LA DÉCORATION. — L'IMPRIMERIE
familiaux, rorcfaiiisation d'un outillage et d'un ^ei'sonnel très coûteux. Déjà, une grande maison d'imprimerie, qui était jusqu'ici tributaire de Paris pour l'ornementation de la reliure polychrome de ses volumes de luxe, s'en est résolument affranchie, et crée elle-même tous les éléments de gravure et d'impression, obtenues par les procédés mécaniques les plus perfectionnés, pour un atelier qui ne compte pas moins de 3o artistes et ouvriers.
A cette même Exposition, le catalogue mentionne 94 œuvres décoratives : i-a décoration, panneaux, trumeaux, paravents, tapisseries, céramiques et maquettes de plafonds, de dessus de portes, de lambris pour des théâtres, des hiMels, et des établissements publics. Il y a donc un certain mouvement de i-eUjur du goût public 'à la décoration. ' *
L'imprimerie constitue à iNancy une grande industrie locale, par suite de i/impiirneii.-. l'inunigration d'une puissante maison de Strasbourg, créée depuis deux siècles, c[ui n'a pas voulu devenir allemande, et dont le personnel atteint le chiffre de 5oo artistes et ouvriers. On compterait, en outre, dans divers établissements, environ la moitié de ce chiffre. L'ensemble de tout ce qui vil directement de l'imprimerie ne serait donc guère moindre d'un miUier de personnes. Les branches de l'industrie touchant à l'art, la lithographie et la photogravure, occuperaient 100 imprimeurs, reporteurs, graveurs, croquistes, retoucheurs et photographes. On produit aujourd'hui, à Nancy, toutes les spécialités artistiques, depuis l'aflîche polychrome de grand format, en 8 ou I o couleurs, jusqu'à la lettre de facture à vignettes en taille-douce et à l'eauf(.M te, sans craindre, pour la perfection et la rapidité du travail, aucune couciu-rence parisienne ou étraïujère. L'Allemagne ne tente point de s'aventurer dans cette région, où les souvenirs de la guerre de 1 870-1 871 sont aussi douloureux et vivaces qu'aux premiers jours de nos malheurs; au conli-aii'e, l'industrie lorraine exporte en Alsace pour un chiffre assez éhwé d'impressions de tous genres.
Grâce à l'édition de hixe, Nancy peut s'enorgiieilKr d'ouvrages importants, d'une exécution irréprochable comme typographie, tirage de planches d'illustration, c[ui continuent ici ûèrenient la grande tradition de l'imprimerie strasbourgeoise : le Nouveau Testament de Notre-Seigneui' Jésus-Christ, en caractère Baskerville du xvm" siècle, la Monocf rapide de la cathédrale de
Nanci/, qui ne contient pas moins de 2 1 planches hors texte, en photochromie, photogravure, cliromoHthographie, et lithogravure ; la Lorraine illustrée ; les Tapisseries de la cathédrale de Reims^ etc. L'imprimerie nancéienne offre même une spécialité presque exclusive en France : celle de l'impression de la musique en caractères mobiles. Les ouvriers qui exécutent ces travaux peuvent être considérés comme de véritables artistes, en raison de l'ingéniosité et du goût qu'exigent les combinaisons multiples et variées de la typographie musicale.
Industries artistiques La Lorraiuc possèdc eu outrc, disséminées sur divers points de la région,
l'égionales. , i i^* i • • •
un certam nombre d mdustries artistiques importantes, dont quelques-unes ont conquis urîe universelle renommée. A Baccarat, c'est la crisilallerie, fondée, en 1765, sous le nom de verrerie de Sainte-Anne, par un évèque de Metz, M. de Montmorency-Laval, et par un avocat au Parlement, receveui' des tl(jmaines à Nancy, Antoine Renault. A Saint-Louis, la grande manufacture, sœur cadette de deux ans de la cristallerie, qui appartient aujourd'hui à la même compagnie, se livre à la même production de cristaux de hixe, de , table et de luminaire. A Ijiinéville, une faïencerie occupe 1,720 ouvriers et fait annuellement, avec l'étabhssement annexe de Saint-Clément, un chiffre d'affaires de près de 3 millions, en services de table et pièces de décoration, dont une grande partie atteint le caractère de l'œuvre d'art, originale et de haute fantaisie; par son extension dans le domaine artistique, elle a même absorbé les atehers de décoration sur céramique, qui, dans la première partie du siècle, employaient à Nancy des artistes très nombreux. Toul-Bellevue possède une manufacture qui produit des potiches, des vases de jardin, des jardinières, décorés sur émail stannifère dans le genre de Delft principalement. A Longwy, on fabrique en grand de la faïence artistique. A Saint-Dié, à Baccarat, des maîtres ferronniers se montrent habiles à forger des impostes et des balcons, à repousser la tôle en ornements de grihes, de lanternes et de chaiidehers,à estamper des rosaces, à composer des guirlandes et des bouquets de fleurs pour chenêts, cadres de glaces et écrans. Bar-le-Duc s'honore de ses vitraux d'art.
La dentelle ei la brociorie. L'iuduslrie dcs deiitelles aux fuscaux en Lorraine est une des plus anciennes de France. A partir de la réunion de cette province à la France —
l 'yGC) — sui loul, elle prit viiie très grande importance comme chifi're (ralTaires et comme qualité de travail. Elle a pour sphère d'action les Vosges, avec un grand centre, Mirecourt, et une partie du département de Meurthe-el- Moselle. On a constaté, depuis un demi-siècle, une diminution tle près de •moitié du nombre des ouvrières : i3,ooo au lieu de 25,ooo; cependant la fabrication n'a pas subi la décadence que semble impliquer cette dépopula- (ion. « ]3ans leur ensemble, écrivait en iSgS le rapporteur du Comité des dentelles à l'Exposition universelle de Gliicago, M. Warée, les produits sont plus fins, plus riches et plus soignés que ceux de la Haute-Loire ; on les distingue par leur l)lanclieur et la netteté des grillés et des toilés. Mirecourt s'est toujours signalé par la création de genres nouveaux et artistiques ; on lui doit la vogue cles guipures de Gluny, reprocj^uction des anciennes guipures rosacées aux fuseaux, et celle des guipures antiques dites seize fuseaux. C'est le berceau des guipures russes fabriquées par les mêmes procédés que celles de Russie, mais avec des perfectionnements d'exécution et de dessin. Il en est dérivé un genre particulier, appelé guipure aralje, dont Mirecourt a, pour ainsi dire, gardé le monopole. L'ouvrière des Vosges est habile et malléable; elle se prête facilement à des changements d'ouvrage fréquents et les réussit tous avec une égale perfection; elle affectionne le travail du morceau, fleurs d'application, cols, mouchoirs, cravates, etc. » On observe dans la fabrique lorraine, au point de vue de son organisation industrielle, mie évolution radicale, qui ne s'est point encore produite en Auvergne. Les maisons indigènes disparaissent successivement et sont remplacées par de simples entrepreneurs, façonniers et commissionnaires, au sens le plus réduit de l'expression, servant d'intermédiaires — distributeurs et col- Iccteiu's de commandes — entre les dentellières et les négociants parisiens qui fournissent les matières premières et les cartons de dessins. Un seul de ces négociants possède sur place une agence de dessinateurs et employés ([ui adaptent et mettent en œuvre les projets et les compositions envoyés de sa maison de Paris. La fiiljrique lorraine a perdu ainsi peu à peu son autonomie artistique. Si la main-d'œuvre n'a point dimiiuié de valevu' et reste toujours apte aux travaux les plus délicats, les plus difficiles, elle se raréfie dans des proportions imprévues (|ui in([uièl('nt fort les iudiislrieis sur la pos-
sibilité de trouver bientôt les mains nécessaires pour exécuter ces travaux, La dentelle ne peut être pratiquée dans les campagnes qu'en complément des occupations agricoles ou réciproquement, suivant l'importance de l'une e1 l'autre production locale. On estime que, pendant l'été, du i5 juin au i5 oclobre, les deux tiers environ des ouvrières s'en vont aux champs; le nombre des joiu'nées consacrées à la dentelle serait de 2'ào par an. Or, le salaire quotidien moyen des dentellières ne dépasse pas i fr. ; par suite de la crise persistante de l'agriculture, les recettes du fait des travaux de la terre sont de moins en moins élevées. Pour vivre, les ouvrières doivent donc se rejeter sur les commandes de courant très ordinaire, qui exigeut moins de soins et s'exécutent rapidement. Ce n'est pas cette fabrication liàtive qui peut leur permettre d'acquérir de l'I^abileté et du goût, les mettre à même de faire de la belle dentelle rémunératrice. On tourne ainsi perpétuellement dans uncei'clc vicieux. Il en résulte même une transformation S!)ciale. La dentelle et la brodei'ie, comme la couture et tous les autres travaux féminins industriels, tendent à émigrer des champs vers les grands centres manufacturiers, tels que le Greusot, Decazeville, où il s'est créé des œuvres philanthropiques pour les développer. Les optimistes voient là un progrès. Puisse l'avenir, demain peut-être, ne pas leur donner un trop cruel démenti par la substitutidii rapide à ces œuvres fort louables d'entreprises néfastes qui importeront les iiiêines procédés d'exploitation impitoyable des ouvrières, d'avilissement de la uiain-d'feuvre, de dépression des salaires : causes exclusives delà situation précaire actuelle des industries riu'ales!
La broderie nouvelle de perles au crochet, inventée, il y a vingt-cinq ans, par une maison de Lunéville, a jeté une certaine perturbation dans la dentelle lorraine. De 1880 à 1890, cette industrie a été très florissante ; on a évalué jus(pi'à 4^7000 (??) le nombre des ouvrières, anciennes dentelHèrçs pour la plupart, qu'elle occupait dans les départements des Vosges et de Meurtheet-Moselle. Aujourd'hui, elle souffre dans son exportation de la concurrence de l'Allemagne, dont les agents viennent périodiquement se renseigner sur les nouveaux genres, copier les modèles, et font exécuter ensuite les commissions en Saxe et dans d'autres régions qui ont importé cette fabrication. L'Allemagne bénéficie d'une différence considérable sur les prix des ma-
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