L'ENSEIGNEMENT ARTISTIQUE ET INDUSTRIEL
détaillés au chapili'c de Calais et dans le 1^ volume de mes Rapports de missions, pages 38-43.
Des déclarations unanimes qui m'ont été faites par les chefs des industries L'instiueiion artistique
. . . , , et l'apprentissage
artistiques de Nancy, 1 ébénisterie, la menuiserie et la verrerie, il résulte dans les industries d'art, qu'elles manquent d'ouvriers d'art. Le plus grand nombre des spécialistes les plus élevés dans la hiérarchie industrielle sont étrangers : Suisses, Autrichiens ou Allemands. Devant la Commission d'enquête de i883, M. Gallé disait déjà : « Les maîtres graveurs sur le verre se font rares par suite des chômages; il ne s'en forme plus. Il faut chercher en Bohême des intailleurs figuristes. » La situation se serait même aggravée encore, en raison de l'extension prise depuis quinze ans par la verrerie de luxe, à laquelle s'adonnent deux maisons, qui n'occupent pas moins de 100 ouvriers d'arl. Dans Fébénisterie, on pourrait, à l'heure présente, donner du travail au double d'ouvriers habiles, s'il y en avait. Les néfastes théories sociales sur l'apprentissage ont pénétré profondément dans le inonde ouvrier, qui s'y montre de plus en plus hostile, sous le prétexte bien illusoire d'empêcher la concurrence et la dépression des prix de main-d'œuvre ; il n'y a guère que dans la verrerie, par suite de la nécessité absolue de la collaboration du « gamin » aux fours, qu'il se fait encore des apprentis, suivant l'ancienne méthode.
L'imprimerie seule a échappé un j)eu jusqu'ici aux conséquences désastreuses de ces théories, grâce à l'iiiitiative énergique de (juelques patrons. Ainsi, \x plus importante maison a organisé chez elle une véritabL' écoL' d'apprentissage, qui, avec ses 4o élèves réguliers, recrutés dans les familles ouvrières de ses ateliers, suffit largement à alimenter le personnel; et, par une instruction professionnelle très sérieuse, — à laquelle s'ajoute une éducation intellectuelle et morale, qu'une sollicitude toute paternelle entoure des soins les plus délicats, — le maintient au niveau de tous les progrès techniques. Mais la Chambre syndicale typographitpie (XVII'' section de la Fédération française des Travailleurs du Livre) me déclare que dans beaucoup d'atehers encore les apprentis sont employés à des corvées variées, qui leur laissent peu de temps pour apprendre sérieusement le métier. Dans ce l)ul, la chambre prépare un projet de règlement général interdisant dans l'apprentissage, fixé à 4 aiis? toute autre occupation que celle du travail professionnel.
43o NANCY. — LA LORRAINE.
Cette même association vient de créer un cours de perfectionnement pour les apprentis et les ouvriers, annexé à sa bibliothèque professionnelle qui ne compte pas moins de 800 volumes, et dans laquelle se tiennent hebdomadairement des réunions et des conférences très suivies.
A analyser la statistique relative aux professions des élèves de l'Ecole municipale et régionale des beaux-arts, on constate que les apprentis et les ouvriers des industries du bois et du verre ne la frétjuentent pas beaucoup. Il n'y figure que 1 2 menuisiers, i charpentier, 2 ébénistes, i tourneur, I marqueteur; seuls, les sculpteurs doivent être assez nombreux, cette rubrique générale, qui contient également les sculpteurs sur pierre, sur bois, les statuaires, ne comprend pas moins de 82 élèves. On n'y trouve point de verriers; il est vrai que le chef du principal atelier de verrerie d'art, en présence des médiocres résultats donnés par l'enseignement de l'école au point de vue de l'instruction artistique des ouvriers — opinion partagée par tous les autres industriels des divers métiers, — - a pris la résolution de créer chez lui une école d'apprentissage et de dessin. Dans les industries de la broderie et de la dentelle, l'apprentissage des ouvrières continue à se faire par les anciennes méthodes familiales, empiriques. Nulle part, en Meurthe-et-Moselle, dans les Vosges, dans la Haute-Saône, il n'y a d'institution pubHque ou privée pour l'enseignement professionnel et artistique. A l'opinion des chefs d'industries, que j'ai interrogés sur ce point, tant dans la région qu'à Paris, cette lacune est une des principales causes de la dépression à peu près générale de la valeur de la main-d'œuvre, de la diminution du nojnbre des ouvrières habiles, qui empêchent le développement de la fabrication de luxe, et, en conséquence, favorisent celui de la production inférieui'e.
A rencontre de préjugés qui ont encore trop cours, l'histoire de ces industries prouve l'influence absolue de l'école sur leur prospérité. Si, dans le même temps que Nancy se voyait douloureusement supplanté par Saint-Gall, Herisau et Appenzell, pour leur avoir abandonné la fabrication des broderies au métier, Mirecourt et les Vosges purent se maintenir et arrivèrent même à con(|uérir la l'iche clientèle des Etats-Unis, de la Russie et de l'Angleterre, n'est-ce pas exclusivement parce que l'initiative intelligente et courageuse
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d'une femme, M'"" Chancerel, se liàla de créer à Lallaiimont, à Gliamberg, à Fonlenoy-le-Ghâteaii, des ateliers-écoles où cette broderie fut enseignée et se propagea rapidement dans le pays ? Le berceau de l'industrie dentellière de la Franche-Comté n'a-t-il pas été la modeste école du petit village de Fontaine, où M""" Gandillot forma elle-même les futures contremaîtresses des ateliers florissants de Luxeuil^ de Bains, de Saint-Loup, etc. ? Et les petites-filles de ces mêmes ouvrières n'onl-elles pas été amenées des modestes broderies sur filets de 1876 aux chefs-d'œuvre admirés aux Expositions de 1 889, de Chicago, des Arts de la femme ? Ne se maintient-il pas une moyenne de production de haut goû(, parce que l'initiateur de cette véritable renaissance artistique n'a pas hésité à former lui-même sur place d'excellentes ouvrières, à les initier à toutes les délicatesses des procédés divers, anciens, modernes et nouveaux, qui leur permettent de traduire habilement les compositions originales de dessinateurs de talent, et qu'il persiste, avec intransigeance, à faire, pour son compte personnel, par des modèles irréprochables, par des commandes exclusives de belles œuvres, une continuelle obstruction à l'envahissement de la fabrication médiocre, à bon marché ?
A cette pénurie de la main-d'œuvre artistique, il y aurait une autre cause. L'application de la loi sur les exemptions du service militaire de trois ans en faveur des ouvriers d'art, — par suite du recrutement du jury en dehors des personnes compétentes pour juger de l'instraction artistique et professionnelle de ces ouvriers, et de la proportion inéquitable du chiffre des exemptions accordées à un département qui compte tant d'industries d'art, ébénisterie, verrerie, céramique, etc., comparativement à d'autres départements exclusivement agricoles ou manufacturiers, — aurait ici des conséquences désastreuses pour ces industries d'art, en dépeuplant les ateliers des meilleurs collaborarateurs. Les industriels en expliquent et justifient la nécessité où ils se trouvent de faire appel à des étrangers. Aussi, la Société d'art décoratif lorrain a-t-elle voté avec empressement le vœu suivant, en sollicitant avec insistance l'intervention de l'administration des beaux-arts pour provoquer une modification des règlements d'application de cette loi : « Remédier à la pénurie des ouvriers d'art, en conservant aux industries d'art un certain nombre de
leurs ouvriers actuellement pris par le service militaire. Le comité souhaiterait sur ce point voir préciser la définition de Touvrier d'art, changer le coefficient d'admission qui n'est pas en rapport avec le nombre d'ouvriers d'art dans notre département, et enfin augmenter la compétence artistique du jury. »
La Société Uu mouvcmcnt régional d'ajl et d'industrie de cette importance devait
d'art décoratif lorrain.
provoquer la création d mstitutions groupant tous ceux qui y prennent part, comme artistes, industriels, amateurs et administrateurs publics, en vue de lui continuer une impulsion vigoureuse, par tous les moyens d'action, de propagande, d'encouragements ([ue peut fournir l'application sérieuse du principe de l'association. En 1894, se fondait la Société des arts décoratifs lorrains, qui changea plus tard ce titre en celui de Société d'art décoratif lorrain, pour ne pas créer de confusion dans le pubhc avec un autre groupement d'artistes, dont il sera question plus loin. Ses statuts lui donnent pour but : le développement des arts décoratifs, l'organisation d'expositions, l'organisation de concours, le développement de l'enseignement spécial, la création d'un musée d'art décoratif. La Société débuta brillamment par une Exposition d'art décoratif et industriel, qui eut lieu en juin-juillet de la même année. Cette exposition ne réunit pas moins de 76 exposants de Nancy et de la région de l'Est, dont les envois dépassèrent le chiffre de 700 pièces d'art de tous genres : décoration, mobilier, céramique, verrerie, orfèvrerie, bijouterie, ferronnerie, etc. Les bénéfices permirent l'acquisition d'œuvres pour une somme d'environ 6,000 fr., en vue du futur Musée d'art décoratif. Le succès complet de cette entreprise faisait bien augurer de l'avenir de l'association qui groupait en efCet tous les chefs des industries artistiques de la Lorraine. Mais des dissentiments nombreux ne tardèrent pas à se produire à propos de questions personnelles, de concurrence industrielle et commerciale, de froissements d'amour-propre d'artistes : Geiiiis ivritabile. La Société, en outre, paraît s'être vite éloignée de la réalisation pi'atique de son prograuime pour se transformer en une sorte d'académie et de cercle, où les discours, les conférences et les discussions théoriques, platoniques, ([uoique vigoureuses, remplacèrent l'action, seule féconde et durable. Au moment de mon voyage, une dissolution était imminente. J'ai
pu néanmoins causer avec les membres du comité d'adminislration réunis, et obtenir d'eux des renseignements collectifs qui m'étaient précieux, en raison de la situation prépondérante occupée par les uns et les autres dans les industries artistiques de Nancy.
La Société des Amis des arts, dont la fondation remonte à un demi-siècle, a suivi l'exemple donné par les Salons. Dans ses expositions périodiques de peintures et sculptures, elle réserve une place aux œuvres d'art industriel ; cette année, cette section ne comptait pas moins de 1 4 exposants, ayant envoyé 87 oeuvres inédites, exposants qui sont d'ailleurs tous membres de la Société d'art décoratif lorrain : apparente justification d'en proposer la dissolution, pour cause de concurrence victorieuse.
Ce centre d'action et de propagande pour le développement des industries artistiques de Nancy et de l'Est, intlispensable, urgent, que la Société d'art décoratif lorrain n'a pas réussi à créer, se trouvera-t-il à l'Ecole des beaux-arts, qui, à sa qualification de municipale, adjoint officiellement celle de régionale ?
L'Ecole municipale et régionale des beaux-arts a été organisée en 1882. l'écoIc municipale
, . • 1 r n réqionale
Des la première année, on constatait, par suite des reformes administratives ^cs bcaux-aiis. opérées, une augmentation de plus d'un tiers du nombre des élèves. En novembre 1896, l'école en compte 201, dont 24 jeunes filles. Professionnellement, cette population scolaire se répartit ainsi : 18 commis d'architectes ou (rentrepreneurs, 16 mécaniciens, 6 serruriers, i électricien, 12 menuisiers, 1 charpentier, 2 ébénistes, i tourneur, i tailleur de pierre, i mosaïste, I marqueteur, 1 plâtrier, 1 1 peintres décorateurs, 2 peintres céramistes, 3 peintres verriers, 12 graveurs, 2 dessinateurs, 1 photographe, 4 bijoutiers, I doreur, 3 typographes, 4 tapissiers, 82 sculpteurs, 1 modeleur, i bonnetier, I malletier, 1 tailleur, 1 boulanger, i clerc, 3 employés de commerce, 82 étudiants. Dans le cours déjeunes filles, il y a i dessinateur en broderies; les autres sont des candidates à la fonction de professeur de dessin. En dépit du recrutement, qui se fait presque exclusivement dans la classe ouvrière parmi des jeunes gens en apprentissage ou qui travaillent déjtà dans les atehers, l'enseignement, ici aussi, a un caractère spécial de préparation à l'Ecole des beaux-arts de Paris. La ville et le département n'ont pas institué
moins de six bourses, d'un chiffre total de 4^800 fr.,pour donner aux principaux lauréats, peintres, sculpteurs et architectes les moyens d'en suivre les classes et de concourir pour les prix de Rome. Dans les programmes, on ne trouve quoi que ce soit qui ait trait à im enseignement artistique spécial pour le meid)le, pour la verrerie, pour l'imprimerie, pour les arts du métal, constituant les principales industries nancéiennes; pour la céramique, la dentelle et la broderie, d'une si grande importance comme chiffres d'affaires et nombre d'ouvriers et d'ouvrières, dans la région de l'Est.
Les chefs de la première imprimerie de Nancy me déclarent que leurs ateliers et ceux de leurs collègues fourniraient aisément, en artistes, ouvriers et apprentis, plus de 50 auditeurs assidus à un cours d'art appliqué aux branches artistiques de l'industrie; aujourd'hui, l'école n'en reçoit que i5 qui n'y apprennent pas grand'chose pour le métier. Aussi, les protestations des industriels contre cet enseignement sont-elles générales. Dans sa séance extraordinaire du 17 novembre, la Société d'art décoratif lorrain, à l'unanimité des membres de son comité, représentant les industries du meuble, de la verrerie, de la r( liure et de la décoration, émettait le vœu suivant : « Remédier à la pénurie des ouvriers d'art en modifiant l'enseignement de l'Ecole régionale des beaux-arts dans le sens de l'enseignement professionnel. » Il n'est pas contestable ([ue, pour être vraiment utih^ aux ouvriers, l'enseignement artistique de l'école doit, à im moment, être nettement spécialisé en vue de l'application pratique des connaissances artistiques acquises au métier qu'ils exercent. Par exemple, pour la verrerie, M. Gallé, dans sa déposition devant la Commission d'enquête, signalait nettement les avantages obtenus de cette spécialisation dans les écoles d'art de Bohême : « J'ai constaté, disait-il, que les graveurs bohémiens dessinent l)ien et qu'ils sont aussi aptes à camper une figure au blanc d'Espagne sur une coupe qu'à la modeler ensuite grassement dans les profondeurs argentines du verre. C'est ({lie depuis lon(|tenips l'enseignement du dessin est pratiqué dans toutes les écoles en Bohême; il y est appliqué à l'art verrier dans des écoles et des cours professionnels spéciaux, (pii favorisent singulièrement l'apprentissage ardu do la gravure sur verre. » Aussi, désespéré de ne pouvoir faire adopter ces idées par le Conseil de perfectionnement de l'école.
L'ÉCOLE DES BEAUX-ARTS. /(Sf)
dont il était secrétaire, et qui, sur i4 iiienibres, en compte 8 étrangers professionnellement aux industries : 2 fonctionnaires, 2 négociants, 2 avocats, I brasseur et i rentier, M. Gallé donna sa démission et prit le parti d'oi-ganiser dans ses ateliers cet enseignement spécial par des cours de dessin et d'application de Tart à Tinduslrie de la verrerie et à celle du meuble qu'il prati (pie simultanément.
On a fait maintes ibis, en ma présence, au cours de cette élude, le prooès à la Direction de l'école de se désintéresser des industries artistiques et de ne favoriser que le grand art — ce qui n'est pas exact, — - parce qu'elle se déclare toujours et très nettement d'une intransigeance irréductible sur le principe de la nécessité absolue d'un enseignement sévère, méthodique et long, comme base d'une forte éducation artistique. On ne doit point incriminer un principe aussi juste, une opinion aussi élevée. L'unique objection à faire serait que la mise en pratique tle ce principe et de cette opinion implique l'objectif exclusif de faire produire à l'école des dessinateurs. Or, ce ne sont point des dessinateurs, mais des ouvriers d'art que réclament avec insistance les protestataires, parce qu'ils font défaut actuellement aux industries de Nancy. Le conflit, assez aigu et qui contiiuie à celle heure, ne proviendrait-il pas surtout de ce qu'on n'a pas eu soin préalablement de défmir avec précision les termes du débat, de fonnuler nettement les desiderata ? Du haut en bas de renseignement de l'école, à tous les degrés des cours, l'application parallèle des connaissances artistiques au métier individuel, au l'iu' et à mesure de leur acquisition, paraît absente. On m'a montré avec fierté des compositions pittoresques, originales môme, de meubles, de poteries, d'orfèvreries, de décorations textiles, etc. ; le cours de compositions décoratives ne compte pas moins de 3o élèves: c'est le plus séduisant de tous. Est-ce bien là ce qui est nécessaire aux i5o apprentis et ouvriers de l'école, qui, le lendemain, auront prosaïquement à sculpter un dossier de fauteuil, à assembler les parties d'une table, à graver au touret une buire de cristal, à fileter un panneau de porte de magasin ? Malgré le progranune officiel, qui comporte cours de construction, avant-projets, métrés, devis, etc., la classe d'architecture n'aurait guère eu elle-même, pendant pl isieurs années, à travers les intermittences de professeurs successivement démis-
sloiinaires, que le caractère d'une simple division de renseignement du dessin linéaire et du lavis. N'est-on donc pas autorisé à attribuer à cette lacune de l'application industrielle la sensation instinctive d'inutilité de tant d'études, longues et sévères, pour leur instruction professionnelle qu'éprouvent la majorité des jeunes ouvriers lorrains, et qui leur fait abandonner les cours ou ne les suivre que par simple distraction ? L'analyse du dernier rapport sur la situation de l'école démontre que des 29 élèves du cours élémentaire de modelage et de sculpture, il n'en reste plus que 4 dans le cours supéirieur, (jue plus de la moitié des élèves du cours élémentaire de dessin lâchent pied après la première année. On ne s'est même pas avisé, à défaut de mieux, d'importer dans l'enseignement artistique le système de pédagogie employé dans l'enseignement littéraire général, avec qui les défenseurs du premier étal^lissent constamment l'analogie pour le justifier. Les professeurs de grec, de latin, de français, ne se préoccupent-ils point de démontrer à leurs élèves, conmie leçons pratiques, la beauté des œuvres des grands classiques dans le drame, la comédie, la poésie lyrique, la satire, l'éloquence oratoire, etc., qui sont, pour ainsi dire, autant de formes professionnelles de la pensée ? N'est-ce point à cet enseignement d'application, tout au moins théorique, que devraient servir spécialement Igs collections artistiques et industricUes. que la direction a entrepris de constituer par l'acquisition d'une série précieuse de dessins à la vente Galland, de spécimens de tissus, de broderies, etc. , les collections de céramique, de verreries, etc., achetées à l'Exposition nancéienne de i8g4 et cpii dorment actuellement dans des placards, collections qu'elle rêve, il est vrai, de transformer un jour en un véritable musée pubHc, en les développant au moyen des crédits exceptionnels dont elle a l'espérance?
Les industriels ne seraient point non plus sans irresponsabilité dans la situation actuelle. L'obligation de la fréquentation de l'Ecole des beaux-arts par les apprentis et les jeunes ouvriers n'est point devenue générale dans leurs ateliers, comme dans ceux de Reims, pour ne citer qu'une ville voisine. Ceux qui font partie du conseil de perfectionnement de l'Ecole n'assistent pas aux séances pourtant simplement mensuelles. Ils prétextent qu'ils sont toujours en minorité. La combativité n'est point leur qualité primordiale.
Aussi, la Société trarl décoi-atif lorrain a-l-tUe cru devoir, à propos de ce conseil, émettre le vœu suivant : « Faire entrer un plus grand nombre de directeurs d'industries d'art et d'artistes décorateurs dans le conseil de l'Ecole régionale des beaux-arts. »
L'école est fort mal installée dans un local provisoire, nullement disposé pour un établissement d'enseignement artistique, qui présente des conditions défectueuses multiples : lumière insuffisante, mauvais éclairage, salles exiguës, ateliers de sculpture et de modtlage humides, obscurs, en dehors du bâtiment spécial; aucune salle d'exposition, point de bibliothèque, point de cabinet pour le directeur. Depuis plusieurs années, il est question d'im projet de constructions nouvelles, soit au Jardin botanique, soit dans la Pépinière, dont le voisinage permettrait, ici et là, des études de fleiu's et de plantes, en plein air, pour les élèves des cours du jour; mais ce projet a toujours été ajourné par les municipalités qui se sont succédé à l'hôtel de ville. Pourtant, il semble aujourd'hui qu'on ait l'intention de le reprendre un jour prochain : c'est le vœu unanime de la direction, des professeurs, des élèves et des industriels.
Une particularité intéressante d'opinion publique, révélée par l'étude sur l'Ecole régionale des beaux-arts, est l'unanimité de tous ceux que j'ai vus parmi les industriels, les artistes, les membres du conseil de perfectionnement et les administrateurs publics, poiu' réclamer la suppression de la gratuité, considérée couune un mauvais système à tous les points de vue. Elle provoque l'indifTérence des parents, l'inertie des élèves, l'encombrement des classes par des jeunes gens, dépourvus de toute aptitude pour les arts et de toute ambition d'instruction, qui ne viennent là que faute de ne pouvoii* sans frais passer ailleurs leur soirée. Une contribution attirerait les fils d'industriels, de commerçants, de fonctionnaires, etc., que la graUiité en écarte. La création de bourses viendrait en aide aux familles sans fortune ou peu aisées. On pourrait ainsi organiser une véritable école du joiu-, nécessaire pour des études d'art sérieuses ; alors qu'aujourd'hui de sinq>les cours du soir, insuffisants pour un enseignement complet, sont seuls possibles, en l'aison du recrutement exclusivement ouvrier.
Quelque autre institution publi(pie,un musée d'art et d'industrie, par exem-