CHAPITRE II
L'industrie à Serrières.
$ 1. Les étapes de l'évolution industrielle à Serrières.
Des circonstances exceptionnelles expliquent le fait que les étapes du développement industriel de Serrières ne correspondent pas à celles
2 prévues par les lois les plus généralement admises de l’économie polià Pt tique.
+3 En effet, 1l ee à premier examen qu ’elle n’aurait pas dû être peu- Cu plée, cette ravine creusée par une rivière au flanc du vignoble, cette
gorge obscure et étroite qui ne se prête m à la culture, ni à l’élevage, pas plus que ne s’y prêtent les gorges du Seyon ou de l’Areuse. L’habiter, c'était s’enfermer dans un cul-de-sac sombre et lugubre, dont on ne pouvait sortir que difficilement ; c'était s’isoler ; ce n’était même pas se terrer pour se défendre, mais bien plutôt se jeter dans une oublhette naturelle.
S1 des humains sont venus s’y installer, c’est que des conditions exceptionnellement favorables devaient les attirer et, en effet, n’est-ce pas une circonstance extraordinairement propice au développement de l’industrie que l’existence de cette rivière forte, d’un débit constant, propre à fournir la force motrice suffisante pour actionner de puissants x rouages, cela dans ce pays du Jura qui ne connaît guère que des torrents à irréguliers et fantasques.
res Or, les rouages de Serrières, installés à grands frais, donnant pour . l’époque où ils furent établis, un rendement de force motrice considé- | rable, ne pouvaient se borner à suffire aux besoins de la famille, voire du village. Aussi les produits, manufacturés à Serrières, furent-ils, dès le ne début, destinés à l’écoulement sur les marchés de Neuchâtel et du Viens ble, peut-être même sur les marchés de l'étranger.
‘* Nous croyons donc pouvoir affirmer que ? industrie de famille, premier type de l’évolution industrielle, n’a pas véritablement existé dans la gorge de la Serrière et que ce village a débuté dans son développement économique par la deuxième étape : celle des métiers.
Les premiers artisans qui se fixèrent dans le vallon de la Serrière furent des meuniers, puis vinrent des scieurs et des forgerons. Tout d’abord ces industriels n’amenèrent avec eux que leurs familles, plus tard il s’y Joignit quelques domestiques (ou « compagnons » sous le régime corpo-