ISSUES. — USAGES ALIMENTAIRES DU SANG
presque toujours d'anciens garçons-bouchers déjà âgés ou infirmes qui trouvent encore dans ce métier peu enviable les moyens de subvenir à leur existence.
Leur triste besogne commence dès Touverture des échaudoirs et cesse avec la tuerie ultime.
Le salaire, rarement supérieur à 3 fr. 5o par jour, serait bien restreint sans l'appoint de petits profits sur la légitimité desquels nous devons passer.
Composition du sang. — Le sang se compose de globules et d'un liquide particulier appelé sérum ou plasma. Il renferme Talbumine ou serine et différents sels. La couleur rouge est due à la présence de V hémoglobine^ matière spéciale contenue dans les globules. Chez la même espèce animale, l'analyse révèle parfois des différences appréciables de composition.
Gomme principes immédiats, nous avons les substances grasses, la dextrine animale, la glucose, l'acide urique et plusieurs dérivés de l'albumine.
Parmi les corps minéraux, il faut citer : le chlorure de sodium, la chaux, la soude, la potasse, la magnésie, l'acide sulfurique, l'acide phosphorique, l'oxyde de fer, des traces de manganèse.
En battant vivement le sang tout frais on obtient la fibrine. Celle-ci, décolorée par des lavages successifs, est séchée, puis conservée dans des vases contenant une certaine quantité de glycérine. Elle a pour propriété de déceler l'action dissolvante de la pepsine.
Usages alimentaires du sang. — Le sang des animaux de boucherie et de charcuterie est comestible. La consommation des boudins en fournit la meilleure preuve.
On confectionne également des pains et des biscuits de
sang estimés dans quelques contrées. Des savants ont tenté d'utiliser le sang" pour la nourriture du bétail.
M. Laquerrière a administré au cheval des quantités énormes de sang*. A Tautopsie il n'a pas été possible d'en retrouver la trace, ce qui démontre que Torg-anisme assimile volontiers ce liquide. Des expériences multiples ont fait constater qu'il est digéré rapidement.
Ne soyons donc pas surpris si quelques novateurs préconisent le sang" de bœuf desséché pour l'élevage des poulains, veaux, agneaux, chiens. Du reste, la poudre à base de sang entre depuis longtemps dans Talimentation des faisans, canards, dindons et autres gallinacés.
Emplois thérapeutiques du sang. — Les abattoirs généraux de la Villette servent de rendez-vous aux buveurs et buveuses de sang. A ce titre, ils sont très populaires.
Chaque matin, on y voit défiler le bataillon des soufiFreteux ou des anémiques, qui espèrent trouver un adoucissement à leurs maux par l'ingestion du sang fumant des animaux. C'est le remède suprême, souvent recommandé pourtenter la guérison de ma in tes affections. Ce traitement, quia ses partisans et ses détracteurs, ne semble pas toujours inefficace. Car bien souvent nous avons vu, par son usage, des malades guéris ou tout au moins soulagés.
On ingère le sang au moment même où il sort de la saignée. Dans le cas contraire, on se trouverait en présence d'une masse coagulée impossible à avaler.
On ne peut guère déterminer d'une façon mathématique la dose à ingérer à la fois. Il convient de commencer par un quart de verre ordinaire ; peu à peu la répugnance diminue et bientôt on arrive à boire d'un seul coup un verre tout entier. Au bout de six semaines ou deux mois de ce régime, le bien-être apparaît dans bien des cas.
ISSUES. — EMPLOIS THERAPEUTIQUES DU SANG iOl
Nous croyons utile de mentionner Toblig-ation de se rincer toujours la bouche avec une eau potable. Car on doit appréhender l'action nocive des bacilles pathogènes sur un org-anisme déjà débilité.
Une mode fort ancienne demande aux bains de sang" la cure des cancers, arthrites, atrophies musculaires, affections rhumatismales, etc.
Les bains sont locaux ou gpcnéraux.
Dans le premier cas, il suffit de plonger durant une demi-heure ou une heure le membre malade dans un bac rempli du roug-e liquide. Les bienfaits du remède se font sentir après un temps plus ou moins long-, lorsqu'il a été continué sans interruption.
Les bains g'énéraux exig-ent un mîitériel plus coûteux. On se sert d'une baig*noire ordinaire que Ton remplit aux trois quarts de sang* défibriné. Ce récipient doit être placé dans une cuve en bois pleine d'eau chaude, afin de maintenir le sang* à une température convenable. La durée du bain est de une heure au minimum.
L'efficacité du traitement ne nous semble aucunement problématique.
Mais que le sang* soit ing'éré par les voies dig-estives ou absorbé par la peau, il est de toute nécessité de bien le choisir.
On aura toujours recours à celui qui provient des animaux sains, en bon état, mais sans engraissement poussé î\ l'excès .
Le sang" de veau convient parfaitement en boisson, car sa g'rande dig-estibilité le fait mieux tolérer par l'estomac.
Celui du mouton est certainement recommandable à cause de sa puissance nutritive. A ce point de vue, 1^ sang du bouc et de la chèvre doit venir en première ligne. Car ces animaux se montrent exceptionnellement
Fig. 37. — L'animal est accroché aux pentes, et le maft
•e garçon procède à la séparation des épaules (p 92).
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atteints de maladies transmissibles à l'homme. Pour ces raisons peut-être, la vieille pharmacopée adoptait ce sang* dans la confection d'une foule de potions et de médicaments,
La chAvre e^t donc une excellente hôte vaccinogène.
La plus élémentaire prudence ordonne de rejeter Je sang* provenant d animaux malades. On irait à Tencontre du but désiré en utilisant un liquide renfermant des bactérîdies charbonneuses ou des g-ermes infectieux quolfonqucs.
Usages pharmaceutiques du sang. — La poudre de s,ontj ou poudre hématique est recommandée aux per^^onTiea dont Testomac se montre délicat. Le docteur Guerdcr nous fait connaître la manière de le préparer (i).
Le saiiL;-, toujours pris sur des bêtes de choix, est recueilli, au moment de Tabatage, dans des vases qui ne servent qu'à cet usag-e; il est immédiatement défibriné par le battage et transporté dans un bain-marie où il cuit pendant une heure ou deux, selon la quantité, à une température de cent degrés. Toute la masse est alors prise et présente un aspect gris roug-câtre. Sa simple exposition à Tair suffit pour lui faire reprendre la couleur roug^e vif du san^ artériel, ce qui prouve que Thémog-lobine a conservé toute son affinité pour Toxyg-éne. Le sang cuit est ensuite desséché dans des appareils spéciaux.
La cuisson nous paraît indispensable pour détruire tous les g:ermes morbides que le sang pourrait contenir : elle n'altère d'ailleurs en rien l'extrême digestibilité de la poudre de sang, pas plus que celle de la viande ou des ceufs,
(j) Guerder, Be V emploi thérapeutique de la poudre hématique, Paris, iB83.
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ISSUES. — EMPLOIS INDUSTRIELS DU SANG i05
La dessiccation ne doit pas se faire à une température trop élevée, afin d'éviter toute calcination. Certains opé-
.. ' rateurs la hâtent en comprimant le sang cuit dans des (linges afin de lui enlever la plus grande partie de son eau- Cette pratique est très mauvaise : Tcau entraînant avec elle la majeure partie des sels, ce qui ne saurait être indifFé-
. renl, tant au point de vue de la digestibilité qu'au point de vue des effets reconstituants de la poudre de sang.
On peut se demander si la pulvérisation au pilon ne fait pas subir aux matières albuminoYdes du sang une altération qui diminue leur solubilité, ainsi que cela se produit pour le gluten. Des centaines d'observations établissent la parfaite digestibilité de la poudre impalpable. La poudre de sang, bien préparée, est d'un beau rouge sang artériel. Elle n'a aucune odeur quand elle est suffisamment sèche, et se conserve indéfiniment. Délayée dans de Teau, elle présente un léger goût fade qu'il est facile de corriger.
Le docteur Roussel donne le nom de sanguine à un produit similaire, préconisé comme tonique.
Signalons encore Yhémopulvine Mosnier, dont l'analogie avec les préparations précédentes n'est pas douteuse. Elle se présente sous forme d'une poudre noire, inodore et insipide. En outre, elle se montre insoluble dans l'eau et soluble dans le suc gastrique.
Nous ne mettons pas en doute les propriétés digestives du sang, car elles sont démontrées par des expériences chez les animaux. Malheureusement, des préventions encore trop vives s'opposent à l'emploi moins restreint du sang en médecine et en pharmacie.
Emplois industriels du sang. — Le sang des abattoirs
soumis à des manipulations spéciales est livré aux usag-es industriels.
La fabrication de Yalbumine mérite quelques développements.
Le liquide est abandonné pendant un certain temps dans des plateaux en zinc dont le fond présente de nombreuses ouvertures comme celles d une grosse écumoire. Quand le coagulum est formé, on pratique des coupes, afin de faciliter l'écoulement du sérum qui tombe dans les vases de décantation. Au bout de quelques] heures, on retourne la masse sanguine et après de nouvelles sections on laisse égoutter.
Le sérum, de couleur roug-eâtre et de consistance visqueuse, contient de l'albumine, de l'eau et des sels. L'épuration s'opère par Tacidulation ou addition d'acide acétique, la filtration et la neutralisation. Celle-ci s'obtient en portant le sérum à une température de 4o ou l\b degrés.
Après dessiccation convenable, le produit est confié à l'appareil djaliseur,qui le débarrasse de toutes ses impuretés.
En le mélangeant d'acide chlorhydrique et de chlorate de potasse, on lui donne une couleur identique à celle du blanc d'œuf : l'addition d'eau oxygénée amène les mômes résultats.
Après dessiccation à Tétuve, il est facile de conserver indéfiniment la serine dans des vases bien clos Malgré ces avantages, sa valeur a sensiblement diminué et son prix n'est pas supérieur à 2 fr. le kilogramme.
On défibrine encore le sang en le battant avec des baguettes en osier ou en fer. Une fois la fibrine enlevée il reste un liquide plus ou moins impur, ayant une couleur opaline résultant de la présence des globules sanguins. Par des lavages à l'eau courante, on finit par obtenir une matière blanchâtre, éla «tique, inodore.