L'IMPRESSION SUR ÉTOFFES
aux conditions techniques de la l'ahrication ou aux demandes de la clientèle. Les entretiens que j'ai eus avec des chefs d'industrie sur cette question si (jrave de la création des modèles m'ont prouvé qu'il y a parmi eux, à cet égard, la plus grande divergence d'opinions et souvent les préjugés les plus inatlendus. L'un d'eux — non le moins important, dont la marque industrielle est universellement réputée et jouit du bénéfice d'une plus-value en raison de sa valeur artistique — • m'assure que sur les 800 dessins ([u'il fait exécuter annuellement, à peine un dixième provient du dehors. Il tient pour fori dangereux le système de l'approvisionnemenl dans les cabinets de dessin, qui favorise surtout la contrefaçon. A son avis, « en envoyant mensuellement les dessinateurs faire un voyage à Paris pour s'y rafraîchir les idées et s'y aérer l'imagination, on peut obtenir d'eux, s'ils sont intelligents, des compositions originales et pittoresques, qui ont au moins le mérite d'échapper à la banalité du courant des fournisseurs généraux de l'industrie. Si Rouen, ajoute-t-il, n'a pas encore conquis sur les marchés du monde le renom de Mulhouse, c'est que les fabricants rouennais n'ont pas su, à l'exemple de leurs rivaux alsaciens, se constituer en aulaiil d'individualités ayant leur genre spécial, leur clientèle personnelle, et ne se faisant entre eux concurrence que par la nouveauté de leurs créations. » Par contre, l'ojtinion d'un deuxième fabricant, moins ambitieux évidemment, est que, à l'heure présente, Rouen ne peut réussir qu'en suivant Roubaix pour l'ameublement et Lyon pour la robe, puisque le coton n'est guère, en ceci et cela, ([ue le succédané de la soie — cette théorie sera vivement combattue par d'autres ; — et il déclare que fatalement un dessinateur provincial est condamné, même en ayant du talent, à tourner dans le même cercle d'idées décoratives, ce (|ui engendre la monotonie d'une marque; on a donc intérêt à s'assurer une variété constante de modèles en s'adressant aux cabinets de dessins. Néanmoins, après une constatation identique, accompagnée des regrets les plus vifs de l'absence de tout cours spécial à l'industrie, dans l'Ecole des beauxarts, la conclusion de ces deux fabricants sera unanime et très uet(e sur l'urgence de créer, à Rouen, im enseignement ayant pour but de former, comme à Mulhouse, d'excellents dessinateurs pour l'impression sur tissus. Ouant à la graviu'e sur rouleaux, autre branche de l'industrie, elle serait
Il O IJ E N.
acluellemeut dans un état criti(jue ; sur ce poiul, je n'ai recueilli que des doléances douloureuses sur le présent et des craintes navrantes pour l'avenir. « Rouen est tributaire de l'Angleterre pour la gravure de soubassement (ou de fonds) ; il s'en importe pour plus du dixième de la consommation de la fabrique, et les prix sont de 5o p. loo inférieurs, par suite de la facilité d'éteindre leurs frais de premier établissement qu'offre aux graveurs anglais le grand nombre de rouleaux qu'ils peuvent tirer de la même molette; les imprimeurs tieiment la gravure anglaise pour supérieure de qualité à la gravure rouennaise. » L'instruction artistique des graveurs laisserait fort à désirer. Sur les i5o ouvriers disséminés dans les ateliers et dans les usines qui pr(jduisent elles-mêmes leur matériel d'impression, il n'y en aurait pas le quart ([ui aient même des noti(jns élémentaires d'art, quoique, de l'avis général, la connaissance du dessin soit sinon indispensable, du moins utile pour tous les travaux, et qu'un certain nombre, très délicats, l'exigent impérieusement. Des ouvriers, m'assure-t-on, ne peuvent plus trouver à se placer, pour cette raison, dans un grand nombre d'usines. Le recrutement des apprentis devient très difficile, à cause des exigences des parents qui ne veulent pas aujourd'hui faire de sacrifices pour doter leurs enfants d'un métier même lucratif; et les chefs d'ateliers renoncent à en fonner, par suite de la fréquence des débauchages avant la fin de l'apprentissage. On me prévient nettement ([ue s'il n'est pas trouvé un moyen de restaurer l'apprentissage, l'industrie manquera bientôt des graveurs qui lui sont nécessaires. Déjà dans la gi'avure à la planche, employée pour les dessins à grands rapports des étoiles (Tameublement, il n'y a plus que des ouvriers fort âgés. La gravure à l'eau-forle et la galvanoplastie sont utilisées dans l'industrie ; mais il m'a paru, aux l'éticences des patrons et des ouvriers, que les deux procédés sont loin d'avoir reçu toute l'extension désirable, en raison des difficultés techniques (pie leur crée l'absence d'une instruction spéciale, à la fois artistique et scientifique. Les patrons se font entre eux une concurrence cruelle ([ui provo(pie une dépression continuelle des prix, et par conséquent entraîne un abaisseijMMil de la valeur de la main-d'œuvre. Cette situation paraît fort préoccupei" [onl le monde; mais personne ne prend l'initiative d'y remédier. Seule encore, la Société industrielle, jusqu'ici, a tenlé une réaction en insérant
aiiuuelleiuenl dans sa lisle des prix la ineiition de deux médailles d'or à
décerner à raivteiir d'une application industrielle d<' la photographie aux
cylindres de cuivre, ou de toute auti'e méthode nouvelle de (jravure servant
à l'impression, et pour la découverte d'un procédé photographique dans la ' -
décoration des I issus.
En ce qui concerne l'industrie générale du coton, on a fait, il y a une dizaine d'années, l'essai d'une école spéciale; l'enlreprisc a échoué: au bout de deux ans de fonctionnement, il n'y avait plus un seul élève. On convient que cette école avait été fort mal comprise; et sa ruine n'a surpris personne. Il n'y a donc lieu de tenir compte de ce précédent fâcheux qu'à titre de le(;on précieuse, ahn d'en évitcj- les erremenls connue organisation administrative, installation jnal(M'ielle et mélliodes d'enseignement. Il est évident, de toutes les informations recueillies, (pi'il y a urgence à reprendre sur des bases nouvelles cette création, à doter l'indnsirie d'un outillage complet d'enseignement technique et ai-lisli(pie. C)n (lit toujours que Rouen est — toutes proportions gardées — le Manchester franeais ; il est donc opportu- L'enseiyncineni nément utile de signaler ce qui a ete lait a ce poinl de vue, par la métropole pour les indusirics anglaise du coton, en renvoyant pour les détails au volume de mes Rapports de missions à l'étranger, pages Gi-G3 et io3-iog. Line association d'industriels a fond»'' une Ecole d'art, à la tète de hujnelle, depuis un au, est un des plus grands artistes anglais, Walter Crâne; on y instruit jusqu'à 5o élèves dessinateurs et graveurs pour le tissage et l'impression ; à leur inlention, il a élé institué des cours particuliers de dessin et de peinture, avec ateliers d'apjilications industrielles, sous la direction permanente de maîtres spéciaux (pii sont exclusivement attachés à l'école et y professent toute la journée, chaque élève recevant une instruction individuelle conforme à ses aptitudes et à ses goûts. En outre, une institution, également de fondation privée, fournit renseignement technique à près de 200 fils de patrons, futurs contremaîtres, employés siqx'rieurs et apprentis, dans des ateliers de hlature, de lissage, de teinture, de blanchiment, d'apprêts et d'impression où il n'y a pas moins de 44 métiers, tous de types différents.
Autrefois, après Paris, Rouen était la ville de France ([ui possédait le plus La sciilpUirc sur ])ierro. de sculpteurs sur [)ierre, statuaires et ornemanistes, d'une iiabilelé univer-
sellement reconnue, surlout pour le gothique du xiii*" siècle et le style de la Renaissance française. Pendant longtemps — il y a vingt-cinq ans — les grands travaux de restauration des monuments civils et religieux de la vieille capitale de la Normandie et d'agrandissement du Palais de justice maintinrent hautement la tradition et le renom de Técole normande. Aujourd'hui, cet art superbe tombe en décadence ; on ne compterait pas, dans tout Rouen, vingt artistes svu" cinquante sculpteurs, et le chiffre annuel des affaires ne dépasserait pas 2 5o,ooo fr. Il ne se fait plus que fort difficilement des apprentis ; les parents sont réfractaires à l'idée de s'imposer les moindres sacrifices pour leurs enfants dans ce ])ut ; et ceux-ci ne témoignent d'aucune ambition de devenii' des artistes par l'étude et par le travail. L'enseignement professionnel et artistique n'est assur.' nulle part. A l'École pratique d'industrie, il n'y a aucun coiu's de sculpture sur pierre et même de stéréotomie. Celui qui se donne dans les ateliers est tout empirique. Les neuf dixièmes des ouvriers ne savent ni modeler ni dessiner ; et ceux — ■ très rares — qui vont à l'Ecole des beaux-arts, le soir, n'y trouvent rien de pratique ni de spécial pour leur métier; ils n'en suivent d'ailleurs les cours que d'une façon intermittente et peu longtemps. A cette décadence — sur laquelle il y a unanimité de déclarations parmi les industriels, à l'Ecole des beaux-arts, dans la municipalité, chez les architectes et les entrepreneurs — on donne encore d'autres causes. A quatre ou cinq exceptions près, les architectes ne sont plus que des entrepreneurs, sans instruction professionnelle sérieuse, hostiles à tout ce qui touche à l'art et n'ayant qu'une préoccupation: construire au meilleur marché de façon à se créer une clientèle nombreuse dans le monde des propriétaires, que déjà ni l'éducation, ni les goûts, ni l'amourpropre ne poussent point aux dépenses somptuaires, jugées de nature à porter atteinte à la considération sociale que doivent assurer l)icn plutôt la simplicité et l'économie en matière d'habitation. Aussi compte-t-on par une douzaine environ le nombre des hôtels privés qui sortent du type uniforme de la bâtisse cubique en pierres et en briques, qui ont quelques motifs de décoration. A ce point de vue, le caractère rouennais présente une grande analogie avec le caractère lyonnais. Quant à la maison de rapport, j'en ai remarqué une dizaine environ dont les architectes se sont un peu émancipés
(le l'iiaiissmannisme, mais sans avoir réussi à produire des œuvres bien originales et pittoresques. La plus f|rande part de responsabilité dans la situation précaire de Fart monumental incomberait aux administrations pul)liques. Je ne referai point ici le procès des actes innombrables de vandalisme accomplis depuis trente ans; il suffît de faire allusion aux œuvres contemporaines d'architecture : le Théâtre des arts, le Musée-bibliothèque, l'annexe de l'hôtel de ville, la gare de la Compaqnie d'Orléans, l'église Saint-André (jui forment une étrange antithèse aux merveilles léguées par les siècles précédents et à certains actes qui sont autant d'offenses graves à l'art et au bon goût. Dans la consti'uction des Archives départementales, l'architecte avait projeté une façade sur le boulevard Cauchoise avec statues allégoriques et riche ornementation sculpturale, dont hi dépense, qui s'élevait à 8,000 fr. environ, devait être compensée par une économie de 38, 000 fj-. réalisée sur les devis; l'administration, d'un trait de plume, supprima cette façade. Les travaux du monument de Jeanne d'Arc, à Bon-Secours, ont été donnés à un entrepreneur parisien, (pii en a rétrocédé, avec bénéfice, la concession à un confrère rouennais; et les sculptures en ont été faites, en majeure partie, par des ouvriers du dehors. Il n'a rien moins fallu qu'une campagne énergique de presse pour venir à bout de l'opposition de l'administration départementale à l'utilisation, dans le nouveau presbytère de Saint-Maclou, des boisel'ies de la façade d'une vieille maison démolie poui' le dégagement de l'église, et cjue le Musée d'antiquités avait recueillies. Les crédits pour la restauralion des sculptures de la cathédrale, (pii s'élevaient à plus de 100,000 fr. par ;m, ont été peu à peu l'éduits à moins de 10,000 fr. Il eu est résulté un exode des plus habiles praticiens; et la péjun-ie des artistes est telle déjà qu'on a (\ù faire venir de Paris des ouvriers pour les travaux de l'Exposilion. Dans h'S édifices pvd)lics comme dans les habitat ions privées, on décore les intérieurs avec du carton pâte et du plàli'c moulé. Les églises et les chapelles sont envahies par les produits du (puu'tier Saint-Sulpice. Si quel([»ies propriétaires éclairés ne faisaient pas de temps à autre restaurer des châteaux de la Renaissance, tels que Bertheville, Fossé, etc., et quelques curc's intelligents, leurs vieilles églises, il n'y aurait plus de besogne artistique pour les sculpteurs rouennais.
LES INDUSTRIES d'aUT. 87
Les mômes causes ont amené la dégénérescence d\ine corporation vois-ne, celle des taillenrs de pierre. Autrefois, dans la Basse-Normandie, l'amour du métier était tel dans cette corporation qu'elle organisait de village à village des concours. Aujourd'hui, à peine sait-on le trait le plus élémentaire ; toute ambition a disparu. Pour les travaux délicats on ne trouverait pas d'ouvi'iei's.
La sculpture sur bois. La sculptiu'e sui' l)ois uc Serait guère plus prospère. On n'a plus le goùl des belles cheminées, des lambris, des rampes d'escalier ornées; seul, le clergé fait exécuter, de temps en temps, quelques travaux pour les églises: chaires à ])rècher, autels, stalles, tables de comniunioii, confessionnaux ; mais l'industrie locale est fortemeni concurrencée sur place par l'industrie lilloise qui lui a enlev('' des conmiandes importantes à Saint-Sever, à Saint-Godard et même la sup.plante pres([ue constamment dans la région. Les artistes ont beaucoup perdu, paraît-il, à la mort des cardinaux Bonnechose et Thomas qui aimaient les arts et les jirotégeaient. Il n'y aurait qu'une très restreinte fabrication de' meubles sculptés anciens exercée par quelques pauvres diables qui travaillent en chambre pour des brocanteurs locaux. On est unanime dans la profession pour réclamer l'organisatif)n, à l'P^cole des beaux-arts, de cours pratiques d'ornementation et de sculpture sur bois.
L'<''bénisterie a disparu à peu près complètement de Rouen; il ne s'y vend |)lns (juc (le la jti'oduction extérieure. La menuiserie La uicnuiserie d'art et de bàlinuml compte encore de 600 à 700 ouvriers,
n'partis entre 70 aleliers. 11 y aui'ail décadence comme quantité et qualité des ouvriers. L'industrie esl toml)ée aux mains de simples entrepreneurs; on me certifie qu'il n'y a pas aujoui'd'hui un dixième des patrons ([ui connaissent le mc'lier et possèd<Mil quel(|U(»s notions d'art. Les aleliers i-ecrutent presque entièrement leur p(M'.-onn(d dans le pays de Caux, où la tradition de l'ancienne industrie normande du meuble s'est couservée encore très vivace. L'Ecole piiili(iiie d'industrie fouriu'f <juel([ues hons apprentis, grâce à l'instruction pi'ofessionnelle li-ès sévère qui y esl donnée. A Rouen aussi, le système néfaste de l'adjudication publique a exercé de terribles ravages dans cette industrie. De l'aveu de chefs d'ateliers, la situation esl arrivée à ce point de dr'|)i'ession des |»ri\ (|u"un industriel honnête ne jjeut pas y prendre part,
sans s'exposer à la faillite. On a maintes fois pi-olesté auprès de la municipalité ; elle se retranche impassiblement derrière les l'èglemenls administratifs.
La peinture décorative et la jK'inlure en bâtiment sont dans un état encore La pciuiurc dccoraUvc plus précaire. Je résume les déclarations du président de la Chambre syndicale des industries du bâtiment : (c On ne fait plus de peinture décorative ; il n'y a pas ici à proprement parlei' de peintres décorateurs, (^uand il se présente — - cas fort rare — des travaux spéciaux, on doit en faire venir de Paris. D'ailleurs, daus la population, le goût n'est pas à la décoration picturale. Ni les administrations dans les édifices publics, ni les particuliers dans les hôtels et les maisons de rapport n'en font exécuter. Le seul travail récent de quelque importance a été la décoration de la sall<' des fêtes de l'hôtel de ville, confiée au décorateur du théâtre dans des conditions tout à fait en dehors des habitudes de l'industrie. Pour des considérations d'économie, les entrepreneurs et les architectes ne poussent point leur clientèle à l'emploi de la peinture décorative. Quant à la peinture en bàtijuent, le système des adjudications publiques est en train de la ruiner. Ainsi, les travaux de l'annexe de l'hôtel de ville ont été proposés à des prix tellement bas que tous les entrepreneurs rouennais ont refusé de prendre part à l'adjudication et que l'administration a dû traiter de gré à gré avec un chef d'atelier des environs. » Les ouvriers n'auraient plus l'habileté de ceux d'autrefois; il n'y a nulle part pour eux d'enseignement professionnel et artistique public. A un jnoment, devant rimmineiice de la disparition de l'industrie et sur des réclamations incessantes, la mimicipalité avait projeté d'organiser quelque ])ai't cet enseignement, tout au moins celui du Jaiix bois et du faux marl)re; mais, me déclare le maire, on n'a pu s'entendre sur la désignation de l'institution — l'Ecole des beaux-arts ou l'Ecole pratl(jue d'industrie — qui serait chargée de le donner. Les uns tenaient jjour celle-ci, cet enseignement étant, à leur avis, d'ordre industriel ; les autres pour celle-là, la peinture décorative touchant à l'art. De leur côté, les conseils de perfectionnement des deux écoles se renvoyaient à la balle les cours nouveaux, pour les mêmes raisons. Cette querelle byzantine a abouti à l'ajournement indélini de la question; il n'en a pas été différemment pour un projet analogue relatif à l'enseignement pratique de la sculpture sur pierre et sur bois.
liOUEX.
La ferronnerie d'art. Lu fei'i'oiiiiei'ie d'ai't a été reslaiiréc à Rouen, dans ce dernier quart de siècle ; un maîlre nouveau a produit des œuvres importantes et tl'une haute valeur artistique ; mais, elle disparaîtra avec lui : elle n'a point trouvé ici un terrain propice au développement qui en aiu'alt pu faire une grande industrie locale. Les arcliilectes, en général, lui sont hostiles et les rares commandes d'amateurs sont insuffisantes pour entrelenii- un atelier qui d'ailleurs ne recrute point (rélémenls nouveaux, le métier paraissant trop dur à la nouvelle génération ouvrière ; même à l'Ecole pratique d'industrie, on ne fait pas d'apprentis, en dépit des avantages pécuniaires qu'offre cette spécialité — -un jeune honnne ayant terminé ses études techniques et sachant un peu de dessin, serait assuré de gagner 4 ^ h'- par jom' ■ — ; et l'Ecole des beauxarts n'a aucun enseignement artistique spécial pour la ferronnerie. Les vitraux d'art. Ou comptc à Roucu trois alelicrs de peintres verriers qui occupent à peine une cinquantaine d'artistes et d'ouvriers, et dont la production annuelle ne serait pas supérieure à i5o,ooo fr. La situation artistique, économique et sociale, ici, est de tous points semblable à celle que j'ai signalée dans les autres villes ayant conservé quehpies débris de cet art qui autrefois, dans toutes les provinces, fut si brillant et si prospère : absence de tout enseignement artistique et professionnel ; ignorance de tous les progrès techniques tentés et réalisés, tant en France qu'à l'étranger ; indifférence du public ; hoitilité des architectes ; entre les chefs d'ateliers jalousie et concurrence acharnée (pii ont conduit à un abaissement iuA'raisemblable des prix de maind'œuvre et qui menacent de ruiner irrémédiablement l'industrie. L'École régionale Roucu cst cloléc d'unc EcoIc régioualc des beaux-arts. Cette Ecole a 280 élèves, ainsi classés professionnellement: jeunes filles, sans métier ou futures inslilutrices, yo; jeunes gens, élèves peintres, sculpteurs, architectes et graveurs, 43; dessinateurs, clécorateuis, peintres verriers, 24 ; ouvriers du iiieuble, 3o; ouvriers du bâtiment, 53; ouvriers mécaniciens, 37; enqjloyés d'administration, de bui'cau et de conjmerce, 30; étudiants et écoliers, 27; militaires, g. Ces élèves sont répartis de cette façon dans les cours de l'école : Cours du jour : jeunes lilles, dessin, 20 ; modelage, iG; jeunes gens, peinture et modelage, 5. Cours du soir : figure d'après nature, iG; figure et tete d'après la bosse, 2g; plantes vivantes, g; ornement, 12; cours moyen et
éléinenlaire, Go; urcliilecUire, y3 ; dessin linéaire industriel, 53 ; ()éoiiiélrie élémentaire, 57; seulpture, Cours oraux : aualojuic, 3i ; perspective, 24; histoire de Fart, 26. L'analyse de ces deux statistiques fera coiniaître le caractère et l'objectil' de rensei(jnenient donné dans celte école. Le nombre des inscriptions pour les cours du jour est insignifiant; le recrutement des élèves se fait donc exclusivenieni parun' des jeunes gens (jui travaillent dans la journée pour vivre, et qui, en majorité, poursuivent le ])ut de se perfectionner dans leur métier. Les futurs peintres et sculpteurs-statuaires ne représentent pas le dixième des élèves ; or, renseignement — exclusivement général — paraît être organisé sui tout pour eux. D'après les déclarations de la direction de l'école, cet enseignement est basé sur les études les plus sévères et les plus longues, et nid ne peut y échapper. Or, pour les trois ans cjui constituent le cycle réglementaire des études, on constate une désertion de plus des deux tiers des élèves, et même, dès la première année, d'un tiers. On invoque, pour l'expliquer, toutes sortes de raisons d'ordres social, moral, industriel, etc. Sans aucune exception, les chefs d'ateliers — impression sur étoffes, sculpteurs siu' pieri'e et sur bois, peintres décorateurs, peintres verriers — m'ont dit que leiu's ouvriers et apprentis ne fré(juentaient pas assidûment et longtemps les com*s de l'Ecole des beaux-arts parce (pie l'enseignement ([ui y est donné ne leur paraît pas d'une utilité immédiate dans leur métier, que la sévérité et la longueur des études générales les découragent ; et les patrons partagent cette opinion, que résumait ainsi l'un d'eux nettement : « c'est vouloir faire apprendre le grec et le latin dans une école primaire ; mais périssent les colonies plutôt (ju'un principe. » (Jette situation n'a pas de causes locales exceptionnelles, puisqu'elle a été observée depuis longtemps dans des écoles d'autres pays; je la signalais notanmient, il y a huit ans, dans l'ancienne Ecole des beaux-arts de Bruxelles, l'Académie : « On a pensé avec raison qu'une spécialisation précise était nécessaire dès la deuxième aimée, afin que l'élève pendant l'étude de l'application de l'art à son industrie fut encouragé constamment à persévérer, Futilité pratique de l'enseignement lui en étant démontrée à cha([ue instant. L'expérience a prouvé que, si les deux tiers des élèves abandonnaient autrefois l'Académie, avant d'avoir apjjris (juehpie chose d'utile, la raison en était à ce
fait qu''ils avaient eu le sentiiiieul très net de rimililité pour leur métier du travail, long et difficile, auquel les règlements les condamnaient ; ils avaient, dans ces conditions, préfé ré se retirer. L'ancien système de la généralisation des études présentait en outre le grave inconvénient d'aveugler sur leur véritable vocation beaucoup de jeunes gens, égarés ensuite dans un enseignement d'art pur, sans ajjplication à l'industrie, et qui devenaient ainsi de fort mauvais peintres, sculpteurs ou architectes, alors qu'ils auraient fait sans aucun doute d'excellents menuisiers, charpentiers et décorateurs. » (Rapports de missions, 'd" vol., Belgi(pie, page 28.)
Il n'existe pas de relations directes entre les industriels et l'école ; on n'a jamais vu dans un atelier, dans une usine, un directeur, un professeur venant s'enquérir des besoins de l'industrie ; et réciproquement, l'école n'a jamais reçu la visite d'un chef (Tatelier ou d'un maître d'usine, y apportant des conseils ou des encouragements. Le Comité de surveillance et de perfectionnement de l'école comprend 2 2 membres, divisés en quatre catégories : i" membres de droit; 2° membres délégués par le Conseil municipal; 3'' membres délégués par le Conseil général ; 4" membres nonnnés par le préfet. Les membres de droit sont le président de la Chambre de commerce, l'inspecteur d'académie, le directeur de l'Ecole de médecine et de pharmacie, le directeur de l'Ecole supérieure des sciences et des lettres. Le conseil municipal est représenté par un ancien instituteur, un typographe, un propriétaire rentier et un architecte. Le conseil général a délégué un agriculteur, un maire de village, un juge de paix et un conseiller sans profession; et enfin, le choix du préfet s'est porté sur deux architectes, deux aquafortistes, le directeur du Musée d'antiquités et un ingénieur. Ainsi, les deux grandes industi'ies artistiques de la ville et de la région, le tissage et l'impression sur étoffes et celles (pii comptent dans l'école le plus d'élèves — apprentis et ouvriers — les industries du bois, de la pierre et du fer, n'ont pas de représentants dans im comité chargé de surveiller l'application des programmes et de proposer les réformes destinées à rendre l'enseignement plus pratique el plus fécond. La plupart des membres de ce comité n'assistent point aux réunions. Il est vrai que les attributions du Comité de surveillance et de perfectionnement de l'Ecole des beaux-arts sont bien platoniques : il siège, mais il ne
ffoiiverne pas. De son coté, radministralion municipale ne semble pas avoir pour l'institution toute la sollicitude qu'elle mérite. Après avoir obtenu, jjar dix années de réclamations incessantes, son transfert de l'enclos Sainte-Marie, où elle étail misérablement installée, à l'ancien Palais des ducs de Normandie, l'école se voit aujourd'luù abandonnée dans de véritables rjreniers, aux murs à peine blanchis, aux poutres nues, aux croisées éborgnées par des pans de briques et de moellons; local fl'entrepôt qui forme un étrange contraste avec les bâtiments de toutes les autres écoles de la ville p(jur lesquelles on n'a pas hésité à dépenser tout ce qui était nécessaire et même superflu.
Le titre de régionale qui a été donné à l'école est purement nominal; elle ne recrute que peu d'élèves hors de Rf)uen ; et pourtani, il n'est pas en France de centre où une institution ayant exactement ce caractère pourrait mieux réussir. Combien de villes importantes gravitent dans sa sphère d'influence, villes toutes industrielles, où doivent éclore abondamment les ambitions juvéniles de futurs artistes, chefs d'ateliers, contremaîtres, ouvriers d'art : le Havre, Fécamp, Dieppe, Elbeuf, Louviers, Evreux, r3ernay, Lisieux, Gaen, Baveux, Ronfleur, Pont-Auclemer, etc. ! Quel rôle à jouer pour Rouen : devenir la capitale artistique de la Normandie ! En ce moment, on rêve d'un idéal qui semble même supérieur à celui-ci. Il est question d'obtenir la « nationalisatit)n » de l'école. Le 5 août dernier, le conseil municipal a voté ce vœu: « L'h^cole régionale des beaux-arts de Rouen sera transformée en une école de plein exercice, ayant le même enseignement, les mêmes cours, les mêmes droits que l'Ect)!*' des beaux-arts de Paris; en particulier, cette école délivrera les mêmes brevets, certificats et diplômes; les pouvoirs publics feront les diligences nécessaires pour obtenir du Parlement, en faveur de l'Ecole des l)eaux-arts de Rouen, relativement aux lois militaires, les mêmes droits que l'école de Paris. » La réalisation de ce vœu constituera sans doute une étape importante vei's la décentralisation; elle pourra produire un résultat appréciable en retenant en province un certain nombi*e de jeunes gens qui s'en vont à Pai'is. Mais, si cette «nationalisation» n'a d'autres coiisé([uences que de diriger v<m's renseignement de la peintui'e et de la sculptiu-e beaucoup j)lus d'élèves, séduits (pi'ils seront par la perspective de l'exemption de deux années de services militaires — car c'est là l'objectif
poursuivi — on aura simplement déplacé un mal social et on lui aura donné plus de développement par la dissémination de la contaçjion. Les industries d'art en souffriront encore. Au lieu de réclamer l'enseignement de l'Ecole des beaux-arts de Paris, que n'a-l-on songé à constituer là une sorte d'Université normande d'art industriel, en mesure, par son organisation supérieure, par le recrutement de ses élèves dans toutes les classes de la société, de fournir aux grandes et petites industries artistiques de la région, des patrons, des contremaîtres, des dessinateui's, des cliimistes, des ouvriers et des employés, armés d'une solide et pratique instruction artistique et technique — comme le sont à l'étranger les grandes écoles d'art industriel? — La réforme serait admirable; et l'on aurait le devoir d'en liàter, par l'agitation la plus active, la mise à exécution innnédiate. Celle qu'on propose est de nature à inspirer plus d'iiKjuiétude que d'enthousiasme.
Réforme de FÉcoie Après avoir sigualé à la municipalité les doléances des chefs des indus-
des bc3.iix~cirts '
tries artistiques sin- l'organisation actuelle de l'Ecole des beaux-arts, j'ai, à la demande du maire, exposé ainsi les réformes qui me paraissent devoir répondre aux vœux divers qui les ont suivies, et réaliser des progrès • accomplis par des institutions analogues de l'étranger: Compléter la «natio-
nalisation » par la réforme des programmes et des règlements en vue du développement de ces industries ; créer des classes du joiu' avec ateliers d'applications prali(jues, sous la direction permanente de professeurs attachés exclusivement à l'école ; favoriser, au moyen de bourses, le recrutement poui* les classes du jour des enfants des familles pauvres, conciuTemment avec celui des fils de fonctionnaires, d'industriels, de commerçants et de rentiers, assuré par la perspective de l'exemption des deux années de service militaire ; annexer à l'Ecole des beaux-arts une section spéciale pour les industries du tissage et de l'impression sur étoffes, avec cours d'art décoratif, cours de gravure sur métaux, cours de chimie industrielle, ateliers et laboratoires d'expériences scientifiques et artistiques, pour la teinture, les apprêts, l'impression, la gravure chimique, la galvanoplastie, etc. Et, enfin, par la transformation du conseil de surveillance de l'école en conseil d'administration, autonome, composé d'artistes et d'industriels; par l'organisation d'un corps professoral permanent, honoré et bien payé, ayant à sa tète un directeur