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BESANÇON

P. Klein, ancien memljre dn Tril)unal de commerce de Paris, de la répartition des arrérages du lejjs fait par cet homme de bien, né à Besançon, pour aider, sous foi'me de prix d'honneur, aux études commerciales et industrielles de jeunes gens bisontins n'ayaut pas des ressources suffisantes, ont décidé de créer deux prix de 5oo fr. chacun en faveur de deux apprentis graveurs ou décorateurs de boîtes de montre, qui, arrivés au bout de leur apprentissage, et ayant des aptitudes sérieuses, prendraient l'engagement de se rendre à Paris ou à Genève pour apprendre l'émaillage ou le sertissage des joyaux peiidani au moins quatre mois, à la condition formelle de revenir à Be- Les aieiiers de sauçoii pour y pratiquer les connaissances acquises. Le rapporteur de TExposilidii (lu centenaire, M. Félix Japy, appi'éciait ainsi les résultats déjà oblenus et portail sur la situation des ateliers de décoration bisontins le jugement suivant, utile à citer pour les critiques et les observations très justes qu'il conlieni :

Pour la montre de dame, la décoration des boîtiers prend chaque jour une place de plus en plus importante. Besançon est très avantagé par sa bonne décoration au burin. Ses nombreux et habiles ouvriers, s'ils pouvaient recevoir une instruction artistique, arriveraient à d'exceptionnels résultats ; ils exécutent parfaitement les gravures diverses en taille-douce, les incrustations, la ciselure, les chiffres rapportés.

Pour tout ce qui touche a la décoration bon courant, Besançon passe en première ligne. Il n'en est malheureusement pas de même pour la décoration de luxe, émail, peinture, joaillerie.

(lenève est arrivé, p )ur ce genre de décoration, à des procédés presque industriels. A défaut de valeur artistique, sa décoration, faite en parties brisées, revient à un bon marché relatif. Le prix des peintures sur émail a beaucoup baissé.

Paris fait la décoration réellement artisti([ue, beaucoup plus chère que celle de (jenève, mais enq^reinte d'un excellent style.

Ces rares qualités, cette supériorité que Paris aura toujours, tiennent non seulement au milieu artisti([ue, au voisinage des musées, des collections sans nombre que nous possédons, aux expositions, mais aussi à ce fait que la bijouterie parisienne a formé de noudjreux décorateurs, dont quelques-uns ont atteint une valeur exceptionnelle.

Le jury a décerné une médaille d'or à l'un de ces décorateurs parisiens, M. Marchand, qui présentait une belle collection de peintures sur émail et émaux peints en relief pour fonds de montres.

lîesançon doit continuer k faire de grands efforts pour s'affranchir, le plus tôt possible, de Genève. Le travail accompli dans ce sens est déjà notable ; deux ateliers de décoration bisontins exposaient des fonds avec peinture et joaillerie. L'un d'eux, celui de MM. Cattin et Heinlfjer, est à citer tout particulièrement, pour les progrès accomplis, qui sont d'un bon augure pour l'avenir. Notons aussi les progrès remarqua!)les d'un miniaturiste-émailleur, M. Bellat

L'ENSEKîiNEMEXT AIVUSTIOUE ET INDUSTHIEl.

l^es Bisontins ne sauraient trop se préoccuper de celte ([ueslion de la décoration ; ils doivent à tout j)rix attirei' dans leur ville les éléments qui leur l'ont défaut, créer au besoin une école de décoration artistique, où les élèves des deux sexes pourraient, par l'étude des œuvres de maîtres, acquérir le style indispensable aux industries d'art.

]']n Suisse, les montres métal reçoivent une décoration très bon marché par l'estampage des fonds. Il serait préférable d'user de ce procédé de gravure pour les montres courantes en argent, plutôt ([ue d'y faire, pour arriver aux bas prix nécessaires, de mauvaises gravures au ]>urin.

Ces fonds estampés dans une matrice très bien gravée, seraient bien plus jolis, coûteraient moins que ceux gravés à la main a bas prix.

Les boîfes d'acier se décorent avec chiffres, écussons rapportés ou avec de légères incrustations, imitation or de diverses couleurs.

Depuis 1893,1! s'est fait encore des progi-ès. Aiijourd'liiii, on exécute à Besançon rémaillîl(je, la peinture sur émail, la joaillerie, le nielle, dans la décol'alion bon courant, aussi bien, même mieux, qu'à ( lenève et surtout cpie dans les montagnes neuchàtelloises, dont, les graveurs et peintres ont l'ambition hardie de faire concurrence aux artistes genevois. La boîte de montre devient de plus en plus légère, élégante, solide; et, dans les imilations et les inspirations des styles des xvn" et XYiif siècles, elle a ac(piis une supériorit('' de goût et de grâce incontestée. On cherche du nouveau et de l'original. Le bisontin est bien doué pour l'art; il a l'amour du travail. Malheureusement, aucune institution publique ne vient, comme à Genève, conuue à Vienne, comme en Allemagne, mettre à la disposition de ces décorateurs, pleins de boinie volonté et d'entrain, les renseignements, les documents, les conseils techniques et artistiques, qui leur éviteraient bien des dépenses, des expériences, des travaux, inutiles ou stériles faute de cela, qui les initieraient rapidement et sans frais à (ous les progrès, à toutes les innovations, à toutc^s les découvertes, dont ils pourraient tii'cr par(i,et (ju'ils ignorent aujourd'hui. J'ai eu la stupéfaction des mines ahuries d'un groupe de cliels d'aleliers à q'ii je parlais des incrustations galvanoplastiques, des impressions à la presse hydrauli(pie de plantes et de fleurs, avec rehauts de teintes par les acides, obtenues par la maison Christofle, de la photogravure appliquée à la décoration des métaux, des vernis laqués américains de ( lorhani, des incrustations de Zuolaga, des émaux translucides et de basse taille de Falize, des médailles de Chaplain et de Rotv, etc., ([ui pourraie;it leur fou-'iiir de pi-i'-cieux

LES INDUSTRIES d'aUT. 52

4io BESAxNÇON.

cl fécoïKls éléments d'études pour renouveler leurs formes et leurs procédés de décoration. Il est de toute évidence que c'est par là que pèche l'industrie bisontine. Elle crée ses nouveautés — ou tout au moins ce qu'elle croit être Ici — de la façon la plus empirique, sur les indications, aussi vagues qu'incoliéi'enles, le plus souvent, de marchands et de commis-voyageurs, qui ne voient qu'une clientèle provinciale, arriérée, routinière, sans éducation artistique, ne connaissant que le bon marché et ce qui se vend à tout le monde. Elle n'est pas informée, par des relations constantes avec les grandes maisons de Paris, de Londres, de Vienne, etc., des idées nouvelles, des goûts du jour, des évolutions de la mode, etc.; et cette incertitude — douce excuse de la nonchalance, combinée avec une timidité constitutionnelle, source intarissable d'apalhie — fait qu'elle hésite à marcher hardiment à la conquête rapide de la fabrication de luxe qui guide et soutient la fabrication courante. La l)oî(e de montre, qui, elle-même, tout unie, sans ornements, peut être une œuvre (Fart, par une forme fine, originale, élégante, gracieuse, se Irouve dans les mêmes conditions de création. Les innovations récentes auxquelles a été fait im certain succès, les boîtes godronnées entre autres, ne sont-elles pas venues de Paris, de clients dont l'obstination seule a pu avoir raison de l'objection de difficultés techniques tenues tout d'abord pour insurmontables ? Là aussi, par exemple, dans le même ordre d'idées artistiques que celles esquissées ci-dessus, l'étude des mokuniés japonais et parisiens, à alliages d'or, d'argent, de cuivre et autres ujétaux brasés, rephés, forgés et laminés enseni})le, de façon à imiter les veines des marbres, des bois précieux, n'apporterait-elle pas des éléments nouveaux de production spéciale ? Il m'est permis de douter qu'on les (Vjnnaisse même théoriquement.

L'I^cole . d'horlogerie et l'Ecole des beaux-arts sont restées juscju'à ce jour («Irangères à tout le mouvement qui s'est fait dans les ateliers bisontins. Ici, on n'a même pas pu me renseigner sur le nombre des apprentis et des ouvriers de ces ateliers, qui fréquentent les coiu's ; c'est dire si on s'y préoccupe d'un enseignement artisti(jue en vue de l'industrie. Là, on paraît ignorer complètement toutes les branches de la décoration des montres, en (leliors de la gravure au l)urin; n-y connaître m Témaillage, ni la

L'ENSEIGNEMENT ARTISTIQUE ET INDUSTRIEL. 4ii

peiiUiire sur émail, nî le Jiielle, ni- riiicrustatiou, elc. Oi', loiH au iiioius à ce point de vue, TEcole d'iiorlogerie de Besançon est restée inférieure aux écoles de la Suisse. Ce n'est poiut seulement h Genève qu'il existe depuis de nombreuses années un enseignement d'art spécial à l'horlogerie dans trois institutions publiques: l'I^cole d'horlogerie, l'École municipah^ d'art appliqué à l'industrie, et l'École des arts industriels (Rapports de missions, 2*^ volume, pages 10-42). La Ghaux-de-Fonds a créé une École d'art et de gravure, dont le l)ud(|et annuel n'est pas moindre de 25,567 ^^ -'j ^'"'^ enseigne la décoration dans les écoles professionnelles de Bienne, de Neuchàtel e( de Saint-lmier.

Justement émue d'ime situation dont les conséquences graves pour la Projets de réforme

. , . ' . . , . , , , de l'Ecole d'horlogei-ie.

jjrosperite de 1 mdustrie bisontme apparaissent clan'ement atout le monde; d'ailleurs, mise en demeure par l'Etat de tenir les engagements (pi'elle a contractés avec lui lors de la nationalisation de l'institution, la municipalité de Besançon a entrepris de réformer l'Ecole d'horlogerie, à la fois, (hms ses programmes d'enseignement théorique et |)rati([ue; au point de vue de son installation défectueuse dans un bâtiment du temps de Louis XIV, que sa destination primitive — des greniers d'abondance — ne rendait guère propre à servir d'école; et au point de vue de son organisation administrative, à la- ([uelle est due cette particularité étrange d'un directeur, choisi en raison de ses travaux exceptionnels dans le domaine de la haute précision, — Grand Prix à l'Exposition universelle de 1889, — qui, réglementairement passe son temps à dresser des états de comptabilité, à inspecter un Internat. Au moment de mon étude, la municipalité avait nommé une délégati(jn, composée de conseillers municipaux, démembres delà Gliambn» syndicale des fabricants horlogers et du directeur de l'École, pour faire une enquête approfondie sur les institutions créées à Genève, au Locle, à La Ghaux-dè-Fonds, à Bienne et à iNeuchàtel en vue de l'enseignement de l'horlogerie. On paraît disposé à dépenser les sommes nécessaires à la construction d'un bâtiment spécial numissanl toutes les conditions matérielles d'installation, d'aménagement, d'éclairage, indispensables dans un établissement de ce genre, avec ateliers vastes et confortai )les, salles et amphithéâtres d'études, etc., salles de collections, etc.'.

1 f/admiiiistration municipale me communique «Nous demandons ([ue notre école ])renne la dfMiole rapjKirl de la délégation, ([ui conclut ainsi : mination suivante : Kcole nationale de m('-cai]i(|ne

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Un Musée d'art La réorganisation des conrs artistiqnes.de rÈcole d'horlogerie appelle la

pour l'hLicxîer'ie. création d'iin Musée d'art et d'industrie. Actuellement, il n'y a rien à Besan^'on en ce genre d'institution. Le Musée de peinture et d'archéologie possède bien une petite collection d'horlogerie, comprenant 42 pièces; mais ce ne sont là que des bibelots et des curiosités historiques, telles que la montre de Vergniaud, une montre du prince impérial, hls de Napoléon III, l'horloge du cardinal de Granvelle, sans aucune valeur d'enseignement artistique ou technologique. Aussitôt qu'il est (jueslion d'une création de ce genre, on soulève l'objection des dépenses considérables qu'elle entraînerait. Cette objection est facilement réfulable par l'application régulière du système des prêts qui suffirait à assurer immédiatement le recrutement constant de séries importantes en ce qui concerne les œuvres anciennes. A l'Exposition du Centenaire, n'avait-on pas réussi à organiser une fort belle section rétrospective, avec les envois de plusieurs collectionneurs parisiens? Pour un musée, bien organisé, administré avec soin, présentant toutes les garanties de bonne conservation, d'assurances contre l'incendie, etc., on ne rencontrerait pas moins de bienveillance et, sans doute aucun, même de générosité.

D'ailleurs, aujourd'Imi, avec la galvanoplastie et avec les procédés nouveaux de moulage à la gélatine, à la gutta-percha, brevets Pellecat et autres, rien ne serait plus aisé que de constituer des séries de reproductions de pièces originales, qui présenteraient un grand intérêt pour l'étude des formes et de la décoration. Dans ce musée, devraient être recueillis avec soin tout ce qui concerne l'ornementation des métaux précieux ; t ous les échantillons d'alliages, anciens et modernes, européejis et orientaux de ces métaux; tous les spécimens de travaux obtenus par de nouveaux procédés de gravure, d'incrustation, etc., manuels, mécaniques ou chimiques, etc., etc. Complétées

et d'Iiorloyorie de Bosaiiron. Kilo devra coinpren- ché à l'Ecole des beaux-arts. » Proposition et vœu

dre : 1° un cours coinplet de ni('canic[uc d'une du- ont été adoptés par le conseil municipal le 21 dé-

rée de 3 ans; 2° un cours de fabrication mécanique cembre 189G. La séparation administrative et locale

delà montre d'une durée de 2 ans; 3° un cours de l'enseignement artistique et de l'enseignement

d'horlogerie manuelle de 2 ans; 4° un cours de ré- techni<jue, dans la réorganisation de l'Ecole d'hor-

glage d'un an; 5° un cours de rhabillage d'un an. logerie, me paraît à tous les points de vue une très

La délégation, en outre, émet le vœu que rensci- grande faute. Dans une industrie telle que l'horlo-

gnement de l'Ecole des beaux-arts soit dirigé' dans gerie bisontine, la science et l'art sont indissolu-

nn sens industriel, et que le cours de gravure, en ce bles ; ils doivent marcher de pair, mo. lient professé à l'Ecole d'horlogerie, soit ratta-

L'ENSEIGNEMENT ARTISTIQUE ET INDUSTRIEL. 4i3

par des pliolograviiros, dessins et a(juarelles des (euyres que possèdent les musées français et ('(rangers et les grandes rolleclions privées, les séries de moulages et de galvanoplasties auraient bien vile constitué un premier fonds, (pii donnerait une idée évidente, précise et palpable, de ce que sei-ait le Mus('e, et permettrait d'y attirer, par la démonstration de leur utilité, les artistes, les ouvriers et le public. 11 va de soi qu'à côté de la partie artistique ce musée contiendrait une partie industrielle où figureraient tous les types de production des fabri(pi(»s du monde entier, dans toutes les branches de l'industi'ie de l'horlogerie ; tous les spécimens d'outillage manuel ou mécanique, etc. Et il y serait annexé, comme dans les Musées d'art et d'industrie de l'étranger, un laboratoire d'essais des procédés de fabrication et de décoration, et un ofhce de renseignements industriels et commerciaux. Il ne devrait pas se hiire, sui^un point quelconque, une invention, une découverte, concernant de près ou de loin l'horlogerie, (jui ne soit, le lendemain de sa divulgation ou de la surprise de son secret, expérimentée dans l'institution en question, et que les résultats de l'expérience ne soient transmis à tous les fabricants, avec les renseignements techniques, scientifiques, etc., de nature à leur permettre d'en tirer inmiédiatement parti.

(Juand j'ai parlé de la création de ce Musée d'art et d'industrie pour l'horlogerie, il m'a été aussitôt fait celte ol)jection — ■ dont je n'ai eu aucim étonnement, l'ayant déjà entendue bien souvent à Saint-Etienne, la veille et même le lendemain de l'inauguration du Musée de l'armurerie : — « Du moment que cela servira à tout le monde, cela ne servira à persomie. Pourquoi no pas laisser à chaque fabricant l'initiative, le soin et les frais de toutes ces enquêtes, de toutes ces recherches, de toutes ces expériences? C'est la concurrence et l'émulation. » Sous le r<'gime de l'iiidividualisme à outrance, les industriels ne sont point différents ici ou là; il unilie l'esprit, le tempérament et les idées, favorise la contagion des sentiments instinctifs d'('g()Vsme et de jalousie qui font une si énergique obstruction au d(''veloppement des pi'iiicip(»s de solidarité et d'association. Aussi, à Besançon, comme ailleurs, les syndit'als vivent ce que vivent les roses, mais sans en avoir ni l'éclat ni la beauté. Les décorateurs, depuis i5 ans, en sont à leur cinquième ou sixième; celui des labricauls, me dit-on, dcpiu's (pielques mois ne bal ([ue (Tune aile.

4i4 BESANÇON.

Toril cela, ('vidoinnienl, jio devait pas être fort sérieux, ni très utile indiistrielleinent et socialement. Aujourd'hui, à Saint-Etienne, les pires détracteurs du Musée de l'armurerie en sont devenus les partisans les plus ardents et les protecteurs les plus généreux. Il en serait de môme à Besanç^'on.

Que l'institution nouvelle soit donc à la fois une Ecole technique et artistique, un Musée d'art et d'industrie, un Conservatoire scientifique; que, dans son organisation d'enseignement et d'administration, elle réponde à tous les besoins de la région horlogère de l'Est* tout entière, de Montbéhard à ThoiioD. Il y a là, d'après les plus récentes statistiques, plus de 3o,ooo ouvriers, dont le travail alleint aniuiellement une valeur de 4o millions de francs. Ces chiffres justifient l'ambition de devenir un centre d'action et de propagande pour la défense des intérêts et le développement de la prospérité d'une industrie, qui a aujouid hiii à lutter, sans trêve ni merci, contre l'Allemagne pour la grosse horlogerie qu'elle oppose, malgré les nouveaux droits de douane, à la peiidulerie de Baucourt et du pays de Montbéliard; contre l'Améi'ique, de plus en plus audacieuse dans ses entreprises pour conquérir les marchés européens ; et surtout contre la concurrence de la Suisse, si puissamment outillée de science, d'initiative, d'activité et d'énergie, dont la production annuelle en juontres d'or et d'argent est numériquement le quintuple de celle de la fabricpie de Besançon.

Depuis ([uel(}ues années, Nancy fait Ijeaucovi]) hniit dans le monde artisti(i[ue, et sejiiljle and^ilionner de reprendre le rôle sviperhe et fécond des anciennes capitales provinciales, foyers d'inlellirience, d'aclion, de jjropagande rayonnant sur toute une région et niênie sur la France entière. Il s'y est formé une école d'art industriel, dont les manifestations, dès le début, ont pris netlemeni le carjictère d'une rt'aclion contre le j)assé. Si, (jénéralement, la province a de ces lentem*s ([vu' sont de la sagesse, elle a aussi parfois de ces audaces, énergiques, impétueuses, (jui sont de la fécondit(''. De nojuhreuses Itrajiches d'industries d'art ont été entraînées irrésisliblem<'nl dans ce mouvement, et en ont reyu une transformation radicale ([ui a séduit immc'dialement par une fantaisie nouvelle, par une originalité imprévue. L'artiste (pii a Lc m<ubie. riionneur d'en être l'initiateur, ardent et convaincu, s'est rt-solunienl attacpié à la routine, à la copie, à l'imitation, dans l'industrie où elles paraissaient le plus délinitivement souveraines: le Meuble. Ce fut une surprise et im enchanlement, à l'Exposition universelle de i88g, quand on vil, poui' la pi'cmière fois, dans un ensen)ble magnificpie, ces labiés, ces bnlfets, ces vitrines, ces crédences, ces consoles, ces bonheurs du jour, etc., de bois nistiques, aux formes architecturales inspirées de celles que la nature a données aux piaules des cham])s, aux arbustes des haies, aux arbres des forêts; décorés de motifs tirés de la (jràce des feuilles et des fleurs, avec^des marqueteries pittoi'csques traduisajit en allégories ingénieuses, en emblèjues spirituels, des sentiments, des pensées et des rêves. Le maître a fait des élèves qui d'abord ont jiiarclK' dans sa voie, imitateurs respectueux; puis, peu après, se sont essayés à tles adaptations moins étroites de ses découvertes, pour biejrtôt coiMpu-rir une persomialité indépendante. Presque chaque année, le Salon des (^hanq^s-EIysées montre des œuvres aux tendances individuelles, parallèlement aux ci'éa-

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lions qui sont exposées au Salon du Champ de Mars. D^iulres, plus liniides, poursuivent sur place, avec une foi non moins active, avec une conviction aussi profonde, la recherche patiente et obstinée de formes décoratives inédites, autant que le soleil peut éclairer du nouveau sur cette terre.

Et ce ne sont point là ce que par analogie à la fois de longues méditations, d'expériences incessantes et d'utilisation habile des caprices féeriques de la matière, on pourrait appeler de simples travaux de laboratoires, des innovations de cabinet, restant à l'état de merveilles uniques ; c'est bel et bien de ^ l'industrie d'art, logique, raisonnée, où le hasard lui-même s'assouplit à une

discipline sévère. Dans les trois ateliers principaux d'ébénisterie, dont les chefs sont entrés définitivement dans le mouvement actuel de l'enaissance artistique, il n'y a pas moins d'un demi-cent d'ouvriers occupés d'une façon permanente à la fabrication de mobiliers d'art. Il s'opère même à ce propos une intéressante évolution. Jusqu'ici, entre la pièce exceptionnelle, très coûteuse, inabordable par ceux à (jui ne manque ni le goût ni l'ambilion des belles choses, mais l'argent suffisant pour les acquérir, et le produit à hoii marché, le laid et prétentieux pastiche d'œuvres classiques, il n'y avait guère de juste milieu. On a vouhi combler le fossé profond qui séparait deux clientèles qui doivent marcher de compagnie, en raison de la similitude de leurs préférences, et qui sont ijidispensables à mie maison qui veut faire fructueusement et avec honneur de l'induslrie. La menuisci ie d'art. La même évoluliou cst rêvéc pour la menuiserie d'art civile et religieuse, dans laquelle travaillent normalement plus de 4oo ouvriers, en vue de substituer à la perpétuelle réédition du gothique, du Louis XV, du Louis XVI et de l'Empire des éléments décoratifs nouveaux, <|ui, sans rompre trop révolutionnairement avec des types consacrés par la tradition, et relativement en harmonie avec les styles classiqiies habituels des édifices, des hôtels et des maisons, apportent cependant à rameublement fixe, aux lambris, aux plafonds, une physionomie originale, révélant une personnalilé dans la conception de l'ai-tiste et dans le travail de l'ouvrier. On ne peut espérer rien de plus favorable au développement de la renaissance présente. Au lieu de la déformation abominable des idées nouvelles opérée par de sinistres contrefacteurs, incapables de les comprendre — conséquence fatale de rigiiorance alliée à

LA MENUISERIE D'ART. /,i7

la cupidité, — c'est la simplification logique de la forme et du décor fai(e par le créateur lui-même, qui choisit les matières premières moins précieuses, et les adapte avec habileté à des besoins nouveaux, faisant ainsi oeuvre à la fois de démocratisation intelligente, de goût et de loyauté.

J'ai causé longuement avec ces artistes ouvriers, dans leurs ateliers, les coudes sur l'établi, au milieu des dessins, des croquis et des épures, devani leurs créations encore enchrysalidées ; quelle passion ! quel enthousiasme ! quelle foi! et surtout quel amour du travail! Celui-ci, au milieu de ses collections de plantes et de fleurs, étudie sans cesse la nature, l'analyse, la dissè(}ue, pour surprendre les secrets de sa grâce, de sa beauté, dans les lignes et les décors d'une variété iulinie qu'offrent à l'observateur intelligent la moindi'e brindille, la tige la plus modeste, une pétale, une corolle, un fruit. (]elui-là, ambitieux de ressusciter, sous des aspects nouveaux, les chefs-d'œuvre des grands ébénistes d'autrefois par le mariage des bois précieux, des fers, des émaux, des bronzes et des cuivres ciselés, s'initie patiemment à la technique de vingts métiers divers, tour à tour forgeron, orfèvre, émailleur, maiquêteur, intarsialore et céramiste. Cet autre groupe autour de lui les artistes locaux; et, dans une collaboration fraternelle, peintres, sculpteurs, architectes, meimisiers, créent des meubles d'une rare harmonie d'éléments divers, bâtissent et décorent une maison moderne, pittoresque, élégante, où l'ornementation traditionnelle a fait place à des fantaisies du goût le plus délicat, du charme le plus imprévu, et qui devra être un jour, suivant les intentions de son propriétaire, un phalanstère de tous les corps de métiers d'art du bâtiment. Mais, là aussi, combien, devant les aveux touchants tle déceptions, de désespérances, à la suite d'essais avortés, de projets ruinés, j'ai regretté les institutions de l'étranger où tous ceux qui cherchent sont assurés de trouver renseignements, conseils et encouragements ! (Rapports de missions, i"' volume, pages y3-ioi ; y"' volume, pages 88-1 oi.) La province actuelle est pour ces braves et courageux artistes l'île de Robinson Crusoé. Heureusement, eux-mêmes sont de vrais Robinsons. Si, dans ce roman d'ime haute philosophie sociale sous son apparence d'œuvre de pure fantaisie amusante, le héros de Daniel de Foë, après son naufrage, se trouve, sur une île inconnue et abandonnée, tout nu et les mains vides, il a la lète

LES INBUSTRJES d'aRT. f|3

pleine; et sa richesse cérébrale fait rapidernent éclore autour de lui une richesse matérielle merveilleuse. C'est que la pensée est Toutil des outils, et que l'outillage intellectuel a bien plus d'importance encore que l'outillage industriel. Or, dans cette corporation des ébénistes, si vivante, si active, si hardie, ils ont des idées, des idées personnelles, ingénieuses, pittoresques; et ils savent les mettre en pratique avec décision. La verrerie dari. Daus la plupart dcs autrcs industrics d'art, c'est la même lièvre de recherches, la même ambition d'originalité. Sans tloute, Nancy a été précédé par Paris dans la restauration de l'ai't de la verrerie ; mais, ici, il a été porté moins rapidement que là au degré de perfection teclmiijue et de valeur artistique, qui assurent au maître nancéien, — auquel revient la gloire d'avoir donné au mouvement la plus puissante impulsion, — le premier rang parmi les artistes verriers de tous les temps. Dans sa déposition devant les membres de la Commission d'enquête sur les ouvriers et les industries d'art, M. Gallé a magistralement esquissé l'histoire de la première période de cette renaissance française de la verrerie : ^

Voulez-vous vous souvenir, leur disait-il, qu'il j a peu de temps encore la Bohème avait le monopole industriel de ces applications d'art décoratif. Nos verriers ne décoraient guère que ces verres opale, imitation authentique de la porcelaine, et nos cristalliers cherchaient à relever par la dorure une matière déjà brillante par elle-même. I^es cristalliers lorrains, à l'exemple de leurs confrères de Paris, se bornaient, pour décorer leurs produits, k pratiquer des intailles, rosaces, côtes étoiles, dans l'épiderme coloré des cristaux k deux couches ; ou bien ils ornaient des verres mousseline de semis et d'initiales gravées au touret. Mais c'est k la Bohême qu'il fallait demander des figurations plus intéressantes, et d'abord ces gravures traditionnelles.

La Commission d'enquête n'ignore pas que, il y a une quinzaine d'années, les expositions de l'Union centrale attirèrent l'attention sur les verreries émaillées des Arabes. Quelques chercheurs en France, k commencer par M. Brocard, ne tardèrent pas k retrouver le secret perdu de ces émaux. Jusqu'en 1878, cette petite industrie resta k la France. La Bohême, en effet, ne produisait que des peintures fixées au feu de cristal, mais non pas vitrifiées. D'autre part, le goût toujours plus marqué du public pour les ouvrages d'art décoratif porta quelques industriels français k confectionner des pièces en couleurs, aux formes pittoresques, tantôt empruntées aux répertoires de Venise, de l'Inde et de la Perse, tantôt puisées k la source pure de la Renaissance française.

Aujourd'hui, Messieurs, tout juge éclairé qui a pu visiter k la fois les ateliers trop peu nombreux de nos verriers d'art et cette foire de Leipsick, où la Bohême étale les produits de ses trois cents fabri([ues, vous affirmera en parfaite connaissance de cause que depuis l'Expo-

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