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LES INDUSTRIES ARTISTIQUES DE LA NORMANDIE

classique drap fin cardé, fondement de ces illustres fabriques, jusqu'à la « renaissance » faite avec les résidus des vieilles étoffes. En admirant à TExposition de Rouen l'ensemble de leurs collectivités, on ne savait, dans la diversité imprévue et la physionomie séduisante de ces beaux tissus, ce qui devait être le plus admiré, la texlure ou le coloris, tant ils étaient tous une caresse délicieuse pour les yeux et pour les mains. Dans le Calvados, le travail de la laine donne encore du pain à environ i,5oo habitants de la vallée de l'Orbec, de Vire et de Lisieux. Les filatures, les tissages et les impressions (lu coton dans la Seine-Inférieure, l'Eure, la Manche et le Calvados, font vivre Z^o,ooo hommes. Et, à côté de ces grandes industries textiles, combien il en est d'autres moins importantes, éparpillées sur tous les points de la région, mais dont la somme de travail se chifi're par de nombreux millions : Les (Iroguets renommés de Saint-Lô et d'Avranclies ; les ceintures, les haïcks et l(^s burnous du canton de Saint-Valéry-en-Caux ; les toiles de lin de Lisieux el d'Orival; le linge de table et de corps de Fiers et de la Ferté-Macé ; les lolles de Vimoutiers, les rubans d'Orbec, de Thiberville et de Drucourt. Sur les plateaux que borde l'Eure, Saint-André, Ezy, l]ois-le-Roi, Lhabit, Ivrvla-BatailIe et la Coutin-e fabriquent des peignes d'écaillé, de corne et d'ivoire et des instruments de musique à vent. Dans les vallées de l'iton et de la Rille, des forgerons primitifs font des mors, des gourmettes, des boucles d'harnachement, et mille ouvrages de cuivre et de laiton. Sur les rives de la Sienne et de la Sée, dans le Cotentin et le Bocage normand, Tinchebrai, Soiu'deval et Villedieu sont des foyers industriels d'une rare vitalité, ici, de chaudronnerie de cuivre, là de quincaillerie et d'orfèvrerie de nickel et de métal blanc. Le pays de (]aux possède un petit Jura horloger en Saint- Nicolas-d'Aliermont, Dampierre, Saint-Aubin-du-Caux et Envermeu. Blang\ , (Iravelle, Moi'tagne ont des fabriques de bouteilles, de verres et de llacons p(nu' pharmaciens, liquoristes et parfumeurs, qui occupent près de 2,000 ouvriers.

Toutes ces industries, dans lesquelles l'art intervient peu ou prou, souvent même iwt'c prépondérance, industries modestes, rustiques et familiales, n'ont j)(>int, en raison de ce caractère spécial, de protection ni d'encouragements, ne sont point soutenues dans hnu's tentatives de progrès, dans leurs

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efforts coiilre la concurrence étrangère ou pour échapper à une crise imminente. A l'étranger, au contraire, ce ne sont pas celles qui reçoivent le moins de témoignages effectifs d'une sollicitude empressée et constante des associations privées et des pouvoirs publics. Mes Rapports de missions en contiennent les preuves nombreuses et éloquentes. Les industries disparues. Et qucUcs iudustrics artistiqucs disparues! Dieppe n'a-t-il pas été la ville des ivoiriers ? Pendant deux siècles, la dentelle, dont Alençon est le berceau, n'a-t-elle pas fait la fortune et la gloire d'une partie de la Normandie ? Il y a cinquante ans, encore, de Fécamp à Saint-Malo, de Falaise à Cherbourg, 70,000 paysannes, filles ou femmes de cultivateurs, de pêcheurs et de marins, lissaient ces belles aubes de lin, à points de champ et de raccroc, ces blondes de soie, d'or et d'argent, ces volants de Chantilly, parures merveilleuses de la grâce et de la beauté, ces mantilles espagnoles et havanaises, aux réseaux fins connne des fils de la Vierge, dont elles avaient reçu le nom charmant. Aujourd'hui, à peine compte-t-on, dans toute la région, 6,000 ouvrières, dont le travail intermittent et ingrat se borne à l'exécution de pièces de luxe, de nouveautés incertaines que la mode parisienne adopte subitement par fantaisie et rejette avec non moins de hâte par caprice. La Chambre de commerce de Caen signalait dernièrement ce fait « véritablement incroyable et navrant » que des dentellières de sa circonscription ne gagnaient parfois que 10 centimes par heure de travail. Et, cette décadence, de l'avis d'un des plus importants faljricants de la région, qui a fait personnellement les plus grands efforts et sacrifices pour maintenir l'industrie, peut être imputée principalement à l'absence de tout enseignement artistique.

Pendant deux siècles également, Rouen a été le centre d'une industrie de la céramique, aussi florissante que célèbre, et d'où avaient essaimé, dans la région normande, au Havre, à Sainte-Foy, à Chatel-la-Lière , à Infreville, au Pré-d'Auge, à la Banqueterie, à Saint-Denis-sur-Sarthon, des manufactures nombreuses et actives. Le Pré-d'Auge seul a survécu.

Des tentatives ont-elles jamais été faites pour empêcher la disparition de ces industries, ou pour les ressusciter ? On s'est bien occupé un peu de la faïence de Rouen. Dans le livret des prix annuels de la Société industrielle,

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je trouve la mention d'une médaille d'or à décerner « à celui ([ui éla!>lira, à Rouen ou dans l'arrondissement, un atelier de fabrication de faïences artistiques comme il en existe dans un certain nombre de villes : Paris, Limoges (?), Blois, Nevers, etc. ». La municipalité entretient aussi un Musée de céramique, qui, en faïences de Rouen, est un des plus riches musées du monde ; mais, à son propos, on pourrait rééditer, en le modifiant, le vers ironique de Boileau :

Pour liuiiorei- les morts, on laisse mourir les vivants.

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