CHAPITRE VI Le Mouton
Les ovidés produisent de la laine, du lait, de la viande. Cette triple fonction économique n'arrête pas la dépécoratîon du cheptel national. Le morcellement de la propriété, l'avilissement des laines, les nouveaux procédés de culture sont considérés comme les principaux impedimenta à Télevage du mouton. La disparition de coutumes antiques, les mœurs nouvelles adoptées par nos populations rurales n'y sont même pas étrang-ères.
Dès l'aurore de la civilisation, le mouton devient la richesse des peuples pasteurs. Il est domestiqué aux époques les plus reculées de l'histoire de Thomme.
Des ossements fossiles d'ovidés existent dans les palafittes et les cavernes de Tâg-e de la pierre polie. Nous le voyons mentionné dans le Zend-Avesta, le Chouking, les Védas, la Genèse.
Les immenses troupeaux des Aryas et des Touraniens contenaient même une espèce à toison longue, épaisse, soyeuse.
Suivant Varron, les poètes grecs appelaient leurs héros TToXuapvo; (riche en agneaux), ou encore T.ok}\hr}^Qq (riche en brebis).
L'agronome latin vante les brebis à laine abondante, soyeuse, très fournie sur certaines régions (i).
(i) Varron, Rerum rusHcaruniy liber II.
La laine, dit Golumelle, fournit des vêtements qui nous garantissent des frimas.
Le lait, les fromages procurent des mets très agréables et la brebis nourrit des populations entières qui manquent de blé (i).
Hérodote, Strabon, Diodore de Sicile parlent de deux variétés qui étaient élevées en Arabie.
L'image du mouton figure sur les monuments égyptiens, preuve de la domestication très ancienne de Tanimal.
Les Hébreux possédaient de nombreux [troupeaux. Ils célébraient le souvenir de la sortie d'Egypte en sacrifiant chaque année l'agneau pascal.
Mais laissons ces considérations historiques pour revenir à des temps plus modernes. Avant 1789, le mouton était pour notre pays une véritable mine d'or.
Malheureusement, les événements politiques ont tellement bouleversé nos campagnes que les industries agricoles ont beaucoup souffert. On voit même Télevage des ovins complètement délaissé dans plusieurs pays.
Il a fallu de nombreux efforts pour faire cesser cette situation déplorable. Peudant que, chez nous, la production ovine diminue, celle des nations étrangères augmente. De là, une concurrence fatale au troupeau français.
Nos éleveurs, découragés, abandonnent une industrie qu'ils supposent désormais peu féconde en bons résultats. C'est ce qui a produit le prix exorbitant de la viande de mouton. On n'a pas oublié la crise dite du mouton, quia jeté ces années dernières la perturbation dans les affaires commerciales.
Il a fallu recourir aux importations exotiques, afin d'atténuer la cherté excessive des marchandises. Il est
(1) Columelle, DeRe raHicây liber VII.
LE MOUTON i89
encore vrai que ces envois ont soulevé sur tout le territoire, à Paris notamment, de vives protestations, en même temps qu'ils ont surrexcité les ouvriers bouchers. Ne saiton pas que dans nos abattoirs chaque animal sacrifié laisse un certain bénéfice à la corporation? Autrement, il en résulte une perte sèche de ii fr. 70 par mouton. En voici le détail :
Commissionnaire en bestiaux o.3o
Débarqueur o,5o
Placeur , o,i5
Boucher i ,00
Tripier 0,20
Boyaudier 4,00
Mégissier 5,oo
Meneur de viande 0,26
Fondeur de suif o,3o
Rien qu'à l'abattoir de la Villette, on tue en moyenne par jour quatre mille moutons. Il y a donc nécessité absolue de nous soustraire aux apports étrangers en protégeant notre agriculture.
Laissons parler Olivier de Serres, car, dans un langage plein de bon sens, il nous enseigne la grande importance du mouton.
Le menu bétail suit le ^os à cause de sa corpulence, car en valeur ne le cède-t-il à aucun. Au premier rang de menu bétail est mis celui à laine, pour son très grand service, employé à exquisémeut nourrir rhomme et à commodément le vestir . Pour lesquels services et plusieurs autres, je dirai encore ceci, que c'est comme un corps sans âme, qu'une métairie sans bétail, aussi d'iceluî la terre semble se réjouir quand on la voit augmenter en rapport, à mesure du nombre de bétes qu'on lui donne à nourrir.
La chair, la peau, la laine, le lait et le fumier sont les revenus de ce bétail. En tout pays, le profit du fumier est presque semblable, mais non les autres particularités se diversifiant en valeur par entre elles, suivant les diversités de climat et de nourriture. Où le prix de la chair excède celui de la laine, pour sa grossesse estant de petite vente, l'on
avisera à se pourvoir de grand bétail^ sans beaucoup se soucier de la laine. Mais où la laine est fine, ce sera à la laine où l'on visera premiè» pement, tenant la chair pour ac<;essoire« et préférant néanmoins le grand au petit bestail vestus de même parure (i).
Actuellement, le produit le plus recherché n'est pas la toison, mais la viande. C'est donc vers cette production que nous devons dirigée? nos efforts. Çt nous saluerons avec bonheur le jour où notre bétail suffisant à la consommation, nous serons définitivement libérés de la dépendance des puissances étrang-ères.
ARTICLE PREMIER Achat du moiiton
§ l^^, RACES DE MOUTONS
I**. — Moutons indigènes.
Mérinos et métis-mérinos. — La plupart des bêles ovines élevées en France sont des mérinos ou des métismérinos (fig^. 4i).
La race mérinc, très importante par les croisements qu'elle comporte, est généralement de haute taille. Ossature développée, tête forte (fig-. 1^9.) et ornée chez le mâle de cornes roulées en spirale. Tout le corps se montre garni d'une épaisse toison ; la laine qui recouvre le front, la face, les extrémités donne à l'animal un aspect curieux. On disting'ue le mérinos à peau lisse et le mérinos à peau plissée. Chez ce dernier, les plis marquent tout le corps, mais particulièrement le cou et la gorg-e.
Nous signalerons le mérinos précoce, si parfait comme bote de boucherie, il n'a pas la grande taille de ses con-
(i) Olivier de Serres, Théâtre de r Agriculture, tome I, pagres 558 et 559.
RACES.— MÉRÏNOS
g-énères, car le volume du squelette est considérablement réduit. Tête moyenne, cou très court, poitrine largpe, g-arrot bas, lombes et culottes épaisses. Peau lisse. La précocité à Tengraissement de cette excellente race en rend les croisements avantageux.
Les variétés m épines sont très répandues en France, où elles prennent le nom des localités qui leur servent d'habitat.
On connaît le mérinos de la Crau, dont l'élevag-e plus généralisé, deviendrait une source de profits.
Dans quelques pays, en Beauce^ par exemple, les animaux se distinguent par une forte charpente. Il convient de les améliorer en réduisant le squelette et en donnant plus de finesse à la viande.
Les mérinos de la Brie , du Soissonnais, de la Champagne, du Châtillonnais et d'autres encore,
. ,sonl supérieurs au point de vue delà Fig. 42, — Mouton méri- • , ... j 1 .1 • ] nos. production delà Viande.
Leurs métis répondent aux desiderata de Téleveur qui
recherche la précocité, Tabondance et la qualité des
viandesj.
Race de Larzac (fig. 43). — ft La brebis de Larzac, rapporte Jules Bonhomme, possède les traits observés sur plusieurs races de vaches réputées bonnes laitières, une poitrine étroite et sans profondeur, un flanc large, un gros ventre, des épaules et des cuisses minces, et en même temps le pis très développé. »
Les animaux convenablement engraissés fournissent des chairs excellentes. •
Nous ne saurions trop insister sur la nécessité de nour-
RAGES. - UACE DE LaKZAG
rir copieusement les troupeaux et de les soumettre à une hygiène rationnelle. C'est la seule manière d'obtenir de bons produits, dont la vente sera toujours rémunératrice. Le boucher estime à bon droit les animaux gras, bien portants, bien conformés.
La provenance passe en seconde ligne, quand les sujets offrent les conditions qui pi'omettent un rendement élevé. De son côté, le consommateur tient en égale faveur le fia Berrichon, le délicat Gâtinais, Texquis Solognot. L'idéal, à coup sûr, serait d'avoir la qualité de la viande et la modicité du prix d'achat.
Le mouton pourrait alors orner la table des ménages les plus humbles.
Au village, il devrait être consommé aussi couramment que le bœuf et le porc.
A la caserne, il fait trop souvent défaut. Cependant, le soldat a pour la viande de mouton une prédilection marquée. Pourquoi lui marchander un aliment aussi sain que nutritif? Le rata de l'ordinaire, toujours composé des bas morceaux, gagnerait beaucoup à être confectionné avec des pièces de choix. Nos braves troupiers méritent bien, eux aussi, de savourer les tranches d'un gigot embaumé.
Le commerce de la boucherie classe dans les bonnes sortes les moutons : anglaisés-nivernais, berrichons (fig. 44)) dorachons, bourbonnais (fig. 45), albigeois, solognots, normands, gâtinais, poitevins, languedociens, gascons, landais, champenois, lorrains et meusiens.
Dishley (fig. 46), Southdown (fig. 47), New-kent. — Ces races composent les principales variétés croisées avec les moutons indigènes.
L'élevage de l'espèce ovine, très prospère dans quelques départements, est malheureusement restreint sur plusieurs