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LE MUSÉE HISTORIQUE LORRAIN

composée de 5 pièces ayant un développement en largeur de 21"', Go sur 3'",6o de hauteur. Il y a là des reliures anciennes fort intéressantes, quelques étoffes et broderies, qui ont une certaine valeur d'art. Mais les collections s'arrêtent généralement à la fin du siècle dernier. De l'ébénisterie contemporaine, d'une physionomie si nettement lorraine par les éléments de décoration, en sculpture et mosaïques, tirés exclusivement de la flore du pays, on ne trouve aucun spécimen. Des belles verreries d'art, qui font la gloire de l'industrie de Nancy, une coupe seule peut donner aux visiteurs l'idée très sommaire, encore qu'elle ait été acceptée exclusivement à cause du souvenir historique qu'elle commémore : la manifestation franco-russe de Nancy, en i8<)2. N'y cherchez point en orfèvrerie ou en l)ijouterie quoi que ce soit qui rappelle le mouvement de renaissance de cette industrie locale signalé plus haut; un type quelconque des reliures contemporaines, (pii sont égaleinent une expression très particulière de l'art nancélen. Quelles peuvent bien être les raisons de cet ostracisme? La présence dans les collections de céramique de plusieurs pièces de Lunéville et de Toul, datées de i8'y5, 1880 et même i8g3, infirme l'objection du caractère spécialement historique du Musée, la seule apparemment plausible. C'est qu'ici, encore, dans l'organisation de l'institution, dans son programme, dans l'objectif poursuivi, dans le recrutement des collections, dans l'hospitalité, dans le concours et la collaboration des administrations publiques, j'ai le regret de constater les incertitudes, les contradictions, l'illogisme et la parcimonie, qui font de presque tous les nuisées de ce genre, dans les départements, en dépit souvent de la science et du dévouement de ceux (pii les dirigent, des ci'éations hybrides, bizarres, indécises et inconsistantes, sans aucune influence pour la diffusion du goût, pour les progrès de l'art et des industries.

Il semble que ('ans ces musées l'on ne soit pas sorti de la période primaire d'organisation, alors qu'ils servaient de dép(Ms pour les œuvres d'art laissées à l'abandon, après la destruction ou l'évacvuition des édifices religieux, des couvents et des châteaux; pour les objets recueillis dans les fouilles archéologiques et les travaux d'édilité. Aucim autre but que celui de conserver — la dénomination logique et expressive de conservateur pour le fonctionnaire qui les dirige en est dérivée — n'apparaît dans la façon dont

tout ce qui les compose est classé, étiqueté et exposé ; aucun souffle fie vie n'anime de nouveau ce passé, définitivement immobilisé dans la mort des choses, comme les ossements des catacombes. Or, « les morts empoisonnent les vivants ». On ne s'est pas fait à cette conception qu'un musée puisse, dans l'organisme social et administratif de la cité, être un service public, absolument utilitaire, comme les services des eaux, du gaz, de la voirie; et qu'en conséquence, il soit doté de ce qui lui est nécessaire pour fonctionner : direction et personnel de spécialistes expérimentés, outillage, budget, etc. On tient le musée pour une création de pur luxe, qui, dans les cadres de l'administration, est à peu près au même plan que les sociétés musicales, mais bien au-dessous de l'opéra et de la comédie, ce Quand l'art n'est que le luxe d'une nation, a écrit de Laborde, il se ressent du caractère superficiel et conventionnel de tous les luxes. Quand il satisfait des besoins religieux ou civils, domestiques ou mifitaires, il acquiert une physionomie, il prend une consistance, un aplomb, une fermeté qui n'est pas le moindre caractère de sa beauté. »

A l'étranger, qu'il s'agisse de l'Angleterre, de l'Allemagne, de la Russie, etc., on a compris et réalisé les musées provinciaux avec des idées et des programmes différents de ceux que montrent les nôtres. A côté de collections historiques, d'acquisitions et de dons, inspirés par des sentiments d'amour-propre patriotique, fonctionne toujours le vrai Musée d'art et d'industrie, pratique et fécond : conservatoire de modèles de bon goût, d'élégance et d'originalité, constamment renouvelé par des échanges entre établissements du même genre, par des prêts de particuliers, par les envois obligatoires des grands musées nationaux. Ce musée rayonne sur tout le pays, par les œuvres d'art et les documents qu'il fait circuler dans les écoles, dans les usines, dans les ateliers; par les expositions qu'il organise jusque dans les villages, au moyen de sociétés affiliées. Ses directeur et conservateurs sont de véritables missionnaires, qui vont et viennent, partout où ils peuvent être utiles, qui mettent à contribution les procédés les plus actifs de propagande pour faire connaître à tout le monde le but et les résultats de l'entreprise, pour grouper toutes les forces vives de l'art, du commerce et des industries de la ville et de la région. De ces musées provinciaux, l'Angleterre

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