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L'ENSEIGNEMENT ARTISTIQUE ET INDUSTUIEL

M. .Marius Vachon répoiul ([u'il l'aut [joser d'abord la question de principe ; les moyens d'exécution seront l'objet d'études ultérieures sur lesquelles il n'a pas à se prononcer. M. Maillet-Valser revient sur cette question d'exécution qui a certes son importance a côté de la question de principe. A Bradford, ce sont les industriels eux-mêmes qui ont fait les frais de leur École de tissage. Peut-on compter sur un pareil concours à Reims '? Cela semble tout au, moins douteux k eu juqer d'après les appréciations de.s membres présents. A Roubaix, l'Etat a contribué pour Goo,ooo fr. aux frais de l'Ecole régionale ; aujourd'hui, en serait-il de même pour Reims? M. Marius Vachon répond qu'il n'a pas qualité pour répondre.

M. Maillet-Valser tient k faire constater que l'École régionale des arts industriels de Reims, régie par une convention arrêtée entre l'État et la ^ille, avec un programme bien déterminé et un budget bien arrêté en commun entre ces deux autorités, a rempli toutes les conditions de ce programme et que les ressources de ce budget, conçu pour un enseignement tiiéorique approprié aux diverses industries locales, ne sauraient suffire k la création de cours pratiques nécessitant des ateliers, un outillage et des professeurs spéciaux.

La discussion s'engage ensuite sur la manière dont ces cours pourraient être suivis, sur le mode de recrutement des élèves. Si c'est sur la classe ouvrière seule que l'on compte, il faudra que les patrons assurent aux élèves de cette provenance, par des bourses ou tout autre genre de subsides, le moyen de suivre ces cours. Les ouvriers, aujourd'hui, veulent gagner de suite; il leur e.st donc impossible de s'astreindre k suivre les cours d'une école pendant 2 ou 3 ans. Les plus zélés seuls, après leur journée finie, peuvent suivre des cours du soir ; et c'est absolument insuffisant pour en arriver au but que l'on se propose en fondant ces écoles industrielles.

M. Portevm fait remarquer, dans un autre sens, que l'Etat en reprenant pour son compte l'École professionnelle de Reims, a rendu les cours gratuits, et par cela même en a écarté la classe bourgeoise sur laquelle les industriels comptaient pour recruter leurs contremaîtres et employés. L'État a été ainsi k l'encontre du but de cette école, but dont il reconnaissait l'utilité, puisqu'il en approuvait le principe et le programme des cours, laissant même à l'administration toute liberté pour l'organisation de ces derniers. En agissant ainsi, il a facilité la tendance qu'a cette école d'être une école préparatoire aux arts industriels ou îi proprement parler a l'École des arts et métiers de Ghâlons et non plus une école professionnelle spéciale pour l'industrie de Reims.

M. Albert Benoist, de son côté, envisageant ce qui se passe a l'École régionale, dit que, dans l'industrie de la laine, la question artistique doit être mise au second plan. M. Marius Vachon proteste contre un point de vue aussi exclusif. Sans en faire rien que des dessinateurs, il faut que les futurs contremaîtres aient pourtant une instruction artistique. Le dessin, le rapport des couleurs entre elles, sont autant de questions qui doivent leur être familières ; et, revenant k l'École de Bradford, il rappelle que c'est k la suite d'une crise industrielle absolument analogue îv celle (jui sévit sur l'industrie de Reims, en ce moment, que les industriels alarmés se sont réunis et, après avoir examiné la situation sous toutes ses formes, sont tombés d'accord pour fonder une école de tissage, devant leur assurer un personnel nouveau. Ils ont même fait un versement de plus de 5oo,ooo fr. comme premier appoint, pour cette institution. Les résultats obtenus au delà de leurs espérances indiquent la conduite k suivre en send:)lablc

occurrence. M. Noirot admet très bien cet ordre d'idées ; et la transformation qui s'est faite depuis quelques années dans ce genre de fabrication rémois se serait faite, dit-il, beaucoup plus promptement et au grand avantage des industriels, si on avait eu devant soi un noyau de contremaîtres et d'emplovés instruits qui manquent absolument sur la place.

Ainsi, premier point admis : l'Ecole régionale doit comprendre des cours spéciaux de fabrique et de tissage avec tous leurs accessoires.

Deuxième point : des cours spéciaux et complets de tissage ne peuvent se faire dans des cours du soir seuls. Ce ne sont pas les ouvriers sans instruction qu'il faut y appeler ; ces cours doivent durer 2 ou 3 ans ; se faire pendant le jour. Et cette école, n'étant pas une école primaire, mais une école spéciale de tissage, elle sera largement alimentée par tous les jeunes gens de toute la région de l'Est qui ont le légitime orgueil d'arriver à être des contremaîtres habiles, instruits, en un mot dignes de*ce titre. Cette école, ayant ainsi des cours pour ouvriers, pour contremaîtres, pour fils de patrons, pourra remplacer largement tous les cours ouverts à droite et à gauche ; et un aperçu des diverses sommes affectées tant aux cours spéciaux de l'École régionale des arts industriels, de l'Ecole pratique de commerce et d'industrie, de la Société industi ielle, etc., fait voir qu'on pourrait ainsi compter sur un budget annuel d'environ 80,000 fr.

Les cours du soir spéciaux aux ouvriers et employés, désireux d'augmenter leurs connaissances pratiques ne seraient pas supprimés. Bien plus, profitant des professeurs, des locaux, des ressources en métiers, modèles, appareils, de la nouvelle école, ils seraient, tout en étant moins coûteux, beaucoup plus k même de rendre des services que les cours actuels. Ils pourraient servir de pépinière pour l'alimentation de la nouvelle école ; d'un autre côté, la question d'art pourrait y être traitée plus exclusivement que dans l'école réellement pratique de tissage.

Un troisième point était de fixer l'emplacement de la nouvelle école. Bien que M. Portevin insistât sur les avantages qu'il y aurait k l'adjoindre k l'Ecole professionnelle, où des ateliers, des laboratoires et de la place seraient déjà tout préparés, M. Marins Vachon a penché pour qu'elle restât k l'Ecole régionale, agrandie, modifiée, mais qui, par ses principes, son titre, son emplacement central, paraît bien mieux indiquée pour remplir ce rôle. Du reste, l'Ecole régionale a actu(dlement /(oo élèves susceptibles d'alimenter la nouvelle école et il paraît plus naturel d'y faire venir les 5 élèves de l'Ecole professionnelle que de forcer les 4oo élèves ci-dessus k se déplacer, dans le cas de l'acceptation de la proposition de M. Portevin. Il est bien entendu que des combinaisons k étudier permettront d'y éta!)lir les laboratoires et les ateliers nécessaires a l'étude complète de la fabrication, c'est-k-dire du tissage, de la teinture, de l'apprêt, etc.

Au cours de la discussion, j'ai signalé à la Commission de ,perfectionnemenl, comme type intéressant à éludier, l'école créée par les induslriels de Bradford, en insistant sur la coïncidence de circonstances que présente cette fondalion anglaise. Quelques renseignements à ce propos — - dont on

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Irouvera le ooniplénieiil clans le 5" voluiiie de mes Rapports de missions, pages 109-1 iG — ne seront point ici inutiles

Une crise commerciale intense sévissait à Bradford ; elle avait été causée L'École de Biadford. par un subit changement de mode : le façonné remplaçait Tuni. Les industriels anglais se trouvèrent surpris et nullement en mesure de renouveler leur personnel technique et leur outillage, avec lesquels il ne leur était pas possible de produire les nouveaux aiticles en faveur. Ils reconnui'ent que la machine n'est pas tout dans une industrie, (pie des conuaissances techniques et artistiques, sérieuses, ne sont pas inutiles pour la développer et la rendre a|)te à satisfaire toutes les exigences des consommateurs. L'urgence d'une institution, où l'on enseignerait la science et l'art, aj)j)li(piés à la draperie, parut à tous indiscutable. Oji se mit immédiatement à l'œuvre pour la fonder. Une école de tissage fut installée dans le Mechanic institute de Bradford ; 340 élèves se présentèrent à l'ouverture des cours. Dès le premier joiu", il fallut songer à construire mi édihce correspondant au chiffre d'élèves, ([ui paraissait devoir s'augmenter d'année en année. log industriels et négociants se réunirent et firent un fonds social de 672,000 fr. On éleva dans le quartier industriel un bâtiment de l\,ooo mètres carrés, cpii n-cevait, en i88g, plus de 1 ,5oo élèves. Chaque année, la plupart des industriels, qui ont contribué à la fondation, souscrivent une somme variant pour chacun de 10,000 à 35,000 fr. Cette somme, les recettes scolaires et les primes obtenues aux concours mitionaux du South Kensington, constituent le budget de l'institution, (jui est de près de 200,000 fr.

Le Collège technique de Bradford comprend 6 départements : 1° l'Ecole scientifique et technique du jour; 2° le Département de l'art; 3° le Département des industries textiles; 4° le Département de la chimie eî de la teintm'c ; 5° le Département des ingénieurs mécaniciens ; G° le Département des classes du soir. C'est dojic une sorte d'Université industrielle.

Le Département des industries textiles est le plus important de l'école, celui sur lequel a porté évidemment la sollicitude particulière des organisateurs, en raison de l'utilité qu'û pi'ésente pour l'industrie locale prépondérante, la draperie, et dont l'analyse, en consécpience, doit le plus intéresser les Rémois, avec celle du Département de la chimie et de la teinture. L'ensei-

Aoo « REIMS.

gnement y est théorique et pratique, se donne dans des classes du jour et du soir. 180 élèves ont suivi les cours en i88(j. Les jeunes gens sont invités à acquérir, avant d'y entrer, des connaissances sérieuses en dessin, en mathématiques, en construction mécanique, qui leur rendront renseignement plus rapide e! plus fécond. Ce n'est point cependant une condition absolue ; on combine les études entre les trois départements, pour ceux qui désirent suivre les cours précités. On leur accorde même, pour les y engager, des diminullons importantes de contribution scolaire. L'école possède deux ateliers de tissage : l'un, avec métiers d'échantillons pour les démonstrations techniques, (pii sont faites aux dessinateurs et aux metteurs en carte; l'autre, avec des méliers ordinaires, au nombre de sur lesquels travaillent les élèves, pour s'initier pratiquement à la fabrication des tissus.

Le Département de la chijuie el de la teinlure a pour l)ut de foi'mer des jeunes gens dotés d'une instruclioji scientifique, pratique et théorique, complète, pour les teintureries de draps, poui" Tindustrie des colorants extraits de la houille et pour l'industrie des mordants, deux industries nouvelles qui, depuis quelques années, ont pris une très grande extension à Bradford el dans ses environs. L'école possède deux laboratoires, dans chacun desquels 70 élèves peuvent évoluer à l'aise, avec amphithéâtre et cabinet de préparation. Toutes les opérations et manipulations de teinture se font en réductions dans ces laboratoires; mais il était question, en 1889, de créer un grand atelier spécial, dans le genre de celui de Grefeld. Les matières premières et les produits chimiques sont livrés gratuitement aux élèves, grâce à des souscriptions d'industriels qui ont atteint, en 1889, près de 10,000 fr. Le chiffre des élèves de ce département était, cette année-là, de 249- A ses débuts, le Département de chimie et de teinture avait été accueilli avec hostililé par les teinturiers et les chimistes de Bradford, voyant jalousement s'y former des jeunes gens cjui apporteraient, sans doute aucun, dans les ateliers, des idées nouvelles destinées à provoquer des transformations dans les méthodes de travail et dans l'outillage. La plupart des élèves devaient alors se placer à rétrang(M'. Aujourd'hui les préventions sont tombées; et les jeunes chimistes du Collège technique sont employés avec empressement dans les industries locales.

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Dans le dernier rapport de la Commission des valeurs en douanes, se trouvent les déclarations suivantes, qui justifient la création de cours spéciaux de teinture et d'apprêt à Reims : « Les genres auxquels la mode a donné la préférence sont des draps de fantaisie, fort bien fabriqués en Angleterre et en Ecosse; ils ont formé la majeure partie de l'importation. M. Dormeuil fait observer que c'est par la supériorité de la teinture et des apprêts que les Anglais l'emportent dans la fal)rication des draps de nouveauté. C'est du côté de la teinture des peignés et des filés et des opérations de finissage que les effoi'ts de nos fabricants de draps de fantaisie doivent être dirigés. »

Sur toutes les questions de principe discutées à l'Ecole régionale des arts industriels : nécessité de la création d'une Ecole de tissage ; organisation de cours du jour pour les futurs contremaîtres, employés de fabrique et patrons; organisation de cours du soir, théoriques et pratiijues, pour les apprentis et les ouvriers, les uns et les autres avec un outillage conq)let ; intérêt social et économie à annexer cette école à l'Ecole régionale des arts industriels : il y a eu ainsi unanimité d'opinions et de vœux parmi les représentants officiels de la municipalité, de la Chambre de commerce et de la Société industrielle. Les circonstances sont donc on ne peut plus favorables pour provoquer, par des propositions formelles, une réalisation rapide et définitive du projet de création d'une instilution destinée à assurer la prospérité de la ville de Reims et de la région de l'Est.

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