LES TISSUS
Qu'on ne m'' accuse point de pessimisme. La Commission des valeurs en douanes, dans son dernier rapport général, a estimé de son devoir de signaler hautement ce péril nouveau :
Il ne faut pas perdi*e de vue que nos fabri(|ues de nouveautés ont a lutter avec une industrie puissante, active, elle aussi, et ingénieuse dans l'emploi des procédés, servie par une main-d'œuvre k bon marché et par des relations commerciales qui s'étendent au monde entier : nous voulons parler de l'industrie allemande. C'est elle qui est notre adversaire le plus redoutable sur les marchés étrangers. Tandis que l'Angleterre se renferme dans le travail d'un certain genre de laines toujours les mêmes, k l'aide desquelles elle pi'oduit k la perfection des variétés de types bien définis et pour ainsi dire classiques, l'Allemagne aborde tous les genres de fabrication, emploie successivement toutes les matières, et met une rapidité et une souplesse extrêmes k varier sa production selon le goût de sa clientèle et le changement des modes. Nos fabricants, nos dessinateurs ont toutes les qualités nécessaires pour rester maîtres du terrain, mais k la condition de bien mesurer le danger et de ne rien négliger pour s'assurer la victoire.
La fabrique de Roubtiix traverse, en ce moment, une période de crise. Le rapport de la Chambre de commerce, relatif aux opérations du second semestre de i8y6, résume ainsi la situation: « La protluction, active au début du semestre, s'est bien ralentie depuis ; et actuellement pas mal de métiers sont arrêtés. La vente est moins satisfaisante qu'elle n'avait été depuis un certain temps. Les prix se sont effondrés spécialement dans la 2*^ partie du semestre. On a produit à (ravers toul, et encombré le marché. La demande des tissus qui s'est maintenue dans certains pays, notamment en Angleterre, n'a pas suffi à compenser le déficit de nos relations commerciales avec d'autres contrées, spécialement avec l'Amérique du Nord. » Tous les genres de production sont atteints : les tissus à bas prix, les tissus classi([ues, les tissus de haute fantaisie. Le chef d'une des plus importantes maisons de cette dernière catégorie me déclare qu'il ne fait pas actuellement dans ce pays le septième des affaires de i8g5, que les prix ont baissé de plus de 4o p. 100. Les causes de la crise seraient la surproduction et le développement de la concurrence étrangère. Quelque grave qu'elle puisse être, pour cette dernière cause, Roubaix a témoigné, dans des circonstances analogues, d'une telle puissance d'énergie, d'activité et d'ingéniosité, de telles ressources industrielles et artistiques, qu'on s'attend à une réaction imminente, aussi
348 ROUBAIX
vigoureuse que féconde, contre des difficultés économiques qui préoccupent certainement tout le monde, mais sans décourager personne et moins encore désespérer qui que ce soit.
L'École nationale A uuc grande industrie, telle que celle de Roubaix, dont la production
des arts industriels.
très diverse, à la fois classique, de fantaisie et de haute nouveauté, est basée sur le tissage mécanique, et qui exige un incessant renouvellement d'idées décoratives, pour satisfaire une clientèle immense, impatiente de suivre les évolutions rapides de la mode, était indispensable une institution spéciale d'enseignement, simultanément artistique et scientifique, formant des tisseurs habiles, des dessinateurs ingénieux, des teintm^ers savants, des contremaîtres et des patrons à l'esprit ouvert à toutes les hardiesses, à l'imagination fertile en innovations. Cette institution lui a été fournie dans l'Ecole nationale des arts industriels, fondée, en 1881, par la ville de Roubaix et par l'Etat. Cette création honore ceux qui en ont eu l'initiative ; elle est un témoignage éclatant de ce qu'on peut arriver à faire dans notre pays, ([uand vm objectif patriotique, très précis, est poursuivi avec décision et énergie. En 1876, le conseil municipal, désireux de donner satisfaction aux vœux de la population industrielle, votait à l'unanimité la délibération suivante : « 1° Le conseil décide la création immédiate d'un enseignement du lissage et de la teinture ; 2° le conseil adopte la création, siu* un point central autant que possible, d'un étalîlissement destiné à réunir les cours publics actuellement existant à Roubaix, avec leurs collections, le JMusée artistique el industriel, la bibliothèque, ainsi que tous les autres cours. » En conséquence de cette décision, on étudia divers projets que la commission des Ecoles académiques fit ajourner. Alors, le président de la commission municipale se mit en relations avec l'administration des beaux-arts, dans le jjut de rapprocher l'enseignement artistique de l'Ecole de Roubaix de ci'hu" de l'Ecole nationale des arts décoratifs de Paris. Il rédigea dans ce sens un rapport que la municipahté adopta à l'imanimité. La question fut portée devant le conseil supérieur des beaux-arts, qui donna son approbation el ses encouragements au projet de la municipalité, et surtout à la préoccupation instante, manifestée nettement, de compléter les cours purement scientifiques de tissage et de teinture par un enseignement artistique élevé :
i" au moyen de lu créulioii d'un coui's de couipuslliuu de dessins pour lissus faisant suite au dessin de la fleur d'après nature, aux cours d'ornement el d'histoire de l'art; 2" en développant l'enseignement du lissage dans ses applications à la nouveauté, et à l'ameublement.
Prenant en considération les sacrifices déjà faits, ceux qu'elle se ])roposait de faire, et reconnaissant à l'institution projetée un caractère d'utililé extralocale, l'administration des beaux-arts proposait au Gouvernemenl d'aider la municipalité de Roubaix dans l'exécution de son projet, de demander au Parlement la création de l'école à titre d'institution nationale. Le 26 mars 1881, les premières bases d'un traité étaient élaborées par l'inspecleur de l'enseignement du dessin pour la région du Nord ; et le conseil municipal de Roubaix adoptait les propositions suivantes :
Le Conseil, sur le rapport de la commission des Ecoles académiques, confirmant et complétant les votes de ses prédécesseurs, relatifs à la construction d'une école pour l'enseignement artistique et industriel avec bibliothèque et musée ; considérant que cet établissement, pour répondre aux besoins de l'enseignement, devra présenter une surface totale utilisable, non compris les dégagements, d'environ 6,000 mètres carrés, que la dépense peut être estimée approximativement à la somme de i,5oo,ooo fr., que le budget annuel de cette école devra s'élever de 4o»ooo à Go, 000 fr. et plus, estime qu'il y a lieu de solliciter le concours de l'Etat, conformément aux propositions de la commission des Ecoles académi(pies, pour la construction de cette école k frais communs, comme Ecole nationale des arts industriels, dirigée par une commission locale, et autorise la ville de llouliaix k traiter avec l'ïltat sur les bases suivantes :
La ville de Roubaix offre k l'Etal :
1° Un terrain de i3,2oo mètres, sur lequel l'édifice pourra être établi. Cette constructiou avec ses abords occupera une surface d'environ 2,5oo mètres, e.stimés à raison de iGo fr. le mètre, ci
2° Pour la construction de l'édifice, une somme de
3° Le mobilier scolaire, les collections de modèles et instruments, et les métiers des cours publics actuels, évalués k
4° La collection du 3Iusée pour mémoire
5° Une collection importante de carnets d'échantillons pour tissus, estimée .
6° La bil)liothèque actuelle (8,000 volumes et manuscrits)
Ensemble
7° Une subvention annuelle de 4o,ooo fr. pour l'entretien de l'école.
4oo,ooo fr.
5o,ooo
100,000 5o,ooo 1 ,200,000 fr.
RO UB AIX
Le tout est oiFert aux comlitions suivantes :
1° La construction a établir actuellement ne comprendra pas moins de 6,000 mètres de surface utilisalde, dégagements non compris.
2° L'Etat se chargera du développement ultérieur à mesure des besoins.
3° Les objets relevés aux articles 3, 4, 6 dos offres de la ville resteront k perpétuité dans la ville de Roubaix pour l'instruction des élèves et des habitants.
4° L'école sera dirigée par une commission locale et conduite par un admini.strateur placé sous l'autorité de celle-ci.
Cette commission sera composée : 1° du préfet du Nord, président ; 2° du maire de Roubaix, vice-président ; 3° de neuf membres nommés par le ministre, trois sur la présentation du conseil municipal, choisis ou non dans son sein, trois sur la présentation de la Chambre de commerce et choisis de même, trois sur la présentation du préfet, choisis dans Roubaix ou ses environs ; If de l'administrateur qui sera le secrétaire de la commission. La commission nommera dans son sein un deuxième vice-président. La commission réunira les attributions d'une commission administrative et d'un conseil de perfectionnement. Elle sera donc chargée de toutes les propositions k faire pour l'enseignement, les programmes, le choix des professeurs et du personnel, les règlements et le budget.
Le 5 juillet 1881, un projet de loi était déposé à la Chambre des députés par le ministre de Tinstruction publique et des beaux-arts pour la création, à Roubaix, d'une Ecole nationale des arts industriels, qui comprendrait un musée et une bibliotliè(pie des beaux-arts et des arts industriels, une école de dessin, de tissage, de teinture et de tapisserie. On évaluait la dépense totale à 2,4^0,000 fr., sur lesquels la part de l'Etat serait de 900,000 fr. Le 5 août, la Chambre votait cette loi. Le 21 juin i884, le conseil municipal de Roubaix, désireux de mettre l'Etat en mesure de commencer et de pousser avec activité les travaux, décida (pi'il verserait au Trésor, en une seule ibis, les 600,000 l'r. d'apports, fractionnés en six années; en i885, dans le même but, il faisait une nouvelle proposition consistant à avancer à l'Etat une somme de i, 388, 4^33 fr., représentant le montant entier du devis de construction de l'école, et qui serait remboursée, capital et intérêts, en trente ans ; et il al)andonnait la totalité du terrain formant le square Notre- Dame, soit i3,5yo mètres, au lieu de 6,000, augmentant ainsi de près d'un million sa contriltution personnelle. Une nouvelle loi approuvant cette convention fut votée par le Parlement. L'architecte chai'gé de dresser les plans de l'école se mit à l'œuvre; et, en i8(j(), les travaux étaient achevés.
Les bâtiments comprennent ([uatre gronpes, dont développement couvre installation immobilière
lie l'École.
nue surface de plus de 6,000 mètres. Le ffroupe principal, en bordure de l'avenue de la gare, bàtl en pierre de taille cl en brique, contient le musée cl la bi])liothèque, vme galerie d'exposition el un amphithéâtre pour conférences et lectures; dans le fond se trouvent les salles de cours de dessin, de sculpture et d'architectm'c. Sur la rue latérale, sont réunis, dans un bàh'meni spécial en brique, d'une belle architecture : l'atelier de tissage d'ime longueiu' de 32 mètres sur i3, pouvant contenir ime cin{[uantaine de métiers; l'atelier de mécanicjue de 20 mètres de longueur; les laboratoires de chimie et de physique où quarante élèves peuvent travailler à l'aise ; les ateliers de teintui'e et d'impression sur tissus. Lin bâtiment isolé renferme li's g(>nérateurs et la machine motrice. L'architecte a disposé ingénieusement les ('(jnstructions et les installations pour être en mesure de doubler et même li'i| 1er, sans frais considérables, les ateliers et les laboraloirc^s, le jour où le besoin s'en fera sentir. On peut offrir l'Ecole des arts industriels de Roubaix comme un modèle de construction scolaire, aussi bien au point de vue du confort et de l'utilitarisme que de l'originalité et du goût architectm'al. C'est que l'architecte n'a pas cru déroger à sa (hgnité d'artiste, mais au contraire a estimé ([iTil remplissait son devoir le plus strict, en se faisant l'habile exécuteur des décisions et des vœux du conseil d'administration de l'institution, composé d'industriels, de négociants et de cliefs d'atelier; il a visité et étudié sur place tout ce (pii avait été bàli j)our la même destination, et il a su y prendre ce qu'il y trouvait de pratique et d'excellent.
Le programme de l'école est celui d'vme sorte de petite Université arlis- Programme de rÉcoie. tique et industrielle. Il ne comprend j»as moins de 22 cours :
I. Cours préparatoire de dessin à main levée, tous les jours, le lundi excepté, de G lieures à 8 heures du soir ; 2. (Jours élémentaire de dessin et de perspective, id., (') heures à 8 heures du soir ; 3. (]oui's moyen de dessin et de perspective, id., 8 heures ;i 9 heures 1/2 du soir; 4- (lours supérieur de dessin et d'aiiatoinie artistique, id., G heures h 8 heures du soir ; 5. Cours de peinture à l'huile et à l'eau, id., midi à 2 heures du soir; 6. Cours d'histoire et de composition décorative, id., 8 heures à 10 heures du matin ; 7. Cours d'histoire de l'art, lundi, G heures à 8 tieures du soir ; 8. Cours de modelage et de sculpture sur bois, sur pierre, etc., tous les jours, le lundi excepté, 7 hem'es à 10 heures du soir; (). (]ours de dessin linéaire et de géométrie plane, mardi, mercredi, vendredi, samedi, G heures à 7 heures 1/2 du soir;
ROUBAIX
10. Cours d'arithmétique, d'algèbre et de géométrie dans l'espace, id., 8 heures à g heures du soir ; 1 1 . Cours de géométrie descriptive, de mécanique appliquée et de croquis de machines, tous les jours, le lundi excepté, 6 heures à g heures 1/2 du soir; 12. Cours de construction générale et d'architecture, id., 6 heui'es à 8 heures du soir, de la rentrée à Pâques; et de 6 heures k 8 heures du matin, de Pâques à la fin de l'année scolaire ; i3. Cours de chimie industrielle, 3 jours par quinzaine, un mercredi, deux vendredis, 8 heures à g heures du soir ; i4- Cours de physique industrielle, i jour par (juinzaine, un mercredi, 8 heures à 9 heures du soir ; i5. Cours de manipulation de chimie industrielle, mercredi et vendredi, de 8 heures 1/2 à 11 heures 1/2 du matin; iG. Cours de teinture (i""" et 2™= année), cours théoriques, tous les jours, le lundi excepté, 8 heures 1/2 à 11 heures 1/2 du matin ; 17. Cours de teinture (i""^ et 2™"= année), exercices pratiques, id., 2 heures k 5 heures du soir ; 18. Cours de tissage (i"'^ et 2""^ année), cours théoriques, id., 10 heures du matin k midi ; 19. Cours de tissage (i"''^ et 2"* année), exercices pratiques, id., 2 heures k 4 heures du soir ; 20. Cours de tissage, cours .spécial (1" et 2™° année), id., 8 heures k 9 heures 1/2 du soir; 21. Cours de travaux pratiques de remettage (i""' et 2"' année), dimanche, 10 heures k 11 heures 1/2 du matin ; 22. Cours de chaulFeurs, id., 10 heures k 11 heures 1/2 du matin.
Un cours de peiijnage el de filature de la laine et du coton est en voie d'organisation. Pour les démonstrations techniques, les expériences scientifiques et l'inilialion à toutes les connaissances professionnelles des industries artistiques locales, l'administration dispose de l'outillage suivanl, dans ses laboratoires et ateliers :
Cours de tissage : i ourdissoir k la main, i ourdissoir automatique, 10 métiers k tissu, dits scolaires, G métiers pour robes et draperie ; 4 métiers k gaze ; 10 métiers Jacquard pour gi'ands façonnés ; 3 métiers pour velours ; i métier pour robe, automatique ; i métier pour draperie, automatique ; i métier a la barre pour rubans ; G métiers k la marche ; G tableaux organes opérateurs des métiers k tisser ; i compositeur avec machines k imprimer les cartes ; 71 tableaux pour l'étude des velours ; i lissage accéléré ; 10 souples k lire ; 1 taljle k couper les cartons ; 2 tables a piquer les cartons ; 29 mécaniques Jacquard et armui-es.
Cours de teinture : 3o tables en cuivre ; 3 barques en cuivre double fond pouvant contenir 5 kilogr. pour soie ; 9 bacs en bois pour ijouillissage, graissage, teinture en pièces ; 3 cuves k indigo ; série de cuvelots pour coton ; i gigger pour teinture pièces coton ; i appareil épurateur d'eau ; i appareil k vaporiseï' ; i turlMue mécanique ; i turljine k la main ; i presse hydrauli([ue ; i foulon ; i grilleuse ; i maui(|ue ; i élargisseur Palmer ; i machine k cartonner ; 2 tables il plioi' el botleler ; i presse ; i séchoir pour sécher 20 kilogr. ; 2 appareils pour teindre en rouge alizarine et ponceau cochenille, etc.
bnpression et chiuage : i machine k imprimer en 3 nuances ; 2 machines ;i chiner multicolore avec godets, et avec 4 paires de rouleaux ; i ciiambre d'oxydation ; 73 jeux de planches de 2 k i4 nuances, pour peluche, velours, mouchoirs, châles, tapisseries, etc.
Matières colorantes : 3o tables en cuivre ; 8 hottes en verre ; i machine k air ; i fdtre
presse k vapeur ; i appareil ii distiller le goudi-oii ; i appareil à fractionnement ; i hatterie de cuves en fonte avec agitateurs pour la fabrication ; 3 filtres presse automatique et à pompe ; ■1 matelas d'air, etc., etc.
I^aboratoire : i grand alambic ii eau distillée ; g balances de précision k cavalier, Roberval ; 1 cuve k mercure tubulaire pour démonstration ; i ozonisateur ; 8 piles au bichromate ; I grille k gaz ; 3 fourneaux en terre réfractaire chauffés au gaz ; 2 étuves ; i microscope ; I spectroscope ; collections de cocons de toutes provenances, de matières premières textiles ; de bois de teinture en bûches de 5o k loo kilogr., etc.
Depuis son organisation, l'école a reçu 9,332 élèves, ainsi répartis annuellement :
L'analyse des inscriptions de cette dernière année donne les professions suivantes parmi les élèves : 90 employés de commerce ; 116 écoliers ; 48 dessinateurs; 16 tourneurs; 20 menuisiers; 34 rentreurs; 5 sculpteurs; i5 tisserands; 20 architectes; 3 industriels; 9 chaufFeurs; 5 monteurs;
5 marbriers ; 3 trieurs ; 4 teinturiers ; 4 lirein-s ; i horloger ; 2 mouleurs ;
6 lamiers ; 5 modeleurs ; i maçon ; 2 ajusteurs ; i chimiste ; i graveur ; 9 ferblantiers; 8 zingueurs; l\\ mécaniciens; i4 peintres; 2 ébénistes; 4 échantillonneurs ; 16 serruriers; 79 élèves sans profession. La proportion entre ce dernier chilTre et celui du total des inscriptions, le 8*^, prouve la valeur de l'enseignement pratique de l'école et les services ([u'elle rend à la population industrielle. Voilà enfin une école d'art industriel où l'administration n'a point la préoccupation obsédante de faire avant tout des peintres et des sculpteurs (pn' auront plus tard de la peine à gaf|iier leur vie, «>ù l'on forme en grande majorité des artisans et des ouvriers. Poni' en acquéi ir la certitude, j'ai voulu savoir ce «pie sont devenus les principaux laui'éats de Técole depuis 12 ans. N'est-ce point le critérium le plus sûr des résultais obtenus? Dans les cours de peintiu^e et de composition décorative, siii' 4o lauréats, je trouve seuls 2 artistes peintres qui ont quitté Roubaix pour Paris ; i élève de l'Ecole nationale des beaux-arts ; 6 peintres décoratein-s à Roubaix ; i peintre décorateur à Lille ; 9 dessinateurs industriels à Roubaix; 3 dessinateurs industriels à Tourcoing et à Croix; 2 dessinateiu's
ROUBAIX
industriels, associés, à Paris; 2 professeurs de dessin et de peint iu"e décorative à l'Ecole nationale des arts industriels de Roubaix ; i chef d'atelier tle sculpture à Roubaix; i graveur lithographe à Roubaix; i serrurier d'art à Roubaix ; i photographe à Roubaix ; i tapissier décorateur à Roubaix ; I peintre tapissier à Paris; 3 entre[)reneurs de peinture à Tourcoing et à Roulîaix; 1 professeur de dessin libre. Le cours de sculpture et de juodelage a fourni, parmi ses lauréats, 3 sculpteurs sur bois, devenus patrons ; un contremaître chez un entrepreneur de sculpture ; un gérant d'une maison fie travaux de sculpture ; un entrepreneur de menuiserie et de sculpture sin* ])ois; un architecte; un directeur d'école primaire qui se prépare aux examens (ie directeur d'école professionnelle. Des 2-7 lauréats des cours d'architecture et de construction, 1 7 sont entrepreneurs de construction, de menuiserie et de plomberie à Roubaix, Croix, Tourcoing, Wasquehal ; 2 sont arcliitectes à Roubaix ; i à Paris ; i à Vevey ; i est architecte du Gouvernement ; I architecte de la ville du Puv, i ingénieur à Tourcoing, et i directeur d'école à Reims. Du cours de mécanique sont sortis, aux premiers rangs, i3 j)atrons constructeurs mécaniciens et chaudronniers à Roubaix; i patron constructeur de charpentes métalliques à Toiu^coing ; 5 contremaîtres mécaniciens à Roubaix et à Watreloos ; i ingénieur chimiste en Russie ; i sousdirecteur de filature à Roubaix ; i contremaître de filature à Roubaix ; I falîricant de caoutchouc à Roubaix; et i patron horloger à Roubaix. Parmi l(!s lauréats du cours de teinture figurent 8 directeurs de teinture dans des établissements importants de Roubaix, de Roanne, de Troyes, de Valenciennes, d'Alost (Belgique); 4 échantillonneiirs à Roubaix; i préparateur de teinture à l'Ecole nationale des arts industriels de Roubaix ; i associé d'une des premières fabriques de tissus de Roubaix; 4 teinturiers à Roubaix; I teinturier à Renaix (Belgique) ; G chimistes industriels à Fiers, Pioubaix et Wasipiehal. Un grand nombre de lauréats des cours de tissage dirigent aujoiu'd'hui des ateliers à Roubaix. L'un d'entre eux a été désigné, en r8(j5, ](ar la (Chambre de commerce de Roubaix, pour faire partie de la mission d'études envoyée en Chine |>ar la Chambre de conmierce de Lyon. Cette statistique — encore qu'iucomplète — a par elle-même assez d'éloquence pour (ju'il si)il iiuilile de la commenter.
r.a qrande originalité de la constitution organique de l'Ecole de Iloubaix esl l'alliance étroite de l'art et de la science. On s'y est évidemment inspir»' des principes d'éducation sociale que Duruy a résumés si magistralement dans ses Lettres sur les ouvriers : «L'enseignement ([u'il faut créer pour eux ne devra pas être purement technique ni étroitement préparatoire au métier, Tnais se dirigera vers le métier. L'industrie moderne vit autant de science et d'art (pie de procédés traditionnels : Travaillons donc à développer l'esprit, à épurer le goût de nos futurs industriels. » Le dessin a été rendu obligatoire, aux degrés divers de l'enseignement, pour tous les cours de tissage, de mécanique, de sculpture sur pierre et sur bois; et les élèves qui se destinent aux professions de dessinateurs industriels, de metteurs en cartes, peuvent, au cours de leurs études, voir se réaliser sur le métier leurs compositions d(''coratives, afin qu'ils se rendent compte pratiquement des conditions techniques de la collalîoration intime de la science et de l'art dans la fal)ricatiou des tissus. On estime avec raison — malheureusement encore en luttant contre l'opinion de la grande majorité des industriels — que l'idée chjit précéder l'expérience au lieu de s'y assujettir servilement; une théorie sévère, longue el patiente, la pratique. C'est ainsi seulement qu'on fera disparaître de l'apprentissage et du mélier des industries artistiques cet empirisme, qui le déprini(> et le discrédite auprès des nouvelles générations, alors que les indusiries scientifiques, par l'enseignement rationnel des écoles professionnelles, des écoles pratiques d'industrie et des écoles d'arts et métiers, basé sur la science, progressent et attirent irrésistiblement la jeunesse de ce temps. Or, à Roubaix, cet empirisme existe encore dans les ateliers de tissage; on m'en fait parti >ul l'aveu. Le plus grand nombre des contremaîtres n'ont reçu aucune instruclion théorique ; aussi, se monlrent-ils souvent réfractaires à l'emploi de métiei-s nouveaux, au montage de dispositions nouvelles de tissus. Cette situalion a molivé des vœux qu'on trouvera plus loin résumés.
La création d'un enseignement artistique très élevé, destiné à former des dessinateurs haljiles et des chefs d'ateliers, patrons, et employés de fabrique et de commerce, capables d(! maintenir la fabrication à un niveau d'art élev<'s a été la j)réoccupation des organisaleurs de l'école, en vue de remédier aux ('()nsé(juenc('s ti'ès graves de la niodification d'Iiabitufles et de métlio(h's iii-
AUiance de l'art H de la science dans l'École.
L'eiisei<[iicnicril artistique.
356 ' ROUBAIX
diistrielles qui s'est produite, depuis un quart de siècle, dans le fonctionnement de la faJîrique de Roubaix. Autrefois, les faJ^ricants avaient presque tous des cabinets de dessin attachés à leurs manufactures; ceux qui n'en possédaient point trouvaient dans la ville des cabinets publics très bien montés. Roubaix même fournissait» des dessins à la Belgique, à l'Angleterre et à Paris. Les industriels s'étaient évidemment rendus aux objtu^gations pressantes adressées à ce sujet par les rapporteurs de la fameuse Exposition universelle (le i85i, à la suite d'un mot d'ordre donné sur l'avis de l'illustre promoteur du juouvement d'enseignement du dessin dans les industries, le marquis (Je Laborde. L'auteur du rapport sur les tissus de laine, M. Bernoville, un des grands manufacturiers de France, écrivait ceci : « 11 serait à désirer que les faljricants français eussent tous des cal)inets de dessin chez eux : ce commerce (des dessins) n'aurait pas pris une pareille extension; leurs produits auraient eu un cachet spécial et original ; ils auraient, en réalisant ce conseil, une plus grande variété de genres qui ne se rencontreraient pas avec les idées anglaises ou allemandes. Il est telle maison qui consomme poui' 20,000, 4o,ooo et jusqu'à 60,000 fr. de dessins par an ; avec de telles sommes on formerait des calainets, et, dussent-ils coûter un peu plus cher, nos industriels recouvreraient la différence par la vente de choses plus originales et moins connues : on s'emparerait des crayons de premier et de deuxième ordre, et il ne resterait à l'étranger que les crayons de troisième ordre. Les étrangers se trouvent trop bien de l'achat des idées françaises pour (|ue ce commerce ne s'accroisse pas. »
Les considérations (pie faisait valoir, en i85i, M. Bernoville ne sont pas moins opportunes à cette heure, si même elles ne le sont plus encore. La fabrique de Roubaix s'est à cet égard radicalement transformée. Aujourd'hui, me déclare-t-on unanimement, toutes les compositions, toutes les esquisses, aussi bien pour la nouveauté en robes, que pour l'ameublement, sont dejnandées aux cabinets de dessin de Paris. Quelques maisons ont bien monté des cabinets personnels, mais à Paris, à côté de leurs succursales de vente. A l'exception de deux ou trois, tous les cabinets roubaisiens, — qui d'après l'Annuaire ne sont d'ailleurs qu'au nombre de 20 — s'occupent exclusivement d'adaptations d'esquisses parisiennes et de mises en caries. Les nombreux
L'ÉCOLE NATIONALE DES ARTS LNDUSTRIELS. SSy
industriels que j'ai interrogés sur celte ([uestion si importante jiistifieni cette transformation par les mêmes raisons qui ont été invoquées par les indienneurs de Rouen, tout en convenant, comme eux, d'ailleurs, du danger pour Koubaix à aliéner ainsi son autonomie artistique; ils ajoutent comme objections les évolutions de la mode, telles que, du jour au lendemain, on passe de dessins à grands rapports de fleurs, d'entrelacs et de rayures, à des minuscules semis de fleurettes ou de pois, pour en arriver ensuite, instantauéjuent comme aujourd'hui, à des combinaisons à la japonaise de nuages, de vagues, de flocons de neige, qui se nuieronl, la saison prochaine, en symphonies de bleu, de blanc, de rose dans le genre des créations de Wisthler. — c( Nos dessins, à cette heure, me disait un grand industriel à la tète de la fal^rication roubaisienne de haute nouveauté, se font au marc de café. » — En conséquence, à leur opinion, l'organisation dans chaque manufacture d'un cabinet de dessin est devenue impossible. Les artistes le composant ne poujraient point assm^er la grande diversité de compositions qui est nécessaii-e ; souvent, même comme dans la campagne présente et celle de l'année dei'nière, leur collaboration serait devenue inutile, par conséquent fort onéreuse. (]es raisons sont spécieuses. Elles ont bien plutôt leur origine dans luie situation nouvelle, ou tout au moins très imprévue, en un temps où les écoles d'art provinciales se sont multi|»liées part(jul et paraissaient avoir pris un développement de nature à assurer le recrutement incessant d'un nombreux personnel de patrons et chefs d'ateliers capables, par leurs connaissances m^tistiques, de diriger et inspirer leurs cabinets de dessins. Elles démontreni le vice du système actuel de la spécialisation professionnelle à outrance (pii caxitonne, dès leur sortie de l'école, les jeunes dessinateurs dans (h^s gem-es déterminés, dont ils ne pourront plus jamais s'évader, et qui en font de v<''i'ilables manœuvres dans les cabinets parisiens transformés en usines de dessins pour l'industrie. Dans les critiques qui accompagnent ces raisons, el dont le plus grand nombre visent l'absence en province d'éléments d'instruction et d'éducation artistiques, de documents et d'informations pour se tenir au courant des exigences de la mode et des transfonuations du goût public, il faut évidemment faire une grande part à la routine et aux préjugés; on doit cependant en retenir des renseiguenients iovl prt'cienx sur les cons(''-
ROUBAIX
quehces désastreuses de l'ajournement d'organisation, dans nos grands centres d'industries d'art, de l'institution qui constitue le complément indispensable de l'école : le musée. Il en résulte pour l'Ecole des arts industriels de Roubaix ce fait déplorable : que la plupart des élèves des classes d'art, instruits à (jrands frais en vue de leur utilisation pour l'industrie locale, dans le but de lui assurer une originalité pEirticulière, sont obligés, faute de travail, de partir poiu* Paris d'où ils ne reviennent plus. Un membre du conseil d'administration de l'école n'a pas hésité à me déclarer qu'il croyait de son devoir d'en donner le conseil à tous les jeunes gens lui paraissant présenter des disposilions exceptionnelles pour les compositions décoratives, disposi- ^ lions dont ils ne trouveraient point l'emploi siu^ la place de Roubaix.
L'ensei(|iicinrni L'euseigncment technique et scientifique est fourni à l'Ecole nationale des
l(M'liiii([iie l'I scieiililniui'. ^ ■
aris industriels par les cours suivants: cours de chimie industrielle, avec jiianipulations ; cours de teinture, théoriques et pratiques; cours de tissage, lln'oriques et pratiques; cours de travaux pratiques de remettage ; cours de cliaufFeiu's. Ces coin's sont suivis par 307 élèves; répartis comme suit: coui's de chimie industrielle, 11 ; cours de teintiu^e, 7; cours de tissage, 22; cours de lissage spécial du soir, 102 ; cours de travaux pratiques de remettage, 87 ; coiu^s de chauffeurs, 28.
Le chiffre peu élevé des élèves du jour — quarante — ne laissera pas, sans aucun doute, de beaucoup surprendre dans l'école d'une grande ville industrielle conune Roubaix, surtout si on le compare avec celui des élèves d'écoles analogues de l'él ranger, celles de Bradford et Crefeld, par exemple, qui en comptaient, il y a dix ans, la première plus de 3oo, la deuxième 100. L'analyse de cette statistique explique sural3ondamment l'infériorité numérique de noire école. Le recrutement des élèves des cours du jour se fait exclusivement dans les familles de fortunes très modestes : chefs d'ateliers, petits marchands, fonctionnaii'es, petits rentiers et ouvriers aisés. Il y a abstention complète de fils d'industriels et de négociants. Double question sociale : la (|ralulté (rune part; de l'autre, la fr('*(pientation des ouvriers. En l'absence ici du système des bourses d'études — qui fonctionne dans toutes les autres écoles (!(^ l'étranger précitées, par suite de fondations nombreuses des municipalités, (les asso('iali(tiis corporatives, des pai'ticuliers, auxipielies, à IJradIord et a
L'ÉCOLE NATIONALE DES ARTS INDUSTRIELS. Sfxj
MaiH'liesler vieiiiieiit s'ajoiilcr les [u iiiics aiiiiiicllcs du Soutli KonsiiKjloii pcjur Tai'l et du City and Guilds of Loiidou Instilute pour la science, s'élevani dans chacune de ces écoles à une moyenne annnelle d'environ 20,000 Ir., les enfants d'ouvriers ne peuvent suivre ces cours, étant dans l'ol)li(jatioii (le (jagner leur vie à l'atelier; ils fréquentent simplement les cours du soir, doiil la (jratuité est également tenue pour une source inépuisable d'indiffél'cuce de la plupart des parents, et d'indiscipline chez un grand nombre d'enl'ants. Sur ce point, à Roubaix, comme dans toutes les villes d'industries (pic j'ai visitées, il y a unanimité d'opinions et de vœux pour en réclamer la suppi'cssion. L'étude des tableaux des présences dans les cours de l'école, depuis la l'entrée des classes, accuse, en trois mois, une dinu'imlion de plus d'un 10^ sur l'ensemble; certains cours techniques, tr(''S importanis, les cours de chinn'e industrielle et de lissage (cours du jour), ont déjà jfcrdu la inoiiié de leurs élèves, pendant cette courte période de t(Mnps. Il en résulti; de ((l'andes Iluct nations numéri(jues dans les statistiques de l'établissement.
A l'étranger, le but statutaire, ainsi que le résultat des écoles du (jeui-e de celle de Roubaix, les écoles de Grefeld, Rradford, Manchester, Mulhouse, etc., est de former des fabricants, des contremaîtres, des iié([Ociants, des em- ])loyés supérieurs de fabrique, en même tem])S ipie des dessinateurs. (]'esl la réalisation d'un l)u1 analogue que désirent les industriels que j'ai vus; ils font à Técole la critique de ne point les leur fournir, tout au moins en nombre suffisant pour ré]»ondre aux besoins des manufactures, son enseignelueiil, disent-ils, n'étant [)olnl assez dirijjé vers ce but. Ouehpies-uns même en ont pris prétexte pour justifier la création d'une école nouvelle, l'Institut lechnique de R^oubaix, (pii se propose de suppléer ainsi à une apjiarente lacune de rÉc(jle nationale.
Dans son dernier rap]»orl, la (Commission des valeurs en douanes s'('sl laile olliciellemenl, el avec une (|i'an(le mUteté (rexpn.'ssion, rinterprètc des voMix de ces industriels, en ('crivant œci : « L'industrie textile s'est r('paiiduc et perfecti(jnnée partout, elle n'est plus l'apanage de deux on trois ])euples. Son organisation a changé de natiu'c; la |»roduction ]»ar la machine s'est substituée presque partout à la fabrication à la main. C'est le métier mécanique qui est aujourd'hui chargé de jtroduire l'elfort matériel, ce ({u'on
ROUBAIX
appelait autrefois le travail servile. Celui qui sera le j)liis ingénieux à diriger la machine, à en rendre le travail plus souple, plus apte à satisfaire Pdpidement aux exigences d'une mode toujours changeante, celui-là seul pourra prétendre à la victoire dans la grande lutte des nations. C'est pour- (juoi il faut attacher tant de prix à former en France des chefs d'industrie, des directeui's d'usine, des contremaîtres, des ouvriers aussi de plus en plus instruits et habiles. »
11 ne tient pas exclusivement à l'école de réaliser ces vœux. Par sf)n programme et par son organisation elle est en mesure de former des contrejuaîtres, des directeurs d'usine et des chefs d'industrie; mais à la condition (ju'on lui eWVenvoie les candidats, qu'on assure la permanence scolaire (l(^s élèves au moyen des mesures administratives et financières employées dans les écoles de l'étranger. Et, même, déjà en forme-t-elle, dans la catégorie des rai'es jeunes gens auxquels les ressources de leurs familles permettent de suivre les cours du jour, ainsi que parmi ceux ([ui fréquentent assidûment les cours du soir. La statistique, publiée plus haut, page 353, en est un témoignage incontestable. Encore, en ce moment ne prouve-t-elle pas, de la façon la plus évidente, qu'elle n'hésite jamais à adapter son enseignement aux besoins des industries locales, quand ils se manifestent? Il y fonctionnera, dès le mois d'avril, deux nouveaux cours de peignage et de filature, pourvus d'un outillage complet pour les démonstrations de technologie. Les critiques, à ce propos, ne sont donc point justifiées.
h'i, se présente de nouveau, en effet, une particularité, (pii, par les nombreux exemples, devient peu à peu une règle générale : c'est (pie, dans les f|randes et dans les petites villes, le recrutement des écoles créées pour le dévehjppemenl des industries d'art se fait presque exclusivement parmi les enfants des ouvriers, de même (pi'il est facile d'observer que celui des écoles de peinture et de sculpture, à Paris et en province, se fait également en grande partie dans la même catégorie sociale et dans les familles de paysans. Il semble que le ti'avail mamiel, celui de l'alelier, comme celui des champs, où domine Tidée de loi et de régularité, qui donne l'orgueil de la création, accomplisse toute son œuvre de haute moralisation; et ({ue, dans ce miheu s('uleiuent, l'art soit considéré sous sa vraie mission sociale, alors (pi'on le
L'ÉCOLE NATIONALE DES ARTS LNDUSTRIELS. 36i
lient encore ailleurs pour une dislraclion mondaine, pour une occupation d'agrément, de même que la science y est toujours de la physique amusante. 11 y a cent ans, et même plus, un des inconvénients, purement scolaire, il est vrai, de ce recrutement était déjà signalé, a Plaignons nos arts, qui, par Teffet d'opinions fausses, écrivait Watelet dans son Dictionnaire des arts, n'ont de ressources pour recruter leur jeune milice qu(^ les classes où généralement le besoin et l'ignorance se font le plus apercevoir; car par l'inconséquence des préjugés qui subsistent parmi nous, tandis que la voix publique élève le nom des artistes devenus célèbres au rang des noms les plus distingués, une infinité d'hommes qui n'ont aucune véritable distinction ne permettraient pas à ceux de leiu's enfants qu'un penchant marqué entraînerait au talent de la peint^u'c de s'y consacrer. Il résulte de ce préjugé que le plus grand nombre des jeunes artistes n'apportent pas dans les arts l'éducation préparatoire (jui leur serait nécessaire. » Evidemment, le recrutement des écoles d'art industriel les maintient dans un programme immédiat d'enseignement artistique et scientifique fort élémentaire, en même temps (jn'il s'oppose à l'extension de la fiéquentation des cours du jour, où les jeunes gens pourraient recevoir un enseignement plus élevé. A Roubaix, comme dans toutes les écoles d'art des départements, devrait donc intervenir, au moyen de fondations de municipalités, d'associations ou de particuliers, le système des bourses facilitant aux élèves de familles pauvres l'accession aux cours du jour, pendant le temps nécessaire à Tacquisition fies connaissances artistiques et scientifiques, en vue de devenir d'habiles contremaîtres et chefs d'ateliers, et plus lard, sans aucun doiit(% des patrons dotés ainsi de cette instruction générale, qui paraît devenir de plus eu plus une condition absolue de succès dans la direction d'une industrie artisti(jue. Une direction ii'impli- ([ue-t-elle pas un goût sur, une opinion décisive, dans les (juestions si délicates et si complexes de l'art et du métier, autant que la mise en action méthodique et rapide de toutes les parties si diverses qui concourent à l'œuvre commune du dessinateur et de l'ouvrier?
Aux termes de la convention précitée, la ville de Roubaix a cédé à l'État Le Musée de rÉcoie. ses musées de taljleaux, d'œuvres d'art et d'histoire naturelle, sa bibliothèque et les collections d'échantillons de l'ancienne école. Actuellement, la biblio-
LES INDUSTRIES u'aRT. 40
ROUBAIX
thèqiie contient 9,602 volumes; le musée d'art 85 peintures, 79 dessins, 12 photographies et 70 moulages, don de la direction des beaux-arts; les collections d'échantillons comprennent 296 carnets. Quant au Musée industriel, installé dans la grande galerie du premier étage du palais, son organisation n'est encore ([u'emhryonnaire. Le premier fonds se compose de travaux d'élèves des cours de chimie, de teinture et de tissage : tableaux chromatiques, tissus d'ameublement, étoffes pour robes, tapisseries, etc. Pour remplir l'immense surface disponible, la direction des beaux-arts a envoyé quelques pièces des Gobelins et de Beauvais, des vases de Sèvres, des cartons de tapisseries, de tapis, de mosaïques; on a disséminé avec habileté des vitrines d'ethnographie, de curiosités, de numismatique, d'histoire naturelle, des miniatures de métiers à lisseï* divers; mais tout cela ne constitue point un vi'ai musée qui puisse attirer les artistes, les ouvriers, les chefs d'industrie, et leur être utile pratiquement. Gependaul, la nécessité de cet enseignement public est incontestable cl, d'ailleurs, n'est ])()inl contestée. Tous les délégués du ministère (le riiistruclion publique et des beaux-arts aux distributions de prix en constatent avec regrets annuellement l'absence à Roubaix ; et, hier, les membres de la section des tissus de la Commission des valeurs en douanes signalaient énergiquement, dans leur rapport officiel, les services que les musées industriels et artistiques sont appelés à rendre à l'industrie : « A côté des écoles d'industrie où se forment les fabricants, il ne faut pas négliger les écoles et les irmsées d'art décoratif et industriel. C'est en effet dans l'Art que nos industries textiles ('oivent constamment venir puiser, comme dans leur source, de nouveaux éléments de rajeunissement et de succès. En France, ])his (jnc |tart()ul, c'est à la pui-eté et à la fantaisie du dessin, au style de la couqxtsitioii, à la beautt' de la forme et à l'harmonie des couleurs que la fabrication des tissus doit s'attacher avant tout si elle veut consei"ver cette supéi'iorité iucontestf'c ([ui vient du goût et ([ui déternu'ne les gi'andes directions de la mode. » Plusieurs fabricants roubaisiens m'ont signalé cetle lacune d'un musée de ce genre dans rh]cole des arts industriels connue nue des raisons qui s'opposent le plus au fonctionnement normal des cabinels de dessins à Roubaix, e! (pii ont provoqué l'habitude prise par les industriels de s'adresser à des dessinateurs parisiens, ayant à leur disposi-
lions tous les documents et renseignements utiles, toutes les sources d'inspiration les plus abondantes, dans les musées nombreux de l^aris.
Sous ce rapport, Técolc de Roubaix s'est laissé devancer par l'école de Grefeld, sa rivale allemande. En 188G — il y a (^li^ ^^i^s, — - le musée annexé à cette école comprenait déjà ime collection d'étoffes anciennes de plus de 5,000 pièces, constituant une histoire du tissu depuis le dixième siècle jusqu'à nos jours ; une collection d'étoffes modernes, d'échantillons de matières premières dans leurs différentes transformations par l'industrie générale du lissage, collection constamment alimentée par [es industriels et les négociants. (Rapports de missions, 2*^ vol., pages 85-87.) En i8yi, une tentative d'organisation de ce musée a été faite, sur mon initiative, par l'Union centrale des arts décoratifs, au moyen d'une exposition temporaire composée d'œuvres de son musée et de quelques cabinets privés. Il y fut envoyé, à l'intention des industries textiles, une collection de soieries modernes pour ameublements des fabriques lyonnaises, italiennes et russes, une collection de plus de cent dessins de décoration d'étoffes, de tapisseries, de broderies, etc. Cette tentative, qui obtint un certain succès, n'a pas été renouvelée depuis cinq ans. Ainsi à l'heure présente, ce qui paraîtra presque invraisemblable, Roubaix n'a pas le moindre musée d'art industriel, alors que toutes les villes manufacturières de l'étranger en possèdent, depuis longtemps, tle fort riches et de très puissants, par leur organisation en agences de renseignements artistiques, techniques et conmierciaux.
Afin de maintenir l'Ecole nationale des arts industriels dans son carac- L'organisme
, . , ,, . . . . , ., . . administratif de l'Ecole.
tère spécial d enseignement pratique, 1 Etat a institue un conseil supérieur qiu comprend actuellement comme membres : le préfet du Nord, le maire de Roubaix, le président de la Chambre de commerce, un membre du Sénat, trois fabricants de tissus pour robes, un filateur de soie, un ingénieur manufacliu'ier, deux ingénieurs constructeurs et un architecte. Ce conseil a les doubles attributions d'une <'ommission administrative et d'un comité de perfectionnement. L'art, l'industrie et le commerce ont ainsi constitutionnellement une part collective importante d'administration, que leurs représentants peuvent exercer d'un commun accord avec l'Etat, pour le plus grand bien de la ville de Roubaix. Mais, en fait, le rôle de ce conseil ne serait-il point un peu pla-
ROUBAIX
tonique par suite de l'absence, ici comme dans la plupart des autres écoles du même genre en France, du cerveau dirigeant, du chef investi d'autorité et de responsaJjilité, de la responsabilité qui donne l'initiative et provoque à l'action, de l'aulorilé, qui, suivant la vraie étymologie du mot, augmente et fait progresser? L'école est-elle un véritable organisme social? Comme tout organisme, a-t-elle une vie interne, active, une vie externe, féconde ; c'est-àdire, pour employer une comparaison ]diysiologique, une vie de nutrition, de sensibilité, d'influence et d'impulsion sur le milieu industriel où elle a été créée? Les écples d'arl et d'indusirie ne sauraient être assimilées d'aucune façon aux autres institutions d'instruction publique. Elles ne peuvent vivre et prospérer, recruter des élèves et les former, faire sortir de leur enseignement toutes les conséquences économiques qui y sont enfermées, qu'à la condition al^solue d'être en relations intimes et constantes avec les industries, d'en connaître parfaitement la situation, les désirs et les besoins. Ce que d'illustres savants ont écrit éloquemment, dans des circonstances récentes ^'^ sur la colliiljoration restreinte qui existe, en France, entre la Science et l'Industrie, et sur les dangers qui en résultent pour la prospérité économique du pays ; alors qu'en Allemagne, en Suisse, etc., l'une et l'autre sont étroitement alliées en vue de la conquête incessante de progrès nouveaux dans les méthodes et les procédés de faljrication, peut s'appliquer, avec non moins d'opportunité, aux questions d'art et d'industrie. L'indifférence ou l'insouciance réciproque, qui, d'une façon à peu près générale, caractérise les rapports entre les industriels et les artistes, est une des plus tristes constatations que j'ai eu à faire, au cours de cette enquête. Aucune passion pour le développement de l'industrie ne pousse les artistes à rechercher la société des industriels, à fréquenter les usines et les ateliers ; et, de leur côté, les industriels n'ont jjas la préoccupation de tenir les artistes au courant de leurs besoins, de leurs essais et de leurs innovations. Pour les artistes attachés aux écoles, l'enseignement est une fonction exclusive, qui ne s'étend j)oint au delà des programmes et des règlements ; leur action extérieure se
(i) Discours de M. Berthelot au deuxième congrès international de chimie. Compte rendu par M. Moissan du Rapport de M. Haller sur l'Exposition de Chicago. Rapport de M. Joubert sur l'Exposition de Genève. (Science pure el Science appliquée, par M. Lauth.)
L'ÉCOLE xXATlONALE DES ARTS LN'DUSÏRIELS. 365
confine en Tutilisalion tle leurs connaissances par ini enseignement ])rivé ou dans le placement de leurs œuvres; et les industriels ne voient en eux que des professeurs ou des fournisseurs intermittents, < loi il la situation sociale, presque toujours fort modeste, sinon parfois précaire, est un obstacle Infranchissable à des relations intimes et suivies. Il y a là, évidemineni, un malentendu, infiniment refjrettable, dont les consé([uences sont funestes, et qu'il est urgent de faire disparaître, comme on en a actuellement le souci, dans le monde scientifique, par l'organisation dans quelques grands centres — Lyon, Nancy, Lille — de laboratoires d'application confiés à des hommes d'une haute autorité, qui s'intéressent activement aux industries et se donnent pour mission de les faire bénéficier directement de leurs recherches et de leurs travaux. Cela revient à dire, en résumé, que les écoles d'art provinciales, de ce qu'elles sont actuellement, de simples institutions d'enseignement élémentaire pour les apprentis et pour les ouvriers, pourraient devenir, elles aussi, simultanément, des laboratoires artistiques, où les industriels vienilraient se renseigner sur le mouvement des idées en matière de décoration, étudier, en commun avec les artistes, les moyens pratiques pour renouveler constamment leur production. De même qu'au point de vue scientifique, à l'opinion des savants, celte organisation, qui existe à l'étranger depuis longtemps, doit être tenue pour l'origine du développement extraordinaire, imprévu, qu'y ont pris les industries dans lesquelles intervient la science; au point de vue artistique, le fonclionnement et les résultats d'une organisation analogue, déjà ancienne, ne sont point diiï'érenls. Les dernières statistiques sur le connnerce extérieur de l'Allemagne en oiï'rent, hélas! un témoignage irrécusable.
Cette situation de l'Ecole nationale des arts industriels fait craindre que Unjpnce toutes les conditions essentielles du fonctionnement d'un organisme social, dllid^'s^tri^^^^^ bien constitué et très vivant, ne soient pas remplies. N'y manquerait-il poini, surtout, pour préciser, ce qui a contribué à rendre si puissantes les institutions du même genre à l'étranger, surtout en Allemagne, — dont l'enseignement n'est pas supérieur à celui de l'école, puis([ue beaucoup de nos voisins et de nos concuirents n'ont pas hésité à s'en inspirer comme programmes et méthodes — : l'application directe et complète du principe de
ROUBAIX
de rassoclation ? Il existe à Ruubaix, sur celte question, bien des préjugés et des préventions. Sous prétexte de ne point porter atteinte à Tindividualisme — un individualisme que les traditions et les mœurs ont développé plus que partout ailleurs et qui fait que chacun travaille dans son coin, non sans mystère, — on se montre rél'ractaire à l'association. C'est une erreur qui doit être combattue avec la plus vigoureuse énergie, car elle constitue un grand péril industriel et social. Gomme le prouve aujourd'hui irréfutablement la science, en tout l'individu est fin, l'association est moyen. Tout, qu'il s'agisse de chimie, de biologie, de sociologie, est association, groupement, combinaison ou synthèse, aboutit au développement de l'individu, sans qu'il perde une parcelle de sa personnalité et de son indépendance, alors que l'isolement n'est pour lui <[iie misère, détresse, atrophie et mort.
Mais, rien, en argumentation, ne vaut mieux qu'un exemple. Je vais citer celui de l'Ecole impériale d'art et d'industrie de Vienne. (Rapports de missions, i*^"" vol., pages loy-i
La direction de l'école et du musée qui lui est annexé a pris l'initiative de la création d'une société, comprenant les chefs des grandes et petites maisons d'industries, des artistes, des dessinateurs, des décorateurs et les membres des comités d'administration de toutes les institutions qui ont pour but le développement des industries. Cette société a pour programme d'établir entre l'école, le musée, les industriels et les artistes, des relations intimes et constantes, par des publications périodiques, par des réunions fréquentes, par la communication permanente de tout ce qui peut intéresser les associés, informations, documents d'études, œuvres nouvelles, etc. ; de tenir incessamment, avec précision, l'école, le musée et les fabricants au courant de tous les outillages et procédés nouveaux de production, des méthodes artistiques et industrielles nouvelles, des progrès en tous genres de la concurrence étrangère; d'assurer eiilin des débouchés de travail et des places industrielles aux élèves anciens et nouveaux. Et à la tète de cette société a été mis le directeur de l'école lui-même. L'institution, — aujourd'hui à la fois école, musée, exposition permanente, conservatoire d'arts et métiers, laboratoire d'expériences, etc., — est devenue ainsi le centre de tout le mouvement artistique, le cœur et le cerveau des industries de la cité.
Tous ceux à qui j'ai fait part de cette organisation superbe — cliefs d'industrie, artistes, ouvriers et administrateurs puJjlics — ont été unanimes à me déclarer, malgré leur goût pour l'individualisme, que, le jour où l'Ecole nationale des arts industriels de Roubaix aura pour annexe mie association analogue, avec le même but et les mêmes résultats, toutes les hostilités, toutes les préventions, tous les préjugés qui ont fait jusqu'ici obstruction au développement de son action et de son influence, disparaîtront, A défaut d'autre motif, l'intérêt attirera les indifférents et convei'tira les réfractaires.
Je n'ai pas une autre conclusion, plus logique et plus pratique, à donner à mon étude sur Roubaix.
Le travail de la laine, de temps presque iinnK'inorial, a été la grande industrie de Tourcoing. Un traité passé en 1 173 par Philippe d'Alsace, pour la vente en Allemagne des draps et étoffes, fait mention de ses « serges, tripes, camelots ». Cette fabrication avait pris une extension telle, en que Maximilien d'Autriche accordait à la ville le privilège d'une foire franche. L'acte constatait que « les draps qui y sont faits et ouvrés sont connus, renommés et requis en plusieurs royaumes, pays et lieux étrangers et lointains », ({lie « ledit lieu de Tourcoing est journellement fort hanté et fréquenté de plusieurs marchands étrangers et autres personnes ». La Chambre de commerce de Toui'coing, qui a l'orgueil, bien légitime, de sa haute el lointaine noblesse industrielle, a fait frapper eu jeton de présence et d'honneur une plaquette d'argent qui rappelle cet événement fameux.
Un acte de Philippe II, en 1563, établit (jue « la ville de Tourcoing est fort haulte habitée à cause de la manufacture y exercée ». Le i3 mars 1609, le conseil de l'arcliiduc d'Autriche réglementait les ouvrages de bourregeterie dans la chàtellenie de Lille et réservait la fabrication des tripes, bourras et futaines aux bourgs de Roubaix et de Tourcoing. Une ordonnance de Colbert, de 1678, désignait les villes de Lille et Tournai pour être le dépôt et l'intermédiaire des produits de la fabrication de damas-laine de Tourcoing. En 1789, 36o métiers avaient fourni environ i,5oo pièces de molletons. On fabriquait également les calmandes, les camelots, les serges de Nîmes ou bourras, les satins-laine, les prunelles, les ras ou tricots calmouks. Une statistique du commerce accuse comme valeur de fabrication des tissus de laine : 1,845,^75 fr. en i8i3 ; i,685,64o fr. en 181 4 ; 1,892,625 fr. en i8i5.
La manufacture de tapis est l'une des branches les plus importantes de
LES INDUSTRIES ARTISTIQUES. 36ç)
riiidiistrie de Toui'coing. Bien que d'origine ancienne, elle ne se révèle, dans les documents publics, qu'à l'époque de l'Exposition de 1827 où figurèrent, pour la première fois, les tapis moquettes. En 1889, on évaluait la production de Tourcoing, en ce genre, à 600,000 fr. En i858, Tourcoing produisait pour deux millions de francs de tapis, avec 1,100 ouvriers qui gagnaient: 3 fr. les hommes et i fr. 2.5 c. les femmes. Un rapport sur l'Exposition de 1 8G2 s'exprime ainsi : « Innnédiatement après Aubusson, c'est Tourcoing, Beauvais et Nîmes qui sont à présent les lieux principaux de la fabrication des tapis français, et ce sont les villes de Nîmes et de Tourcoing qui ont envové à l'exposition les plus beaux produits en moquette, en chenille et en velouté. La moquette sm^tout est fabriquée en grand à Tourcoing. Il est vrai que rien n'a coûté ])Our faire réussir en France une fabrication si inléressante. Le progrès industriel ne s'y est pas ralenti un seul jour et toutes les ressoiu'ces d'un lieu si bien choisi ont été concentrées pour obtenir les résultats les plus avantageux. » Il y a quelques années, une véritable innovation a été apportée dans cette branche d'industrie par l'adjonclion de la fabrication du tapis d'Orient qui ne se produisait pas encore en France.
La plus récente statistique de la Chambre de commerce donne les chiffres suivants pour l'industrie de la laine :
Peignage : 12 établissements; 44g peigneuses ; valeur industrielle: 28 millions de francs ; 4^800 ouvriers ; 6 millions et demi de salaires ; production annuelle: i8,5oo,ooo kilogr. poiu" g millions et demi de francs de façons. Filature de laine: 6g établissements; 417^000 broches à filer et 118 à retordre; valeur industrielle: 18 millions et demi de francs; 6,200 ouvriers; 620,000 fr. de salaires; production: 17 millions de kilogrammes valant 7 1 millions de francs.
Fabrication de tissus ; tissus pure laine pour robes, draperie, salin de Chine, tissus fantaisie mélangés, draps molleton, lissus Jerseys, confections poiii" dames; 4i*»90 métiers mécaniques, 2,1 4© métiei's à la main; 4^649 ouvriers ; production : 60 millions de francs. Fabrique de tapis et d'ameublement : 35o métiers mécaniques et 34o métiers à la main, dont un certain nombre de haute lisse pour le tapis d'Orient dit à points noués ; T,ooo ouvriers ; production : t3 millions. Au lainage, il faut ajouter la filature
LES INDUSTRIES d'aHT. 47
de colon, qui n'occupe pas moins de 4? 200 ouvriers et donne lieu à un mouvement d'affaires de plus de 9 5 millions de francs. Une industrie aussi importante par le nombre des ouvriers et par le chiffre de ses opérations commerciales fait supposer l'existence d'un vaste ensemble d'institutions de tous genres, puissantes, riches, poin^ l'instruction professionnelle et artistique des patrons, contremaîtres, ouvriers et apprentis : école d'art, école industrielle, école d'apprentissage, cours du soir, musée d'art et d'industrie, bibliothèques, association de propagande et de développement. De tout cet organisme normal pour une ville comme Tourcoing, il ne fonctionne que les deux premières parties, l'école d'art et l'école industrielle, l'une privée, l'autre municipale, installées dans de vieux bâtiments qui n'ont pas été faits pour leur destination actuelle, et qui ensemble ne réunissent pas plus de 4oo élèves. En venant de Roubaix, la ville sœur, mais ennemie de Tourcoing, après avoir visité l'Ecole nationale des ar(s industriels, on est péniblement surpris du coulraste ; et l'on regrette que la lutte si ardente d'amour-propre et d'intérêt (pii existe entre les deux villes n'ait point encore inspiré à celle-ci l'aml)ition de surpasser ou tout au moins d'égaler celle-là sur le terrain (le l'instruclion. On a souvent moins bien appliqué cet antagonisme traditionnel.
L( s Écoles académiques. L'i ustitution pour l'euseignement de l'art porte, comme hier celle de Lille,
le titre d'Rlcoles académiques ; le programme d'études et les règlements n'en • sont pas différents. Il y a quatre ans, le fonctionnement et les résultats étaient identiques ici et là : même anarchie, même indiscipline, même dédain pour les carrières industrielles, même exode perpétuel vers Paris. Toul à coup, sur l'initiative et les conseils de l'inspecteur de l'enseignement du dessin dans la région du Nord, le comité d'administration de l'institution, reconnaissant les préjudices considérables causés à la ville par une pareille situation, change purement et simplement le personnel professoral de l'étabhssemenl ; aujourd'hui, tout marche à la satisfaction générale; et donne d'excellents résultats. Tant il est vrai que les progranmies, les méthodes et les règlements ne valent que par l'application qu'en font avec énergie et sincérité des hommes intelligents, actifs, dévoués, bien pénétrés de leur haute mission sociale. Le professeur de la classe de peinture fait suivre rigoui eu-