L'ÉCOLE OUENTLN DE LA TOUR
une siibvenlion iiiunicipale de 85o fr. ; et celui de la seconde s'élevanl à la somme de 8,800 fr. ainsi formée: 3,5oo fr, de subvention de TElat ; 3,35o fr. de subvention de la ville; 85o fr. de subsides volontaires d'industriels; 200 fr. de subvention de la Chambre de commerce, et 900 fr. de rentes provenant des legs Lecuyer, Ch. Picard e1 Coûtant. Le progrannne de l'école, qui n'a que deux professeurs, comprend : 1° un cours de dessin élémentaire et un cours de dessin supérieur ; 2° un cours de géométrie ; 3° un cours de perspective ; 4° 'l'i coings de composition de style ; 5° un cours d'histoire de l'art et 6° un cours d'anatomie. On y compte 107 élèvf^s, ainsi classés professionnellement : 34 dessinateurs ; 3 employés d'architectes ou d'entrepreneurs ; I peintre en bâtiment; 1 lithographe; 1 instituteur; 4^ écoliers; 4 employés de commerce, et le reste sans métier déterminé.
L'opinion des industriels et des artistes dessinateurs sur les résultats de l'institution au point de vue de l'art décoratif appliqué aux industries paraît imanimement négative. On en criti([ue avec vivacité à la fois l'organisation administrative, les programmes, l'esprit et les tendances : conseil d'administration oligarchique, divisé en deux courants d'opinions et de doctrines artistiques, par suite de l'antagonisme des deux groupes, très distincts de recrutement, qui le composent, un groupe de membres nommés à vie, en vertu des statuts faits par Quentin de La Tour lui-même : anciens magistrats, amatem^s et rentiers ; un groupe élu temporairement pour la durée de leurs fondions publiques : représentants de la municipalité (anciennement le mayeur et les échevins), de la Chambre de coumnerce, du tribunal de commerce et de la Société industrielle. Ceux-ci se plaignent que l'école ne produit que des peintres, des sculpteurs et ne rend pas de services aux itiduslries artistiques de la ville ; ceux-là objectent qu'elle maintient ainsi ses traditions séculaires et se conforme aux intentions de son fondateur. Les règlements impliquent l'annulation complète, comme autorité et responsabilité, de la direction de l'école, réduite à la fonction infnne d'un employé chargé de tenir à jour les livrets scolaires et de vendre aux élèves des crayons et du papier à dessin. L'absence d'organisation de classes du jour, avec ateliers d'application, ne permet point l'étude peinte de la fleur, base de l'enseignement décoratif pour la broderie et les dentelles, ni les travaux des ornemanistes et des peintres
3io SAINT-QUENTIN.
décorateurs. La plupart des chefs d'industrie se désintéressent de l'école ; ils ne la visitent point, et ne s'enquièrent jamais auprès de la direction — - qui de son côté ne s'en préoccupe pas davantage — - des jeunes gens qui présentent des aptitudes et pourraient être utilisés dans les cabinets de dessins, dont les artistes, il est vrai, semblent hostiles à l'institution, par crainte d'une concurrence future. Ils n'en favorisent point,, par des règlements spéciaux d'entrée et de sortie, par des primes d'assiduité, la fréquentation. Bien dignes de sollicitude et de protection sont pourtant tous ces jeunes gens, qui suivent les cours, été et liiver, le matin de 0 à 8 heures, le soir de 7 heures et demie à lo heures, dans des locaux fort mal installés, prenant à peine le temps de manger et réclamant, comme une faveiu' et une récompense, l'autorisation de travailler le dimanche. A Saint-Quentin, ainsi que dans la plupart des grandes villes industrielles, on tourne dans un cercle vicieux pour ces questions artistiques. Sans trop de réticences, les fabricants, dont les déclarations sur le rôle du dessin dans leur métier, sur la nécessité de toujours chercher de l'originalité, de l'imprévu, du pittoresque, de l'inédit sont fort éloquentes, avouent que la majorité d'entre eux achètent leurs esquisses au dehors, à Paris, à Saint-Gall, à Calais, les dessinateurs locaux, disent-ils, n'étant point capables de produire des compositions d'une réelle valeur d'art ; et, de leur côté, ces dessinateurs se désolent d'être à perpétuité condamnés à la mise en cartes, à l'adaptation de vieux ujodèles et d'esquisses étrangères, après avoir fait preuve à l'école de talents reconnus officiellement dans les distributions de prix.
Cette situation grave, si nuisible aux industries, appelle une réforme immédiate et radicale. Comme le disait fort justement un des délégués de Saint-Quentin à la Commission d'enquête de i883, ce ({ui fait défaut aux différentes institutions d'enseignement artistique de la ville : c'est la cohésion et l'unité. Un grand progrès a déjà été réalisé par la création de l'Ecole professionnelle régionale ; aujourd'hui, on doit tenter de mettre en harmonie l'école Quentin de La Tour et celle de la Société industrielle, tout en conservant à la pi'emière son autonomie imposée par la convention intervenue entre son fondateur et la municipalité. Il y a unanimité d'opinions et de V(eux à cet égai'd chez les industriels et les artistes, même dans la nnmici-
RÉFORMES SCOLAII\ES.
palité et dans Jcs conseils (radniiiiislralioii de ces écoles. Des jeunes (jeiis se présenteni à r('cole Oiientin cle La Tour pour apprendre le jnétier de peintre ou de sculpteur ; d'autres pour obtenir le diplôme d'enseignement du dessin; lies écoliers sans profession déterjuinée, (pii deviendront sans doute plus tard des connnis ou des employés d'administrations publi(jues, de ])an([ucs, de maffasins, des clercs de notaires ou d'avoués, désirent savoir dessiner, faire un peu d'aquarelle, de peinture à l'huile. Oue l'école leur fournisse cet enseignement général de l'art : (^lle remplira son but et satisfera aux intentions de son fondât eui'. Et il ne sera point nécessaire de toucher ni aux statuts, ni aux programmes, ni aux règlements de l'antique institution dont les Saint-Ouentinois sont traditioimellement fiers. Mais, veut-on foi'mei' des dessinateurs spéciaux j)our les industries d'art locales et régionales : tissus, J)roderies, dentelles, sculpture sur pierre et sur bois, peinture décorative ? Oue ce rôle soit attribué à la Société industrielle, où à l'enseignement ihéori- (jue pourra venir s'annexei' l'enseignement pratique dans ses ateliers spéciaux d'applications de tous geni'es. Les cours professionnels de la société s'en compléteront, et, de cette fusion des deux éléments artistiques et industriels, recevront plus de puissance, d'éclat et de notoriété.
C'est cette organisation qui a prévalu à Saint-Gall, dont l'Ecole de dessin poiu' l'industrie et les métiers, fondée en 1867, réformée en i883, a pour but, d'après les l'èglements officiels, d' « offrir aux élèves une éducation générale artistique suffisante et en même temps une préparation directe et spéciale pour l'industrie à la({uel]e ils se destinent ». Tout en formant des brodeurs dans ses ateliers de l)roderie mécanique annexés aux cours de lliéorie, l'école a produit d'excellents dessinateurs; et, en i885, deux ans après sa réoi-ganisation, les connnissioimaires et les fabricants déclaraient que « la production artistique de l'industrie s'en était sensiblement dével(>jtj)ée et ([ue Sainl-tiall pourrait èîre en mesure prochainement de faire concurrence à l'étranger pour les beaux dessins ». (l\ap])Oi'ts de missions, 2'' volume, pages 38-43.)
La petite région dont Bohain est le centj'e ne produisait aux xvu" et xvni*^ siècles que des tissus de soie légers, principalement des gazes; elle a conservé cette spécialité, mais elle y a joint en ce siècle celle des ci'èpes et de
La (Iraperio cl. la iioiiveaiili-'.
3i2 BOHAIN.
nombreux articles de nouveautés, faits de soie pure ou de schappe mélangée de laine peignée, de lin, chanvre et jute, et des tissus d'ameublement. On y compte 10,000 ouvriers, dont la production, en i8g5, a dépassé 3o millions de francs.
Une évolution économique s'est opérée dans l'industrie en ces temps derniers. Il y a trente ans, les métiers pour la plupart étaient dispersés dans les villages de la Picardie et de l'Artois, et appartenaient aux ouvriers, les fabricants ne fournissant que le a harnais », les peignes et les mécaniques Jacquard. Le travail élait trop divisé, les articles se renouvelaient trop fréquemment et par petites quantités pour que le tissage mécanique pût prendre une grande extension. Aujourd'hui, on évalue à peine à 3, 000 le nombre des méliers à la jnain, et celui des métiers mécaiii({ues à plus de 6,000, ivpartis en une cinquantaine d'ateliers. Cette évolution a plusieurs causes économiques et sociales. Pendant une longue période, les ouvriers de la canq^agne ont tellement été exploités par le commissionnaire de façons et par l'entrepreneur de fabrication servant d'intermédiaires, ont eu à subir des chômages si frécjuents et de si grandes fluctuations de prix de main-d'œuvre, qu'en dépit des avantages de l'indépendance, ils ont préféré entrer dans une usine ; d'autre part, les maisons de vente ayant voulu voir de près l'organisation de la fabrique se sont aperçus que le fabricant n'était le plus souvent qu'un simple commissionnaire faisant travailler à façon et ont jugé utile à leurs intérêts de s'adresser à de vrais industriels, qui, pour répondre aux commandes, ont dù monter de grands établissements.
La Picardie, par Boliain, est l'initiatrice d(^ la nouveauté en France, et même dans le monde entier. Sa fabrication justifie cette qualifi^cation de nouveauté par une variété prodigieuse, par une originalité inépuisable, par des innovations incessantes, qui en uTodifient à chaque instant la physionomie. El, ce n'est point seulement dans les nniltiples condjinaisons de couleurs, de trames et de chaînes (jue s'exerce l'ingéniosité des fabricants ; elle y joint les effets presligieux des apprêts les plus variés et les plus imprévus. Des ateliers qui se contentaient hiei' de trois ou quatre métiers d'échantillons en ont aujourd'hni soixante et quatre-vingts ; il se fait annuellement pour plus de 200,000 fr. de dessins nouveaux ; et l'on estime (ju'il s'emploie, tant à