‹ Les Industries de Serrières: A Travers les AgesChapitre 10 sur 43 · PS AE · texte numérisé non relu

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ratif). Les meuniers broÿaient sous leurs meules, actionnées par la rivière, le blé que leur apportaient les habitants de la ville et du pe selon les limites établies par le droit de banalité (voir chap. IL, $ 1). En outre, quelques meuniers avaient adjoint à leur entreprise des « rebattes » pour le traitement du chanvre et du lin, et des « battoirs » pour l’avoine, l’orge et le froment.

Bientôt on scia du bois et on prépara le bois de construction ; on fabriqua des instruments de fer pour l’agriculture et pour la chasse. Puis d’autres industries vinrent s ’adjoindre à celles-ci : telles les foules, la coutellerie, la frappe de la monnaie, des fabriques de poudre et de tabac, des (line à piler l’amidon, les épices, à faire l'huile. Et l’essor industriel de Serrières allait s’accentuant et se complétant à travers les siècles.

Pendant cette première étape de l’évolution industrielle de Serrières — celle des métiers — le producteur, l'artisan ne travaille donc pas uniquement pour lui-même et sa famille, mais pour des tiers. Le champ d'activité de Serrières était très vaste pour l’époque ; ses frontières s’étendaient peut-être même au delà de celles du pays de Neuchâtel ! ; aussi l’exportation dut-elle être intense, excepté pour les moulins à blé, hés par la banalité. |

Malgré ces conditions favorables d'écoulement des produits, l’industrie de Serrières ne put se développer normalement, car, au moyen âge et aux XVIe et XVII® siècles encore, les corporations de métiers empéchaient le trop grand essor des établissements en leur imposant des contraintes, en fixant par exemple aux maîtres de métier le nombre de leurs ouvriers.

Une des plus puissantes corporations de la ville de Neuchâtel était celle des Favres, Maçons et Chapuis. Comme nous le verrons dans un chapitre spécial, elle réglementa sévèrement le travail, ainsi que les conditions d'apprentissage. Serrières étant toujours réuni politiquement à la ville de Neuchâtel, les artisans de ce village qui travaillaient le bois, la pierre, le fer ou « autres usages du marteau » étaient obligés de se faire recevoir de cette compagnie, et par conséquent étaient soumis à toutes ses prescriptions.

: Cet état de choses nous est confirmé par les registres des membres de la corporation renfermant les noms des maîtres forgerons, scieurs, couteliers, teimturiers de Serrières. ? Non seulement ceux-ci, mais plus tard aussi les meuniers, comme faisant « usage du marteau », devaient être reçus dans l’association pour avoir le droit d’exercer leur métier. Un arrêt de la Corporation, du 26 novembre 1694, confirme cette obli-

1 Nous pouvons l’affirmer pour le commencement du XVIII® siècle. Sur la Carte de la Souveraineté de Neuchâtel et Valangin dressée sur les mémoires du Sieur D. F. de Merveilleux, rectifiée par les observations de l’Académie Royale des Sciences (1707), Serrière porte la mention « lieu de forges, papeterie, fonderies, meules, moulins, etc.». Comme cet endroit est un des seuls de la carte en question portant une mention de ce genre, nous pouvons en déduire que l’industrie de ce village a dû être extrêmement développée pour son époque et connue bien au delà des frontières de Neuchâtel.

? Par exemple en 1709 : Pierre Grossmann, fondeur, Pierre, son fils, fondeur, Jean Grossmann, fondeur, Claude Wittnauer, « tinturier» ; Louys Bredin, polisseur, Jean-Pierre Martenet, taillandier, Abraham Huguenaud, taillandier, ete.

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gation pour les meuniers ; 1l dit : «… qu’ils doivent se faire recevoir de la Compagnie et à deffaulz seront toujours gagez... » !

- Mentionnons encore une autre corporation de métier, celle des Marchands qui réglait le marché et le commerce intérieur ; elle s’occupait notamment de la fixation des poids et des mesures.

Tôt déjà, nous constatons que l’industrie du vallon de Serrières entre dans une étape nouvelle de l’évolution industrielle : la manufacture.

La Fabrique de papier en donne l’exemple : dès la seconde moitié du XVe siècle, deux maîtres papetiers s’unissent pour l’accroissement et le développement de leur industrie. Ils travaillent avec leurs ouvriers dans un même atelier. La division du travail s’y introduit naturellement peu à peu et favorise une diminution des frais de production. La manufacture est ébauchée ; ouvrier devient partie d’une organisation de produetion ; dès lors, son intérêt à la création de l’œuvre diminue et son travail devient de plus en plus machinal. |

Dès cette époque, nous notons à Serrières un fait intéressant et qui s’est perpétué jusqu’à nos jours : certains propriétaires y possèdent parfois une dizaine de roues hydrauliques installées sur la rivière, soit presque le tiers du total des rouages. ?

Il est évident que, dès le X VIE siècle, ces grands propriétaires n’étaient pas de simples artisans et que nous nous trouvons en présence de manufactures dans lesquelles la division du travail était déjà instituée. C’est ainsi que, tandis qu’un petit meunier devait utiliser sa meule à moudre toutes sortes de céréales, le grand industriel de l’époque avait des meules spéciales pour l’orge, le seigle ou l’avoine. Dans l’industrie métallurgique. de Serrières, nous trouvons une division semblable : dans un des ateliers on ne fabriquait que des armes, dans un autre, que certains articles pour l’agriculture.

Avec la grande propriété et la division du travail, qui permettaient

1 Archives de la Corporation, Livre des Arrêts.

Cette puissante corporation groupait également les imprimeurs et les horlogers ; les premiers furent reçus en 1735, les derniers furent astreints à se faire recevoir le 30 novembre 1765.

2 Au commencement du XVI: siècle, c'était Claude Barillier, des Verrières de Joux, qui possède des « rasses, forges et autres engins à rouages, excepté des moulins ». Il s’agit des roues n% 1 à 13 indiquées dans notre plan de 1811, fig. 3. (Reconnaissances de Neuchâlel, par LANDO, fo 427.)

En 1534, par le baïl, fait par Jeanne de Hochberg, on-octroie à Jean Hessler dit Maître Jean les concessions hydrauliques pour les roues n°5 14 à 28. (Arch. de l’État, Cours d’eau Cc 5, n° 4.

Le LA industriel de Serrières au XVII: siècle est David Seinet qui possède les rouages marqués des n°5 1 à 13. (Reconnaissances de Neuchâtel, par MARQUIS et MARTENET, f0 583.)

Au milieu du XVIII® siècle, la famille Erhard Borel acquiert une grande partie des

-fabriques de la gorge, de sorte que lors des reconnaissances en 1812, elle possède en pius

de la papeterie (roues 9 et 10 qui font mouvoir 13 pilons et un cylindre) quatre forges à eau, à savoir : l’établissement appelé fabrique de faulx (roues 1 et 2), l'établissement appelé les laminoirs (roues 3, 4,5), l'établissement appelé la grande forge (roues 6 et 7) l'établissement appelé la petite fonderie (roue 8). Elle possède également une scie qui, cependant n’était plus en activité à ce moment (roue n° 13). En outre, elle exploite deux moulins à blé (roues n° 11 et 12). (Reconnaissances de Serrières, par MATTHEY.)

Enfin au XX: siècle, c’est la fabrique de chocolat Suchard $. A. qui est grand propriétaire dans la vallée de la Serrière. Peu à peu, elle a acheté les rouages l’un après l’autre, de sorte qu’elle possède aujourd’hui plus de la moitié des immeubles situés dans la gorge.

La Fabrique de papier est également, comme nous le verrons, grand propriétaire dans celle-ci. Elle occupe toute la partie supérieure de la vallée jusqu’à la source de la rivière.

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