L'ÉCOLE DE TISSAGE ET DE DESSLN
Paris qu'à Bohaiii, comme esquisseurs, metteurs en carte et adaptateurs, environ loo artistes. Cette fabrique si active, si mouvante d'idées nouvelles, si hardie de conceptions, trouve dans l'ouvrier picard un collaborateur exceptionnel ; cet ouvrier est très laborieux, a une atavique habileté de main — on a fait là autrefois les plus beaux chàles des Indes, — la passion de son métier, le goût des recherches et des innovations techniques. C'est grâce à * cet ouvrier que Bohain a pu, il y a vingt ans, résister à l'invasion allemande qui mit l'industrie picarde à deux doigts de sa perte.
L'organisation du travail industriel présente ici un caractère très particulier. Bohain et la région ([ui l'entoure forment une vaste agglomération d'ateliers, dont les bureaux de direction et les magasins de vente sont à Paris ; l'élément patronal n'y est représenté que par des chefs de fabrication. On envoie de Paris les esquisses ; Bohain met en carte et échantillonne. De ces échantillons Paris fait la sélection en conformité des pronostics sur le goût futur de la clientèle ; Bohain tisse les pièces commissionnées ; et Paris les apprête. Cette organisation enlève à la Picardie le personnel des esquisseurs, les cabinets de dessins ; mais elle n'en exige pas moins sur place, près de l'atelier, d'ingénieux adaptateurs d'esquisses et metteurs en cartes, dans l'atelier, des ouvriers d'une rare intelligence, à l'esprit ouvert et à la main très habile. C'est pour assurer à la fabrique ce double pei'sonnel que la Société industrielle, qui a Bohain dans sa sphère d'action, a pris l'initiative de la création d'une succursale de ses cours concernant les tissus, le dessin et le tissage, sous l'administration et avec les ressources d'un comité spécial dont les membres paient une cotisation ammelle de 4 h'»
L'organisation de cette école de Bohain est précaire, peu digne d'un centre in- lcs cours de dessi dustriel aussi important, et ne répond point aux besoins des ouvriers. Les cours ''^'^ ns^acje.
professés par des maîtres de Saint-Quentin n'ont lieu qu'une fols |)ar semaine dans deux salles de la jnairie mises à la disposition de la société ; ils sont suivis dans la section de dessin par 58 élèves, et dans celle de tissage par ig, pour la plupart des employés. Il n'y a pas de cours de mise en cartes; on ne trouverait pas à Bohain un professeur, la corporation étant hostile aux cours par esprit de routine et par jalousie; — le comité parmi ses 80 membres compte 3 dessinateurs et 2 piqueurs de carions ! — Il y a un atelier de
LES INDUSTRIES d'aRT. IfO
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quelques métiers à la mairie ; faute de pouvoir payer un contremaître, les métiers ne fonctionnent pas ; le cours de dessin est à la veille de sa suppression, le professeur actuel ne voulant plus continuer à faire, pour la somme dérisoire de 3oo fr., un service très pénible et très absorbant. Les chefs d'ateliers de Boliain et les membres du comité sont d'avis qu'il y aurait lieu à la création d'une école d'art industriel, d'un degré supérieur d'enseignement, pour laquelle un recrutement annuel d'environ 3o élèves serait assuré, et à la sortie de laquelle les jeunes gens trouveraient tous à se caser avantageusement dans les ateliers de Boliain et dans les bureaux de Paris, où les employés connaissant le métier sont beaucoup recherchés. Pour la réalisation de ce projet, il se présente des difficultés qui paraissent insurmontables, ou ([ui, tout au iiioins, sont très peu suggestives d'efforts, en raison de leurs causes spéciales. Bien que la Société industrielle ait toujours eu la haute intelligence et la générosité d'éviter toute apparence de dualisme entre les deux centres industriels par une abstention d'initiative, qu'elle j)orte beaucoup d'intérêt à cette succursale, elle parait craindre qu'une création de ce genre l'entraîne à des frais qui grèveraient fort son budget, sans qu'elle puisse espérer trouver parmi les industriels et dans la numicipalité de Bohain une coopération sérieuse ; et elle justifie ses craintes par ces faits que la société ne compte que t[uatre sociétaires parmi les industriels de cette ville, que le comité des cours ne comprend que huit fabricants, (jue jamais, jusqu'ici, une donation quelconque n'a été faite pour ces cours par aucun d'eux. La situation n'est ainsi rien moins que satisfaisante pour le présent et surtout rassurante poiu' l'avenir. Les bons ouvriers, élevés par l'apprentissage familial dans les traditions de la fabrication supérieure et de l'amour du métier, disparaissent peu à peu ; dans les ateliers, on ne forme plus que des surveillants de métiers mécaniques ; les metteurs en carte ne reçoivent qu'une instruction empirique qui n'est point à la liauteur des travaux délicats et compliqués que réclame la nouveauté pour ses créations audacieuses.
Il y a donc urgence à aviser, en haut lieu, à l'étude des moyens de conserver à Bohain sa prééminence artistique, ({ui pourrait être atteinte fortement au profit (le la concurrence allemande, dont l'ambition est de renouveler le plus tôt possible la campagne de 1870-1880. Il n'est pas possiijle