V. von Halle, p
vente. La forme imaginée par eux — c'est John D. Rockefeller qui en eut le premier l'idée, — la fédération de diverses sociétés sous l'autorité de trustées, n'était pas essentielle à leur organisation : ils en imaginèrent et en réalisèrent promptement une autre avec laquelle la direction se centralisait encore davantage à l'abri des atteintes de la loi.
Une seule chose avait été artificielle, violente et injuste dans la constitution du monopole : l'entente frauduleuse avec les chemins de fer; mais cet élément fort important au début, alors qu'il s'agissait d'écarter des rivaux dangereux, était passé à l'arrière-plan depuis l'accaparement des pipe Unes. Nécessaire, en tout cas très utile à la création du Trust, il n'était pas indispensable à sa conservation. Celui-ci reposait donc désormais sur des bases solides et normales. De là la facilité avec laquelle il s'est transformé.
Ce qu'ont fait les trustées du Standard OU pour tourner la loi, d'autres auraient pu le faire, notamment ceux du Trust du sucre, qui détenaient eux aussi personnellement la plus grosse partie du capital engagé dans l'affaire. Cependant, comme nous le verrons plus loin, ils préférèrent recourir à une autre combinaison. 11 leur semblait dangereux, ajuste titre, d'immobiliser un si énorme capital dans une affaire qui comportait de gros aléas, dont la base était chancelante. Les trustées du Standard OU, au contraire, ne redoutaient pas de lier étroitement leur propre fortune à la fortune du Trust; ils se sentaient sur un terrain solide; ils n'hésitèrent pas
à asseoir leur autorité sur l'importance de leur participation financière.
C'est là un fait caractéristique. Le Trust du pétrole constitue une entreprise durable au premier chef. De tous les monopoles industriels que nous examinerons par la suite, il est de beaucoup celui qui emprunte le moins à l'artifice, celui qui s'appuie le plus sur les conditions normales de l'industrie. C'est pourquoi nous le faisons figurer en tête de cette étude. C'est pourquoi aussi il est si souvent cité par les économistes américains qui voient dans les monopoles le terme fatal de l'évolution industrielle.
rEn résumé, le monopole du pétrole est dû en Amérique à la rencontre de trois éléments principaux : à un élément normal et général, la concentration industrielle; à un élément naturel, mais exceptionnel, la rareté de la matière première, trouvée exclusivement jusqu'ici dans un petit nombre de régions peu étendues ; enfin à un élément anormal, la complicité coupable des chemins de fer américains.
Faut-il en conclure qu'un monopole industriel s'établit nécessairement partout où ces trois éléments coexistent? L'étude des tentatives de monopolisation dont l'anthracite a été l'objet répondra a cette question. La rencontre de ces trois éléments a favorisé la formation du T/'ust du pétrole. Elle n'a pas été suffisante pour donner une vie durable au Trust de l'anthracite.