MA SE
Il consistait à donner aux planches une épaisseur moindre à l’un des bouts qu’à l’autre, afin d'augmenter ainsi le nombre des planches et d’obtenir par ce moyen un plus grand profit du bois. Le bois ainsi inégalement scié était réellement abîmé. La plupart des ouvrages, exigeant de la régularité dans l'épaisseur des bois, demandaient un travail supplémentaire, ce qui entraînait une perte de bois très considérable. Les ouvrages des menuisiers, exécutés avec ces planches, étaient mal faits, ce qui donnait lieu à une foule de plaintes et de réclamations. Beaucoup d'habitants, pour lutter contre ces abus des scieurs du pays, faisaientivemir leur bois de l’ étranger.
Ces faits étaient contraires aux intérêts de l’État et de la population ; cependant le Conseil d’État n’intervint qu’en. 1840. Par un arrêt, il régla cette situation fâcheuse et il prévit une amende de 12 batz par planche sciée à inégale épaisseur. !
a) Scie du Bas de Serrières? (Roue n° 38 de notre plan de 1811, fig. 3.) — Cette scie, située aujourd’hui encore au bord du lac, doit être classée parmi les plus anciennes usines de Serrières. Elle existait déjà à la fin du XVE siècle, date à à laquelle elle était exploitée par les comtes de Neuchâtel.
Elle est mentionnée dans l’accensement du 10 avril 1498 par lequel Philippe de Hochberg octroya un emplacement et la jouissance du cours d’eau pour construire et exploiter les Moulins du Bas; place qui se trouve «… allendroit de sa raisse... »
La scie du bas fut accensée le 3 janvier 1507 à Peter Claus, propriétaire d’autres rouages à Serrières, par Louis d'Orléans pour 3 hvres et demi faibles de cens annuel. #
En 1602, le propriétaire de cette scie (Abraham Mouchet) concéda une lettre de faveur aux ressortissants de Corcelles-Cormondrèche. Ceux-ci lui ayant donné le droit de se fournir de bois dans leurs forêts pour les réparations de sa scierie, il s’engagea, en son nom et en celui de ses hoirs et successeurs, à scier pour les ressortissants de ces villages à des conditions spéciales, en récompense des services rendus. ÿ
Cette lettre de faveur est renouvelée par le propriétaire suivant en 1617.%
Cette scierie est — peut-être de tout ke canton — le dernier vestige dé la vieille industrie qui fit la prospérité de notre pays durant le moyen âge et l’époque moderne. Elle travaille encore uniquement avec l'énergie de la rivière, captée par une roue à palettes (en fer) et transmise par de nombreux engrenages. Aussi cette scierie est-elle obligée de chômer, lorsque les eaux sont trop basses, ou trop hautes ; dans ce dernier cas les rouages. sont immergés.
1 Arch. de l’État, Dossier Cours d’eau, C 5, n° 650.
2 Voir annexe n° 17.
3 Arch. de l'État, D 9, n°8, $ 25.
4 Archives de la Ville, K III, 7, p. 5. ç
5 Archives Communales de Corcelles-Cormondrèche, KK 3, n° 1. 6 » » » ». KK 3, n° 2.
ee
Elle se compose de deux scies verticales et d’une scie circulaire, soit d'installations analogues à celles des industriels de jadis et dont le maniement est extrêmement compliqué.
Elle est exploitée encore aujourd’hui selon la concession de 1507.
Comme pour les moulins, nous donnons ci-après le tableau des propriétaires successifs de la scie du bas :
Fin du XVE siècle : Les comtes de Neuchâtel.
1507-1538 Peter Claus.
. 1538 Marguerite Claus, sa fille.
1538 Marguerite Claus, Anthoine, Benoît et Jean Claus. 1590 Famille Bergéon.
1590-1598 Michel Bergeon, puis sa veuve Marie Royet. - 1598 Oswald Hessler.
1602 Abraham Mouchet.
1617 Daniel Fornachon.
1647 Capitaine Jean Bergeon.
1744 Hoinie de Sandoz.
1812 Jean-Jaques Widmer.
1832-1858 Bourgeoisie de Neuchâtel.
1858 David-Henri et David-Louis Rod.
1920 MM. Vœgeli frères.
b) Scierie de la Famille Martenet! (appelée dans d'anciens actes : la Grosse Scie). (Roue n° 33 de notre plan de 1811, fig. 3.) — Cette scie est de date relativement récente. Jean Cornu, de Boudevilliers, qui pos-
sédait au milieu du XVITE siècle une forge (roue 34) et les terres qui se
trouvaient autour de cette dernière, demanda en date du 30 mars 1660 au Conseil d’État l'autorisation de construire une « raisse » à côté de ses autres rouages sur la Serrière. Les propriétaires des usines voisines (les héritiers du lieutenant Bergeon) firent opposition à cette construction, prétendant que la partie du cours d’eau concédée à Cornu leur appartenait. Mais leurs réclamations furent jugées non fondées par le Procureur Général ; en conséquence, le Gouverneur octroya à Cornu, le 2 octobre 1660, la concession hydraulique qu’il avait demandée contre paiement d’un cens annuel et perpétuel en nature de douze «lahons de sapin », et à condition qu’il scierait perpétuellement pour le service de la seigneurie, à raison « … d’un gros ou Lutzerne par taille. » ?
Cornu ayant obtenu bye concession, commença à construire les bâtiments nécessaires pour sa « raisse », lorsque de nouvelles protestations se firent entendre, surtout de la part d’un autre voisin, Samuel Peter. Ce dernier RE qu’elle était « préjudiciable à sa maison tant au regard de sa roue... » ÿ
Cornu, malgré ces oppositions, put finir ses constructions, mais il en résulta des discussions, des réclamations et des procès ininterrompus pendant tout le XVIIe siècle entre Cornu et ses voisins.
1 Annexe n° 18.
2 Arch. de la Ville, K III, n° 7, p. 65-68 ; Reconnaissances de S'errières, p. 21, Dossier Cours d’eau, © 5, n° 651.
3 Arch. Martenet, sentence du 12 février 1662.