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LA MENUISERIE. — L'ÉBÉNISTERIE

points sa vieille enceinte ; on a créé des qnartiers nonveaux. Il ne s'est plus trouvé crornemanistes sur pierre et sur Itois pour décorer les constructions nouvelles ; et, malgré tout ce (pToii a pu l'aire en ce sens, le Lille moderne n'a pu recevoir encore une parure artisti([ne qui dépasse de beaucoup celle qu'ont su donner an Lille ancien les artistes du passé.

Actuellement, Lille ne peut soumettre à une en(pièle d'art ([u'une demidouzaine d'industries : l'ébénisterie et la menuiserie, la lerronnei'ie, la cérami([ue, les vitraux et l'imprimerie.

La menuiserie et rébénisterie occupent environ 200 ouvriers, répartis La menuiserie en deux établissements de (pielque importance ; bon nondjre d'industriels qui s'intitulent fabricants ne sont que des marchands. Sur ce cliiflre d'ouvriers, la moitié au moins est de nationalité belye, sui'Iout dans les branches (pii touchent le plus à l'art ; on paraît beaucoup les apprécier pour leur discipline, leur s()l)i'i(''t('', leur intelligence, leurs c(jnnaissances techniques et artisliipies, accpiises, sans doute aucun, dans les excellentes écoles professionnelles que la Belgi(pie a créées. L'apprentissage est |)resque nul; le développement de l'instruction des ouvriers rencontre des obstacles dans l'organisation défectueuse des cours nnuiicipaux d'adultes, de l'Lcole des beaux-arts, des bibliothèques et des nnisées. Malgré cela, il est fait, dans ces deux établissenients, par les oîuvres fort remarquables (jui en sortent, la démonstration de la puissance d'une organisation industrielle, basée sur la direction de chefs actifs, ayant reçu une sérieuse instruction professionnelle et artistique dans une véritable école d'art ou à l'ateliei', par une tradition familiale de travail, de science et de passion pour le métiei'. Là se manifestent malheureusement l'hostilité sinon l'indiflerence des architectes qui, à très peu d'exceptions, ne donnent à l'industrie ni encouragement, ni collaboration ; l'insouciance des administrations publiques qui se déchargent sur le système de l'adjudication de tout soin d'assurer aux édifices de la ville le confort et le luxe, dont leurs prédécesseurs hjintains ont laissé tant d'exemples superbes. Dans le mobilier religieux seul on trouverait quelques témoignages d'habitudes moins étrangères à tout idéal d'art ; mais cette dernière branche de l'industrie a une grande concurrente tlans la memiisei'ie belge. On m'assure que depuis ([uelques années, dans toutes les villes de la

frontière, il a élé exécuté par des ateliers de Tournay, de Gourtrai, de Gand, de Bruges, de Malines, etc., pour un demi-million de travaux religieux ; je citerai entre autres : à Lille, église Sainte-Gatlierine, l'autel de la chapelle du Sacré-Gœur et la table de communion ; église Saint-Sauveur, le maîtreautel du prix de 3o,ooo fr., trois autels de chapelle pour 24,000 l'r. ; à Roubaix, églises Saint-Martin, Saint-Joseph, du Sacré-Gœur et du Rédempteur, des autels et des chaires ; à Tourcoing, un mobilier tout entier, maître-autel, chaires, stalles, tables de communion, buffet d'orgues et autels latéraux ; à Armentières, église du Sacré-Gœur, le maître-autel, les autels latéraux et la chaire, etc. Et les fabriques aussi bien que les architectes ne pourraient objecter qu'on n'est pas capable de produire à Lille des pièces de cette importance : un des ateliers de cette ville a conquis un grand renom d'habileté et de goût, et a fourni povu' de nombreuses cathédrales des œuvres de haute valeur d'art.

Quant à la menuiserie de bâtiment, le président de la Ghambre syndicale des enli'epreneurs me déclare nettement que la question des apprentis et celle des ouvriers habiles y sont devenues d'une extrême gravité ; on doit créer immédiatement une institution spéciale pour former les uns et les autres, sinon, (ians (juinze à vingt ans, il n'y aura plus d'industrie ; déjà, à cette heure, par suite du petit nombre de ces derniers, on ne peut exécuter tous les travaux un peu soignés ([ui se présentent. La Ghambre syndicale, ajoutet-il, apportera un concours financier et matériel sérieux à qui la créera, Etal ou municipalité. Pour parer, dans la mesure de ses moyens, aux conséquences désastreuses de cette situation, le chef du plus important atelier de la ville, ([ui occupe près de deux cents ouvriers, a organisé une école privée d'apprentissage, avec primes de travail et d'assiduité ; mais, il y existe une lacune de nature à compromettre le succès de celte œuvre intéressante : celle de renseignement des maUiématiques et du dessin. La 'municipalité précédente avait songé un ijistuut à faire suivre cet exemple dans tous les ateliers, en instituant ime série de l)()urscs d'apprentissage sur le fonds de 4o,ooo fr. légué par JM. B()g<[io; il n'a pas été encore donné suite à ce j)rojet.

La ferromierie d'art occupe à Lille })lus de 4oo ouvriers — dont 100 artisans de grand mérite — répartis dans une (piarantaine d'ateliers. La ma-

LA FEIIIIO.N \EKIE. 3i()

jorlté est d'oriyiiie belge. Les chefs crateliers forment eux-mèines leurs apprentis et leurs ouvriers, par des méthodes empiriques d'enseignement, le plus grand nombre ignorant les éléments du dessin. Le recrutement normal des apprentis présente de grandes difficultés, en raison de l'opposition des parents à accepter les longs délais (ju'exige une instruction professionnelle sérieuse, ainsi que de l'hostilité des ouvriers à se créer par là de futurs concurrents. Les cours de travail manuel du soir ne sont pas dirigés par des maîtres compétents. L'bistitut industriel ne fournit ([ue des candidats aux Ecoles d'arts et métiers et à l'Ecole centrale ; et l'enseignement de l'Ecole des beaux-arts n'a aucune portée pratique. Aussi, les doléances et les craintes sur l'avenir de l'industrie, sur la disparition procliaine des ])ons ouvriers, sont-elles unanimes, et se résument nettement en la réclamation éuergique d'une Ecole spéciale d'apprentissage et dans la réforme de l'Ecole des beauxarts. On se plaint également, avec non moins de regrets, de l'absence, dans les bibliothèques publi({ues et dans tous les musées, tant au Palais des arts (|ue dans le Musée industriel et le Musée Gauche, de toute organisation de collections de documents et pièces d'art et <le technologie, alors qu'il ne serait rien moins que facile de les créer immédiatement avec tout ce que contient, sans méthode aucune, la section d'archéologie du Palais des arts, avec l'adjonction de moulages d'œuvres célèbres que possèdent les grands nuisées de Paris et de l'étranger, et la bibliothèque de l'Ecole des beaux-arts, comptant plus de i,5oo volumes, ouverte exclusivement aux élèves qui ne la fréquentent point. Personne jusqu'ici ne s'est préoccupé encore de donner satisfaction aux désirs et aux bonnes volontés de tant de braves chefs d'ateliers et ouvriers, avides de s'instruire et de se perfectionner. A ces doléances visant des questions d'enseignement viennent s'ajouter celles qui concernent : le peu de concours et d'encouragements que la corporation rencontre auprès des architectes, indisposés en général contre la ferroimerie ; le système des adjudications publiques auxquelles sont admis tous les corps de métiers du bâtiment à l'exception de la serrurerie ; et les règlements de la voirie municipale interdisant pour ainsi dire la construction des vérandas, des enseignes et des potences, tant les dimensions concédées sont réduites. On estime à deux millions et demi la consommation locale de la ferronnerie d'arl ; sur ce

cliiflre la moitié est fournie par la Belgique et l'Allemagne. Et cependant, me disent de nombreux chefs d'ateliers, il y a dans le public un mouvement très prononcé en faveur du fer forgé pour la décoration intérieure et extérieure, qui a pour origine l'Exposition internationale du palais Rameau, en 1882, où il n'y avait pas moins de dix industriels très importants dans cette section, venus de Paris et de Bruxelles, et dont les travaux fort remarcjuables furent très goûtés et achetés ; exposition du plus grand intérêt qui n'a pas élé renouvelée.

Les vitraux d'art. Dcpuis 1878, l'iiidustrie dcs vitraux d'art a pris à Lille une certaine extension. 11 travaillait, vers la fin de l'Empire, dans cette ville un miique peintre verrier ([iii produisait en grandes quantités de mauvais vitraux pour les églises modestes de la région ; un artiste rémois, ayant reçu une commande que ce peintre n'avait pu exécuter, vint sur place et constata (ju'il y avait de la besogne assurée pour de nombreuses années ; il monta un atelier, rapidement prospère ; et son exemple ne tarda pas à être suivi. Actuellement, il y a à Lille quatre maisons et deux dans la banlieue, occupant un? cinquantaine d'artistes, dont la production annuelle est d'environ un demi-million, et qui n'ont guère d'autres concurrences (jue celles des ateliers de Paris, de Mesnilsm-l'Oise et Beauvais. L'industrie s'alimente presque exclusivement de commandes pour les églises. Le goût du vitrail d'appartement ne s'est point répandu dans le Ps^ord ; on le trouve trop cher; et les architectes sont généralement réfract aires à son emj)loi. Les chefs d'ateliers se plaignent unanimement d'être dépourvus de tous moyens d'études et de propagande, de ne j ccevoir des administrations publiques aucun encouragement, de ne pouvoir recruter des ouvriers habiles. Le programme de l'Ecole des ]jeaux-arts, au point de vue de l'enseignement du style gothique employé exclusivement dans l(>s vitraux religieux, ne répondrait point à leurs besoins; les musées et les bibliothèques ne contiennent aucun des documents qui leur seraient utiles ; il n'a point été organisé depuis 1882 d'expositions locales ou régionales (jui \o\iv auraient pennis de montrer au public leurs travaux. C'est que les boimes volontés, le grand désir d'apprendre sont incontestables ; j'en ai eu de nombreux témoignages, bien touchants. Seule, une grande association d'art et d'industrie pourra changer cet état précaire, en faisant sortir les

patrons cl les artistes de leur isolement, en leur créant une atmosphère d'idées nouvelles, d'ambitions généreuses et d'émulation, en leur faisant connaître, par des œuvres et par des informations, ce qui se fait à Paris et à l'étranger.

La région du Nord est un grand centre de cc^ramique, faïences et car- La o iami.iuc-. reaux, qui n'occupe pas moins de 5,000 ouvriers répartis entre une quarantaine d'usines, groupées ou disséminées à Saint-Amand, Maucliiennes, Onain, Fives-Lille, Ganteleu, Orchies, Feignies, Le Gâteau, Anglefontaine, Sars-Poteries, Ferrières-la-Grande et Boulogne. Depuis vingt-cinq ans, l'industrie est devenue fort importante ; la plupart des fabriques de carreaux, qui ne produisaient qu'en vue des fourneaux de cuisine et des carrelages à très bon marché, ont abordé les genres décoratifs les plus délicats et les plus pittoresques pour façades de maisons, salles de cafés, salles de bains, atriums d'hôtels, garnitures de vérandas, de jardinières, etc. Plusieurs maisons s'adonnent à la mosaïque de cérami(|ue avec succès et exéculenl aujourd'hui de grands travaux d'ornementation. A l'exception de quehpies usines, qui ont créé des ateliers de dessinateurs spéciaux, l'organisation artistique est généralement fort en retard sur l'organisation indusirielle. I.,a majeure partie des ouvriers et des artistes est de nationalité belge ; et le l'ccrutemenl en est si facile qu'on ne se soucie plus guère tle faire des apprentis. La dissémination des établissements dans la campagne ou dans des agglomérations peu importantes ne permet point de donner aux uns et aux autres une instruction professionnelle et artistique sérieuse. Des patrons en sonl réduits à faire appel à la bonne volonté des instituteurs p(»ur enseigner les premiers éléments de dessin et de mathématiques. Les modeleurs et les décorateurs même, le plus souvent, n'appi'cnnent et ne pratiquent (ju'empii'iquement leur métier. Il y a donc lieu de créer dans un centre aussi important une institution qui fournisse libéralement à l'industrie les éh^nents de développement artistique, dont actuellement, à l'opinion unaninie des chefs d'ateliers, elle est tout à fait dépourvue.

Le nombre des imprimeries dans la région du Nord, à Lille, Armentiè reS, L'ini|ii'iini'rie. Haubourdin, Gomines, Tourcoing, Roubaix, Halluin, Séclin, Gaml)rai, Douai, Dunkerque, Hazebrouck, Valenciennes et Saint-Amand, est de 11 5, dont

57 typographies, 20 lithographies et 82 litho-typographies. Lille seul possède 49 établissements : 1 4 typographies, 1 4 lithographies et 2 1 typolithographies. Les ouvriers divers employés dans celte industrie sont environ 2,5oo, dont les deux tiers travaillent à Lille et dans sa banlieue. On les répartit professionnellement ainsi : dessinateurs, graveurs, chromistes et plumistes de 4^ à 5o ; reporteurs, 45 î pressiers à bras, 65; typographes, 600 ; lithographes pressiers et conducteurs, 80 ; imprimeurs (conducteurs et margeurs), 3oo ; papetiers et relieurs, 3oo ; stéréotypeurs, clicheurs, fondeurs, photograveurs, [\o ; satineurs, trempeurs, ponceurs, 2 5. La production générale atteindrait annuellement de 5 à G millions de francs. L'imprimerie de la région du Nord, à l'exception de la taille-douce, fait tous les genres ; et trois maisons lilloises se sont créé une spécialité, qui ne se rencontre point ailleurs aussi florissante : l'impression à la Gongrève, importée vers i84o, par dcux' ouvriers de Francfort.

Depuis les nouveaux tarifs de douanes, la concurrence étrangère a diminué ; néanmoins, les Allemands introduisent encore, dans des conditions de prix inabordables par les industriels français — à leur déclaration, — • des chromos en assez grande quantité. En outre, il s'est installé sur la frontière des maisons belges et allemandes qui, par leur bas prix, ont conquis une certaine clientèle dans l'industrie de la chicorée pour les étiquettes illustrées.

Relativement à l'organisation professionnelle, l'imprimerie lilloise et régionale réclame non moins énergiquement des réformes. A l'exception d'une maison qui a fondé chez elle une école d'apprentissage, dans tous les ateliers le recrutement des jeunes ouvriers présente de grandes difficultés. Les patrons et les familles n'étant plus liés par aucun contrat, l'ambition de gagner immédiatement quelque chose à faire n'importe quoi hantant l'esprit (!(^ tous les apprentis, l'instruction technique, base de l'ancien apprentissage, a presque complètement disparu. Et il n'y a actuellement aucune institution publi([ue ou privée ou corporative qui puisse donner cette instruction. Pour les parties artistiques de l'industrie, sur les pétitions de la (chambre des imprimeurs du Nord, qui témoigne d'une louable sollicitude pour les questions d'enseignement, il a bien été créé à l'Ecole des beanx-arts et à l'Ecole primaire supérieure des cours de (fravure et de lithographie ; les résultats en

L'IMPRIMERIE. SaS

ont été nuls ; ici, en raison du |)cu de temps consacré à renseignemeni : une lieure par semaine ; là, parce (pi'on y forme exclusivement des candidals à l'Ecole des beaux-arts de Paris. Celte même association a maintes fois demandé l'organisation d'une institution municipale d'apprentissage et d'arl décoratif; elle en renouvelle aujourd'hui le vœu avec une vive insistance. On me déclare cjue, dès la première année, un cours d'art décoratif ])ratiquc serait suivi par au moins 5o élèves ; et que l'annexion à ce cours d'une classe prépara(oire, ouverte aux élèves des écoles primaires (jeunes garçons et jeunes filles), avec faculté de fré(|uenlation à certaines heures spéciales de la journée, assurerait, dès la deuxième année, un recrutement du double de ce chifTre.

Les graveurs, les plumistes, l(^s dessinateurs et les chromistes, qui pour la plupart travaillent en chambre, aux pièces, seraient, me dit-on, incapables d'autre travail que la copie d'un dessin ou l'adaptation d'une esquisse. Pour les compositions originales, les ornements et la lettre soignée, on doit s'adresser à des spécialistes de Bruxelles ou de i^arls. Or, les industries de la chicorée et de la fileterie (fils à coudre) ont fréquemment besoin de compositions décoratives, pittoresques et originales, pour les enveloppes des boîtes et des pacjuets.

L'organisation dans un nuisce d'une section des arts graphiques, avec communication de documents et renseignements constamment tenus à jour, est considérée aussi cojnnie devant rendre de grands services aux ijidustriels et aux dessinateurs.

Il est de toute évidence qu'il y a beaucoup à faire, aux points de vue de ce double enseignenienî technique et artistique — école et musée — ; des encouragements, aide et protection à accorder poiu' les tentatives qui se produisent dans les ateliers — par exemple, en ce moment, pour l'impression sur plaques de métal, pour la fabrication des cartes à jouer, pour les tableaux-annonces — , et qui souvent ne peuvent recevoir le développement que leur donnerait une association dans le genre de celles dont j'ai signalé le fonctionnement en Allemagne et en Autriche, grâce à la solidarité active des industriels, à la coopération puissante de tous ceux qui peuvent être utiles par leurs talents et leurs goûts artistiques et par leur autorité pour

provoquer de ces mouvements d'opinion puljlique, qui viennent aisément à bout de toutes les indifférences et de toutes les mauvaises volontés. Lapoiiiiiirc Dans la décoration immobilière qui emploie environ 200 peintres et

'l Ifl se ni p turc

(iécoraiivcs. sculptcurs, la situatiou ne serait point brillante. Le système de l'adjudication, par les rabais invraisemblables auxquels elle donne lieu, rendrait les travaux dans les édifices et bâtiments publics inabordables pour les industriels locaux soucieux de Tliomieur et de la réputation de leurs maisons, et leur crée une concurrence désastreuse par l'admission de soumissionnaires étrangers ne présentant généralement aucune garantie financière ni professionnelle. Les rapports entre les architectes et les décorateurs à qui sont faites direclement les conmiandes par le client eu vertu des coutumes lilloises, et ([ui donnent personnellement les projets et devis, ne sont rien moins que favorables au développement des travaux décoratifs dans les constructions nouvelles et dans les restaurations d'anciens bâtiments. L'exécution de plafonds à lambris ornés de peintures et de sculptures dans les hôtels privés (k'vient de plus en plus rare, tant parce que le goût s'en perd que par des raisons d'économie.

Dans les cafés et les établissements publics, les revêtements en céramique et les imitations de vieilles tapisseries ont pris la place des allégories et des sujets de fantaisie ([ui s'y voyaient autrefois ; les marchands ne luttent poinl entre eux de devantures et d'installations de magasins luxueux, où Ton puisse prodiguer les festons, les guirlandes et les rinceaux, les faux bois et marbres précieux. Le président de la Chambre syndicale des entrepreneurs me déclare que l'industrie ne pourrait vivre, si les grands fabricants et négociants de Roubaix, de Tourcoing et d'Armentières, qui font bâtir des hôtels, ne doimaient plus de travail aux décorateurs hllois. Au point de vue de l'enseignement j)rofessionnel et artistique, la corporation se trouve actuellement dépourvue de ce qui lui est nécessaire : une école d'art avec ateliers d'application, des collections de modèles et une bibliothèque. Vient ensuite l'urgence de la fondation d'une association qui établisse des relations permanentes entre tous les membres de la corporation, patrons et ouvriers, et enti'c les autres corps de Jiiétiers, les arcliitecles et les artistes, ainsi qu'entre les amateurs riches de la ville et de la région, de fa^^-on à faire tomber les

antagonismes, les préventions et les préjngés, et qui fournisse aux décorateurs par des expositions fréquentes, même permanentes, les moyens de se faire connaître et d'entretenir entre eux une féconde émulation.

L'organisme de l'enseignement pour les industries d'art consiste en six institutions : l'Ecole des beaux-arts (anciennement les Ecoles académiques), l'Ecole Saint-Luc, le Musée du Palais des beaux-arts, le Musée industriel, le Musée technologique, et l'Union artistique du Nord.

L'Ecole des beaux-arts, création municipale, dont le budget annuel est de l'écoIc des beaux-arts. 4i,5oo fr., comprend deux séries de cours: les cours municipaux et les cours normaux subventionnés par l'Etat et spécialement destinés à la formalion de professeurs pour l'enseignement du dessin. Les cours municipaux, au nombre de onze, embrassent les matières suivantes: 1° dessin linéaire, dessin élémentaire, dessin géométrique et lavis à l'effet de dessins d'architecture et de machines ; 2° dessin de la figure d'après le modèle vivant et d'après la bosse; 3° peinture d'après la nature morte et le modèle vivant ; 4° aquarelle ; 5° gravure artisti([ue et industrielle ; 0° sculpture, modelage d'après le plâtre et le modèle vivant ; 7° anatornie ; 8° géométrie et mécanique ; g° ornement dessiné et modelé ; 10° architecture, cours pratiques pour adultes ; 1 1° perspective linéaire et aérienne ; 12° histoire de l'art. G5o élèves se sont fait inscrire pour l'année scolaire iSgS-iSgG; et les cours ont été suivis par 487 ; cette diminution provenant des ouvriers qui par leurs occupations nouvelles se trouvent dans l'impossibilité de continuer leurs études. Les élèves appartiennent aux professions suivantes : 38 architectes ; 37 peintres artistes ; 19 peintres décorateurs; 21 décorateurs; g sculpteurs statuaires; 20 ornemanistes ; 22 graveurs lithographes; 12 graveurs sur métaux et sur verre; 5 dessinateurs pour tissus ; 34 dessinateurs en tous gem-es ; 26 employés de commerce ; Sg menuisiers ; 7 ébénistes ; 27 ajusteurs mécanicieus ; 8 serruriers ; 4 traceurs ; 5 jnayons ; 2 métreurs ; 7 modeleurs ; 5 tailleurs de pierre ; G élèves-professeurs de dessin ; 5 amateurs ; 102 écoliers, i3 professions diverses; i5 demoiselles, élèves-professeurs de dessin. Les inscriptions se répartissent ainsi par cours : cours de peinture, 2G; cours de dessin, modèle vivant, 20; cours de sculpture, 27; cours de bosse, 55; cours d'architecture élémentaire, 5o ; cours d'architecture supérieure, 2G ; cours

d'ornement, 69 ; cours de géométrie, mécanique et statique, 53 ; cours de dessin géométrique, 60 ; cours de dessin à main levée, 122 ; cours de gravure, 22 ; cours d'aquarelle, 3o ; cours d'histoire de l'art, 74 ; cours d'anatomie, 4^ ; cours de perspective, 64 ; cours d'arithmétique, algèbre et trigonométrie, 4o- On évalue à une moyenne de 20 p. 100 le nombre des inscrits qui suivent les cours jusqu'au bout de l'année scolaire. Si l'on analyse, au point de vue spécial de l'enseignement des industries d'art, ces deux statistiques, le peu de fréquentation des cours d'application de l'art à l'industrie frappe immédiate; iient. Sur i4o élèves décorateurs, ornemanistes, graveurs et dessinateurs, gi seulement s'y sont fait inscrii'c ; et le chiffre de ceux qui le suivent plus ou moins assidûment représente le septième des inscriptions totales. C'est que l'Ecole des beaux-arts n'est rien moins en effet qu'une école d'application de Tart à l'industrie ; l'enseignement spécial pour former des peintres, des sculpteurs, des architectes (84 élèves), et renseignement général élémentaire du dessin en constitue la base. Le programme de l'école présente même cette étrange et fort imprévue particularité : c'est que le cours d'ornement n'est pas un cours organique, qu'il est professé généreusement par un maître de cours de dessin qui, s'étant passionné pour cet enseignement, a obtenu l'autorisation d'en entreprendre l'essai à ses frais, et le poursuit depuis plusieurs années sans qu'il soit inscrit au budget.

La genèse de ce cours est intéressante ; elle constitue la démonstration la plus frappante de cette vérité, qui semble une vérité de la Palisse, bien qu'elle ne soit guère mise en pratique : c'est que l'utilité d'un enseignement en assure la progression constante. En iSGg, il était créé à Técole un cours d'adultes pour ouvriers du bâtiment (maçons, menuisiers, peintres, plafonnevu's, etc.), auquel trois heures par semaine étaient consacrées. L'année suivante, on devait y ajouter deux heures, plus tard, progressivement, jusqu'à dix. Le nombre des inscriptions fit bientôt dédoubler le coiu'S ime première fois, puis une seconde. Quelques-uns des élèves furent envoyés au cours de géouK'tric ; d'autres formèrent une classe annexée à celle d'architecture ; et l'on rchuiissait en un cours dit d'ornement les peintres décorateurs, les sculpteurs oi'uemanistes, les dessinateurs en tissus, les jardiniers paysagistes et les graveurs, dont une partie entra plus tard au cours de gravure artistique

et indiislrielle lorsqu'il J'ul fondé. Eu i8()2, le professeur, eouslalaul ([ue ce cours recrulail de plus eu plus des élèves, sigualail à la coiuuiissiou adiuinistralive la nécessité de Torgauiser avec un professeur spécial et luie dotation (routillage spécial cl de collections de modèles, d'en fixer Tljoraire à la fois dans le jour et dans la soirée pour (jue les élèves puissent faire des études de peinlure; la proposition fut ajournée.

Il y a eu autrefois aux Ecoles académiques un commencement d'organisation de cet enseignement ; vui professeur d'architecture, M. Bouvignat, ancien élève et ami intime de Desplecliin, avait créé un cours d'art déeoratil pratique qui ne comptait pas jnoins en uioyenne d'une vingtaine d'ornemanistes et de clécoratem^s, et d'où sont soi'tis les meilleurs chefs d'alelier d'aujourd'hui. Ce cours a fonctionné pendant ti'ente ans. Actuellement, à deux ou ti'ois exceptions près, on ne trouverait pas, ju'assure-t-on, un peinti'c capable de faire une composition originale.

Sur les réclamations de la Chambre des iinprimeui's, il a été fondé, il y a quelques années, en annexe à l'Ecole des beaux-arts, avec un budget spécial de i,4oo fr., un cours de gravure industrielle, confié au professeur de gravure artistique. Peu à peu, par suite de son installation dans un local très éloigné de l'école, de l'indifférence de l'administration, ce cours a conquis une véritable autonomie, qui a amené la fusion des deux sections. On n'y fait plus aujourd'hui que des candidats à l'Ecole des beaux-arts de Paris. Les jeunes gens, non plus que leurs parents, ne veulent pas entendre parler d'études en vue de l'industrie ; tous burinent patiemment et avec entrain pour conquérir, un jour, le prix de Rome en gravure. On a essayé d'organiser des cours du soir pour les apprentis et les ouvriers des lithographies lilloises ; ils ne sont point venus. Aucunes relations sérieuses n'existent entre les ateliers et cette école ; le professeur, âgé et infirme, ne pourrait d'ailleurs les cultive!', s'il en avait le goût sinon l'obligation. Les théories adoptées ne sont en outre rien moins que favorables au développement d'un enseignement industriel ; elles peuvent se résumer en cette ch'claration qui m'a été faite et renouvelée plusieurs fois : « ce sont les élèves ayant échoué dans les concours pour les bourses de l'Ecole nationale des beaux-arts qui doivent entrer dans l'industrie ».

Aussi, TEcole des Ijeaiix-arts nesi point tenue par les chefs d'industrie artistiques, sans aucune exception parmi les très nombreux que j'ai vus, pour une institution qui puisse leur fournir les artistes et les ouvriers supérieurs dont ils ont besoin. Ils réclanient unanimement sa transformation radicale ou la création d'une Ecole spéciale des arts décoratifs. Actuellement, les jeunes qens (jui veulent entrer dans ces industries comme dessinateurs ou futurs contremaîtres et chefs d'ateliers s'en vont chercher à l'Ecole nationale des arts industriels de Roubaix l'enseignement qui leur est néces- « saire ; et, par réciprocité, Roubaix envoie à Lille de nombreux étudiants de

peinture et de sculptiu^e, ambitieux d'aller à Paris comme boursiers ou à Rome comjiie pensionnaires de l'Académie de France. Les conséquences de cette lacune et l'infériorité de l'enseignement des arts décoratifs ont maintes fois préoccupé les corporations et j)rovoqué des projets d'une institution Piojot nouvelle. En i8gi, la Société des architectes du nord de la France mettait à

d'une Ecole régionale i, , i n • • n i • i r • i 11 i •

d'aroiiiieeiure. 1 ctudc 1 orgauisatiou d une Ecole nationale et régionale d architecture, en vue de fournir à l'architecture et à t(jutes les industries qui en dérivent ou s'y rattachent renseignement artistique ccjmplet que ne leur donne point l'Ecole des beaux-arts ; elle nommait une commission de (pielques membres qui, le 10 octobre de la même année, déposait un rapport sur c 'tte organisation. Dans l'exposé des motifs il est dit : a Aux Ecoles académiques de Lille (l'institution ne porte le titre d'Ecole des beaux-arts que depuis 1898), presque tous les cours se font le soir, pendant toute l'année, sauf deux mois de vacances. Les cours d'architecture (construclion et composition) et un certain nombre d'autres cours : géométrie, dessin, modelage, s'appliquent à tous ceux, comme on dit, du bàtimenl et (|ui désirent acquérir l'instriiclion qui leur est nécessaire pour exercer honorablement leur profession. On y trouve des ouvriers, des contremaîtres, des fils d'entrepreneurs, des employés d'aichitecture, des fils d'architectes, menuisiers, plafonneurs, etc. Les ouvriers se présenteni pour suivre les cours de construction pratique sans aucune notion de géométrie, ni même de dessin ; ils arrivent à lire un plan, à relever complètement un bâtiment, à le mettre à l'échelle (plan, coupes et élévations), à en faire le métrage ; ils sont même, après quelques années, en mesure de rédiger un pelil j)r(»j(M (])lans cl devis), et enfin on leur

apprend à tracer les épreuves graiicleiir (rexéciiliou. Il n'est pas rare de voir ces élèves ouvriers devenir conlreniaîtres et patrons. Quelques-uns d'entre eux, chaque année, arrivent à suivre le cours de construction ([ui s'adresse aux élèves-arcliitectes. Ceux-ci, après avoir suivi réquiièrenient pendant quatre années les cours d'architecture sont à même d'aider efficacement leurs patrons. Chacun d'eux a le désir de fonder un l:)ureau, s'il ne s'associe pas avec son maître e(, le plus souveni, il réussii. La plupart des architectes de Lille ont suivi ce système d'enseiqneujcjit double : tliéori(pie autant que possible à l'école et complètement pratique chez un patron architecte. Il est bon d'insister sur ce point (pie l'apprentissage a une grande part ; l'initiation à la prati(pie est sans doute très lente, surtout au début, mais elle est complète. » Après avoir constaté que l'enseigniMnenl actuel de l'architecture à l'Ecole des beaux-arts rend des services, le rapport ajoute : « Ce qui précède ne veut pas dire (pi'on ne penl pas faire davantage pour répondre à des aspirations plus élevées et jjIus étendues. Dans cette intention, la création à Lille d'une Ecole régionale d'architecture est possible et même facile, sans nuire à l'enseignement cojnnumal... » Sont énumérées ensuite les conditions de succès, parmi lesquelles il convient de reproduire celles-ci, ([ui donnent bien l'idée exacte des dispositions générales du progrannne à intervenir : a Les travaux nojubreux et complexes détaillés ciaprès dans le programme ne peuvent être suivis efficacenjent cjue par des élèves disposant de leur jom-née entièi e ou tout au moins de la moitié... Il y a lieu de prévoir les difficultés de recrutement en donnant des récompenses et des encouragements, disons le mot, des indemnités sous forme de bourses, particulièrement aux élèves qui n'habitent pas Lille. Chacune des autres écoles de la région peut continuer à rendre des services plus ou moins grands, soit en formant à elle seule des architectes ou des employés, soit en présentant des candidats à l'Ecole des beaux-arts, soit encore en préparant des jeunes gens à suivre l'enseignement de l'Ecole régionale de Lille. Pour (pie le nouvel enseifjnement ne soit pas orijjinalement défectueux, il faut trouvei' un sérieux moyen de ne pas priver les élèves d'une pratit[ue effective ; on peut constituer et soutenir un système d'ateliers très libéralement compris, par lequel l'enseignement de l'école se trouve renforcé, même contrôlé

LES INUUSÏRIKS u'aRT. 4^

si l'on vent. » En conséqnence de ces théories et considérations, le projet propose que Técole comprenne : des études, des exercices, des concours, des examens qui sont à la fois théoriques et pratiques ; des ateliers libres (tout architecte de la ville ou de la région, qui consentirait à remplir les devoirs que comporte la direction d'un élève de l'école dans le sens des programmes et en conformité avec l'enseignement donné, peut être reconnu ofliciellement chef d'atelier) ; des cours nombreux : histoire de l'art, histoire de l'ornement, anatomie, perspective, mathématitpies, mécanique, géométrie, stéréotomie, dessin ornemenlal, dessin de hi ligure, construction ; des collections et une l)ibli<)lhè<pie augmentée par les dons de TEtat et par les allocations di'parlemeiilales et conununales. La sanction définitive de cet enseignement consiste en un certificat d'éludés, précédé de médailles, bourses, grand prix, pi'ix d'honneur, etc.

En résumé, ce projet d'organisation d'une Ecole régionale d'architecture n'était rien moins (jue la refonte de l'Ecole des beaux-arts sous un autre titre, avec la prédominance accordée à l'architecture dans les programmes, et la mise à part, sans doute pour en constituer une école spéciale, de la peinture, de la sculpture et de la gravure. L'oi'iginalité — je ne veux point dire le mérite — de l'institution nouvelle consistait surtout à en faire bien plutôt une faculté d'université qu'une école, avec la liberté la plus complète laissée à la fois aux professeurs et aux élèves d'enseigner et de suivre les cours suivant leur tempérament particulier et leur fantaisie ; innovation qui n'était d'ailleurs (pi'une application définitive des idées singulières par les(}uelles une partie du corps professoral et la majorité des élèves de l'école et surtout ceux des anciennes Écoles académicpies, ont toujours tenté de justifier jusqu'ici de tro|» fi é<[uents conflits, parfois très violents, avec les programmes et les lègleujeiits. Ce (pfil y a à retenir de ce projet curieux, ({ui, après avoir été adopté par la Sociétc'' des architectes du Nord, dort aujourd'hui (ruii profond sommeil (huis les archives : c'est que l'Ecole des beaux-arts laisse fort à désirer, et (pie sa réorjjaiiisation est non seulement souhaitée, mais proposée pubh(|n(Mnenl, par des associations très s('Mieuses et fort puissantes. L'administration nninicipale (h)it y trouver la preuve de l'urgence de la réformer. L'Écoio Saini-Luc. Dcs fi'èrcs (Ic la Doctriuc chr(''lieiuie, él("'ves de l'Ecole Saint-Luc de Gand,

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