BOSCO
en ont importé le type à Lille, avec le concours d'une association d'industriels catholiques. L'école compte environ loo élèves, apparlenant exclusivement à des familles pauvres, et qui doivent payer une cotisation mensuelle de 2 fr. ; mais la moitié à peine achèvent le cours des études qui est de deux ans, la cotisation d'une pai't, de l'autre l'obligation de gagner quelque chose y faisant obstacle. L'enseignement de l'école d'ailleurs paraît fort médiocre ; les méthodes sont empiriques, basées sur la copie de modèles graphiques, sur l'adaptation par pièces et morceaux de motifs anciens, de décorations empruntés indifféremment à la peinture, à la sculpture, à l'architecture ; il n'y a pas d'atelier d'application. L'école de Lille n'a avec l'école de Gand d'autres points de ressemblance que le titre et le principe de la culture exclusive de l'art du Moyen âge ; et elle est loin des résultats obtenus en Belgique. Aussi est-elle constamment menacée de disparition. Les patrons ne lui témoignent qu'indifférence ; l'Institut des frères même n'en est rien moins que partisan ; et ses administrateurs ont toutes les peines du monde à constituer annuellement le budget de G,ooo fr. qui lui est nécessaire pour payer son loyer dans l'immeuble de l'Institut et pour assurer la subsistance de son corps professoral.
L'Œuvre de dom Bosco a créé à Lille un établissement analogue à celui L'CEuvre de dom Bosco, de Marseille, où sont recueillis 3oo enfants pauvres ou abandonnés auxquels on apprend un métier à partir de l'âge de i4 ans. Il comprend actuellement des ateliers de cordonniers, tailleurs, menuisiers, serruriers, chauffeurs, imprimeurs, relieurs et graveurs. L'enseignement du dessin n'y existe pas ; il y a eu un professeur qui en apprenait les éléments aux apprentis menuisiers et graveurs ; il est mort ; faute de ressources pour payer les appointements, on n'a pu le remplacer, bien tjue la direction tienne cet enseignement pour indispensable. Cette école est l'unique institution d'apprentissage que possède la ville de Lille. On n'y trouve point non plus de cours d'enseignement professionnel pour les ouvriers jeunes ou vieux. Cette lacune invraisemblable dans une ville aussi importante avait vivement ému un adjoint au maire d'une des précédentes municipalités, M. Boggio, qui légua 5o,ooo fr. pour faire les premiers frais d'une école spéciale pour l'instruction des ouvriers. On a écrit de nombreux pi'ojets, on a entamé des négociations avec le
minislèi'c de rinstriiclion publique et des beaux-arts, avec celui du commerce et de l'industrie ; mais les préoccupations d'autonomie municipale dans l'administration de l'école en ont fait ajourner la réalisation. Il a même été question im instant de l'organiser avec le concours des chambres syndicales patronales et ouvrières ; la politique y a fait obstacle. Le dernier projet remonte à i8()3; il y était dit fort justement, en exposé des motifs: « L'enseignement spécial professionnel supérieur est doté de facultés formant un faisceau homogène. L'enseignement technique supérieur est représenté par l'Institut commercial et industriel où Ton j)répare de futurs chefs d'industrie et des ingéniem^s. L'enseignement technique secondaire va être pourvu d'une école modèle dite des arts et métiers. L'enseignement teclinique primaire ne figure pas d'une façon ])ien caractérisée et ne possède pas l'établissement type connu sous le nom d'école manuelle d'apprentissage. » Le projet prévoyait 1 5o élèves, trois années d'enseignement théorique et pratique dans des ateliers de serrurerie, de forge, d'ajustage, de menuiserie, d'ébénisterie, de sculpture et de gravure ; un crédit de construction et d'outillage de 4oo,ooo fr., un budget annuel de 44,ooo fr. et l'installation de l'institution dans le quartier populaire de Wazemmes. Rien n'a été fait. L'administration municipale avait inscrit l'organisation de cet enseignement dans son programme électoral ; le maire et l'adjoint délégué à l'instruction publique m'ont déclaré qu'elle figurait au premier rang des projets à réaliser immédiatement. L'occasion est donc exceptionnellement propice pour doter Lille d'une institution d'enseignement industriel et artistique pour les apprentis et |)Our les ouvriers.
Le Miiscc d'art décoratif Eu 1892, SOUS la prcssiou du mouvemcnt en faveur de l'enseignement
du Palais des arts. 1 • i • • • -i p . f > i-» 1 • 1 x nr ' 11 x
pour les mdustries artistiques, il lut crée, au Palais des arts, un iMusee d art décoratif. Ce musée occupait une des grandes galeries du rez-de-chaussée; il comprenait des collections diverses, tant anciennes que modernes, et de nombreux spécimens de la production des industries (Tart de Lihe et de la région. La municipalité avait inscrit au budget un crédit annuel de 1,200 fr. pour acquisitions. Depuis deux ans, le Musée d'art décoratif n'existe plus que sur le jjapier. La nouvelle direction du Palais des arts, résolument hostile ù son organisation e( à son développement, a réussi avec facilité à le
suppi-iiner sous le piv'loxte illusoire d'iiistallaliou de colleelions d'ethuograpliie (loiuiées à la ville, à eonditiou qu'elles fussent placées dans le nouvel édifice. Tout ce qui est moderne a été envoyé au Musée indusli'iel, et le reste distribué dans les sections du Musée rétrospectif. La commission dite du Musée d'art décoratif fonctionne toujours, dans le but de ne point laisser tomber en annulation le crédit annuel ; mais elle ne fait rien ; son président, un numismate très àyé, qui n'a d'yeux et d'oreilles que poui' les médailles anciennes, déclare ne pas vouloii' s'en occuper et d'ailleurs n'y rien entendre ; un de ses quatre membres est un professeur à la Faculté des sciences ; un autre, un relieur qui s'en désintéresse ; seul, un architecte tente vainement de lutter en faveur de ce pauvre musée mort-né. L'idée générale qui paraît dominer dans le conseil d'administration du Palais des arts et dans sa direction est la constitution d'un musée analogue au Musée de Gluny, s'arrètant à la fin du x\iif siècle, comme recrutement de collections, et sans autre ol)jectif (jue celui de la curiosité pure et simple, classée chronologiquement; on n'y poursuivrait même point spécialement le côté historique, local ou provincial. Des conversations que j'ai eues sur le Musée d'art décoratif avec bon nombre de personnes, artistes, industriels et administrateurs jiublics, il ne m'a pas été possible de dégager ini principe quelconque ou des vues positives, ayant inspiré sa création. O//0/ cap/fa, tôt sensus ; vraiment dans de pareilles conditions, on ne peut guère s'étonner du sort misérable <pii lui a été fait.
11 y a quelques années, un négociant lillois, retiré des aiïîiires, M. Gauche, Lc Musée technologique
, . 1 1 !• 11 • » • 1 • 1 •! 1 '"^ industriel.
conçut le projet, très iiardi, d organiser un musée industriel ; il voyagea dans tous les centres d'industries, visita toutes les expositions internationales, nationales, provinciales et locales, et obtint de l'Etat, de sociétés et de particuliers, des échantillons de leurs produits, dans les branches les plus diverses des industries du bois, du tissu, du verre, de la tei re, de la pierre et du métal. Quand son hôtel fut rempli, il proposa au comité du Musée technologique dont il faisait partie d'annexer ses collections ; le comité refusa. Alors, il s'ad'.'cssa à la municipalité et obtint d'elle la concession d'une grande salle coiitiguë au musée. En peu de temps, la salle fut remplie d'une infinité d'objets de tous genres, installés avec un certain goût du pittores(|ue dans de très
belles vitrines, murales et mobiles, dont Taménagement a dû coûter une somme fort respectable, mais sans qu'aucun ordre ou groupement ait été suivi. Il y a là des soieries de Lyon à côté de produits chimiques ; des plumes à écrire près de plumes d'autruches ; des cirages et des vernis côtoient de la verrerie et de la céramique ; après avoir vu des chapeaux en cours de fabrication, on admire des séries de pierres précieuses artificielles, des bronzes, de l'orfèvrerie en galvanoplastie et des émaux façon de Limoges. Puis, ce sont des spécimens de travaux d'élèves des Gobelins, une collection technologique de la Manufacture nationale de Sèvres ; des gravures, des cartes, (les boîtes de conserves, des souliers, des nappes brochées, et de la tréfilerie, etc., etc. L'énumération complète exigerait de trop longues écritures : tout cela sans étiquettes qui contiennent des renseignements de nature à instruire le visiteur, fort rare il est vi'ai, car le local, l'hiver, est une glacière ; l'été, un four. Un crédit annuel de 2,000 fr. était mis à la disposition (le M. Gauche — décédé il y a six mois, — exclusif organisateur et directeur de ce musée, pour lequel il a dépensé évidemment une activité et un dévouement peu communs, en même temps que beaucoup d'argent.
Dans le uk^mhc bâtiment, situé sur le quai de la Deule, la halle au sucre, est installé le Musée technologique, qui se compose de réductions d'outillages et installations mécaniques pour les houillères, les raffineries, les constructions métallurgiques, etc. ; d'échantillons de matières premières et de produits manufacturés divers. Les conditions d'installation matérielle de ce musée ne sont pas meilleures ([ue celles du Musée industriel. La municipalité accorde un crédit de 3, 200 fr. au Musée technologique ([ui est administré par un conseil composé de savants et d'industriels.
En les étudiant d'un peu près, on constate aisément qu'aucune de ces deux institutions, dans leur état actuel, ne rend de services aux artistes et aux industriels et n'en peut rendre ; nième le puljlic d'amateurs, de désœuvrés et de voyageurs, ne les visite pas, en raison de leur peu de notoriété, et surtout de leur éloignement des quartiers vivants de la ville. Mais il est non luoins évident qu'une réforme générale de leur organisation, ainsi que la reconslitulion du Musée d'art décoratif pourraient aboutir à la cr<''ation d'im musée nouveau, (jui sei*ait, pour Lille et pour la région, un