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L'ÉCOLE DE FILATURE ET DE TISSAGE

Le conseil, dès le début, décidait que l'école serait organisée sur un pied manufacturier, avec l'outillage le plus perfectionné, dans toutes les parties de l'enseignement technique prati({ue. Les cours du soir devaient être gratuits ; une rétribution pour les cours du jour était fixée à 3oo fr. pour une spécialité et à l\oo fr. pour deux ou plusieurs.

L'école a été installée dans une ancienne usine, dont les dimensions — j)lus de Goo mètres superficiels et deux étages avec rez-de-cliau^sée — ont permis l'aménagement de vastes ateliers et salles de cours. Le ])rogramme primitif a été complété par des cours de chauffage et d'électricité. Les ateliers comprennent, dans la section du peignage, deux peigneuses Offerman-Ziegler et Lister, un chargeur Lister, im gill-box Skène et Devallée et une cardeuse Deletombe ; dans la section de la filature de laine, 3 machines de préparation pour dix passages et im renvidein* de 240 Ijroches, dernier modèle ; dans la section de la filature du coton, une carde à chapeaux tournants, système Platt, une carde à rouleaux, un banc d'étii age, deux bancs à broches en gros et en fin, un continu à filer de 48 broches et un renvicleur de 120 broches. Pour le tissage, il n'y a pas moins de 1 2 métiers à la main, anciens ou Jacquard et 3 métiers mécaniques. Une partie de cet outillage a été offert gracieusement à l'école par leurs constructeurs ou par des industriels : la Société alsacienne de constructions mécaniques de Mulhouse, MM. Tiberghien frères, Nuyts, Lorthiois frères, Dobson et Barlov^' de Bolton, John Mason de Rochdale, Platt d'Oldham, Deletombe, Skène et Devallée, Tampleu de Lille. Sans doute aucun, si la société disposait de plus grands ateliers et d'une installation moins modeste, les dons seraient encore plus nombreux de la part de-; constructeuis, et seraient complétés par des prêts temporaires importants ; ils constitueraient bien vite un véritable conservatoire de mécanique pour les industries du tissu, comme cela s'est produit à l'école de Crefeld. Tout l'outillage mécaniipie est mis en action par des moteurs à électricité. Le directeur, (jui professe le cours de tissage, a fait ses études aux écoles de Mulhouse et de Giefeld.

Le chiffre des élèves des cours du jour est de 22. Dans ce nombre, le conseil de l'école a la vive satisfaction de compter plusieurs jeunes gens appartenant à des familles de grands industriels. Le jour de ma visite, le

président de la" Chambre de commerce annonça an directeur la présentalion, en 1897, second fils, le premier est déjà élève depuis deux ans ; et le secrétaire général de la société, celle , à la même époque , de ses deux garçons.

En ce qui concerne l'enseignement technique, Técole donne d'excellents résultats ; le conseil peut citer avec fierté deux anciens élèves chefs de fabrication dans des tissages de Tourcoing et de Roubaix ; cinq contremaîtres dans des filatures ; un mécanicien en chef dans une grande usine, et un grand nombre d'élèves des cours du soir devenus des ouvriers et des employés fort habiles, (pii malgré leur jeune âge gagnent des appointements et des salaires élevés. L'enseignement artistique a tous les soins du conseil cl de la direction ; ils ont rendu obligatoires le dessin et la composition pour l'obtention du diplôme de tissage ; et le professeur doit en pousser assez loin les cours pour que les lauréats puissent devenir esquisseurs et chefs d'ateliers d'échantillonnage. D'ailleurs, la plupart des élèves des classes du jour suivent les cours du soir des Ecoles académiques. Le conseil de l'Ecole industrielle désire même qu'il puisse, pour cet enseignement, s'établir une j)lus grande connexité entre les deux institutions.

De la réalisation de ce désir à l'idée d'un établissement puljlic, il n'y a qu\m pas, qui ne serait point difficile à franchir ; et l'on aurait à peu de frais, immédiatement, une Ecole des arts industriels analogue à celle de Roubaix, si malheureusement des circonstances particulières, d'mi ordre étranger aux questions d'instruction, n'y venaient faire obstacle. La municipalité et la Chambre de commerce sont en état de conflit. La municipalité est propriétaire de la Condition des laines de Tourcoing, et en tire annuellement un revenu d'environ 3oo,ooo fr. La Chambre de commerce reproche à la municipalité de ne point consacrer spécialement, tout ou partie au moins de cette somme, au développement de l'industrie textile qui la fournit entièrement, puisqu'elle est constituée par les seules redevances des fabricants; elle cite notaunnent, comme exemples de cet exclusivisme, le refus de la municipalité, en 1 886, de fonder l'Ecole industrielle de filature et de tissage, dont l'idée lui avait été soumise plusieurs fois, et aujourd'hui encore celui d'accorder à la société (jui a créé l'école la moindre subvention. La municipalité ne veut rien

lîN MUSÉE D'A1\T, D'INDUSTRIE ET DE COMMERCE.

enlendrc, paraît-il, aux propositions de cession ou de radiât de la Condition. Alors, à l'instigation de la Chambre de commerce, les fabricants de lainages ont manifesté l'intention de fonder une Condition libre ; et, de ce fait, la municrpalité serait dépossédée de son monopole ; car ni la loi ni aucun règlement public ne peut contraindre les fabricants à s'adresser à la Condition municipale. La situation en est là. Un haut arbitrage mettant les parties d'accord, au mieux des intérêts de l'industrie lexiile de Tourcoing, (jui, en somme, est la source de la fortune de la ville, serait opportun et bien accueilli. La reconstruction des bâtiments des Ecoles académiques, l'urgence d'un nouveau local pour les ateliers de l'Ecole industrielle, pour les laboratoires qui lui manquent, pour les collections technologiques et artistiques à organiser, la création d'un Musée d'art industriel, dont la Chambre de commerce, les industriels et les-' négociants reconnaissent l'ut-ilité immédiate, sont autant de bases de conventions pour arriver à ime solution rapide du conflit.

La municipalité, en la personne du maire, est dt^à conquise au projet de ce musée, qui, en attendant une construction spéciale, trouverait dans l'Iiùtel de ville, près du Musée de peinture, nouveau et foit intéressant, une larcje hospitalité : une immense galerie, avec salles annexes, étant actuellement sans emploi. Sur le principe des collections artistiques et technologiques, la Chambre de connnerce et les industriels sont unanimes de vues et d'o])lnions ; leur création est inscrite dans les statuts de la Société industrielle ; il n'y avait jusqu'ici de divergences que sur l'opportunité de l'organisation du service de renseignements universels et internationaux, de consultations techniques, et d'expériences collectives de laboi-atoires, qui doit en être le complément. Mais, après avoir exposé, à la réunion du conseil de l'école à la tète duquel est le président de la Chambre de commerce, le fonctionnement normal, consacré par bientôt vinyt années d'expériences, d'institutions étrangères analogues, notamment du Musée oriental et commercial de Vienne, où l'art, l'industrie et le commerce sont unis étroitement, indissnlul)lement même, et qui sont devenus de véritables services publics auxquels les représentants de l'Etat dans tous les pays du monde doivent une collaboration officielle, effective et permanente, j'ai pu constater, avec une grande

Proposition d'un Musée d'art, d'industrie et de commerce à Tourcoing.

joie, que les préventions qui servent généralement à jnger en France ces questions avaient fait place à une unanime approbation, suivie de l'expression très nette d'un vœu tendant à ce que Tourcoing puisse être prochainement dolé d'un musée rendant les mêmes services à ses grandes industries.

CALAIS

Depuis quelques années, Calais traverse une crise industrielle terrible. L'indusiiic de la dentelle

mécanique.

La ])Poduction des tulles et dentelles, qui avait atternl, en 1881, 1 10 inilnons de iVancs, est tombée à 4o millions en 1888 ; après s'être relevée un peu en i8()4 — - d'une vingtaine de millions, — - elle a subi, en 1896, une dépression nouvelle qui n'a fait que s'accentuer dans l'année présente. Si l'on sonqe que, en temps normal, la fabrique, avec ses 1,800 métiers répartis dans une cinquantaine d'usines, et par toutes les opérations (jui précèdent el suivent le tissaqe mécanique, occupe 3,5oo ouvriers, aidés par 4?5oo femmes el i,5oo enfants, 1,800 metteurs en carte, dessinateurs, mécaniciens et employés, 1 5,000 ouvrières, effileuses, découpeuses et écailleuses, soit plus de y 6, 000 personnes, il est, aisé de se rendre compte de la qravité d'une situation où le travail et par conséquent les salaires sont diminués de moitié. Les causes de cette crise sont multiples et d'ordres divers : économiques, industrielles et sociales. En vendant à vil prix, au lieu de les détruire, les métiers bobins et autres ([ui précédèrent les « leavei's » actuels, Calais s'est créé à lui-même la concurrence de certains centres, en France, Caudry, à l'éti'anger, Varsovie, etc., de production inférieure sans doule, mais inlensive et à bon marché. Malgré les avertissements, par suite de l'esprit invétéré de misonéisme et de présomption qu'une longue période de prospérité inouïe n'avait que renforcé, les industriels se sont laissé distancer pai' rAllemagiie et par la Suisse dans la fabrication de certains articles, tels que la l)roderie sur tissu brillé chimiquement, qui ont conquis la faveur Féminine pendant plusieurs années, faisant abandonner les geni'es par lesquels s'alimentaient régulièrement la plus grande partie des métiers calaisiens. L'invasion de l'industrie par des mœurs nouvelles, importées du deliors, d'Allemagne notamment, a détraqué son organisme. Les fal)ricanls (jui créent à grands frais des

LES INDUSTRIES d'ari. l^S

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modèles les voient, sans pouvoir se faire protéger judiciairement, mettre au pillage par la concurrence étrangère et par les petits façonniers que l'usiu-e étrangle, et qui sont condamnés par elle à une perpétuelle contrefaçon. Calais combat avec nue certaine énergie la mauvaise fortune, quoique les folies carnavalesques des récentes armées de prospérité aient détendu le ressort moral de la population industrielle, autant en surexcitant subitement les ambitions malsaines qu'en brisant en une nuit les situations qui paraissaient le mieux assises, l^a fabrique semble vouloir entrer très résolument en lutte contre l'Allemagne et la Suisse, rivaliser avec elles de goût et d'originalité. Pour se défendre contre les pillards, intérieurs et extérieurs, rompant avec les Iraditions d'égoïsme et d'indifférence, elle organise une association de mutualité dans le respect de la propriété individuelle des dessins et l'émancipation des intermédiaires de tous genres qui la ruinent actuellement, par la dépression incessante des prix et la mise en concurrence constante des industriels les uns contre les autres. Les réformes économiques ne sont poiiil du domaine de cette étude. Je ne dois m'occuper que de celles qui ont j)Our but le dévelojtpement artistique de l'industrie. La plus importante est celle de l'Ecole municipale d'art décoratif, sur l'insuffisance de laquelle pour donner à la fabrique calaisienne un renouveau d'originalité et de fantaisie, il y a unanimité d'opinions. L'École d'art décoratif. Un résumé liistorique de cette institution est nécessaire. En 1878, pour la première fois, il est ([uestion, dans les délibérations du Conseil municipal de Saint-Pierre-lès-Calais, de créer un cours professionnel pour les dentelles et les tulles; il vote un crédit de 47O00 fr. — - La rivale de Calais, Nottingham, avait créé une école d'art complète pour la dentelle dès i84a. — Mais ce cours ne donne pas des résultats bien appréciables, en raison de ses lacunes nombreuses. Alors, le ao décembre de l'année suivante, la Chambre consultative des arts et manufactures se réunit à ce propos et déclare qu'il est urgent de le i-emplacer par une véritable école professionnelle. Dans cette séance, le président donne lecture d'une lettre du maire sur ce sujet, dont il convient de citer le passage suivarit: « Il est important que le dessin soit enseigné en vue de la fabrication des tulles, et nous ne pouvons y arriver que si notre <M'()le reroil de siiilc la diicclioii ipie les iiidusli'iels expérijiienl('s de Saint-

Pi(M'i-o voudronl bien lui donuei'. Dans ce hiil, je vous prie de faire appel à leur concours pour élaborer un programme que de suite je ferai mettre en pratique. Qu'ils se réunissent et se forment en commission, qu'ils s'adjoignent à la commission municipale déjà nommée et de cette réunion des idées qui seront ('mises résultera la création d'une école de dessin industriel. Je fais l'application de vos idées, vous me permettrez de collaborer ainsi à votre œuvre.» Le 20 juillet 1880, plus de six mois après, la commission, composée de huit industriels, se réunissait pour la première fois; el, le i/i février 1881, elle tenait une séance définitive où il était donué lecture d'un programme d'organisation de l'école. Un représentant du Ministère de Pinstruction publique et des beaux-arts, M. Dutert, inspecteur de l'enseignement du dessin, qui assistait à cette séance, annonçait que le ministère accordait une subvention de 6,000 fr. à la nouvelle institution ; et il prononçait un discours que le procès-verbal analyse ainsi: «M. Dutert exprime son ('tonnement que Saiut-Pierre n'ait pas cherché à s'exonérer plus tôt du lourd tribut qu'il paye annuellement à Paris d'où il tire ses esquisses; avec une école de dessin bien organisée, il pourrait avoir des dessinateurs et des esquisseurs sous la main. A l'appui de ce qu'il avance, il cite l'école de Nottingham qui ofîre à la jeunesse qui se desline à l'industrie une éducation complète dont ce pays tire les plus grands avantages. Il est temps que Saint-Pierre se mette à l'œuvre s'il veut conserver sa réputation et soutenir la concurrence. » Dans les discussions auxquelles donne lieu le programme, il est reconnu, dit le procès-verbal, « que le succès de l'école dépend de la méthode, du talent et du zèle des professeurs, mais qu'il est subordonné aussi à la manière dont les membres du conseil de surveillance et de perfectionnement rempliront leurs fonctions. Le comité de patronage, formé des plus grands industriels de la localité choisis par le maire, a surtout pour objet d'assurer aux élèves dignes d'eucom^agement des protecteurs éclairés. » Dans une autre séance, le maire demande même que ce comité soit com- ])osé non de vingt industriels les plus importants, mais de tous ceux, (|rands et petits, qui désireront en faire partie, aihi de grouper (outes les syn^pathies autour du nouvel établissement et de créer ainsi des protecteurs aux jeuues élèves qui en soi'tiront. L'école de dessin fonctionna sous ce régime

CALAIS

pendant quatre ans. En i885, intervint une proposition pour sa transformation en Ecole nationale d'art décoratif et industriel, et le 4 niai, le Conseil municipal nomma pour l'étudier une commission qui adoptait ccUe proposition, en motivant ainsi sa délibération : « Depuis longtemps, la ville de Saint- Pierre-lès-Galais, berceau et siège de l'industrie des dentelles mécaniques françaises, sentant que par suite de l'absence complète d'institutions techniques, son ancienne réputation et surtout son avenir se trouveraient sérieusement menacés, sinon compromis par la concurrence étrangère, avait, avec raison, considéré l'enseignement des arts du dessin sérieusement organisé et tel qu'il est pratiqué dans les villes d'Angleterre et d'Allemagne, ses rivales, comme la seule planche de salut pour la sauvegarde de ses intérêts, Depuis i883, la concurrence étrangère toujours grandissante et les caprices de la mode semblent placer Saint-Pierre, malgré tous ses efforts, dans une situation de plus en plus inférieure à celle de ses rivales de l'étranger; c'est pourquoi, profitant de l'ère de transformation et d'émancipation (jui s'opère actuellement pour elle, par sa réunion à Calais, sa voisine, la nouvelle cité qui s'appelle aujourd'hui Calais, avant de tracer le programme des deux écoles fusionnées, croit le moment opportun pour faire de nouveau appel à l'Etat. » On rappelait dans le rapport le projet de convention qui avait déjà été élaboré deux ans avant: offre d'un terrain de 2,000 mètres carrés; matériel scolaire, livres, instruments appartenant à l'école municipale actuelle ; versement par la ville d'une somme de 35o,ooo fr., à titre de subvention pom* la construction des bâtiments et une somme annuelle de 10,000 fr. à titre de participation aux dépenses du fonctionnement de l'école. L'état des frais de construction des bâtiments devait s'élever à un million de francs. Le Conseil municipal n'adopta pas ce projet; c'était un malheur pour Calais. L'école resta vme institution municipale, administrée par une commission de onze membres, neuf choisis par le maire et deux nommés par Tinspecteur ]'égional de l'enseignement du dessin, et simplement sounjise à la sui'veillance des délégués du Minislère de l'instruction publique et des beaux-ai'ts qui accorde une subvention.

L'école ne prospère point. Les cours les |>lus indispensables ])Our Tin- (liislrie locale son! négligés ou abandonnés; riiidiscipline règne parmi les

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