‹ Les industries d'artChapitre 7 sur 86 · LA SOCIÉTÉ D'ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL · texte numérisé non relu

LA SOCIÉTÉ D'ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL

que, de faire un prix de revient, etc. Voila le véritable enseignement professionnel, au sens où la Société l'entend.

Malheureusement, dans la réalisation de ce programme, la Société a éprouvé de grandes difficultés qui ne lui ont pas permis jusqu'ici de satisfaire tous les besoins exprimés ; car une originalité fort louable dans le fonctionnement de cette œuvre superbe est cette règle libérale qu'il suffit que vingt personnes réclament un cours quelconque pour que la Société doive l'organiser immédiatement. Les ressources pour se procurer les locaux et l'outillage ont souvent fait défaut. En outre, elle a eu à lutter contre une hostilité, absolument imprévue, de la classe ouvrière : symptôme d'une évolution d'idées sociales extrêmement grave. Ainsi, la Chambre des maîtres imprimeurs et la Société avaient décidé d'ouvrir un cours pratiqiie de typographie et de hthographie; les chefs d'ateliers avaient offert l'argent, les modèles et l'outillage. La Chambre syndicale ouvrière a fait opposition à la création de ce cours et menacé de le mettre à l'index; le projet a dù être abandonné. Il est incontestable pourtant que cet enseignement industriel ne peut être fécond et faire progresser les industries qu'à la condition qu'il soit possible d'y faire pratiquement la démonstration de la théorie, qu'il y ait, en conséquence, des ateliers et des laboratoires.

C'est ainsi que partout, à l'étranger, où il fonctionne, l'organisation de cet ijisututions étrangères

, , . ... , analogues

enseignement a ete comprise et réalisée. Je citerai, entre autres institutions de à la

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ce genre, le « Birmingham and Midland Institute », qui compte près de professionnel 10,000 élèves, dont les ateliers et les laboratoires de métallurgie, d'électricité et de mécanique sont dépures merveilles d'installation; le « People's Palace » de Withechapel, où les 5oo élèves des cours du soir, dans les sections de construction, de mécanique et d'électricité, ont des laboratoires d'expérimentation; l'École industrielle de Charleroi, dont les 1,180 élèves trouvent, les soirs et le dimanche, dans les sections industrielles et scientifiques, à leur disposition, les cabinets de physique et de chimie, les collections technologiques et la bibliothèque de l'Athénée royal, dans les bâtiments duquel ont lieu les cours. Quelles que puissent être les dépenses qu'une organisation de ce genre entraînerait, la Société d'enseignement professionnel a, il me sernble,

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le devoir impérieux de l'entreprendre. Dans une grande ville industrielle et artistique comme Lyon, il n'existe, à l'exception de l'Ecole de tissage de la Croix-Rousse, aucune institution où des ouvriers puissent trouver les moyens de compléter leur instruction technique : c'est une lacune presque invraisemblable. Cette organisation, en outre, ne serait-elle pas pour la Société le moyen le plus sûr de retenir et même d'accroître une clientèle qui diminue, d'assurer l'écolage qu'on doit considérer comme très peu satisfaisant, puisque la statistique des cours accuse une diminution de 5o p. loo des assidus sur les inscrits? Dans le compte rendu administratif pour l'exercice i8g4-i8g5, il est fiiil l'aveu loyal de cette situation: « Le nombre total des élèves inscrits a été de 6,195 au lieu de 5,5 10, soit 3i5 élèves de moins. Quelque légère que vous semble cette diminution, il est utile (pie nous vous en indiquions les causes. Ces causes, à notre avis, sont ime certaine indifl'érence chez beaucoup de jeunes gens qui aiment mieux les exercices physiques ou la fréquentation des syndicats que la fréquentation des cours, et aussi la concurrence faite par des cours muniaipaux, comme ceux qui ont été créés récemment à Vaise. » Dans son discours à la distribution des prix de la Société, le président faisait également allusion à cette dernière création : « 11 faut savoir gré au conseil municipal de sa constante préoccupation pour l'instruction des adultes. Grâce à sa générosité, il n'y a peutêtre pas de ville en France mieux dotée que la nôtre. Nous nous permettons toutefois d'appeler sou attention sur la concurrence qui nous est faite, et nous nous demandons si cette concurrence a donné les résultats que l'on pouvait en attendre. Cette année, par exemple, les jeunes gens de Vaise sont allés nombreux aux nouveaux cours municipaux et nos écoles étaient par cela même moins fré(juenlées que d'ordinaire. L'instruction donnée par la ville n'est certes pas inférieure à celle que nous donnons nous-mêmes ; il ne faudrait donc pas se préoccuper d'un tel état de choses, si les élèves municipaux étaient aussi assidus que les nôtres. Il n'en est malheureusement pas ainsi. Avec njtre organisation qui depuis 3i ans fait ses preuves, nous arrivons à retenir les élèves plus qu'aucune institution du même genre. Le conseil municipal l'a compris quand, en maintes circonstances, il a décidé la suppression de ses cours primaires d'adultes. Nous lui demandons de per-

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sister dans cette voie et de vouloir bien examiner s'il est réellement utile d'ouvrir des cours professionnels tant que nous serons à la hauteur de la tache que nous avons entreprise, » C'est là de la concurrence. En d'autres pays à l'initiative privée plus audacieuse, une association aussi puissante que l'est la Société d'enseignement professionnel par le nombre de ses membres, loin de réclamer timidement la suppression de cette concurrence, aurait, après avoir hautement félicité la municipalité de la susciter, entrepris tout de suite la création de nouveaux cours, supérieurs à ces cours municipaux par leur programme, leur corps professoral et leur installation. La Société n'égaillerait-elle point son action par la multiplicité des cours industriels? i8 locaux différents leur sont affectés. Que les succursales de Vaise, d'Oullins et de Pierre-Bénite soient justifiées par l'éloignement, on ne saurait le contredire ; mais de la rue de la Charité, de la Martinière, de la place des Jacobins, de la rue Vendôme, etc., à la l'ue de Charpenay, où un immeuble lui appartenant contient déjà 1 4 cours, la distance à pied, ou en tramway, n'est point infranchissable pour des élèves résolus à s'instruire. N'en résulterait-il point déjà une économie importante sur le personnel des jirofesseurs, sur les dépenses d'installation et d'entretien des locaux, etc., dont les sommes réunies constitueraient un fonds pour la création d'ateliers et de laboratoires?

La direction de la Société m'a paru en outre fort réfractaire à la propagande active, incessante, par toutes les formes de publicité que la presse, l'imprimerie, la poste et tant d'administrations spéciales ont nndtipliées à l'infini. Ces préjugés sont fâcheux autant ([u'inexplicables, « Qui veut la fin, veut les moyens. » Les Anglais, dont la respectabilité n'est pas moindre que la n(Mre, mais dont l'activité est plus ingénieuse, n'hésitent point à mettre au service de leurs institutions d'enseignement public les plus sérieuses la publicité par brochures, tracts, prospectus, affiches, annonces, etc. Au Polytechnic Institute de Londres, au People's Palace de Whitechapel, on distribue annuellement par centaines de mille des notices sur le but de ces institutions. Dans ce dernier établissement, tout individu reyoil en même temps ([ue son ticket d'entrée de deux sous pour les concerts, spectacles, expositions, etc., un petit lot de progranmies des écoles ouvrièi-es et d'apprentis-

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sage qui y sont annexées. Les résultats que nos voisins en obtiennent les poussent à développer ce mode de propagande. La Société n'a pourtant point un organisme routinier ; il semble y dominer au contraire un esprit très libéral et progressif. LTn article des statuts, celui concernant l'organisation des "cours, en est un témoignage éloquent : Point de commissions consultatives pour étudier pendant un temps indéfini la moindre réforme, la proposition la plus simple. Il suffît qu'un cours soit réclamé, et que vingt personnes s'engagent à le suivre, attestant ainsi son utilité, pour que satisfaction immédiate soit donnée ; et c'est ce qui explique le nombre, la variété des cours et le caractère original d'un grand nombre d'entre eux. Le conseil comprend des ingénieurs, des architectes, des négociants et des industriels, des employés et des ouvriers.

Un certain nombre de professeurs et d'^élèves ont eu, il y a quelques années, le projet de créer entre ceux qui fréquentent ou ont fréquenté les cours de la Société une œuvre destinée à en continuer l'action bienfaisante, au delà de la période scolaire, par des bibliothèques et des réunions permanentes. LTn essai a été tenté ; il a avorté. On s'y est mal pris, sans aucun doute ; l'essai était trop timide ; par son caractère l'œuvre présentait trop, sous une forme indéterminée et par consécjuent peu attractive, la continuation de l'école du soir. N'aurait-on pas réussi en se proposant hardiment comme modèle le type des cercles d'employés et d'ouvriers, créés dans toutes les villes des États-Unis; ou, même mieux, — car ce type entraîne immédiatement à d'assez grands frais, exige une mise de fonds importante - — une institution dans le genre de l'association annexée aux cours du Birmingham and Midland bistitute, qui possède, dans l'hôtel où ont lieu ces cours, un théâtre pour conférences et concerts, des salles de conversations et de jeux, association qui ne compte pas moins de 4?770 abonnés?

Douloureuses sont les 'doléances de la direction de la Société sur la concurrence que font aux cours les bars, les l^rasseries, les cafés-concerts, les caboulots ; elle ne dissimule pas que c'est là pour Tinstitution le péril de demain. Il y a donc opportunité et urgence à créer quelque chose de semblable, qui arracherait au vice, sous toutes ses formes, des milliers de jeunes gens, comme on l'a fait avec tant de succès en Amérique

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