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BESANCON

Le , , lUenaiiT H y a ti'oîs Riis, il roccasioii tlii ceiileiiaire de riiitroduction de l'horlogerie en

lie l'horlogerie

l'ranc-eorntoise. Franche-GoilUé par Mégevand, Besançon organisa une exposition des produits de celte grande industrie. Je la visitais avec soin, assuré de trouver là les élénienls les plus complets d'une élude spéciale, en vue de la réalisation prochaijie de l'enquête actuelle. Le comité de l'Exposition s'élail plus préoccupé de l'intérieur ([ue de l'extérieur, dans la construction du bâtiment qui lui était aireclé: — c'est bien du caractère de l'horloger bisontin qui, même aujourd'hui, se complaît encore à donner plus de soiji à la parure des mouvements d'une montre, fût-elle d'un très bon marché, (pi'à la décoration de sa boîte, cela par atavisme de goût du beau et du lini de l'ancienne école française d'établissage — ; le comité avait pensé sans doute aucun que les ombrages de la promenade Micaud et la fraîcheur des rives du Doubs lui formeraient im cadre suffisanunent pittoresque et attractif. Peut-être, tomba-t-il d'un excès dans im autre? De simples baraquements en planches bi'utes parurent d'une rusticité vraiment par trop primitive pour renfermer les produits artistiques d'un département qui est loin d'être misérable et ignoré. Sans se lancer dans des frais considérables, il y avait mieux à faire dans l'ijitérêt même de l'teuvre et pour l'honneur d'une ville telle que Besançon. Dans un discours prononcé à l'inauguration officielle de l'Exposition, le président du comité lui-mêjue n'hésitait pas à dire à ses compatriotes et aux représentants des autorités cette vérité : « Vous savez avec quelle timidité fut lancée l'idée d'une Exposition nationale et régionale d'horlogerie. La fabrique bisontine — qui montre une fois de plus sa valeur et sa vitalité — - n'a pas toujours confiance en ses propres forces; et elle hésite souvent à marcher de l'avant, craignant un échec, alors que la victoire lui est d'avance acquise. Cette inexplicable défiance d'elle-même s'est montrée au début de l'organi-

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sation de rExposition... » Goiiibieii l'oraleur avait raison ! Les (éiiioi(jiia<jes de celle défiance — un (jracienx eupliéjuisnie — sont ti'op l'i'é(juenls. A rExposition des ai'ls de la fennne, en 1892, niahjré toutes mes instances basées sur rinlérèt ([u'elle présentait pour les fabricants et les décorateurs de montres de luxe féminines, aucune adhésion ne put être obtenue. Dans un des derniers comptes rendus de la Gliambi'e de commerce, je lis que les subvejitions votées aux fal»ricants d'horloçjerie par cette institution et par la nnuiicipalité, pour organiser une participation collective à rExposition de Lyon, ont été ajuiulées, aucvm comité n'ayant pu se constituer.

Si rextérieur et l'aménagement de l'Exposition de i8<j3 prêtaient à la critique, l'intérieiu' ou plutôt le contenu ne provo([uail que l'admiration, a il y a là, écrivais-je à ce moment, des chefs-d'œuvre et des merveilles, dont le spectacle est à la fois une joie povu' les yeux et un enchantement poui- l'es])rit. Trois cejit vingt-ciurj industriels ont pris part à l'Elxposilion ; et le bâtiment, de 5^ mètres de lonq sur 11 de larqe, est trop étroit pour contenir tout ce qu'ils ont envoyé. De l'étude de cette revue de l'industrie de l'horlogerie en Franche-Comté — car le comité organisateur en a restreint, poiu' le gros volume réglementairement et en fait pour toute la production, la participation à la région de l'Est, — il résulte une série de constatations qui ne sont point pour déplaire à notre amour-propre irdtional. Six centi-es de production figurent là avec ce qu'ils produisent de plus nouveau et de plus parfait dans leurs branches diverses et spéciales: Besanyon, le pays de Montbéliard, le plateau de Maiche, le vahon de Morteau, Verrières-de-Joux et la Haute-Savoie. L'horlogerie de ce denn'er centre, qui compte à Besan»;on dix exposants, est en progrès considérable, tant dans la fabrication des linissages que pour le plantage. Quand les Savoyards le voudront, sans grands efforts, ils affranchiront la France de la Suisse pour les ébauches de mouvement : ce sont les Bisontins qui disent cela avec la plus énergique loyauté. Verrières-de-Joux produit la ([ualité courante dans des conditions d'exécution qui assurent sa prospérité. Quant au vallon de Morteau, comprenant Morteau, Villers-au-Lac, Cirand-Combe, MonUebon et les (îras, dont la production annuelle dépasse 200,000 montres, il préoccupe visiblement tout le canton de Neucliàtel, par un développement de jour en jour croissant. On y fait complètement la grosse

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montre, et on y aborde déjà fort crânement le quantième et le chronographe de qualité courante. Le plateau de Maiclie, avec le Russey et Gharquemont, exposent des montres à bon marché — 5 fr. la pièce — qu'on apprécie de plus en plus en France et même à l'étranger. La section du pays de Montbéliard constitue une exposition complète de l'horlogerie, depuis la petite montre jusqu'à la pendule et à la boîte à musique, fabriquées dans des usines à puissant outillage mû hydrauliquement ou par la vapeur. L'exportation de ce centre est considérable et la concurrence étrangère peut fort difficilement lutter avec lui pour les produits à très bas prix. Besançon surtout triomphe. La fabrique bisontine a réservé des surprises même aux industriels de la région, par la diversité nouvelle et imprévue d'une production qui embrasse* toute la montre, du minuscule bijou qu'on sertit dans un bracelet ou dans une bague, à la pièce la plus conqjliquée et au chronomètre de grand prix. A l'Exposition universelle de i88g, la montre de dix lignes (o'",02 2), large comme une pièce de cent sous, était une spécialité réservée à quelques fabricants qui s'en montraient très fiers. On en trouve aujourd'hui dans toutes les vitrines. La montre de huit lignes (o'",oi8) est une grandeur courante, à cetle heure, dans l'industrie bisontine. Celle de sept lignes (o'",oio) ne passe plus pour exceptionnelle; il s'en fait facilement de six lignes (o"\oi3); et, pour la solennité présente, deux maisons en ont présenté une de cinq lignes — (la surface d'une pièce de dix sous). — Les Bisontins mettent hardiment les Genevois au défi de faire mieux. Aussi la plupart de ces merveilles d'art et de science sontelles acquises par ces derniers, qui les revendent imperturbablement sous le nom d'horlogerie fine de Genève. »

i.a pioductioii de Au point de vue purement commercial, si l'on établit une comparaison ihoiiu.i^iipdeBesaiiron. ^^^^j.^ cliiffrcs dc la pl'oduclion pendant la dernière période décennale, la fabrique de Besançon apparaît en décadence. En i885, le relevé des opérations du Bureau de garantie donne les chiffres suivants : nombre de montres revêtues du poinçon de consommation : or, i56,5o5; argent, 342,700. En 1890, il y a une diminulion pour la première catégorie de 46,o40; pour la seconde de 31,869. Les chiffres, pendant 1896, se relèvent un peu: on compte ii3,4t8 montres en or et 345,706 en argent. Quant au poinçon d'exportation, le nombre des montres en or oscille, de i885 à 1896, entre

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2,871 et 2,527, après avoir alieinl 5,743 en 1892 ; pour le nombre des montres en argent, de (i885) à 1 2,388 (1889) et ensuite (1895) à 2,1 45. Mais si, pour la consommation intérieure, le nombre des montres ne présente pas, dans ces dernières années, de bien grandes variations, — ainsi, pendant l'année 189G, la production, comparée à celle de 1895, a augmenté de 1,448 montres oi', a diminué de 3,433 montres argent, — les poids ont baissé constamment. Un relevé des excédents de droits d'essai perçus par le trésorier de la Chambre de Besançon de 1875 à 1895, et versés par lui à la caisse municipale, donne les chiffres suivants: 1875, 24,052 fr. 56 c. ; 1882, 32,54i fr. 70 c; 1887, 8,968 fr. 53 c; 1892, 3,53o fr. 94 c. C'est la preuve officielle qu'on produit aujourd'hui beaucoup moins de grosses montres ([ue de petites, et surtout f[u'ou se lance de plus en j)lus dans les genres légers.

Cette évolution a favorisé le développement de la décoration des boîtes de montre, tendant à en faire un bijou, un objet de luxe et de prix. C'est à ce point de vue que j'étudierai la situation de l'horlogerie bisontine, n'ayant point qualité pour traiter ici, en dépit de toutes les requêtes instantes qui m'en ont été adressées, certaines questions qui préoccupent fort en ce moment les industriels, par la répercussion qu'elles ont sur les affaires : la révision de la loi de brumaire, les traités de commerce et l'arrangement francosuisse, le contrôle, la garantie, l'abaissement du titre légal de l'or de 18 à i4 carats, les transports postaux, etc.

Dans leur déposition devant la Commission d'enquête sur les ouvriers et Les horlogers bisomins les industries d'art, les reijrésentants des horloners de Besancon, MM. Be- Commission

'1 'J s 7 d en((iiete sur les ouvriers

noist et Bossy, firent les déclarations suivantes relativement aux réformes à •^•H' s industries d'art, apporter dans le fonctionnement de l'Ecole d'horlogerie pour développer la production artlsti(iue : « On n'enseignait à l'Ecole d'horlogerie jusqu'ici que ce- qui se rattaclie à la fabrication du mouvement de la montre et des divers échappements proprement dits. Nous avons pensé ([u'il serait peut-être utile d'ajouter à cet enseignement l'enseignement des autres branches de notre industrie, et (ju'ainsi on pourrait retenir les ouvriers que nous avons actuellement, en attirer d'autres et les empêcher d'aller travailler en Suisse, où ils sont facilement attirés par nos concurrents. Bref, nous espérons créei', dans

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Fécole, des cours d'art décoratif pour l'horlogerie, c'est-à-dire des cours de gravure, de dessin, d'incrustation de pierres fines, de peinture sur émail et d'éniaillage, car nous sommes obligés quelquefois, quand on nous demande un émaillage artistique, de le faire faire à Paris ou à Genève. Nos produits ne sont pas inférieurs à ceux de Paris p(jur le bon goût, ils sont même très recliercliés; mais pour que nous nous soulenions, il faut que nous ayons à la tête de notre école, de nos ateliers, des professeurs, des hommes spéciaux, capables de les diriger dans le progrès. Nous voudrions avoir des professeurs enseignant la décoration relative à l'horlogerie, c'est-à-dh'e la gravure el remaillage, qui sont très en faveur aujourd'hui et qui prendront un développement nouveau, le joiu' où nous aurons trouvé des débouchés, surtout dans les contrées du Sud où les objets de couleur, les peintures sont beaucoup plus recherchés que chez nous Ces jours-ci, nous avons entretenu M. le maire de Besançon et la Chambre de connnerce de ces désirs, et nous pouvons dire que la ville de Besançon nous paraît disposée à les satisfaire. »

On sait (|ue la (Commission d'enquête n'a point donné tous les résultats que le Ministère de l'inslruclion publique et des beaux-arts pouvait en espérer. Peu de temps après, le Syndicat des ouvriers graveurs et guillocheurs et la Chambre syndicale patronale de la même corporation se réunissaient et adressaient à la municipalité une pétition pour la création d'une école de gravure, peinture et émaillage. Il ne fut donné aucune suite à ce te pétition, dont les signataires, m'assure-t-on, ne reçurent même point d'accusé de réception de leur lettre. Cependant, le mouvement d'opinion publique que provo(juèrent ces deux manifestations ne laissa pas d'émouvoir la municipahté. L'art à l'École Ellc sc décida, en 1888, à organiser à l'Ecole d'horlogerie, nationalisée, un dhoriogcne. (.(jm-g spécial dc décoratiou, pour lequel l'État fournit une subvention annuelle de 3,000 fr. ; malheureusement, cette organisation fut faite dans des conditions si précaires, avec une telle absence de toute méthode rationnelle d'enseiyiiement et d'objectif précis, que, certainement, il eût mieux valu ne rien entreprendre, pour éviter aux réfoi'mes futures les difficultés de tous (jenres soulevées par un échec dont les responsabilités sont illusoires.

Le pi'ogramme de l'Ecole d'horlogerie comprend un article ainsi conçu :

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« Le dessin appliqué à riiorlocjerie, le dessin industriel et la déeoralion des boîles de montres. » De ce programme, il n'a été réalisé qu'une partie : la qravure. Son enseignement a été confié à un spécialiste, habile sans doule, mais d'une éducalion artistique peu développée, (jui a dû se borjier à apprendre simplement la pratique manuelle du métier. Les élèves ne sont pas plus de deux ou trois; jnème l'année scolaire i8(j4-i8(j5 s'est terminée la classe vide. Et pourtant, on me déclare très ueltemeut qu'avec un enseignement sérieux et complet, ce cours devrait compter en moyenne, annuellement, au moins vingt élèves. A voir les quelques travaux exposés dans les vitrines de l'école, on s'aperyoit immédiatement que l'enseignement tourne régulièrement dans le même cercle étroit d'écussons, cartels, guirlandes, fleurons, rosaces, chiffres, monogrammes héraldicpies , sans goût ni grâce, intei'prétés au hasard du caprice d'adaptateurs ignorants des premiers principes de la décoration. A peine, sur une centaine de pièces, en découvre-t-on une demidouzaine où il y l'intention timide d'une recherclie de cpiekfue motif n'avant pas traîné partout. Evidemment, ce n'est point de cette institution que peut partir un mouvemejit de renaissance de la gravure artistique. L'administration en a, d'ailleurs, tellement le sentimeut ([u'elle a autorisé, en 1892, sur l'offre spontanée d'un professeur, l'organisation à l'Ecole des beaux-arts d'un cours de décoration pour « la gravure en horlogei'ie ». Ce cours a dui'é deux ans; on l'a supprimé, un jour, sons le |)rétexte qu'il faisait concm'rence à l'enseignement de l'Ecole d'hoilog(M"ie.

L'initiative privée suppléait, toutefois, dans mie certaine mesure, à celle iniiiaiive privée, lacune de l'Ecole d'horlogerie. Quelques membres de l'ancien Syjidicat des ouvriers graveurs et guillocheurs s'étaient réunis, sur la |)ro])osilion du chef d'une des principales maisons de d(H'oralion, pour réaliser privément le projet, soumis sans succès à la nmnicipalité, de la création (Tun enseignement de 1 1 gravure, théorique dans les cours, pratiipie dans les aleliers. Il a été constitué là une sorte d'école mutuelle; on y fait des apprentis, (pii ont l'obligation de suivre les classes de dessin de l'Ecole des beanx-aris; les plus habiles ont été envoyés à Paris ou à (liMiève, poui' se perfectiomiei', aux frais de la maison ou au moyen des prêts industriels de la fondation Klein. tribunal et la Chambre de commerce, chargés, aux termes du testament de

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