‹ Les industries monopolisées (trusts) aux États-Unis;Chapitre 26 sur 99 · TENTATIVES DE MONOPOLISATION DE L ANTHRACITE · texte numérisé non relu

TENTATIVES DE MONOPOLISATION DE L ANTHRACITE

tucles; elle contraste étrangement avec le développement prospère de la Standard OU Co. En 1872, une première tentative d'entente est conclue entre les producteurs d'anthracite. Elle dure nominalement un peu plus de trois ans, mais la mauvaise foi des contractants la viole dès la première année; le lien formé entre eux n'est pas assez puissant pour les retenir.

Vient ensuite une période de seize mois pendant laquelle toutes les compagnies minières d'anthracite se font librement concurrence. En janvier 1872, nouveau syndicat de producteurs, nouveau Trust : les compagnies restent libres de vendre leur charbon au prix qu'elles veulent, mais chacune d'elles s'engage à ne pas vendre au delà d'une certaine quantité. La surveillance du Trust s'exerce seulement sur le tonnage de leurs expéditions. Le but très net de la combinaison est d'éviter la surproduction, seule coupable, pense-t-on, de la baisse des prix. Bien entendu des difficultés sérieuses s'élèvent au sujet de Vallotment, du partage de production à faire entre les compagnies. Chacune plaide sa cause pour obtenir le plus haut pourcentage possible du tonnage total absorbé par la consommation, et, une fois le contrat signé, toutes se trouvent gênées dans leurs transactions par l'obligation où elles sont de l'observer, obligation garantie sous caution. A la fin de l'année l'entente était dénoncée; aucun producteur ne voulait plus se lier les mains.

Cinq années passent ainsi, traversées seulement par quelques essais de suspension de travail ima-

ginées pour prévenir la surproduction. On convenait d'arrêter complètement l'extraction pendant une période de deux mois, ou de travailler seulement trois jours par semaine pendant une plus longue période; les compagnies les plus consciencieuses exécutaient loyalement le contrat; les autres travaillaient à force pendant les jours convenus et échappaient ainsi aux conséquences de leur engagement sans en violer la lettre. Bref, en 1885, on avait assez souffert de ces inconvénients pour recourir de nouveau à une entente portant comme €11 1878 sur le tonnage des expéditions. Cette fois, la plupart des compagnies cherchèrent à se tromper les unes les autres et au 31 mars 1887 tout était rompu.

Pendant les années qui suivirent on retomba dans l'état apparent de libre concurrence avec une série d'ententes partielles, temporaires et tacites. Les moyens auxquels on avait eu recours jusqu'alors étaient usés, la loi de V Interstate Commerce mise en vigueur le l^"" janvier 1887 inspirait des craintes î\u sujet de la légalité des ententes; il fallait •découvrir une base nouvelle assez large pour que tous les intérêts pussent y trouver place, assez puissante pour défier les poursuites légales. M. Mac Leod, président du chemin de fer du Reading, crut la voir dans une sorte de Trust liant ensemble tous les transporteurs d'anthacite — chemins de fer et canaux, — de manière à en former un syndicat d'acheteurs auquel les compagnies minières vendraient le charbon à forfait. De la sorte, les trans-

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porteurs groupés pourraient éviter la surproduction en ralentissant leurs achats, et les producteurs vendant à forfait, à un prix arrêté d'avance, seraient débarrassés du terrible souci des continuelles variations.

Le plan de M. Mac Leod était ingénieusement conçu, mais la puissance financière du Reading Railroad n'était pas suffisante* pour l'exécuter. Il fut écrasé par l'opération et mis en liquidation environ dix-huit mois après l'avoir commencée (février 1892 à juillet 1893). Son exemple a servi d'ailleurs. On a compris que pour conduire avec une suffisante autorité des intérêts groupés, il fallait être maître de chacun de ces intérêts en particulier, et des financiers sérieux s'occupent, activement, assure-t-on, de concentrer entre leurs mains un nombre d'actions assez considérable dans chacune des grandes compagnies minières d'anthracite pour les réunir ensuite fortement en un Trust puissant.

Toutefois, en attendant la réalisation de ce plan, et dans le but de parer à un besoin immédiat, une entente a été conclue en 1896 sur les bases anciennes, pour une durée de quatorze mois. Les prix étaient tombés à un taux extraordinairemcnt bas.

Tandis qu'en 1892 la qualité d'anthracite dite stove size, celle qui est la plus employée pour le chauffage, était cotée dans les grands ports de l'Est à 4 S 09"=^^ et qu'elle montait à 4 S 19<=^^ en 1893, elle tombait successivement à 3 S 60'^' en 1894 et

3 $ 08''' en 1895 *. Les signataires de l'entente l'ont faite temporaire à dessein ; ils savent bien qu'elle ne saurait durer; ils n'ont pas voulu préparer l'avenir, mais seulement parer à une crise et relever artificiellement les prix*.

Nous voilà bien loin du Trust du pétrole et de ses méthodes de domination durable. Nous sommes en présence d'une série de tentatives infructueuses, dont quelques-unes visaient une véritable monopolisation industrielle, dont les autres n'ont poursuivi qu'un but passager. Le public se trompe évidemment en parlant du Trust de l'anthracite ; il n'y a pas de Trust de l'anthracite ; cette industrie n'a jamais été sérieusement monopolisée d'une manière continue.

Et cependant les mêmes éléments qui ont concouru à l'établissement du Trust du pétrole se réunissent dans le cas de l'anthracite pour favoriser sa monopolisation : la matière première est localisée dans une région restreinte ; les chemins de fer ont aidé de toutes leurs forces aux combinaisons monopolistes. L'industrie réclame un degré avancé de concentration.

Nous allons nous en rendre compte.

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