I. — Les échecs répétés
A l'entrée de l'hiver de 1896-1897 une certaine émotion régnait parmi les ménages ouvriers des Etats-Unis. Le prix de la tonne d'anthracite venait d'être subitement relevé d'un dollar, et comme l'anthracite est par excellence le charbon employé pour les usages domestiques, spécialement pour le chauffage, cette augmentation affectait d'une manière sensible les petits consommateurs.
La cause de cette surélévation de prix n'était pas d'ailleurs de nature h la leur faire accepter. Un Trust venait, dit-on, d'être formé entre les producteurs d'anthracite, et son premier acte avait été de monopoliser l'oflre et de la maintenir assez haut pour imposer la majoration d'un dollar. Étant donnée l'impopularité des Trusts dans les milieux ouvriers, on juge avec quelles malédictions le Tj-ust
de l'anthracite était accueilli. « Autrefois, me dit M. Hayes, trésorier et secrétaire général des Chevaliers du travail, on achetait l'anthracite à Washington de S 4 à S 4 1/2 la tonne (21 h 23 fr. 50 les 1000 kilog.) et le marchand au détail qui le fournissait [tlie local deliverer) pouvait prélever un profit d'un dollar à un dollar et demi pour lui. Maintenant, depuis le Trust, le consommateur paie de $ 6 1/2 à S 7, et le marchand au détail ne fait, pour ainsi dire, aucun profit. »
Le tableau était sans doute poussé au noir, car d'après tous les renseignements, l'augmentation de prix produite par le Trust n'était pas supérieure à un dollar par tonne, et elle succédait à une période de dépression pendant laquelle, grâce à une surproduction qui pesait sur les cours, l'anthracite avait diminué dans une proportion sensible.
Toujours est-il que le public se sentait atteint par la constitution de ce Trust, atteint économiquement, comme consommateur. Nous avons vu dans le chapitre précédent que le Trust du pétrole, malgré les faits qui déshonorent ses origines, peut à bon droit faire valoir le service qu'il a rendu à la clientèle en diminuant le prix de son produit. Ici, il n'en va pas de même. L'entente entre les producteurs d'anthracite ressemble à une sorte d'accaparement, de conspiration dirigée contre le consommateur. Nous nous trouvons, évidemment, en présence d'un phénomène tout différent.
Au surplus, l'histoire des différents Trusts de l'anthracite est tourmentée, pleine de vicissi-