LA VERRERIE D'ART
sition de 1878 nos producteurs de cristaux décoratifs out laissé, artistiquement, sinon industriellement parlant, leurs concurrents étrangers bien loin derrière eux, par des applications décoratives nouvelles et un emploi rationnel des procédés de leur art, par une exécution précieuse, par des recherches savantes, une meilleure entente du coloris, une richesse légère et de bon goiit, parfois même des tentatives d'affranchissement dans la composition toute moderne de l'ornementation. Il est incontestable que cet art est bien dans le mouvement et qu'il compte parmi les industries les plus avancées.
Dans la verrerie de Nancy, autant, peut-être plus, que dans le rnobiliei*, à l'Exposition universelle de 1889, les artistes, les amateurs, les lettrés, le public même, furent irrésistiblement séduits par cet art nouveau, où une conception personnelle du décor, un symbolisme poétique original, un objectif constani, imprévu, de sensations délicates, d'émotions discrètes pour l'œil et pour l'esprit, se trouvaient réalisés féeriquement par la technique la plus hardie, qui avait employé, avec la fantaisie, spontanée, prodigieuse, de l'empirisme, et avec la méthode patiente, sévère, de la science, des incorporations inconnues de métaux, des combinaisons et malaxages ignorés de matières, des façonnages inédits, enfermant dans le cristal tout ce que l'imagination peut rêver d'effets prestigieux de coloris, de tons et de nuances, d'irisations, de fulgurations et de reflets de lumière. Rien à l'étranger, ni Stourbridge, ni Vienne, ni Bohême, ni Murano, ni Venise, ne pouvait être comparé un instant à cela, qui, avec les soieries de Lyon, les orfèvreries et les bijouteries parisiennes, fut la joie, l'orgueil et l'honneur de la seclion française des industries d'art.
Dans la verrerie se manifeste aussi l'évolution signalée dans le meuble. Les recherches de décorations originales et pittoresques, d'effets nouveaux de formes et de coloris, réservées jusqu'ici au bibelot précieux, à l'oîuvre d'un prix élevé, vont être appliquées désormais à une production accessibl ' à vme nombreuse clientèle, et même aux services de table et de toilette rel;ilivement bon marché. Les conséquences de cette évolution ne seront pas moins favorables au développement de l'industrie, et feront pén(''tr(M- l'ai l dans des milieux alimentés exclusivement par la cristallerie ordinaire, que l'étranger peut aisément nous fournir, en raison de la facilité (rimitation de modèles banaux, nuMliocres et surannés.
L'orfèvrerie, la bijouterie I.cs industries d'art du métal, qui occupent ici encore trois ateliers, ne
et le bronze ■ •
pouvaient restér indifférentes à un mouvement artistique aussi vigoureux et aussi expansif. Dans le catalogue de l'Exposition d'art décoratif de Nancy, en 1894, je ne trouve pas moins de 3oo pièces de tous genres, statuettes, groupes, flambeaux, garnitures de cheminée, pendulettes, cartels, appliques, fontaines, coupes, plateaux, médailles, montres, bracelets, broches, épingles, siffiiets, croix, etc., dont les motifs de décoration sont inspirés des œuvres (les vieux maîtres lorrains, Gallot, Bagard, Lamour, Gyfflé, Adam, etc. ; ont été li'ouvés dans les orneijients héraldiques de la province, croix de Lorraine, figures de saint Georges, lions, chimères, alérions, chardons, etc. ; ou tirés de la flore du pays, à l'exemple des ornements de verreries, et de meubles, roseaux, bruyères, orchis, muguets, marguerites, etc.; le tout exclusivement composé, dessiné, modelé, ciselé, gravé et repoussé par des artistes nancéiens. Malheureusement, tous ces efforts superbes, toutes ces tentatives hardies pour la créalioii d'im art vraiment lorrain du métal précieux, n'auraient pas trouvé (lajis la population de Nancy et de la région une clientèle et des encourageiiieiils siiflisaiits pour que l'impulsion première ait pu s'étendre ou au uioins se maintenir; ce n'est guère qu'au dehors que tous ces bijoux et toutes ces orfèvreries d'une grâce charmante et d'une exquise originalité, ont obtenu ujipeu de succès ; et, quand le choc en retour de la faveur pubHque s'est produit sur place, le marché était envahi jjar les contrefaçons abominables, ])ar la pacotille de mauvais goût, que ce succès avait provoquées. Les bijouliei's et les orfèvres s'en découragèrent; et, peu à peu, revinrent au pur et simple comj tierce de vente des produits ordinaires fabriqués par les ateliei-s parisiens.
La reliure. Dcpuis quclqucs auuécs, les Salons de Paris ont montré, aux amateurs de
i'(>liiu-es d'art, des œuvres en cuir ciselé et mosaïqué, pyrogravé et émaillé d'après des compositions d'artistes lorrains, d'une belle exécution et d'un grand sentiment décoratif, où la recherche ingénieuse et hardie d'effets nouveaux excuse aisément des fantaisies exubérantes, parfois même excentriques. Après ime production exceptionnelle de pures pièces d'amateur, il semble qu'on soit à la veille d'une production industrielle courante, qui a été retardée siîuplement par les hésitations à entreprendre dans des atehers intimes,