‹ Les Industries de Serrières: A Travers les AgesChapitre 35 sur 43 · NET ME · texte numérisé non relu

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Tente ! et trouvée dans les actes de la famille de Merveilleux. Il s’agit dans cette pièce d’un différend entre Bonaventure Beynon et Simon Iteret au sujet d’une «raisse » que le premier «.… pretendait faire et dresser en dedans les murailles et maysonnement de la papellerie que le dit maistré Simon entend faire et bastir… au dit Serrieres.…. » ; cet acte | est signé J. Tribolet, notaire, et daté du 20 décembre 1563.

Durant les premières années d’activité de la nouvelle fabrique de papier, Îteret eut de grandes difficultés pour se procurer des chiffons, matière première nécessaire à son industrie : en effet les « pattiers » récoltaient tous les vieux chiffons du pays pour les vendre à l’étranger ; d’autre part, les gouvernements de Berne et de Fribourg avaient interdit à cette époque l'exportation de chiffons.

Simon Iteret, au nom de tous les papetiers du comté, présenta une requête au gouvernement ; il demandait l'intervention de ce dernier pour interdire aux marchands d’exporter les vieux chiffons. Dans sa requête, 1l exposait que les papetiers du pays «.… venoyent totalement en degast et ruine par le moyen d’aucungs marchans habitans en ceste ville, qui distraisovent et emmenoyent hors ce dict comté Jusques a Geneve et autres lieux les vieulx drapeaux ? après les avoir acheptez des personnes qui les amassent et vendent, que l’on appelle vulgairement pattiers, ostans par cela toute commodité de faire bon et beau papier suffisant et raysonnable, mesme le moyen de recouvrer d’iceulx vieux drappeaux a suflisance pour fournir et satisfaire au debvoir en quoy tous les loyaulx papetiers sont tenus et obligés. »

Le gouvernement céda à la requête des papetiers ainsi que le prouvent les Actes de Chancellerie du 25 mai 1568 : 3 Par un mandement de la seigneurie, défense a été faite d’exporter les vieux chiffons avant de les avoir offerts aux papetiers du comté. Par contre «.… tous papetiers seront tenus et obligez par leur serment, et soubz l'obligation de leurs biens et paine correspondante a faute advenir, de faire et vendre tel papier qui soit, puisse et doibge estre confessé et recognu estre marchandize bonne, belle, prouffitable, suffisante et honnorable, et tellement qu’une chascune forme de papier grand commung moyen et petit soit et doibge estre en bonne espesseur, largeur, longeur suflisante et raysonable, bien coulé, non rude et inamyable a escripre, lequel il baïllera et vendra riere ledit comté, appartenance et deppendance pour ung pris amyable... »

Iteret n’était pas seulement papetier ; il exerçait la profession de commerçant en produits divers (sucre, livres, acier, etc.). En cette qualité, il fréquentait régulièrement les foires de Francfort, Strasbourg, Dijon, Genève et autres lieux, endroits où 1l trouvait des: débouchés importants pour ses papiers de Serrières ; il était fournisseur des imprimeurs des villes de Francfort et de Cologne.

Nous possédons une partie de sa comptabilité (1569-1590), fort imté-

1 Le Canton de Neuchâtel, I, p. 442.

2 Chiffons.

3 Actes de Chancellerie, 4, p. 143. (Musée Neuchâtelois, 1901, p. 142.)

a NON

ressante, et qui prouve l’activité intense et variée de ce bourgeois de Neuchâtel. !

Iteret eut comme collaborateur dans la fabrication du papier son beau-fils, Pierre Bourgeois dit Blane, qui construisit plusieurs moulins à Serrières en 1588, et dont les établissements occupaient quelques ouvriers. ? É

Les propriétaires suivants de la papeterie furent les familles Huguenin Goura et Merveilleux. Les héritiers de Huguenin Goura père avaient vendu la moitié de la papeterie à la famille Merveilleux, partie qui fut rachetée par le fils de Goura le 21 mai 1581 : « .… c’est assavoir la moytié de la papeterie, maison, forge, cours d’eau privilèges. gisant au dict Serrières mouvant de feu Huguenin Goura, son père... »

Au commencement du XVII siècle, la papeterie de Serrières se spécialisa dans la fabrication de papier propre à l'imprimerie, de sorte que les habitants de Neuchâtel se virent dans la nécessité d'importer le papier à écrire. Le Conseil, pour remédier à cet état de choses, donna l’ordre à l’usine de Serrières de produire également le papier à écrire.

Manuel du Conseil d'État, du 17 mai 1603 :

Nota de faire donner provision qu’il soit faict de papier propre a escripre aux papeleriers de Serrieres ou 1l ne s’en faict que pour servir aux imprimeries, que les officiers de la seigneurie et le peuple du lieu en puissent jouir, sans en mander querre aillieurs a Basle et Berne, veu qu'ilz ont le moyen au dict Serrieres d’en faire d’aussy propre qu’es dicts lieux...

Pour protester contre cette décision du Conseil, les papetiers de Serrières fabriquaient des papiers à écrire de très mauvaise qualité, ainsi que cela nous est confirmé par le Manuel sus-mentionné :

3 février 1606 :

Sur les plainctes que se font journellement des papeteries de Serrieres, que les maistres ny font a faire aulcung bon papier a escripre, a esté dict et arresté qu’il sera commandé aux dicts maistres d’y faire faire de bon papier, aultrement que l’on advisera comment 1ilz y pourront estre constrainetz..,

Pour les actes officiels, les reconnaissances, ete., le gouvernement était donc toujours contraint de faire ses achats dans les papeteries de Berne. 3 Le 13 janvier 1607, on répéta aux industriels de Serrières l’injonction de faire du bon papier «.… pour les grosses. » {

Le 12 octobre 1666, ° Jonas Rougemont tenait la fabrique en co-

! Arch. de l'État, Dossier part. S. Iteret.

? Par ex. Michel Bernard, de Roman en Normandie, dont nous possédons le contrat de mariage. (Arch. de l'État, J. Amyot, not., V, fol. 3, vo.) Pierre Bourgeois dit Blanc est nommé, outre les pièces citées dans le paragraphe des moulins du haut, dans deux actes : celui du procès du 13 juillet 1567 entre lui et Jean Rougemont, au sujet de la papeterie, et dans le document Z 19, n° 30, de 1590 environ. Par ce dernier, Sillery, ambassadeur de Sa Majesté aux Ligues suisses, ordonne à Pierre Chambrier, receveur général des finances du comté de Neuchâtel, de verser à Pierre Blanc, papetier à Serrières, la somme de 570 livres faibles, pour 130 rames de papier fourni pour les nouvelles reconnaissances du Comté. (Ed. QUARTIER-LA-TENTE, Le Canton de Neuchâtel, I, p. 444.)

3 Manuel du Conseil d'État, 29 avril 1606.

4 » » 13 janvier 1607.

5 Reconnaissances de Neuchâtel, f° 206, Vo.

Or

propriété avec Louis Rosselet et David Seinet : « deux maisons en l’une desquelles est construict une papeterie ».

Les deux premiers, « possesseurs des papeteries de Serrières », sont nommés dans le Manuel du Conseil d’État en date du 29 avril 1674 : on ‘leur accorde un mandement pour deffendre d’acheter les pattes si vieux linges pour les vendre hors de cet Etat... », mandement qui devait confirmer les dispositions légales antérieures à ce sujet (1568).

Mais, malgré ces dispositions de la part du gouvernement, l’exportation des chiffons continuait, de sorte que de nouvelles plaintes furent faites par les papetiers du pays. Nous lisons dans le même Manuel en

date du 21 mai 1684 :

. sur la plainte faite au nom de Guillaume Dubié, papetier de St.-Sulpice, contre ceux qui enlèvent le vieil linge dans ce pays et qui le portent vendre aux papetiers étrangers en sorte qu'il n’en peut pas avoir pour fournir à sa papeterie, quoy qu'il s’offre de le leur toujours payer comme cy-devant. Après avoir délibéré la dessus, 1l a été dit que l’on fait defense à tous ceux qui cueillent et amassent le dit linge tant du pais que les étrangers, de le transporter hors de cet Etat sans l’avoir premièrement offert à vendre au dit Dubié et aux autres papetiers du pays...

Dans le partage des biens de Jean Rougemont, du 17 octobre 1679, nous trouvons mentionné son successeur à la fabrique de papier : . Noble et vertueux sieur Henry Tribolet Hardy, Maire de la Ville...

Ts est escheu et adveneu... premierement la papeterie, la raisse et

rebatte de Serrieres, leurs rouages, cours d’eau... » (estimés à 13.750

livres faibles). !

En 1686, le 26 juin, « … 1l est ordonné aux possesseurs des papeteries de Serrières et Saint Sulpy, de comparoitre mecredy prochain trentième de ce mois en Conseil, pour entendre ce qu’on a à leur representer de la part de la seigneurie, touchant la fabrique de leur papier, qui n’a pas la bonté qu’il doit avoir. » ?

Les papetiers répondirent qu’on leur payait trop peu pour le papier fourni et ils se plaignirent de nouveau de ceux qui exportaient des chiffons. ? Le Conseil arrêta alors « .… qu’on ordonne aux dits papetiers de faire leur papier de la grandeur et qualité convenable, duquel ils pourront se faire payer suivant sa juste valeur. Et qu’au reste on fait défenses à toutes personnes soit du pais ou étrangères de transporter les linges ou pattes hors de l’État. 4

4 Arch. de l’État, N. Huguenaud, not., III, p. 186. 2 ? Manuel du Conseil d’État, 26 juin 1686.

» » 30 juin 1686.

à Un mandement (Arch. de l’ État, livre des mand. III, p. 48) fut donné à ce sujet le même jour, qui expose que les papetiers du pays doivent souvent chômer à cause gs cette exportation « … à leur ruine et perte, aussy bien qu’au préjudice de tout le pais..

Dans la suite, ce commerce de chiffons a donné lieu à plusieurs arrêts et D eos de la part du Conseil d’État :

Manuel, du 28 mars 1693 : les papetiers de l’État supplient le gouverneur d’édicter un mandement interdisant l’exportation des chiffons. 4 juillet 1698 : un maître papetier demande que la défense d’exporter du vieux linge soit renouvelée. 21 nov. 1699 : N. Boyve est accusé d’exporter du vieux linge propre à faire du papier. déc. 12 : un papetier du pays

RO re

Dans un contrat de vente du 15 janvier 1687, fait par Pierre Jeanjaquet à Abram Jobard et Gaspard Jobard son fils en leur nom ainsi qu’en celui d’Arnold Schnuck, marchand, de Nuremberg, demeurant à Lyon, on cite €... une maison gisante au haut du Ass de Serrières, où il y avoit cy devant une papeterie... » 1

Cette citation pourrait faire croire que l'exploitation de la fabrique

avait été interrompue pour quelque temps ; mais, comme d’autre part,

cette maison au haut de Serrières où « … 1l y avait ci-devant une papeterie.… » est de nouveau mentionnée dans un contrat de vente de 1713, ? date à laquelle nous savons par d’autres sources que la fabrique était en pleine activité, nous devons plutôt croire que la papeterie changea de domicile au courant du XVITI® siècle.

Les noms du propriétaire et du locataire de la papeterie en 1710 nous sont donnés par le Manuel du Conseil d’État ; nous y lisons : «. qu ayant (Daniel Meuron) amodié les papeteries de Serrières qui appartiennent à M. le Conseiller Buloz... »

L'histoire de la fabrique durant les années suivantes jusqu’en 1744 nous est rapportée par À. Petitpierre. * Dans un acte du 16 janvier 1711, signé Bonvespre, notaire, il est fait mention de la papeterie, comme ayant déjà une existence antérieure à cette date. Il ÿ est question d’un moulin à papier, c’est-à-dire d’un établissement consistant uniquement dans une cuve et des pilons : c’est la première enfance de cette fabrication.

Le 12 juillet 1717, Nicolas Heusler, de Bâle, fit l'acquisition de la papeterie, # qu’il céda, le 8 avril 1723, à Jean-Baptiste Becquin, de Pontarlier, avec toutes les marchandises, entre autres des chiffons mélangés, préparés pour la fabrication du papier, qu'il taxa à 18 batz le quintal et les noirs à 9 batz. ÿ

Le 19 décembre 1744, David Gruner, de Berne, en devint nouvel acquéreur. L’acte de vente parle de deux moulins à papier ou cuves, ce qui peut faire présumer que la papeterie avait pris de l’extension.

La famille Erhard Borel succéda à Gruner et exploita la papeterie jusqu’en 1854.

Comme nous l’avons exposé dans notre chapitre sur la métallurgie, Erhard Borel IT avait un commerce de chiffons qui suggéra très probablement à ses descendants l’idée d'acquérir la fabrique de papier de Serrières. Son fils Erhard IT et sa fille Judith 6 avaient repris les affaires

est autorisé à confisquer la marchandise, moyennant qu'il la paie. 16 janvier 1710 : requête demandant d'empêcher que les « pattes » nécessaires à la fabrication du papier sortent du pays. 25 mars 1771 : le gouvernement avise les péages de Neuchâtel et Thielle … de veiller à ce que les vieux chiffons ne sortent plus hors de l’État, « … en arrêtant et confiscant tous les envois de pareilles marchandises...» 3 novembre 1778: A. Kocher exporte du vieux linge (Pont de pes

î 1 Arch. de l’État, J. Sandoz, not., IV.

» id DuPasquier, not., 15 mai 1713.

3 Un demi-siècle de l’histoire économique de Neuchâtel, p. 276.

4 J.-F. Boyve, not. II, p. 148.

5 Jean Guinchard, not. I, p. 402.

6 Judith Borel épousa en 1743 Jonas Philippin qui devint par un « traité de commerce » (13 juillet 1743) associé du commerce E. & J. Borel, raison sociale qui continua à exister comme par le passé. L'art. 3 de la convention dit que « … le moulin et La papeterie demeu-

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Pour le Molin a papier de Serrieres.

La manieré comme maistre Pierre de Piemont et de Cazelle et Jehanin Varnoz des dictz lieux entendent faire ung bapteur a battre papier riere et soubz la seignorie de hault et puissant seigneur mon très redoubté seigneur monseigneur le marquis et conte de Neuschastel et au lieu de Serrieres ou dict contey de Neuschastel.

C’est assavoir qu’ilz entendent que mon dict seigneur leur laisse panre bois en ses forestz a ce appartenans pour une foy au moingne dommageable que faire se porra.

Item, la place pour faire le dict bapteur et une place pour faire une grange

pour essuyer le papier, ensemble d’ung petit curtil derrier icelle, sans preju-

dice d’aultres ingies de mon dict seigneur, et en icelle grange faire ung fornet pour l’uysance et vyvre d’eulx et de leurs familliers et non aultrement, avec leur demorance, ainsi que bon leur semblera faire, et leur sera limitée la place pour ce faire comm'il sera advisé.

Item, qu’ilz puissent tenir et possider ce que dessus pour eulx et les leurs pour en joyr, alyené ou vendre a leur prouffit, reservant le droit de mon dict seigneur comm'il appartiendra par raison.

Au regard de la peische de Sarrieres, mondict seigneur soit content de leur laissier a son bon plaisir et pour le pris que ung aultre la tiendroit, ainsi que son bon plaisir l’advisera. :

Monseigneur e(s)t content pour la censse annuelle de deux raymes de petit papier, une raime de gros, et deux florins d’or. Fait le xxv® jour de juillet au lieu de Reuthellin, l’an, etc. Ixxvij [1477]1.

1 Actes de Chancellerie, vol. A, f0 4710. *S

NE

de leur père sous la raison sociale Æ. d J. Borel, en date du 5 juin 1733. C'était un gros commerce d’ épicerie, de droguerie, de cuirs et de chiffons, d’ aunage, de fer, de change d’espèces et même de cheveux.

La maison E. & J. Borel apparaît pour la première fois au mois de janvier 1740 dans l’histoire des usines à Serrières. À cette date le gouvernement lui ordonne d’enlever tous les ouvrages qu’elle avait fait faire pour détourner le cours d’eau de la Serrière, ouvrages qui privaient à certaines époques les moulins situés au- dessous des fonderies de l’eau nécessaire pour leurs rouages.

Il résulte de cette ordonnance que la famille Borel devait posséder déjà à cette date des usines au haut de Serrières, mais le premier acte que nous puissions citer avec certitude, relatif à la fabrique de papier, est la convention du 15 décembre 1745. Borel contracte avec David Gruner Qun traité de participation » qui remet au premier en bail les

deux moulins à papier situés à Serrières.

Le champ d’activité de la maison Borel fut done encore élargi ; les associés ajoutèrent à leur raison sociale la mention : fabricants et marchands de papiers en tout genre.

Dès ce moment, la maison Borel s’appliqua à devenir seule propriétaire de la fabrique de papier, but qui fut atteint quelques années après la première convention avec Gruner. Par acte du 23 février 1748, ce dernier céda à E. &. J. Borel tous les biens-fonds et effets qui se trouvaient dans la papeterie et les moulins. !

La maison Borel, qui joignait à la vente au détail des produits de sa propre fabrication le commerce du fer et du cuivre, prenait d’année en année une plus grande extension. Mais en 1755 la société fut dissoute pour des causes diverses que nous n’avons pas à exposer ici.

Erhard Borel, se trouvant seul à la tête des affaires considérables de l’ancienne soëiété, s’associa avec ses. commis, les deux frères Roulet. Ce nouveau traité de commerce, daté de 1760, en 26 articles, prévoit une durée de six ans ; 1l réserve la moitié du bénéfice des affaires à Borel, tandis qu’un quart revient à chacun des frères Roulet. ?

Le but de la nouvelle société était (outre le commerce proprement dit : épicerie en gros, commission, expédition) l'exploitation des usines suivantes situées dans le vallon dela Sérrièré: la vieille-et la nouvelle papeterie (augmentée de nouveaux pilons), la tirerie de fil de fer, la forge à martinets dit Maussang, et enfin la tréfilerie en bas de Serrières.

Erhard Borel III mourut en 1785 et son fils Erhard Borel IV, secondé par son beau-père, Thuillier, le remplaça dans la société commerciale avec les frères Roulet.

Jusqu’à cette époque les affaires semblaient marcher normalement,

rent aussi en société et indivis.. » et l’art. 13 réserve à Philippin sa part aux bénéfices dans les affaires. « Les proffits sur les martinets, papeleries et autres se partagent toutes les années. » — À l’époque où le contrat de société fut conclu, les affaires de la maison s’étendaient également au commerce du cuivre qui était travaillé dans leurs forges à Serrières. (Voir chap. IV, $ 1.)

1 C.-F, Bovet, not. II, p. 1.

2 Borel fournit les fonds nécessaires, pour lesquels la société lui bonifie un intérêt de 5 % jusqu’à L. 50.000.— et de 4 4%, % pour les avances en plus.

mais vers 1785 les frères Roulet, trouvant que l'exploitation des fabriques de Serrières et les affaires commerciales ne conduisaient pas assez vite à la fortune, lancèrent la maison dans des spéculations hasardées. À la suite de grandes pertes, causées par ces opérations, la maison traversa une crise très aiguë. { .

L'association de Borel avec les frères Roulet prit fin le 1€T janvier 1798. Mais Erhard Borel-Thuillier continua le commerce et reprit l’exploitation des usines de Serrières.

La papeterie lui appartenait également ; la reconnaissance de 1812 ?

la mentionne comme suit : «.… une papeterie où la roue n° 9 fait mouvoir

seize pilons et celle n° 10 un cylindre... » (Voir fig. 3.)

L'année de disette 1816, désastreuse pour notre pays, n’épargna pas l’industrie de Serrières ; excepté les moulins à blé, toutes les usines périclitaient. Les propriétaires de la papeterie, se rendant compte de la situation, profitèrent de cet état de choses pour essayer de donner une plus grande extension à leurs usines par l’achat des immeubles de propriétaires dont les usines chômaient et par celui de machines nouvelles. à

La fabrique de papier resta donc plus ou moins stationnaire jusqu’en 1816, puis elle commença dès cette date à prendre un développement prodigieux, grâce aux améliorations et aux perfectionnements que ses directeurs surent lui donner.

Le fils de Borel fit des voyages d’études en Allemagne, en Hollande et en Autriche où il visita les grandes papeteries. Rentré à Serrières (1816), il se mit tout de suite à l'étude de l’extension à apporter à la fabrique de son père et des perfectionnements à y faire. Il fit un projet pour une nouvelle papeterie comprenant un cylindre moderne qu’on venait d’inventer en Hollande pour la préparation de la pâte à papier, un raffineur et une cuve pour les papiers fins.

Un nommé Bertholet, de Nyon, vint installer ces nouvelles machines qui donnèrent pleine satisfaction à Borel père et fils, et la nouvelle fabrique donna les plus heureux résultats (1818-1819). Encouragés par leurs succès, les propriétaires firent des changements analogues dans la vieille papeterie.

Avant 1816, on fabriquait surtout des papiers d'emballage faits au pilon. Avec les nouvelles installations, la production « du papier à la main » fut augmentée et on commença à faire des cartons pour relieurs.

C’est ainsi que la fabrique de papier prit dès ce moment un essor considérable et qu’elle devint à cette époque une des plus importantes fabriques de papier de la Suisse.

En 1819, date à laquelle le fils de Borel prenait déjà une part active à la direction de la fabrique, il s’associe à la maison de son père, Borel- Thuillier, Comme le vieux chef de la partie technique, Hodel, était mort, Borel fils dirigea lui-même la fabrication, en commun avec son frère Charles-Antoine, qui avait également visité les papeteries d'Allemagne et avait fait un stage comme ouvrier dans l’une d’elles, près de Munich.

1 Voir chapitre IV, $ 1.

2 Reconnaissances de Serrières, p. 36.

% A, PETITPIERRE, Un demi-siècle de l’histoire économique, p. 278.

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En 1826, de nouvelles cuves furent construites dans la papeterie de Serrières.

L'année suivante, le chef de la maison E. Borel-Thuillier mourut, après avoir fait preuve durant toute sa vie d’une activité commerciale et industrielle intense ; ses deux fils continuèrent à exploiter les usines de Serrières.

Tandis que jusqu’à la fin du XVIIIS siècle, les papetiers du pays luttèrent contre le commerce hbre des chiffons, nous assistons, au commencement du siècle suivant, à un effort contraire de leur part pour abolir les entraves qui existaient alors dans ce commerce de canton à

canton. Un concordat entre cantons (Neuchâtel, Berne, Fribourg) fut

conclu le 5 juillet 1810, qui devait garantir la libre circulation des chiffons servant à la fabrication de papier. ! Celui-ci étant entré en vigueur, Borel fils se plaignit à plusieurs reprises que les gouvernements de Berne et de Fribourg ne respectaient DRE ses clauses et il demanda la protection du Conseil d'État neuchâtelois. ?

Mais il n’obtint pas entière satisfaction. Pour être plus à même d’obtenir les chiffons du canton de Fribourg, Borel frères firent acquisition de la papeterie de Marly (Fribourg) en 1835. Mais deux ans plus tard déjà, ils se dessaisirent de cette usine, ayant jugé que l’adjonction de cette fabrique n’était pas une bonne affaire pour leur maison.

La concurrence entre les fabricants de papier était devenue grande à cette époque, et les papetiers de Serrières avaient peine à lutter, ne possédant pas les machines les plus modernes. Vers les années 1838-1839, Charles-Antoine Borel ayant dû se retirer de l’industrie pour cause de santé, son frère Erhard se décida à remonter la papeterie d’après les procédés modernes pour mieux faire face à ses concurrents. Une nouvelle machine, à papier continu, venait d’être inventée par un Français, nommé Robert, et perfectionnée par des ingénieurs anglais. Cependant «on prétendait que le papier continu ne valait rien ou pas grand’chose et qu’il ne remplacerait Jamais le papier à la main » 5

Borel, pour mieux examiner cette question de la nouvelle technique dans la production du papier, fit un voyage d’études en Alsace, en Lorraine et aux environs de Paris. Peu satisfait de ce qu'il avait vu, il s’embarqua pour Londres afin de visiter les établissements de Briam Donkins & Cie, grands constructeurs de machines de papeterie. Ces derniers, sur les ordres de Borel, élaborèrent les plans d’une nouvelle usine à Serrières.

À son retour de Londres, Borel fit commencer tout de suite la construction de la nouvelle papeterie avec une machine à papier continu. Il n’hésita pas à opérer ces transformations, malgré les grands obstacles qu’il prévoyait. Bien que le concordat de 1810 stipulât le libre commerce de chiffons de canton à canton, il était extrêmement difficile d'obtenir de la matière première en suffisance pour une installation aussi vaste que

1 Arch. de l'État, Dossier Industrie, G 4, n° 179. 2 Manuel du Conseil d’État, 7 juin, 26 juillet et 29 novembre 1830. 3 À, PETITPIERRE, Un demi-siècle de l’histoire économique de Neuchâtel, p. 278.

celle que Borel avait projetée. D’autre part, jusqu’en 1848, l’écoulement du papier était entravé par toutes sortes de difficultés (péage). !

Cette machine anglaise installée à Serrières, la production de la fabrique de papier augmenta considérablement. Borel jugea précieux de trouver hors du pays de nouveaux débouchés pour écouler sa marchandise.

Dans ce but, tout en priant les autorités de Neuchâtel d'appuyer sa requête, Borel s’adressa au gouvernement prussien et lui demanda d’intervenir pour lui auprès de la Conférence des États de l'Union douanière, qui se tenait à Berlin en 1839. Il demandait ? une réduction des prix d’entrée des papiers de Serrières dans les États en question, avantage que l'Union accordait aux toiles peintes, aux articles d’horlogerie et aux vins mousseux de notre pays. ?

Mais les démarches de Borel auprès du gouvernement prussien n’aboutirent pas. Le baron de Werther écrivait à Neuchâtel qu’une demande auprès des États de l'Union douanière n’aurait aucune chance d’être admise, vu que les fabricants de papier des États de l’Union se plaignaïent à ce moment de l’insuflisance de la protection.

Comme nous l’avons vu dans notre chapitre sur la métallurgie, Erhard Borel (allié Unger) s’occupait non seulement de sa papeterie, mais aussi du commerce du cuivre. Il Joignait à son activité commerciale et industrielle de vifs intérêts politiques ; en 1848, 1l prit une part active à la Révolution neuchâteloise. Républicain ardent, il fut membre du gouvernement provisoire, puis du Conseil d'État et du Grand Conseil, enfin préfet de la ville et district de Neuchâtel.

A l’égard des ouvriers de la papeterie, et de ceux de ses forges de Serrières, Borel était très généreux ; de tout temps il s’intéressa à leur sort. Dans les années 1846-1847, il fit construire à Serrières un grand bâtiment pour y installer une cuisine économique qui devait fournir une bonne et saine nourriture aux ouvriers. Les déficits de cet établissement étaient portés chaque année au compte de Borel.

Après 1848, Erhard Borel, craignant toujours de voir retomber le pays sous le régime prussien, songea à transformer la papeterie en une société par actions, afin d’y engager des capitaux étrangers. De la sorte, en cas de saisie ou de confiscation royaliste, la Prusse se trouverait en face d'actionnaires suisses, français et anglais.

Son but fut atteint par Pacte du 20 mai 1854 qui constituait la nouvelle société ; celle-ci fut sanctionnée par le Grand Conseil de Neuchâtel le 7 juin 1854. Le capital d'action était de Fr. 750.000.— ; la famille Borel et les anciens gérants souscrivaient cinq sixièmes du capital, tandis qu’un sixième fut placé à l'étranger.

1 A. PETITPIERRE. Un demi-siècle de l’histoire économique de Neuchâtel, p. 279.

? Arch. de l’État, Dossier Industrie, G 4, n° 384, requête datée du 14 septembre 1839.

3 Ces industries neuchâteloises profitaient largement des faveurs accordées par l’association. Si nous examinons par ex. le tableau comparatif des années 1836-1842 des droits payés pour les articles de toiles peintes, horlogerie et vins mousseux exportés de la Principauté dans les États de l’Union, nous voyons une économie annuelle : pour les toiles peintes, qui varie entre L. 115.000 et 178.000 ; pour l'horlogerie, qui varie entre L. 11.000

et 16.000 ; pour les vins mousseux, qui varie entre L. 6000 et 20.000. (Arch. de l'État, Dossier Industrie, G 4, n° 399.)

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La durée de la société fut fixée à 50 ans ; cependant les deux frères Borel (Erhard et Charles- Antoine) "se réservaient pour eux ou leurs ayants-droit la faculté du retrait des actions au pair au bout de 20 ou 25 ans (art. 26 des statuts). Suivant le Manuel du Conseil d'État, ! les immeubles de la papeterie (ÿ compris les machines) et le cours d’eau furent repris par la société anonyme pour Fr. 197.000.—

En même temps que s’opérait cette transformation financière de l’établissement, la papeterie fut agrandie par une seconde grande machine à papier continu, fournie de nouveau par la maison Briam Donkins & Cie, de Londres.

S1 nous Jetons un coup d'œil sur l’importance de la fabrique de papier dans la première moitié du XIXE siècle, nous constatons que si elle est restée stationnaire jusqu’en 1816, dès cette date elle n’a cessé de se développer. En 1816 encore, elle ne possédait que deux cuves, qui, réunies, pouvaient produire 200 à 250 livres dé papier par Jour. C’est alors que urentconstruits un noûveau moulin à papier et une cuve ; la production fut dès lors augmentée d’un bon tiers. Douze ans plus tard, deux nouvelles cuves furent installées et la production journalière s’éleva de 5 à 600 livres de papier. De 1838 à 1840 un troisième moulin à papier fut établi ainsi que la première machine à faire le papier continu. En 1855 on supprima le travail à la cuve comme moins avantageux, mais on construisit un quatrième moulin et une seconde machine. La production s'élevait en 1860 à 4000 livres de papier par jour.

La nouvelle société anonyme, fondée en 1854, marchait fort bien au point de vue financier. Les premières années de son existence, elle put distribuer à ses actionnaires un dividende de 9 % et ensuite jusqu’en 1869, un dividende variant du 4 au 13 %,, et de 1870 à 1875 du 12 au LOS

Ce superbe résultat était dû avant tout à la direction de gérants capables. Toutes les affaires étaient menées par eux activement et économiquement. D’autre part, on ne négligeait pas d’apporter les améliorations nécessitées par la technique moderne dans la production du papier. L’ancienne roue hydraulique qui activait 4 cylindres fut remplacée par une nouvelle ; on établit une turbine, des cylindres lessiveurs rotatifs, des chaudières à vapeur, ainsi que bien d’autres perfectionnements.

En 1875 eut lieu le retrait des actions, droit que s’étaient réservé les frères Borel pour eux ou leurs ayants- droit par l’art. 26 des statuts de la société. Ce retrait occasionna des ennuis et de longues discussions entre les deux branches de la famille Borel. Toutes les actions appartenant à des étrangers furent remboursées au pair.

1 Manuel du Conseil d’État, 31 décembre 1855 2 Suivant l’art. 39 des statuts, les bénéfices de la papeterie se répartissaient comme

suit :

È % à la gérance ; 2 % pour soulager les ouvriers, vieux, infirmes, malades, payer les remèdes eb le médecin et secourir les malheureux en général ; 88 % aux actionnaires.

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