L'ÉCOLE
élèves, qui font à peu près ce qu'ils veulent coinnie fréquentation des cours. J'en trouve les témoignages dans les rapports mêmes de la direction et du président du conseil d'administration. En avril i88(), il est dit: «Le président, se basant sur les résultats qu'en retour des sacrifices qu'il s'impose, le ministère est en droit d'attendre de notre école au point de vue de l'art, invite M. le directeur à faire enfin commencer l'étude de la fleur d'après nature aux plus forts d'entre ses élèves afin de les amener bientôt à la composition et enfin à l'esquisse de la dentelle. Sur la réponse qui lui est faite par le directeur qu'aucun de ses élèves n'y consentira, le président invite 1(^ comité à vouloii' bien se rendre à bref délai au cours du soir, afin de faire connaître aux intéressés sa décision relative au but de l'école et aux moyens pour y arriver. La fleur formant la base du dessin de dentelles, il n'y aurait plus lieu de laisser participer à l'école les élèves ne voulant pas répondre au but pour lequel elle a été principalement créée. » Le cours de mise en cartes n'étant plus fréquenté que par six jeunes gens, on ouvre un concours pouil'admission de nouveaux élèves ; le concours, faute de candidats sérieux, ne put avoir lieu. En 1887, le directeur signale un fait étrange: «Le chiffre des présences réelles accuse une diminution légère dans les cours supérieurs de dessin d'imitation et de dessin linéaire. Dans mon désir de pousser les élèves vers la composition, j'ai exercé vme pression considérable en ce sens ; j'ai fait savoir que la commission était décidée à réserver les plus hautes l'écompenses à la composition décorative ; l'effet de cet avertissement a ét V' immédiat: les rangs se sont éclaircis. De plus, l'appel fait à toutes les écoles par l'Union centrale des arts décoratifs arrivant à l'improviste et nécessitant un efl'ort de la part des élèves, faillit vider l'école. » Dans le procès-verbal d'une séance, en date d'octobre 1887, où il est procédé à l'installation du conseil d'administration de l'école qui vient d'être renouvelé, on lit ceci : « Le président croit, dans l'intérêt des nouveaux mendDres, devoir faire une revue rétrospective des travaux et des décisions du conseil depuis la création de l'école jtour ])ien leur faire comprendre les difficultés auxquelles il a été aux prises et qui consistent en majeure partie dans les moyens d'action qui leur manquent à l'égard des élèves dont se désintéressent les parents et les patrons. Il explique qu'il attribue cette situation fâcheuse à deux causes
CA LAIS
principales : d'abord au trop grand bien-être de notre population qui se désintéresse de tout ce qui touche à l'éducation, c'est-à-dire à l'avenir ; ensuite à l'opposition systématique et intéressée des dessinateurs en chef des fabriques qui, jusqu'ici, ont monopolisé, en quelque sorte, la mise en cartes el menacent de renvoyer de leurs bureaux ceux qui auraient l'intention de suivre ces cours, redoutant pour eux la vulgarisation de l'art, c'est-à-dire la Hostiiiié concurrence. » Ce n'est point tout. Sous la pression de la corporation des
atrc l'école/ dcssiuatcurs, le Conseil municipal votait, le 28 décembre 1887, la suppressi(jn du crédit de 2,000 fr. pour le cours de mise en cartes, sous le prétexte que ses résultats ne répondent pas aux dépenses qu'il eut rame. Le souspréfel de Boulogne rétablissait d'office le crédit, en vertu de la convention intervenue entre la mimicipalité et l'Etat; mais en 1892, une deuxième tentative — également infructueuse — est faite par le (Conseil municipal au moyen de la substitution au cours de mise en cartes « d'un coui's de dessin appliqué à riiistoire de l'âge des peuples»; et elle se renouvellera bientôt, les membres du Conseil municipal actuel ayant inscrit cette suppression dans leur programme électoral, à la suite d'un compromis avec les délégués de la corporation. L'influence des chefs d'ateliers et des chefs de cabinets de dessin sur les patrons est considérable et joue un grand rôle dans le fonctionnement de la fabrique, parce que sur les 70 patrons, il y en a à peine une dizaine (jui soient des techniciens ou des artistes capables de diriger eux-mêmes leurs ateliers. Ce n'est point tout encore. En 1 890, le président du conseil d'administration de l'école déplore tristement l'apathie de la plupart de ses collègues qui n'assistent pas aux séances en dépit des convocations jnultipliées ; et, dans son discours à la distribution des récompenses de l'année 1892, il n'hésite pas à blâmer publiquement Thostilité, sinon l'indifférence pour l'institution de ceux mêmes que leur situation désigne connue des collaborateurs.
La situation actuelle n'est point différente, si même elle n'a empiré. Des 800 élèves inscrits sur les registres de l'école, la moitié à peine appartiennent à l'industrie ; le cours de composition appliquée à la dentelle comprend 10 inscriptions et celui de la mise en cartes, 12 : chiffres, de toute évidence, insuffisants jtonr les besoins de la fabrique. La plupart des élèves n'achèveni