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LA SOCIÉTÉ D'ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL

d'hommes possible la pratique du dessin et le goût des arts. Au lieu de s'y traîner dans l'imitation servile d'un modèle, nous voulons tout simplement que, là aussi, on agisse sur la raison et non sur la main ; qu'on apprenne rapidement a l'élève à comprendre ce qu'il fait, à sentir ce qu'il étudie, puis, à s'en servir dans un métier. Dans ces écoles populaires, il faut que le maître se change eu missionnaire, qu'il n'épargne point les explications orales, qu'il fasse souvent appel à la mémoire de l'élève ; son grand talent sera de faire que les aptitudes et les inclinations soient développées dans leurs voies naturelles.

La Ghaml)re de commerce organise chaque année, par les soins du musée, un concours de compositions décoratives et de dessins applicables à Tindus- Irie, et offre aux concurrents un assez grand nombre de prix en numéraire : II poiu" la sculpture d'ornement; ii pour la composition décorative applicable aux tissus; 32 pour la composition décorative applicable aux matières diverses; ii pour la dentelle; 8 pour la fleni- e( la stylisation; 21 pour le dessin d'après le plâtre. En 1896, une somme de 4,125 francs a été répartie entre les lauréats.

L'institution d'enseignement pour les adultes des industries d'art est la Société d'enseignement professionnel du Rhône, qui a organisé dans tous les quartiers, même suburbains de Lyon, des cours et des conférences, pour lesquels elle dépense annuellement un budget de 83, 000 francs, constitué par les cotisations de ses 900 membres, les droits d'inscription des élèves, les revenus de ses immeubles et valeurs, et par des subventions de l'Etat, du conseil général, de la ville et de la Chambre de commerce. Cette Société a été fondée, en i8G4, par un groupe d'hommes de haute valeur, désireux de doter Lyon d'une institution analogue aux Associations polytechnique et philoteclmique de Paris. Chaque année, jusqu'en ces derniers temps, elle a vu s'augmenter le nombre de ses adhérents et de ses élèves, son organisation répondant avec une précision admirable aux besoins intellectuels et matériels de la population laborieuse de Lyon. Au début, ses cours avaient un but presque exclusif d'instruction primaire; peu à peu, surtout depuis dix ans, son enseignement s'est modifié ; les cours professionnels ont pris une plus grande place dans les programmes, et ont été fréquentés par des élèves plus nombreux et plus instruits. C'est à ce titre que la Société devait figurer spécialement dans cette étude. Aujourd'hui, sur les i4o cours, il

La Société d'enscignemeni professionnel du Rhône.

n'y en a pas moins de 5o de cette catégorie, qui sont suivis par 1,266 élèves (hommes et femmes), soit le quart du chiffre total des inscriptions (5, 1 96). Les cours théoriques de dessin s'adressent aux industries suivantes : tissage, électricité, mécanique, coupe et confection pour dames, couture, coupe de la chaussure, modes, nouveautés, coiffure et coupe de pierres. Tous les cours professionnels pour les menuisiers, les serruriers, les ferblantiers, les tapissiers, les bijoutiers, les carrossiers, les mécaniciens, les tailleurs, les cordonniers, etc., ont été installés, avec des aménagements spéciaux pour chaque profession, dans l'immeuble que la Société a fait construire à cet effet rue Gharpenay, à la Guillotière.

Dans une notice publiée à l'occasion de l'Exposition universelle de 1889, le conseil d'administration définissait ainsi cet enseignement industriel :

A propos de ces cours professionnels, et en présence surtout des divergences qui se sont produites dans notre pays sur la direction à donner à cet enseignement, il est utile d'expliquer comment la Société entend ces mots « enseignement professionnel ». Pour beaucoup de personnes, qui dit « enseignement professionnel », dit « travaux manuels », apprentissage plus ou moins complet de la profession. La Société ne l'entend pas ainsi. Il n'y a chez elle, ni apprentissage, ni travaux manuels, ou du moins il n'y a de travaux manuels que ceux qui sont une application directe de l'enseignement théorique donné dans les cours. C'est ainsi que les menuisiers font du modelage en bois comme application de leurs cours de dessin, les serruriers de l'ornement repoussé au marteau comme complément du cours de dessin de serrurerie, les tailleurs de pierre et les architectes des voiites en plâtre en exécution des épures faites au cours. Mais l'apprentissage proprement dit n'existe nulle part dans les cours de la Société. Elle appelle « enseignement professionnel » non l'apprentissage d'une profession, mais, pour chaque profession, l'enseignement des connaissances théoriques nécessaires à l'exercice intelligent de cette profession. Quant à l'apprentissage lui-même, elle estime qu'il doit être fait à l'atelier et non dans les cours.

Un exemple particulier précisera nettement cette distinction entre l'enseignement professionnel et l'apprentissage. La Société a des cours de théorie de tissage où les tisseurs travaillant pour la fabrique lyonnaise viennent apprendre la constitution et le mode théorique de fabrication des étoffes. On ne tisse point dans ces cours, qui s'adressent à des jeunes gens sachant tisser ou apprenant k le faire a l'atelier, mais ne connaissant de l'étoffe que sa confection matérielle. Au contraire, il y a un cours de tissage pratique où l'on apprend à tisser réellement à des employés de fabrique qui connaissent déjà la théorie, dont le métier n'est pas de tisser personnellement, mais qui ont besoin de connaître du tissage ce qu'il en faut pour être en état de suivre et de contrôler le travail des ouvriers, de connaître la cause et les conséquences des accidents de tissage, de savoir comment doit s'organiser le métier dans chaque cas, déjuger de l'effet pratique que produira une conception théorique quelcon-

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