‹ Les industries monopolisées (trusts) aux États-Unis;Chapitre 27 sur 99 · Ces prix sont les prix de la tonne, en gros · texte numérisé non relu

Ces prix sont les prix de la tonne, en gros

2. Voir dans le Quarterly Journal of Economies, avril 1896, l'article M. Q. 0. Virtue intitulé The Anthracite Combinations. On y trouvera l'histoire détaillée des combinaisons successives auxquelles ont eu recours les différentes compagnies minières d'anthracite sans avoir jamais pu constituer un Trust durable.

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n. — Les conditions favorables au monopole.

Et d'abord, l'anthracite ne se trouve aux Etats- Unis que dans une région très restreinte de la Pensvlvanie. Les gisements découverts récemment à l'ouest paraissent sans importance, et jusqu'ici les trois bassins de Schuylkhill, de Lehigh Valley, de Wyoming restent les seuls détenteurs de ce charbon de choix. On peut dire que la nature a créé un monopole en leur faveur. C'est là une condition extrêmement favorable à toutes les tentatives de mainmise sur cette marchandise.

A ce point de vue, la situation est plus marquée encore que pour le pétrole. Le pétrole a deux grands centres, la Pensylvanie et l'Ohio, sans compter l'Iowa, le Colorado, etc. L'anthracite n'en a qu'un seul, les trois comtés groupés autour de la petite ville de Pottsville.

En second lieu, c'est un produit encombrant, comme toute espèce de houille, et ce fait a des conséquences diverses. IJi rend très difficile la concurrence des gisements éloignés situés dans d'autres pays, et fortifie ainsi le monopole naturel dont nous parlions tout à l'heure; ensuite il donne une importance énorme aux questions de transport, et nous allons voir reparaître ici, comme dans le Trust du pétrole, l'influence des chemins de fer.

Les exploitations houillères se prêtent tout particulièrement aux combinaisons monopolistes. Le fait se manifeste bien nettement en dehors des

Etats-Unis, en Allemagne surtout, où les cartells — sortes d'ententes entre producteurs — ont pris naissance et se sont développés principalement dans l'industrie minière. La Dortmund Koh/em^er^kaufss>erein Aktiengesellschaft, a société par actions pour la vente en commun des houilles de Dortmund », paraît le type le plus achevé du cartell allemand, comme la Standard OU Co. représente le modèle caractéristique du Trust américain '.

Aux États-Unis, l'abondance des gisements houil- 1ers de charbon gras, jointe à la facilité extrême de leur exploitation, particulièrement dans le riche bassin de Pittsburgh, mettaient un double obstacle aux tentatives de monopolisation. On ne saurait se rendre maître d'une industrie qui existe dans un si grand nombre d'endroits et que des capitaux relativement faibles suffisent à établir. Le charbon gras [bituminous coal) s'est donc trouvé en Amérique une matière rebelle au Trust, mais l'anthracite, très rare et d'un travail plus difficile, offrait au contraire des conditions très favorables.

D'autre part, les compagnies américaines de chemins de fer pouvaient, grâce à l'indépendance dont elles jouissent, entreprendre elles-mêmes l'exploitation des gisements d'anthracite, et grâce au monopole de fait que la force des choses leur assure ^, fortifier le monopole naturel départi à la région de l'anthracite.

1. Voir Essai sur les ententes commerciales et industrielles, par Charles Brouilhet, chap. iv. Les Kartells, p. 50 et suiv. 2 Voir à ce sujet le chapitre précédent.

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Elles n'y manquèrent pas. Aujourd'hui, douze compagnies de chemins de fer sont intéressées dans l'industrie minière en Pensylvanie. On les désigne couramment sous le nom de coal roads, routes de charbon, tant le lien est apparent aux yeux du public entre l'entreprise de transport et l'entreprise houillère. Il ne s'agit donc plus, comme dans le cas du Standard OU, d'une complicité des chemins de fer vis-à-vis d'un Trust en formation. Ce sont les chemins de fer eux-mêmes qui, directement, cherchent à former un Trust dans une exploitation subordonnée à la leur.

L'exemple du Reading Railroad rend bien compte de cette curieuse situation. La compagnie du PliiladeJpliia and. Reading Railroad se double d'une autre compagnie sœur : la Philadelphia and Readinî^ Coal and Iron Co. Même siècre social à Philadelphie, même président; la distinction qui existe entre elles semble purement administrative, comme entre deux ministères d'un même gouvernement, mais la direction est la même. Au surplus, le président ne cherche pas à le dissimuler. Il me raconte lui-même dans une longue entrevue comment le Reading a acheté peu h peu, soit à des particuliers, soit à de petites compagnies, la plupart des terrains carbonifères qu'il traverse. Et, à tout moment, pendant la visite que je fais des exploitations d'anthracite autour de Pottsville, je retrouve la confirmation du fait. Un ancien mineur, aujourd'hui surveillant général, qui m'accompagne, me montre des espaces de terrain achetés jusqu'à 600 et 700 dol««

lars l'acre (15000 à 16 250 fr. l'hectare) dans certains cas. Une autre fois, comme je remarque près du puits de Saint-Nicholas une maison plus élégante et plus confortable que ne sont d'ordinaire celles des mineurs, ou même des contremaîtres : « C'est, me dit-il, la maison de l'ancien propriétaire de la mine qui a été achetée [bought up) par nous. Aujourd'hui, nous y logeons un inspecteur. )) Et plusieurs des mines que je visite sont dans le même cas. Le Reading n'a pas eu dès le début le double caractère d'entreprise minière et d'entreprise de transport que nous lui voyons aujourd'hui. Pendant les trente premières années de son existence il a été seulement une compagnie de chemin de fer; c'est plus tard, sous l'influence des circonstances que nous verrons dans la suite, qu'il a acheté des gisements et s'est fait mineur.

C'est là un point important et qui montre bien le lien naturel existant entre les deux genres d'entreprises. Ce lien est moins visible là où le transport de l'anthracite et son exploitation se sont toujours trouvés dans les mêmes mains. Au début de ce siècle, en 1820 et 1824, deux compagnies de navigation, la Leigh Coal and Navigation Co. et la « De'aware and Hudson Canal Co. )), prenaient des chartes leur garantissant à la fois le double privilège de transporter et d'exploiter le charbon ; plus tard des chartes du même genre furent accordées à plusieurs compagnies minières pour l'établissement de chemins de fer les reliant aux grandes lignes, jusqu'à ce qu'en 1873 la constitution revisée de

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l'Etat de Pensylvanie défendît expressément d'accorder à la même compagnie le droit d'exploiter les mines et d'en transporter le produit ^

La mesure avait son origine dans le mouvement d'opinion soulevé contre les Trusts. Les législateurs s'imaginaient que la complaisance seule de l'Etat avait favorisé la réunion des deux industries sous la même direction, et que l'inauguration d'une politique plus sévère empêcherait son retour. Les faits se hâtèrent de leur donner un démenti, car c'est précisément vers cette époque que le chemin de fer de Reading commençait à acheter les terrains carbonifères situés sur son parcours et dans les vallées adjacentes.

Quel intérêt majeur poussait donc cette compagnie de chemin de fer à une pareille entreprise? Pourquoi ajouter au poids déjà lourd d'une affaire de chemin de fer une énorme exploitation minière?

La vérité est que ce ne fut pas là de sa part une fantaisie, un accès de mégalomanie, mais une nécessité. Pour alimenter le trafic du chemin de fer, il fallait prendre à son compte les mines qui menaçaient de perdre leur importance.

Jusqu'à cette époque, la plupart des gisements d'anthracite situés dans le voisinage de Pottsville avaient été exploités par des particuliers ou des compagnies modestes qui employaient des méthodes peu coûteuses et se contentaient d'enlever les cou-

1. Voir l'article déjà cité de M. 0. Virtue di Journal of Economies, avril 1S96, p. 296.

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ches supérieures. On avait ainsi établi, un peu partout, une foule de petites mines qui fournissaient une faible quantité d'anthracite, et qui se trouvèrent bien vite épuisées. Pour aller chercher le charbon des couches inférieures, il fallait de grands travaux et de grosses dépenses qui dépassaient de beaucoup les facultés des propriétaires miniers; force leur était donc de laisser enfouies sous terre les richesses qui s'y trouvaient. C'est alors que se produisit l'exode des small operators^ des petits opérateurs, comme on les appelait. Ce fut la cause première des achats de terrains du Reading, de sa tentative de concentration, comme l'ont constaté tous les observateurs consciencieux *, mais, après avoir été poussée dans cette voie pour éviter la décadence irrémédiable de son trafic, la compagnie du Reading se trouva entraînée à acheter les mines des particuliers qui tenaient bon encore, et en peu d'années elle s'était rendue maîtresse d'un tiers au moins des terrains producteurs d'anthracite au prix d'une énorme dépense ^. Elle contribua ainsi à accélérer la disparition des small operators^ mais le mouvement initial de concentration avait trouvé sa cause dans cette disparition même.

J. W., le vieux mineur, aujourd'hui surveillant général pour le compte de la compagnie du Reading, qui m'accompagnait dans ma visite des houillères de Pottsville, m'a fourni par sa propre histoire un

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