UN MUSÉE D'ART ET D'INDUSTRIE
centre superbe d'enseignement artistique et industriel. Les meilleurs modèles de ce musée à l'étranger sont le Bethnal Green Muséum de Londres et le Musée de science et art d'Edimbourg, en raison de la similitude du Le Musée
. , . d'art et d'industrie
but et de l'analogie des collections. Je résume 1 organisation de ce dernier d'Edimbourg, comme le plus complet et le plus intéressant. Le bâtiment a élé construit sur le type du palais de l'Exposition universelle de 1867, dont les galeries étaient divisées en zones concentriques et en secteurs rayonnants. La plus éloignée des zones concentriques contient dans tout son développement la série des matières premières de toutes les industries ; et la j)lus rapprochée du centre, les œuvres d'art. Par contre, en cheminant du centre à la périphérie par un secteur, on peut suivre toutes les transformations industrielles de cette matière première jusqu'à la dernière et définitive. Ainsi, dans la section des minéraux, la série des vitrines met sous les yeux des visiteurs toute l'histoire technologique de la céramique, depuis le bloc de kaolin brut jusqu'à la coupe de Sèvres décorée par un Aloncle ou un Leguay. Les produits chimiques qui aident à la transformation de la matière, les outils de l'ouvrier, des représentations graphiques ou en réduction des tours, des fours à cuisson, complètent celte merveilleuse leçon de choses. Autant qu'il est possible, dans la zone d'art, on montre, par des œuvres choisies avec le plus grand soin, les applications de l'art à l'industrie, et les caractères généraux de cette application successive, suivant les pays, les races et les temps. Dans cette partie, il est possible d'étudier comment, dans l'Antiquité, au Moyen âge, à la Renaissance et dans les Temps modernes, dans les civilisations grecque, romaine, française, orientale, à toutes leurs époques, on a compris et pratiqué l'industrie. Le conservateur a pour mission de se tenir avec précision très au courant de la transformation de l'outillage, de la création de nouveaux agents chimiques, de l'utilisation de nouvelles matières, de la découverte de nouveaux procédés et outillages manuels ou mécaniques. Aussi, ce musée est fréquenté non seulement par le public, mais par les élèves de toutes les écoles d'Edimbourg, depuis l'Université jusqu'à l'école primaire, et surtout par ceux des nombreuses institutions d'enseignement industriel et artistique. En 1887, lors de mon enquête, on avait enregistré 4oo,ooo visiteurs. Rien ne serait plus facile que d'organiser à Lille un
musée analogue : tous les éléments constitutifs en sont disséminés, sans utilité, sans intérêt, dans les collections abandonnées du Musée technologique, du Musée Gauche et du Palais des arts. Du jour où il fonctionnerait comme celui d'Edimbourg, musée vivant de science, de technologie et d'art, l'Université de Lille, les Facultés catholiques, l'Ecole des arts et métiers, les écoles secondaires et primaires trouveraient là les documents les plus précieux pour leui s études et leurs travaux. Quant aux artistes et aux industriels, non seulement de Lille, mais de toute la région, il n'est pas douteux que leur abstention actuelle de tout nms(''e disparaîtrait innnédiatement devant la constatation des services que pourrait leur rendre une institution de ce genre, (jui à une organisation aussi suggestive joindrait le système de communications hardiment innové par les musées allemands, notamment
Le Musée de Dusscldorf par celui de la Société centrale des provinces du Rhin à Dusseldorf. Mis- La Société ccnfralc . •ii-p-ii • , r i -
des pays rhénans. sionuau'e d art uilatigablc, cette société va porter les modèles de son musée et son enseignemeiil iuduslriel, non seulement aux sièges des associations locales, qui sont ses succursales, mais à domicile, sur le bureau ou la table de ti'avail de l'artiste et du |)atron, sur l'établi de l'ouvrier. Cliatjue membre de la Société a le droit, moyennant une cotisation annuelle minime, d'emprunter et de se faire envoyer tous les objets du musée, — quels qu'ils soient, — tous les livres de sa bibliothèque. Il circule annuellement ainsi 20,000 pièces dans un rayon de plus de 100 kilomètres. La Société organise également des expositions locales, suivant les besoins collectifs des industries. (Rapports de missions, 3'^ volume, pages 4<3-98.)
Le Palais des arts possède luie collection de céramique assez importante : environ 5oo pièces ; il y a là des types intéressants, de tous les grands centres lhstori([ues : Paris, Sèvres, Saint-Gloud, Limoges, Dresde, Rouen, Delft, Marseille, Nevers, Strasbourg, etc. ; et de la production régionale — anciemie — Lille, Valenciennes, Sainl-Amand, Arras, etc. Le classejnent chronologique s'arrête à la fin du xvni*^ siècle. Si la direction du palais et la connnission de conservation consentaient à faire de cette collection une œuvre vivante, et non plus une entreprise d'archéologie, pour la joie de quehjues amateurs et la satisfaction platonique des classificateurs ; à V faire entrer les témoignages de cette merveilleuse poussée de l'art contemporain,
L'UiNIOX ARTISTIQUE DU NORD. 887
en France el dans tous les pays, qui a porté si haut la céramique du xix^ siècle, les créations de Deck, de Leibnitz, de Lauth, de Delalierche, de Gliaplet, de Garriès, les pièces originales de Minton, de Copenhague, etc., il pourrait y avoir là déjà pour tous les chefs des fabriques de faïences et de carrelages une source très précieuse de renseignements, qu'ils viendraieni consulter avec fruit. El si, rompant avec des mœurs de pur dilettantisme, d'hostilité contre les industriels et les ouvriers d'art, ceux qui s'occupent administrativement de cette institution faisaient im petit peu, au point de vue de la propagande pour la prospérité artisticpie du pays, de ce qui se fail en très grand à l'étranger, dans tous les musées d'Aul riche- Hongrie, des Pays Scandinaves, d'Allemagne et d'Angleterre, on constaterait immédiatement des progrès sensibles dans la production de l'industrie de Lille et de la région du Nord. Tous les céramistes, patrons, artistes et ouvriers, à qui j'ai fait pai't de la possibilité de créer dans le département un organisme d'instruction et de ren -eignements professionnels et artistiques, analo(fue à celui ([ui fonctionne si admirablement à Dusseldorf pour toutes les provinces du Rhin, ont accueilli l'idée avec enthousiasme, assurant d'une reconnaissance effective toute municipahté ou association qui la réaliserait.
En 1887, il se fondait à Lille une association sous le titre d'Union L'I'uion arlistii|iRartistique du Nord, dont le programme est ainsi résumé dans ses statuts : ' « L'association, poiu" atteindre le but ([u'elle s'est propos(', groupera autour d'elle les artistes en facilitant IVxposition de leurs œuvres ; les amateurs, en exposant les objets d'art par eux recueillis ; les industriels, en faisant connaître par ses expositions leurs productions artistiques ; les artisans, dont elle facilitera les études et encouragera les progrès par tous les moyens qui ^ sont en son pouvoir. Les principaux moyens par lesquels la Société s'efforcera d'atteindi-e le l)ut de son institution sont les suivants: \° ouverture d'expositions de toute natiu-e ; '2° organisation de l)ibIiotliè([ues avec prêts de livres; 3° prêts de modèles et de compositions d'ornements; 4° conférences ; 5° bourses d'études et de voyages ; 0° publications d'études, de mémoires, de documents l'clatifs à l'art ; 7° fondation et accroissement de collections ouvertes au public ; 8° dispositions spéciales dans le but de
LES INDUSTRIES d'aRT. A.'j
veiller à la conservation des monuments de l'histoire ou de Par! ; 9° organisation d'un bureau de renseignements pour toutes les questions régionales ou d'importation ou d'exportation, relatives aux industries et aux travaux d'art que la Société se propose d'encourager. » C'était là un bien vaste pro- » gramme, dont la lecture devait faire venir à la mémoire le proverbe : « Qui trop embrasse mal étreint. » Dès ses débuts, la Société obtenait un certain succès. L'annuaire de 1890 fait déjà mention de 4^0 adhérents payant une cotisation annuelle de 10 fr, FÂ\e commençait sa mission par une exposition, qui réussit; et, encouragée, elle en organisa six autres. C'est la seule partie de son programme qu'elle ait abordée jiistprici ; et encore de ce > sept expositions une seule a été consacrée aux industries d'art.
L'Union artistique du Nord, aiqourd'hui, pai'aîl être entrée dans une période de dé'cadcnce ; le chiffre de ses membres tend constamment à diminuer ; et plusieurs fois son conseil d'administration a agité la question de la dissolution de la S(jciété. Les causes de cette situation, très fâcheuse, sont nombreuses et d'ordres divers ; elles tiennent à la fois à l'organisation de l'association, à son jirogramme, au recrutcmenl de ses membres et aux conditions sociales de son existence. La Société se compose surtout d'artistes peintres et sculpteurs, de collectionneurs et d'amateurs ; elle n'a fait aucune part à l'élément ouvrier. Elle n'exerce qu'une action intermittente, bornée à des expositions ([ui durent à [icine deux mois; et, le reste du temps, elle se fait oublier, alors (pfelle affirmait par son programme l'ambition d'utiliser (Tune façon constante le dévouement et l'activité de ses membres dans des entreprises successives, de nature à favoriser le développement progressif de l'art et des industries, et à lui assurer l'attention et la reconnaissance du public. Oi-, il y a déception. Pai' les (pielques concours qu'elle a tenté d'organiser, elle a semblé vouloir se mettre en antagonisme avec la Société des ai'chilectes du Nord et l'Académie des sciences, lettres et arts de Lille, qui en font depuis longtemps avec succès et périodiquement. Se confiant en ses propres forces morales et ressources hnancières, ({u'une inaction prolongée devait forcément affaiblir et restreindre d'année en année, elle n'a fait aj)pel à aucun concours, à aucune collaboration du dehors, i^ar tout cela, il s'est créé inseusil)lem(Mit autour d'elle une atn;osphère de défiance et même