‹ Les Industries de Serrières: A Travers les AgesChapitre 36 sur 43 · ER · texte numérisé non relu

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L'exploitation de la papeterie resta dans les mains de l’ancienne direction jusqu’en 1878. Le 3 mai de cette année, la branche cadette des Borel acquit la papeterie aux enchères publiques pour le prix de Fr. 722.000.— et entra en possession de la dite le 17 juillet de la même année. Le nouveau propriétaire constitua une nouvelle société anonyme, dont l’acte constitutif est daté du 20 mai 1878. Son capital-actions fut fixé à Fr. 1.000.000.—. 1

Ce dernier est aujourd’hui réduit à Fr. 500.000.— ; ? les dividendes s'élèvent ces dernières années à B %,.

Le nombre des ouvriers était en 1914 de 110, celui des employés de 11.

La concession faite en 1477 aux fondateurs de la fabrique permet à celle-ci d'employer les forces hydrauliques de la Serrière. Elles sont actuellement 3 de 180 P.S. captés par quatre turbines ; des agrandissements projetés augmenteront les forces motrices fournies par la Serrière de 64 P.S., ce qui fera un total de 244 P.S. Une machine à vapeur de 70 P.S. fournissait en temps de basses eaux l’énergie complémentaire ; mais cette dernière. a été remplacée par six moteurs électriques d’une force totale de 210 P.S. ; le projet d’agrandissement porte le nombre de P.S. à 543 fournis par les usines électriques.

La Fabrique de papier compte aujourd’hui une quinzaine de bâtiments.

Ainsi que le démontre la statistique,“ le maximum de la production : 1.740.188 kg. fut atteint en 1915-1916 ; ces dernières années la production a baissé pour n’être en 1918-1919 que de 998.795 kg. Les usines fabriquent tous les genres de papier, de 24 grammes le m? à 250 grammes le m?, La vente se fait par l’intermédiaire du Bureau de vente à Lucerne.

$ 2. Fabrique de chocolat (Suchard S. A.).

Philippe Suchard, confiseur, né le 9 octobre 1797, 5 originaire de Boudry, ouvrit en 1825 un magasin à la Rue des Halles à Neuchâtel. Par une annonce dans la Feuille d'Avis, 6 il offrait au publie le premier chocolat de sa fabrication :

M. Ph. Suchard, confiseur, ci-devant domicilié à Berne, a l’honneur de prévenir le public qu'il vient de s’établir en cette ville pour y exercer son état et qu'il s’efforcera de mériter la confiance qu’on voudra bien lui accorder.

1 Le Conseil d'administration se composa de MM. Erhard Borel-Zurcher, Auguste de Bellefontaine, pasteur de Rochefort, Charles Pillichody, Philibert Masset et Jules Breitmeyer. M. Brustlein fut nommé directeur.

2? Reg. du Commerce, 22 juin 1888.

3 Cadastre, art. 4794, n° 79 (fo 52).

4 Voir annexe n° 20.

$ Les ancêtres de Suchard, drapiers de profession, sont originaires du Dauphiné. Chassés par la révocation de l'Édit de Nantes, ils vinrent s'installer À Boudry vers 1700. « Les Suchard restèrent simples habitants, soit communiers non jouissants, pendant plus d’un siècle. Ce n’est qu’en 1824 qu’ils furent absolument incorporés à la bourgeoisie de Boudry, en payant une somme assez ronde. » J, SANDOZ, Le père Suchard, p. 7.

6 N° 46, 17 novembre 1825.

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Outre un choix de dessert nouveau et frais, il aura du chocolat fin de sa fabrique, ZA »e .. Q Ç ,

broyé à l’instar de ceux de M. Dufour de Goumoëns ; ils sont confectionnés

avec des cacaos caraques et surton, et du sucre rafliné. Son magasin est dans la maison de M. Silliman, rue des Halles.

L’année suivante, Suchard installa sa fabrique au bord de la Serrière, cette rivière lui offrant la force motrice nécessaire pour son établissement de chocolaterie. ! À cette époque plusieurs usines, notamment celles qui avaient servi anciennement à la métallurgie, étaient abandonnées ; Suchard trouva donc facilement des locaux pour installer ses machines.

Fig. 8. — HOTTE, DANS LAQUELLE PH. SUCHARD FAISAIT PORTER A NEUCHATEL LA PRODUCTION JOURNALIÈRE DE SA FABRIQUE DE CHOCOLAT A SES DÉBUTS.

Une roue hydraulique mit en mouvement un bassin broyeur dans lequel on pouvait fabriquer 50 à 60 livres de chocolat par jour.

Mais au début de son activité, Suchard rencontra toutes sortes de

- difficultés et sa nouvelle industrie risqua à plusieurs reprises de prendre fin.

Les voies de communication en particulier faisaient défaut ; la vente du produit, ainsi localisée aux régions avoisinantes, ne trouvait que des débouchés insuflisants à l’usine.

En 1843, Suchard fit des efforts pour exporter ses produits dans les États de l’Union douanière allemande. Dans cette intention, il présenta une requête ? au Conseil d'État ; il exposait que «… persuadé que le

1 Comme nous l'avons vu dans le chap. VIS 2, Suchard s’occupait, outre sa chocolaterie, de l’industrie séricicole qu’il voulait introduire dans notre pays. Il cherchait aussi à inten-

sifier la navigation sur le lac de Neuchâtel. Musée Neuchâtelois, 1874, p. 193, 239, 278. 2 Arch. de l’État, Dossier Industrie, G 4, n° 423, 15 juillet 1843.

Conseil d’État et le public connaissent les sacrifices considérables qu’il a faits pour établir à Serrières une fabrique de chocolat comme il n’en existe point en Suisse et en Allemagne, et monter cet établissement sur un pied tel qu'il peut rivaliser avec les meilleurs qui existent ailleurs, en fournissant des produits justement recherchés et appréciés par tous les amateurs et connaisseurs, et en particulier par quelques membres de la fanulle royale de Prusse, a nn cependant d’être aidé et favorisé dans l'écoulement de ses produits. » Il demandait au Conseil d'intervenir auprès du gouvernement Ro pour obtenir une réduction des droits d’entrée de ses chocolats dans l’Union douanière. Le Conseil d’État ! appuya la demande de Suchard et arrêta «… que le Ministère du Roi sera prié d'intervenir en faveur de l’exposant s’il Juge que cette demande puisse obtenir quelques succès. » Mais la Cour de Berlin donna, au mois de septembre de la même année, une réponse négative, et les espérances de Suchard de trouver ainsi un débouché nouveau pour ses produits ne se réalisèrent pas.

Lorsque, à partir de 1860, Serrières fut relié aux villes suisses par un réseau de chemins de fer, Suchard vit tomber le plus sérieux des obstacles contre lesquels il avait eu à lutter, l'absence de voies de communication. C’est ainsi que l’ouverture de la ligne Franco-Suisse lui permit d'i inaugurer une ère d'exportation de ses produits de plus en plus prospère. Dès lors ce mouvement commercial ne cessa d'augmenter jusqu’à aujourd’hui où la fabrication du chocolat à Serrières Joue un rôle important dans le commerce intérieur et extérieur de la Suisse.

Philippe Suchard fils entra comme associé dans les usines de son père en 1856 et lui aida à faire prospérer cette industrie. « L'entrée de Suchard fils dans la maison ne tarda pas à inaugurer pour celle-ci une ère toute nouvelle. Il y apportait une remarquable intelligence des affaires, un grand esprit de suite et un coup d’æil étonnamment juste. Bientôt, sous son habile direction, la fabrique se transforma et, mise au courant de tous les perfectionnements modernes, elle commença à être comptée parmi les meilleures, sinon encore les plus importantes. ? »

En 1871, Petitpierre % dit que la chocolaterie de Serrières emploie

. trois roues hydrauliques d’une force totale de 60 chevaux, avec de Rae machines auxiliaires qui économisent la main-d'œuvre pour une foule de travaux. Elle occupe outre un personnel commercial considérable, 70 à 80 ouvriers et ouvrières... »

En 1882, M. C. Russ-Suchard, qui ee dans la maison depuis plus de vingt ans, entra comme associé dans la fabrique.

Ph. Suchard fils mourut l année suivante et son père en Re (14 janvier). Jusqu'à cette date la raison sociale était Ph. Suchard ; * elle fut

changée dans la suite en Russ-Suchard $ Cie, et M. Russ prit la direction de la “fabrique. :

1 Manuel du Conseil d'État, 19 juillet 1843.

2 J. SANDOZ, Le Père Suchard, p. 50.

3 Un demi-siècle de l’histoire économique de Neuchâtel, p. 282. 1 Reg. du Commerce, 6 février 1883.

ÿ » 6 janvier 1884.

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En 1905, les établissements furent transformés en société anonyme avec un capital de Fr. 9.000.000. 1

La fabrique compte aujourd’hui une trentaine de bâtiments ; elle occupait avant la guerre plus de 1400 employés et ouvriers (en 1919 : 900 à 950).

Sa production journalière, de 8 à 10.000 kg. avant la guerre, s’étend à la fabrication des chocolats de toutes sortes, des cacaos en poudre, dont elle est le plus grand fournisseur en Suisse, ? jusqu'aux bonbons et aux articles de fantaisie.

Comme nous le voyons, la plus importante concession pour lPexploitation des forces motrices de la Serrière dont Jouisse Suchard $. A. est celle du 22 juin 1534, concédée par Jeanne de Hochberg. La rivière fournit l’énergie de 200 PS ; la force complémentaire indispensable pour actionner la fabrique de chocolat est fournie par des moteurs électriques

de 1200 PS.

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