonneries. On a aussi lancé récenmient des plats en relief, genre barbotine, avec ces mêmes sujets, des figurines et des groupes de paysans, de marins, etc., modelés et polychromés rustiquement comme les statuettes de vierges et de saints, (jui ont constitué jadis une spécialité importante de la fabrication et qu'on produit encore poiu' les paysans rehgieux des Montagnes Noires et des monts d'Arée. A ses débuts, la
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faïencerie ne disposait, coiiiiiie élciuenls de décoration, que de quatre couleurs : le noir manganèse, le brun, le bleu et le jaune. Par des recherches d'auliint plus laborieuses et lentes qu'elles ne se basaient que sur l'empirisme, à défaut de science, les industriels sont arrivés à enrichir leurs palettes d'environ trente nuances ; en 1878, Salvetat, le chimiste de la manufacture de Sèvres, se déclarait étonné des résultats obtenus. On peut produire aujoui'd'hui, avec ime uniformité absolue de tons, tous les services de table, ce qui autrefois était un problème insoluble.
Mais la bonne volonté et l'ambition de faire du nouveau et de l'art, de régénérer la faïence de Quimper, d'ajouter au privilège de posséder une terre exceptionnel^^ qui se modèle admirablement par sa rare finesse, par son moelleux délicat, et ([ui supporte, sans Iressaillures ni coulages, les couvertes les plus légères, des qualités nouvehes de formes et de couleurs, de mettre l'industrie au niveau des progrès accomplis depuis une vingtaine d'années dans toutes les branches de la céramique, viennent se briser contre des difficultés de tous ordres, économiques et techniques : le manque de capitaux pour renqjlacer un outillage et des procédés antédiluviens par tout ce que la chimie et la mécanique ont inventé de plus perfectionné ; la cherté des frais de transport de certaines matières premières qu'on doit faire venir d'assez loin, teries de la Dordogne, sables de la Gironde ; les prix surélevés des |)roduits chimiques pour les couvertes, le collait entre autres, que l'étranger peut se procurer à bien meilleur marché ; les tendances de plus en plus accentuées des consommateurs aux habitudes de bon marclié et de pacotille — la vente des objets dits de bains de mer ne dépasse pas une moyenne de cent sous; — l'ignorance du public en matière de céramique, qui ne lui permet pas de distinguer entre la faïence cuite au feu de moufle et la faïence grand feu; l'impression et le travail à la main, etc., etc. La plus grave obstruction est le vice d'organisation de l'industrie au point de vue du persomiel des artistes et des ouvriers. A l'exception de deux patrons, l'un peintre de son premier métier, et l'autre ayant appris en pension à peindre comme art d'agrément, il n'y a pas dans tous les ateliers une personne qui soit capable d'es([uisscr le plus mince des ornements. Où l'aurait-elle appris? Quimper, en dehors du lycée et de l'Ecole normale d'instituteurs, ne
possède aucun cours de dessin et de peinture. Au siècle dernier, avait été créée une Ecole des beaux-ar(s ; la Révolulion l'a supprimée. Depuis viufjtcinq ans, on parle annuellement, au conseil municipal, de la nécessité de la reconstituer; toujours, le rapporteur de la commission des finances olîjecte que la ville n'a pas assez d'argent pour cela; et le projet est réintégré dans les cartons administratifs. L'industrie a cependant besoin d'un personnel relativement d'élite pour les pièces à décorer ; car, dans la faïence de Quimper tout se fait à la main ; l'impression, si fort répandue dans les manufactures des autres centres, n'y est point employée. On forme pour ce travail des jeunes filles, qui, pendant leur temps d'apprentissage — - sept à huit mois, — apprennent tant mal (pie bien à tracer à la pointe d'une aiguille un poncif, d'après un dessin colorié, à tenir un pinceau, à poser les couleurs sur le cru. Chacune a la spécialité d'une couleur; les différentes couleurs, paraît-il, exigeant en raison de leurs éléments chimicpies mie préparation et une pose c[ui varient de procédt's et de tours de main; un peintre fait le bleu, une autre le rouge; ou, toute sa vie industrielle, se confinera dans le minium sinon le cobalt. L'ouvrière aurait intérêt à tout savoir faire — ce qui n'est pas fort difficile ; — mais on ne lui apprend que cela pour lui donner moins d'ambition et de prétentions. Les tourneurs, les modeleurs n'ont pas la moindre notion de ce qu'est un croquis, un dessin, une maquette; ils font par routine, empiriquement, toute leur besogne, le fils ayant appris le métier, à la soî'tie de l'école primaire, sous les yeux de son père en le voyant travailler ; la fille décorateur étant l'apprentie de sa mère ; la nièce, de sa tante. Il n'est point rare de trouver clans un même atelier des familles entières de trois générations. Avant la loi sur le travail des enfants dans les manufactures et l'inspection fort sévère d'aujomYl'hui, on les mettait au toui", au moule ou à l'enluminure, dès qu'ils pouvaient faire usage de leurs jambes et de leurs dix doigts. A la question posée à un chef d'atelier, où la production dite d'art et de fantaisie tient une grande place : si, une jeune fille, ayant reçu dans une école, comme celle de Limoges, par exemple, une instruction artistique complète, pourrait trouver dans cette branche de l'industrie une situation permanente et lucrative, il m'a été répondu sans hésitation qu'elle gagnerait de 5 à 6 fr. par jour, une simple
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poseuse de couleurs se faisant des semaines de 3o fr. Un autre, il est vrai, m'objecte que l'emploi d'une artiste pour exécuter les dessins dans les conditions actuelles ne serait point pratique industriellement, de simples copistes étant parfaitement suffisantes ; le travail n'exigeant que la prestesse de mains et n'ayant rien à perdre, tout au contraire, à une certaine naïveté rustique, foil goûtée des clients. Néanmoins, celui-ci, comme celui-là, se déclare partisan d'une école de dessin et de peinture pour les faïenciers de Quimper; et cette opinion est partagée par leur troisième collègue qui n'emploie cependant dans ses ateliers qu'une demi-douzaine de peintres, alors que dans ceux des deux autres, il n'y en a pas moins (Je quinze et de vingt qui peignent des pièces dont le prix s'élève de lo à 5oo fr. J'ai tenu à avoir l'opinion des ouvrières peintres elles-mêmes. La proposition de la création de cette école a été accueillie par la promesse unanime et spontanée d'une fréquentation assidue, en considération des avantages considérables à en retirer, tout le travail étant payé aux pièces. On m'assure que celle école au début aurait à recevoir au moins une soixantaine d'ouvriers et d'ouvrières, et qu'elle j)ouiTait compter normalement de trente à quarante élèves, car la profession de peintre sur faïence est fort estimée ; les candidates à l'apprentissage dans les ateliers sont toujours très nombreuses. Les iiuhisiiies bnioni.cs Une autrc industric fournirait également un noyau d'élèves pour une école d'art : la menuiserie et l'ébénisterie. Il y a à Ouimper plusieurs ateliers, contenant dans l'ensemble une cinquantaine d'ouvriers, et où il se fait, en outre des imilalions et des copies de vieux meubles bretons, des travaux assez importants pour les églises : chaires, confessionnaux, boiseries, etc. École spéciale des Mais l'Ecolc d'art de Ouimper, à côté des cours pour les céramistes et les
aris bretons. . i i • i i i , v • • • 11
ouvriers du bois, me semble appelée a recevou' une organisation d un caractère sp(''cial, justifiée pai- la situation particulière d'un certain nombre d'industries artistiques éparscs dans la région, dont elle est la métropole administrative et ethnograpliique. A Lannilis, on ftibrique des poteries grossières en terre vernissée — par les procédés les plus primitifs, du minium mélangé à de la bouse de vache, — (pie les industriels vont vendre eux-mêmes, dans des charrettes à bras ou à ânes, à Brest, et dans les cantons voisins. A PontrAbb(', à Concarneau, à Plougastel et en Fouesnant, il se fait encore
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beaucoup de broderies, soil à Tiisage des paysans et paysannes <pii n'ont pas, sur ces points reculés de la Bretaf|ne, complètement perdu le (|(>ùt des vieux costumes nationaux, soit pour les magasins de curiosités de la province et de Paris. Scaer, entre le Faouet et Rosporden, le j)ays classicjue des lutteurs, est un centre d'ébénistes travaillant d'une façon originale le meuble breton, ([ui alimente toute la Cornouaille, les Montagnes Noires, l'ancien duché de Rohan, et dont l'exportation à Paris, pour les grands magasins, est importante. Les sculpteurs sur bois de Scaer oui un renom séculaire en Bretagne. En outre, Landerncau, Plouaret et Landivisiau possèdent des ateliers de quelque importance où l'on fabrique aussi des mobiliers anciens qui se vendent aux touristes français et étrangers, convaincus qu'il y a encore à faire, avec du flair et de l'argent, des trouvailles heureuses dans ce pays, que les brocanteurs ont depuis longtemps dévalisé des œuvres si belles de ses orfèvres, bijoutiers, huchiers et peintres verriers d'autan. Toutes ces industries sont menacées d'une ruine prochaine, par snite de la disparition des artisans, qui, à défaut d'une instruction artistique, avaient conservé par atavisme le goût, la fantaisie et l'habileté des vieux maîtres. Les nouveaux n'ont plus la tradition de la main-d'œuvre, ni l'enseignement des bons modèles; sont pervertis par l'ignorance et la cupidité des marchands et des faux amateurs. En recueillant ces informations, j'ai pensé immédiatement à tout ce qui a été fait si ingénieusement dans certains pays d'Europe pour le maintien ou la restauration d'anciennes industries rurales, aux résultats prodigieux obtenus. En Suède, ce sont les écoles de tissage, de broderies et de dentelles, organisées à Stockolhm par la Société d'enseignement professionnel des femmes, et réservées spécialement aux jeunes paysannes qu'on a fait venir des points les plus reculés du royaume pour y apprendre la pra(i<jue des procédés de tous les points connus, des métiers maïuiels les plus perfectionnés, et qui s'en retournent, au l)out d'un an ou deux, enseigner tout cela dans les villages comme professeurs ambulants. En Allemagne, dans les La rcsiamaiion
1 , 1,1/^ ^ 1 1 « r • • < xT 1 d'anciennes iiiduslries
provulces rlienanes, c est le Central Oewerlje Muséum ([ui envoie a Aerotli, en Aiicnia.jne. à Wallenborn, à Steinebacli, etc., des missionnaires d'art pour instruire techniquement les menuisiers, les cliaisiers, les (piincailliers, qui l'égénère l'industrie des broderies d'or, d'argent et de cuivre de Gerolstein, en mettant
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à la tête des ateliers des jeunes filles formées en vue de ce rôle dans les fabriques de Dusseldorf, aux frais de l'association ; qui restaure, en j faisant immigrer des ouvriers habiles et des contremaîtres spéciaux, de grands cenires de céramique, les faïenceries et les poteries de grès jadis célèbres de Rœren et de Benratli ; qui crée à Gladbacli des industries nouvelles de serrurerie artistique, de cuivrerie d'ameublement et de cuir ciselé à la façon de Sirillgard. Et je jne suis demandé pourquoi on n'essayerait pas de donner à l'Ecole (Part de Ouimper un organisme spécial d'enseignement professionnel, pouvant, soll par des missions professorales temporaires, soit par des cours normaux à des ouvriers amenés des villages, à de futurs chefs d'alelici's, refaire pour les industries d'art de la région ce (pii a été fait si admirablement en Suède et en Allemagne. (Rapports de missions, 3- volume, pages 45-y8; 4*^ volume, pages Gi-05.} Un musée Oucl plus bcau rôlc, garantie certaine d'un développement immédiat par
des induslries d'arl , , • cri • 11 • m r
de lu Bieiaync. ^t'* eucouragemeuts de tous genres qui alllueraient, d universelle renommée par les services publics (ju'il rendrait, pourrait-on assigner à un musée, comme celui de Quimper, d'être le collaborateur de Técole dans cette œuvre sociale ? 11 semble même ([ue l'organisation de ses collections ait été inspirée par une idée analogue, qui, malheureusement, est restée en germe desséché par l'aridité de la routine et de rignoraiice. On y a déjà fait pourtant une chose point banale du tout : la Galerie des costumes bretons, avec figuration de personnages grandeur nature, au noinljre de 44? représentant une scène de mariage; pour laquelle il a été dépensé plus de 2 5,ooo fr. Et le conservateur qui l'a créé rêve de lui donner prochainement un pendant dans une scène de baptême. Mais c'est encore là, dans sa réalisation inerte, une idée de musée, conservatoire de choses mortes, alors que Tautre est une conceplioii vivante, ayant pour but de faire revivre le passé pour donner la vie au présent et assurer celle de l'avenir. Tous ces vieux meubles, recueillis pieusement par les archéologues, et que l'insouciance de l'administration laisse entasser, ])ranlanls et poudreux, pêle-mêle avec les oljjets les plus hétéroclites — des squelettes de crocodiles, des mâchoires de cachalots, à côté de moulages antiques, de la réduction en plâtre de la Bastille et des clia})iteaux de rancienne al)baye de Sainte-Croix de Ouiinperlé —
LE MUSÉE. 27(j pei'di'uiciit-ils de lour valeur elliiio(jraplii([iie, de leur iiilérèl documenta ii'e La céramique
1, , • l'archéologie.
pour l'histoire (Je la Bretagne à servir de modèles de fjoiit et d exécution aux menuisiers de Scaei- ? (Jn a fait une section spéciale tle la cérann'(jue de Quimper, qui, d'après le cat tlogue, contient ii 5 pièces, dont quelques-unes sont très remarquables ; la classification s'arrête au commencement de ce siècle. J'ai cru devoir ol)jecter au conservateur ([u'il y aurait, sans duule aucun, grand intérêt pour les industriels acluels à prouver aux visiteurs du musée, par une exposition d'oeuvres contemporaines, que l'industrie est toujours vivante, qu'aujourd'hui elle ne fabrique pas moins bien et même mieux qu'autrefois, qu'elle a même fait des innovations fort curieuses de formes et de décors. Le conservateur m'a simplement répondu (jue ce n'était point là de l'archéologie, et (pie, dans cent ans, ses successeurs aviseraient. Il n'était point opportun de développer plus longuement l'idéal d'un Musée de céramique à Quimper, institué spécialement en vue de la prospérité et des progrès techniques de l'industrie, faisant connaître aux visiteurs les types caractéristiques de la production locale contemporaine, aux fabricants et aux ouvriers les procédés techniques nouveaux, l'évolution de la cérami([ue en France et à l'étranger.
A la réalisation du projet d'un musée de ce genre il est fait, par des personnes qui paraissent, en raison de leurs fonctions, avoir bien étudié la situation sociale du pays, des objections en apparence plausibles, tirées de l'esprit particulariste qui anime toutes ces populations de Bretagne, fort différentes les unes des autres de tempérament, de caractère et d'idées, en raison de leur diversité d'origine, de traditions et de mœurs. L(^s monts d'Arée, les Montagnes Noires sont socialement de véritaljles Himalayas, en deçà et au delà desquels on ne parle plus le même dialecte, on ne porte plus les mèjues costumes, on n'a pas les mêmes opinions. L'unit»' de la ]3retagne est un mythe de poètes, contredit sans cesse brutalement [)ar les faits, à toutes les épo(jues de l'histoire de la province, aujourd'hui encore autant sinon ])lus que dans le passé. Glia([ue ville, petite ou grande, l'iclie ou pauvre, tient irréductiblement à une apparence d'autonomie, repousse avec énergie toute suprématie, politique, économique ou intellectuelle d'autres cités, (pi'elles aient pour elles, comme Rennes, l'illusion de l'autorité de l'ancienne capitule
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parlementaire, comme Nantes, le privilège glorieux d'avoir été la résidence officielle des anciens souverains. Sur ce point encore, je crois de mon devoir d'infirmer ces théories négatives par l'exemple du succès obtenu par des institutions analogues, — - organisées, il est vrai, avec la foi sociale qui soulève elle aussi des montagnes, — dans des pays où le passé avait créé des antagonismes non moins aigus de mœurs et de traditions. (Rapports de missions, a*", S*" et [\ vol. passirn.^
Quand on monte le grand escalier du Musée de Rouen, une peinture, en manière de fresque, V «Allégorie de la capitale de la Normandie», frappe immédiatement le regard; et Ton s'arrête énm et charmé, tant elle est simple et grandiose. Sur une terrasse, deux ouvriers dressent un fragment de monument ancien, pour le joindre à une série de pièces archéologiques : arcade de cloître roman, chapiteaux gothiques, fûts de colonnes, mosaïques galloromaines, etc. Une jeune fille, assise sur un banc de pierre, peint au centre d'un plat de faïence une tulipe, que tient devant elle une de ses compagnes, pendant qu'une autre prépare un bouquet de fleurs des champs, et qu'un petit garçon apporte une bottelée de plantes grimpantes: futurs modèles de décoration. A droite, sous un arbre, trois dessinateurs dissertent sui' im problème de perspective et sur un effet de silhouette que soulève la figure élégante d'une femme debout à quelques pas. Au centre de la composition, une mère baisse une branche de pommier, chargée de fruits, vers la ])elile main impatiente de l'enfant qu'elle porte sur ses bras. Au bas de la terrasse coule la Seine, étalant son croissant superl)e entre la plain(^ et les collines.
Sur le lointain ])run)cux des hauteurs, Rouen groupe au bord du fleuve la masse de ses maisons et de ses monuments entassés dans le vaste hémicycle, d'où s'élancent, légères et aériennes, les cheminées de ses usines, les flèches et tours de ses églises, que semble guider dans leur ascension hai'(he vers le ciel, la fusée de dentelles de fer de la cathé(h\de. Ainsi, \o (h'corateur a résumé éloquemment, avec précision, le génie de la cité, riche, puissante et glorieuse par l'alliance étroite de l'art et de l'industrie; de même ([ue dans la vaste province nonnande, il n'est pas luie petite ville, un village même, qui ne puisse montrer, à côté d'un atelier florissant, une merveille artisti(pie.
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L'étude présoiite embrassera tlone ici une série variée (riiidusti-ies, les unes de création moderne, les autres héritages précieux du passé.
Dans cette dernière période du siècle, la plus importante de toutes les industries, celle (jni est la fortune et la gloire de Rouen, le coton, a subi de grandes évolutions. Le nombre des Ijroclies dans la filature a diminué de moitié: i,5oo,ooo au lieu de 2,3oo,ooo en iSGg. Les statisticiens n'atlril)uent plus à la Normandie que le ti'oisième rang, comme importance de production ; le Nord et l'Est occupent les deux premiers. Le tissage à la main tend de plus en plus à disparaître. Actuellement, le nomljre des métiers méc:in'(pies répartis en io5 établissements serait à peine du septième de celui des métiers à la main: 3,4oo pour 22,5oo. Là encore, Rouen s'est L'impression sur (issus, laissé fort (listanccr par Roanne comme cliiflre d'affaires. Dans l'impression, la branche de rmdustrie qui doit m'occnper spécialement, en raison de son caractère particulier d'industrie d'art, il y a eu encore plus de changements techniques et économiques. Des 35 manufactures qu'on comptait vers 1870, dans la région rouennaise, on n'en ti'ouve plus que 8. La production a proportionnellement augmente'' par Tadoplion de puissantes machines à imprimer; mais, contrairement aux prévisions (jui n'ont pas été entièrement étrangères à ces disparitions successives — tout récemment encore on achetait deux grandes usines pour les démolir, — les survivants n'y ont proportionnellement pas gagné comme chiffre d'affaires, et la fabrique y a perdu au point de vue de sa renonmiée. On constate, il est vrai, — ce qui est un grand progrès, — (jue lu plupart des industriels font les plus sérieux efforts pour sortir de l'ornièie de la production courante à bon marché sur le type de Manchester, et entr(M" en lutte avec la concurrence artistique de l'Alsace. L'Exposition de Rouen en a été un témoignage superbe. La galei'ie où étaient montrés les spécimens des maimfactures de Darnétal, de Deville, de Maronmie, du Houhnc, de Malaunay et de Bolbec, produisait une sensation de surprise et d'enchantemenl, tant à ces étoffes de simple coton pour robes et ameul)le]nents on sait donner aujourd'hui prestigieusenient, dans le coloris et dans la texture, toutes les illusions de la souplesse du satin, du vaporeux de la gaze, do l'éclat du taffetas et de la douceru' du velours. On en est scienti(i<piement loin du temps où le tissage de l'antique rouennerie se bor-