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L'IMPRESSION SUR ÉTOFFES

liait aux écrus et cretonnes en coton blanchi ; où le rouge grand teint faisait la gloire des teinturiers de l'Eau-de-Robec ; et qu'une machine à imprimer en quatre couleurs paraissait une merveille. En dépit des progrès artistiques, la situation économique actuelle ne serait rien moins que brillante. Rouen, qui aurait pu, après 1871, devenir le Mulhouse français, a laissé se créer dans l'Est, à Epinal et à Remiremont, une concurrence qui paraît devenir dangereuse ; et, par l'importation de mœurs industrielles et commerciales nouvelles, elle se sent atteinte au plus profond de son organisme du même mal social dont souffre Calais. Quant à l'expansion extérieure de l'industrie, et à la concurrence étrangère, les rapports de la Commission des valeurs en douane, 1894, 1896 et 1896, signalent un état peu satisfaisant et font prévoir un avenir qui ne rassure guère : « En comparant le chiffre moyen des trois dernières années avec la moyenne des trois années précédentes, on est forcé de reconnaître que notre exportation est en diminution sensible. Pendant les trois années 1888 à 1890, nous avons exporté en moyenne 1,696,000 kilogr. de tissus de coton imprimés, et seulement 1,1 56, 000 kilogr. en moyenne pendant les trois années 1891 à 1898.

On voit que l'industrie de l'impression sur étoffes n'a pas fait en France les progrès nécessaires pour entrer en lutte avec les fabriques de Mulhouse et de Manchester, et que nous avons perdu beaucoup de terrain à l'étranger.

L'exportation des tissus teints et imprimés de l'Allemagne est de 17,600,000 kilogr., tandis que la nôtre n'est que de 6,5oo,ooo kilogr.! Dans cette lutte pacifique sur les marchés d'exportation, nous ne sommes pas battus par les producteurs de tissus, mais par les chimistes, les teinturiers et les imprimeurs d'Allemagne et d'Alsace. C'est le résultat des efforts intelligents, persévérants et méthodiques qui ont été faits en Allemagne et en Alsace depuis près d'un demi-siècle, et plus particulièrement depuis les vingt-cinq dernières années. On peut dire que le succès de l'industrie allemande est dû, pour la plus grande part, à la forte instruction industrielle qui a été si largement et si intelligemment donnée dans les principaux centres producteurs, dans les écoles d'art et particulièrement dans les écoles de chimie, de teinture et d'apprêts.

Il y a certainement des efforts sérieux et persévérants à faire de ce côté.

Ils réussiront s'ils sont menés avec méthode. La sûreté du goût, la vivacité de rimagination, qualités naturelles de notre race, nous rendent éminemment propres à cette industrie, qui, par plus d'un côté, est une industrie d'art.

« La plus grande partie des tissus importés sont d'un prix élevé, parce ([u'ils représentent des articles de luxe. Les tissus ordinaires sont fournis par l'industrie nationale.

« L'augmentation de l'Allemagne tient de ce que l'Alsace et le duché de Bade nous ont envoyé, en plus gi-and nombre, des articles spéciaux qui ne sont pas produits en France ; l'importation anglaise comprend moins d'articles courants et une certaine quantité de mousseline à dessins f/enre Liberty. »

Quelle organisation spéciale d'enseignement scientifique et artistique a-t-il été donné à cette industrie de l'impression sur étoiles ? Les constatations et les craintes de la Commission des valeurs en douanes sont, hélas ! bien justiliées. Il n'a rien été créé à Rouen ; aucune comparaison, même approximative, ne peut être établie entre quoi que ce soit et les institutions de Mulhouse et de Manchester. La fabrique occupe 2 5 chimistes, dont les appointements varient de 10,000 à 20,000 fr. par an; ils seraient tous étrangers : Suisses, Allemands ou Autrichiens. Et, cependant, partout j'ai entendu des déclarations sur l'utilité incontestable de la création d'une institution pour fournir à l'industrie des chimistes français, avec ateliers et laboratoires, en vue de suivre le mouvement scientifique, comme cela se pratique dans la plupart des écoles d'art et d'industrie de l'étranger. Dans le programme des prix annuels de la Société industrielle, je ne trouve pas moins de 27 médailles d'or à décerner poin^ stinmler les recherches et les travaux en vue des applications de la chimie à la teinture, aux apprêts et à l'impression ! L'Ecole régionale des beaux-arts ne possède qu'un seul cours de dessin d'après la plante vivante, cours suivi par 9 élèves qui viennent là bien plutôt apprendre les éléments d'un art d'agrément que pour s'initier à l'art décoratif. Aussi, à l'exception d'une seule, toutes les maisons sont obligées d'acheter leurs dessins à Paris; elles n'ont que des « teneurs de crayons et de pinceaux » chargés d'adapter les conq^ositions nouvelles ou anciennes

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