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L'UNION ARTISTIQUE DU NORD

d'hostilité qui rauémie et la paralyse ; et elle ne paraît pas assez aimer la lutte pour réagir avec énerrjie.

Cette association est l'exemple du sort inévitable réservé à toute institution qui n'a point pour but, précis et irréductible, la protection active et incessante des industries, et dont l'organisation, indécise et précaire autant qu'intermittente, n'a pour éléments, sans cohésion, que des amours-propres et des velléités d'ambitions de dilettanti et d'amateiu's, au lieu d'intérêts, positifs, évidents, d'industriels, d'artistes et d'ouvriers, indissolublement solidarisés dans la volonté d'assurer le perfectionnement de leur -production. Dans ces conditions, loin d'être une occasion de jeter aussitôt le manche après la cognée, les difficultés, la lutte, les échecs même sont autant de précieuses leyon ; d'expérience et d'énergiques stinndanis pour poursuivre avec persévérance un but qui n'en apparaît que plus utile et plus glorieux. Souvent, on accuse les industriels (rindifTérence, d'hostilité à l'égard des associations de ce genre ; ils n'ont pas toujours tort : Pourquoi s'intéresseraient-ils à des entreprises qui ne répondent en rien à leurs instincts pratiques, à leur luibitude de ne point gaspiller le temps et l'argent? Un des vices originels de l'organisation de ces institutions est l'ostracisme des ouvriers. Qui peut le justifier ? Tout paraît devoir plaider pour le contraire. Ce n'est point ainsi qu'en Allemagne sont constiUiées les associations d'ar-t et d'industrie. Toutes, sans exception, grandes et petites, comptent parmi leurs membres autant, sinon plus, d'ouvriers que de patrons. Aussi le nombre de leurs adhérents se chiffre-t-il parfois, comme dans la « Société centrale du pays rhénan », dans «l'Association générale bavaroise», pai* plus de 10,000; et ces associations peuvent posséder d'immenses bibliothèques et nuisées, subventionner des écoles, organiser des expositions périodiques et permanentes; en un mot, faire puissamment tout ce qui est nécessaire pour le progrès et la prospérité de la région où elles sont installées. (Résumé de rapports de missions, p. i'7-2g.)

La mission de créer dans le Nord le mouveiuent d'idées et de propagande, nécessaire pour donner, à tant d'industries qui en ont grand besoin, les moyens de développement et l'outillage de défense contre la concurrence étrangère, paraît pouvoir bien plutôt être remplie pai' une autre association, la Société industrielle du nord de la France.

34o LILLE.

La sociéie iiuiusiritiic La Sociélé iudusl Tielle dvi nord de la France, fondée en 1878 sm- Tinitia-

(lii nord de la France . i -ii

tive de la Chambre de commerce de Lille, a été reconnue d'utilité publique le 12 août 1874. Elle a pour but d'encourager et aider au progrès du commerce et de l'industrie ; de créer un lien utile entre tous les établissements industriels de la région par la communication des découvertes et faits économiques centralisés. La Société se compose de 3oo membres titulaires payant une cotisation annuelle de 5o fr. et de i5o membres fondateurs ayant fait un versement unique de 5oo fr.

La Sociélé comprend six comités : comités du génie civil, des arts mécaniques, de construction, de filature, de tissage, des mines, de métallurgie et appareils de combustion, des arts chimiques et agronomiques, du commerce et de la banque, de l'utilité publitjue. Les conn'tés se réunissent une fois par mois en assemblée générale, et publient un bulletin de leurs travaux par période trimestrielle.

La Société industrielle patronne l'Association des propriétaires d'appareils à vapeur du nord de la France, décerne chaque année des prix aux chauffeurs les plus méritants qui lui sont signalés. Elle a subventionné, dès le principe, Tliistitut industriel du Nord, en lui accordant une somme de 5,000 h', pour perfectionnement d'outillage. Elle encourage les Cours municipaux de filature et tissage en attribuant aux élèves, à la suite de concours, des diplômes et certificats de capacité. Elle décerne des prix pour les langues vivantes aux employés de commerce et aux élèves des écoles et lycées de la région. Son comité du commerce récompense spécialement les comptables les plus méritants.

Enfin, chaque année, elle disti'ibue des prix et des médailles aux lauréats d'un programme élaboré par ses comités. Il y a cinq prix de la fondation Kuhlmann, de 5oo fr. clia([ue ; deux prix de 1,000 fr., un de 2,000 fr. pour l'industrie linière, auquel M. Agache ajoute 1,000 fr. et M. Ed. Faucheur, 1,000 fr.; les prix Roussel et Danel, de 5oo fr. chacun; enfin d'autres récompenses spéciales variant de valeui", mais nombreuses. On y organise des conférences sur les (questions ou les besoins à l'ordre du jour, qui obtiennent toujours un grand succès el sont fort suivies. La Société, en vue de ces conférences, a fait construire dans son lK)tel une grande salle de réunion qui [)eut

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contenir plus de mille auditeurs. Mais une grande lacune existe dans Torffanisme de cette Société : celle d'un comité d'art. Ses administrateurs l'ont constatée et le déplorent. Déjà, on a açjité la question de constituer ce conn'té ; il ne s'est trouvé personne parmi les l\bo sociétaires qui ait paru avoir les goûts et les aptitudes spéciales pour en faire partie.

Cet incident n'est-il pas une éclatante, mais bien triste, démonstration à la fois de l'abaissement social où sont tombées dans l'opinion publique les industries d'art, de l'indifférence et de l'incurie de tous ceux qui appartiennent à ces industries? A la suite d'un long entretien avec le président et le secrétaire général de la Société, j'ai emporté la promesse qu'il serait fait très prochainement une nouvelle tentative fort sérieuse pour recruter des artistes, des industriels d'art, pour grouper vigoureusement cet élément spécial, de nature à apporter à la Société industrielle du Nord l'occasion d'étendre encore son influence el de rendre de nouveaux services à la ville el à la région. Demain, si ces artistes et ces industriels le veulent, la véritable Société d'art et d'industrie, dont ils reconnaissent et même proclament l'urgence, sera créée là, et pourra commencer immédiatement son œuvre de propagande, de protection et d'encouragement. Mais le voudront-ils ?...

De cette enquête, (|ui n'a pas absorbé moins de trois semaines d'un travail incessant par le grand nombre des corporations et des chefs d'ateliers interrogés et consultés, il me paraît résulter que l'organisuje d'enseignement public et de propagande pour les industries d'art lilloises est tout entier à reconstituer sur des bases nouvelles. Les parties diverses de cet organisme existent déjà ; mais (h'tachées, éparpillées, presque abandonnées pour la plupart; et celles qui ont une apparence de fonctionnement condanmées à ne rendre que peu de services, par suite d'une déviation du l)ul pour lequel elles ont été créées. La municipalité a le désir de réaliser les réformes de tous ordres que l'on réclame unanimement ; <}uelques-unes même ont été insérées dans les programmes et professions de foi, sur lesquels elle a été élue récemment. Elle peut conquérir une popularité et marquer d'une façon inoubliable son passage aux affaires, en dotant la ville de ce qui lui fait actuellement si grand défaut : une école et un musée pour ses industries d'art.

Lille ambitionne d'être la métropole du nord de la France. Ces deux institutions compléteront ses titres à ce rôle superbe. Et, ainsi, elle continuera les lîères traditions de la vieille capitale des Flandres, qui, pendant tant de siècles, a été un vaste foyer d'art rayonnant du plus vif éclat sur toute la région.

ROUBAIX

Roubaix n'a |)oiiit d'aussi rioml^reux fjiiarliers de iioljlesse que Tourcoing. Développement de

. . . , . l'industrie roubaisicnn?.

En 1762, le petit bourg de ce nom, relevant de la cliàtelleine de Lnle, reclamait du roi un arrêt rautorisant « à établir la fabrication de toutes les étoffes de soie, poil et laine ou lin ([ue fabriquaient les Anglais ». 11 rol>(int; mais, la ville de Lille protesta avec tant d'énergie contre cette atteinte à ses droits historiques, mit en jeu tant de hauts [irotecteurs, fit valoir si habilement le ])éril qu'il y avait à laisser dépeupler de ses artisans ime place forte de la frontière, que l'arrêt, dix ans après, fut rapporté ; et les Roubaisiens durent, comme par le passé, se contenter de fabriquer des draps grossiers. Alors, la ftil)rique de Roubaix s'ingénia avec une habileté merveilleuse à toiu'ner les règlements en inventant constamment des genres que ne produisait point la fabrique lilloise. Celle-ci protestait, entassait procès sur procès, pendant que celle-là, par la renommée qui s'attachait à sa production supérieure, s'enrichissait et attirait à elle les ouvriers et les négtjciants. Il fallut Turgot pour émanciper définitivement Roubaix de hi métropole flamande, qui l'entravait dans son initiative et dans son action, par crainte de cette concurrence, qui devait devenir, en effet, l>ienlùt assez puissante pour lui arracher successivement toutes les manufactures lainières. Cette longue période de lutte indus- Irielle explique, par les lois de l'atavisme et de la sélection, l'amour du (ravail, le sens des affaires, l'esprit novateur et hardi, qui caractérisent si typiquement la population industrielle de Roubaix et justifient le développement ])rodigieux de ce grand centre manufacturier. En 1810, il ne possédait que io,o<jo habitants; aujourd'hui, d'après le dernier recensement, il en a 11 4^9 17- Sur sa puissance ce jugement impartial a été porf('> jtar l'historien de la fabrique lyonuaise, M. Natalis Rondot : « Ce qui n'est pas contestaljle, c'est que la fabrication des étoffes de soie pure et mélangée, de formation relativement récente.

ROUBAIX

placée dans le milieu le plus favoriil^le pour l'art du mélange des fils, est importante, qu'elle est organisée de la façon la plus habile, et que les fabricants de Roubaix sont pour ceux de Lyon de redoutables concurrents en plusieurs articles. Ils se sont fait des spécialités dans lesquelles ils excellent. »

En iSgG, Roubaix compte 129 chefs d'industrie de tissage, 43 filateurs, 34 teinturiers, chineurs et imprimeurs, iG apprèteurs, et environ 5o,ooo ouvriers de tous genres, dont la production annuelle dépasse 5oo millions de francs. On y emploie, pm^es ou mélangées, avec une rare hal)ileté de tissage et d'apprêts, toutes les matières textiles : la soie, la scliappe, la laine, le coton, le jute et le lin ; on y fait à la fois les tissus de vêtement et les tissus d'ameublement. Roubaix a toujours été universellement réputé pour savoir approprier merveilleusement à la consommation des masses les riches étoffes de Paris et de Lyon, tout en leur conservant le cachet primitif de bon goût, et pour créer aussi, à côté des étoffes à bas prix, des étoffes de nouveauté et de haute fantaisie. Les rapporteurs des Expositions de i834, 1849 et i85i signalent déjà fièrement ses circassiennes, ses stoffs brochés, ses minorques, ses damassés, ses satins de Chine, Bonpour, Ghambord, etc., (jui provoquent une admiration générale ; et celui de l'Exposition de 1 889 résume ainsi l'opinion du jury : a Roubaix et Tourcoing produisent toutes les variétés de tissus, depuis l'étoffe pour robes à o fi". 5o le mètre, jus([u'aux tissus d'ameublement à 60 et 80 fr. le mètre, lainages, cachemires, draperies nouveautés pour robes, tissus pour ameublements, tapis, etc. La hardiesse de conception des fabricants leur a permis de suivre tous les changements de la mode, et il n'est aucun ai'ticle que la nécessité ne leur ait fait tour à tour al)order e( ({ii'ils n'aient pr(Mliiil en première ligne à cause des conditions les plus avantageuses de la large fal^rication qu'ils ont toujours recherchée. Disons ([ue la division du travail et les divers établissements à façon de peignage, de filature, de teintm^es et d'apprèl ont considérablement aidé ces fabricants dans la voie du progrès où ils sont entrés. » Caracière de l'industrie. A Roubaix, domine le travail mécanique; on évalue à plus de 20,000 le nombre des métiers mus par la vapeur, et à moins de 5,ooo celui des métiers à la main. La fabrication des tissus pour vêtement en reçoit un caractèi'c très spécial, ([iii la dilférencie sensibleinent de celle de la Picardie; il est utile de

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