Virtue, loc. cit., p
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exemple curieux de la manière dont les choses se sont passées. Nous étions à Silver Creek où le Reading venait de rouvrir deux anciennes mines abandonnées jadis. Nous avions admiré les puissantes machines, les larges galeries, les puits profonds de descente, les appareils compliqués d'épuisement d'eau et de ventilation substitués aux anciennes pratiques primitives, et nous nous préparions à regagner le wagon automobile gracieusement mis à notre disposition par le Reading, lorsque J. Wnous proposa de nous montrer l'emplacement du village où il avait passé les premières années de son séjour en Amérique. « Il y avait donc d'autres mines par ici? lui demandai-je. — Oh! monsieur, si vous aviez vu cela vers 1855! Toute la contrée qui s'étend autour de Silver Creek était couverte de petites exploitations. » Et tout en gravissant la pente rapide de la colline, il m'indique du doigt l'emplacement des anciens puits autour desquels les ronces s'entre-croisent; mais d'immenses amas de détritus noirâtres, formant des promontoires stériles au fond des petites vallées couvertes de verdure, témoignent de la véracité de son dire et marquent la place des mines abandonnées.
Nous arrivons à l'emplacement du village : « Nous étions bien là de 1200 à 1500, dit J. W., occupés dans les puits voisins qui ne sortaient pas à eux tous plus de charbon qu'un seul des nôtres aujourd'hui. )) A peine une douzaine de maisons de chétive apparence, mais récemment réparées, subsistent encore. « En voici une où nous avions installé une
bibliothèque, on l'appelle encore la lihrary^ bien qu'elle ait perdu sa destination depuis longtemps. Cette autre, où loge maintenant une famille ouvrière, était la maison d'un des propriétaires miniers. On trouvait cela beau autrefois ithey foiincl il grand in those timesl). D'ailleurs, le village avait bon air [es^erything was well flxed up), nous soignions bien nos petits jardins. )> « Tenez, continue-t-il en s'arrêtant devant un tas de moellons, voici un endroit où j'ai vécu pendant trois ans », et quelques pas plus loin : « C'est ici que je me suis installé de suite après mon mariage et qu'est né mon fils aîné. J'ai passé là les plus belles années de ma vie, etc. » Toutes ces maisons construites en bois ont disparu après quelques années d'abandon, et déjà la végétation forestière se prépare à tout recouvrir. A peine quelques mètres cubes de pierres provenant des légères murettes qui exhaussent les maisons de bois au-dessus du sol, c'est tout ce qui reste de l'ancien village en dehors des quelques constructions de pierre qu'on a pu réparer.
La mise en exploitation des nouveaux puits de Silver Creek indique donc une véritable reprise de possession. Le Reading a ramené la vie en cet endroit autrefois peuplé et actif, mais devenu solitaire depuis une vingtaine d'années. « J'ai assisté à cette décadence, me dit J. W- En 1854, la prospérité régnait ici [it was ail s>ery bi'isk), puis à partir de 1860 environ, l'extraction de l'anthracite devenant plus difficile, les small operators commencèrent à disparaître, et la population, privée de son
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gagne-pain, quitta peu à peu Silver Creek. Les maisons s'ell'ondrèrent, les chemins se couvrirent de ronces, et sans la compagnie du Reading, il n'y aurait plus ici qu'un superbe pays de chasse, tel que je l'ai connu dans ma jeunesse. » Le témoignage de J. W. se ressent un peu des sentiments de reconnaissance et d'admiration d'un vieux serviteur d'élite pour la compagnie à laquelle il est attaché^ mais il est véridique cependant.
11 est aisé, au surplus, de se rendre compte qu'il fallait un immense effort pour établir les exploitations d'anthracite dans les conditions qu'elles réclamaient, et qu'une compagnie disposant de capitaux considérables pouvait seule le tenter. Quand le Reading a racheté les gisements de Silver Creek, les anciens puits et les anciennes galeries complètement envahies par l'eau, et d'ailleurs tout à fait insuffisants, ne pouvaient pas être utilisés sans de grands travaux; il fallut dépenser 300000 dollars (1 500 000 fr.) en frais de premier établissement avant d'extraire pour un dollar de charbon. Encore y a-t-il beaucoup à faire à Silver Creek et l'ensemble des travaux d'installation comporte un devis total de 500 000 dollars (2 500 000 fr.). Nous voyons construire, en effet, de nouvelles machines élévatoires, des puits de ventilation, etc.
A Maple lîill, une mine modèle dans laquelle nous descendons, les frais d'installation ont atteint également le chiffre d'un demi-million de dollars, « et penser, dit J. W., que tout cela pourrait être détruit par un accident en une demi-heure ! )) Evidemment^
il faut tenir compte aussi du gros aléa de l'entreprise, des risques énormes du capital d'exploitation.
Ces grosses dépenses préparatoires sont nécessitées ici en partie par les conditions de travail que comportent toutes les houillères profondes, en partie par celles qui sont spéciales à l'anthracite. Ainsi les pompes d'épuisement qui donnent au moment de ma visite un débit total de 16000 litres d'eau à la minute, les appareils de ventilation, dont un seul coûte 13 000 francs à établir, constituent, il est vrai, de lourdes charges, mais nous en retrouverions l'équivalent dans une foule de mines de charbon gras.
Au contraire, voici une autre catégorie de dépenses dues exclusivement à la nature particulière de l'anthracite, et qui viennent s'ajouter aux précédentes. Ce sont celles du triage, du cassage et du nettoyage.
L'anthracite de Pensylvanie se trouve intimemeni mélangé à des parties de rocher, d'ardoise, de pitch, avec lesquelles on l'extrait pèle-méle au fonc de la mine, mais on ne saurait le livrer dans cet éta à la consommation. Il faut l'amener à un certaii degré de pureté pour le rendre marchand^ et cel; exige un lavage et un triage.
En plus l'anthracite est d'une grande dureté; oi ne peut pas facilement le casser chez soi à la gros seur voulue pour l'usage auquel on le destine ; pa suite, il faut le réduire d'avance au volume sou lequel il devra être consommé, et ce volume varie suivant les cas, de la dimension du grain de riz celle des plus gros blocs détachés par les piqueurs !
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Voici d'ailleurs la liste de ces variétés de grosseurs suivant leur progression : /76*e, buckwheat, pea^ chestnut, stoçe^ egg, hroken, steamhoat^ lump (riz, sarrasin, pois, châtaigne, poêle, œuf, brisé, bateau à vapeur, bloc).
Lorsqu'une compagnie minière a extrait de l'anthracite, il faut donc, au lieu de le livrer tel quel, qu'elle lui fasse subir une transformation, qu'elle le manufacture en quelque sorte, avant de le mettre en vente.
Voilà pourquoi toutes les mines importantes sont pourvues d'immenses hreakerSy appareils à briser l'anthracite; quant aux mines de moindre débit, leurs produits sont centralisés par la compagnie du Reading à un point choisi du parcours de sa voie pour être traités dans un hreaker central. Ce fait indique bien la condition d'infériorité où se trouve un small operaior, un petit propriétaire minier visà-vis d'une grosse entreprise comme celle du Reading. Il ne peut pas faire supporter à sa modeste exploitation les frais d'un grand hreaker^ comme ceux que nous voyons ici, et s'il n'emploie pas de moyens mécaniques, s'il recourt à des triages purement manuels, l'opération devient très coûteuse.
Ces grands breakers sont construits en effet avec beaucoup d'ingéniosité pour éviter le plus possible la main-d'œuvre. Ce sont de très vastes hangars recouvrant une série de plans inclinés lesquels sont placés les uns en avant des autres, comme seraient les marches d'un gigantesque escalier. Le charbon sortant de la mine est conduit — dans les
bennes mêmes qui ont servi h le charger au fond — jusqu'au sommet de l'édifice. Tantôt on établit pour cela une rampe; tantôt, et plus ordinairement, on profite de la déclivité naturelle des terrains carbonifères, compris dans le système montagneux des Alleglianys, pour établir le hreaker au pied d'un coteau et au-dessous de l'entrée des puits. Une fois rendue à l'étage supérieur du hreaker^ la benne bascule sur elle-même, et le charbon précipité avec force va se distribuer de lui-même, par l'effet combiné de sa pesanteur et de son volume, dans une série de tamis qui le sélectionnent, sous des marteaux qui le broient, à travers des canaux où il se lave. Cependant la bruyante machine ne possède pas le sens du discernement ; elle sépare les différentes grosseurs, elle brise, elle lave, mais elle ne saurait distinguer l'anthracite véritable des rebuts qui l'accompagnent. C'est pourquoi nous voyons disséminés, comme des spectateurs rares sur d'immenses gradins, 200 ouvriers, assis le long des couloirs inclinés dans lesquels glisse l'anthracite, et triant avec leurs doigts la pierre, l'ardoise, \q pitchy et les autres impuretés. Presque partout, à Maple Hill, à Saint-Nicholas, à Silver Creck, ce travail est exécuté par des Hongrois, plusieurs âgés d'une quinzaine d'années seulement, qui gagnent à cela de 3 1/2 à 5 dollars par semaine (18 à 25 fr.).
Ainsi un hreaker desservant deux puits de mines, comme celui de Silver Creek, exige une dépense de main-d'œuvre considérable. A côté des enfants payés comme je viens de dire se trouvent un certain
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nombre d'hommes plus âgés qui reçoivent de 8 à 10 dollars par semaine (40 à 50 fr.). Il ne leur faut guère d'apprentissage, mais le travail est pénible au milieu du bruit assourdissant des marteaux, du charbon dégringolant sur les plaques de tôle, avec la perpétuelle secousse de tout l'échafaudage, et dans une atmosphère de poussière charbonneuse qui produit fréquemment l'asthme et la consomption.
Ajoutons que l'établissement même du hreaker a coûté de 75 000 à 100 000 S (400 000 à 500 000 fr.), que l'énorme amas de refuse, de rebuts, qu'il produit doit être enlevé au fur et à mesure. A Silver Creek une machine à vapeur de 80 chevaux est uniquement occupée h monter ce refuse sur un haut remblai noirâtre avec lequel on comble la vallée de l'infortuné Silver Creek (ruisseau d'argent) qui y perdra son nom.
Ce n'est pas tout. Le lavage du charbon, le service des nombreuses chaudières de machines à vapeur réclament une quantité d'eau considérable. Celle qu'on est obligé de pomper dans la mine
I même pour éviter l'inondation suffit largement au nettoyage du charbon, mais on ne peut pas l'utiliser
î dans les chaudières sans la purifier par un traitement à la chaux, en sorte qu'on ne recourt à cette ressource qu'en cas d'extrême sécheresse. A l'ordinaire, on se sert d'eau provenant de réservoirs éta-
I blis sur des points plus élevés. Celui qui dessert la
I mine de Silver Creek s'étend sur une superficie de 25 acres (10 hectares); il avait été construit autrefois
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par la compagnie de navigation du Schuylkhill pour alimenter son canal h l'époque des basses eaux.
Tout cela dépasse visiblement la sphère des anciens small operators. Ceux qui, grâce h des conditions particulièrement avantageuses , peuvent encore lutter, se font de jour en jour plus rares, et chaque perfectionnement de machinisme hâte leur ruine, parce qu'il crée un progrès que seules les compagnies puissantes peuvent mettre à profit. A supposer qu'ils n'eussent pas abandonné l'exploitation de l'anthracite avant l'entrée en scène des chemins de fer, leur concurrence actuelle les écraserait. Le fait que la plupart ont dû se déclarer vaincus avant toute lutte, non par suite de leur infériorité vis-à-vis de rivaux puissants, mais en raison même de leur incapacité en présence des gisements profonds, prouve que l'évolution de la petite entreprise minière d'autrefois à la grande société d'aujourd'hui produisant 8 millions de tonnes annuellement et employant 25 000 hommes, était une nécessité économique.
Nous retrouvons donc ici la concentration industrielle à un haut degré, comme nous avons retrouvé la complicité des chemins de fer et la localisation de la clientèle dans une région étroite.
Et pourtant nous ne trouvons pas le monopole.
Nous n'en retrouvons même pas l'allure dominatrice. Les tentatives de Ti-usts qui se sont produites ont été inspirées à leurs auteurs par le désir | de se défendre contre les effets momentanés de la'
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•surproduction, non par une vue géniale des conditions permanentes de l'industrie. Ce sont des ligues de résistance, non des entreprises audacieuses de domination.
m. — La surproduction de l'anthracite et l'inefficacité des ententes.
En octobre 1896, au moment où je visitais la région houillère de Pottsville, la compagnie du Philadelphia and Reading Coal and Iron faisait travailler dans ses mines cinq jours seulement par semaine et neuf heures par jour. De décembre 1895 à juillet 1896, elle avait dû réduire les journées de travail au nombre de trois ou quatre par semaine et à une durée de huit heures. Cette mesure avait été prise par elle pour couper court à une crise de surproduction. En diminuant l'extraction pendant quelque temps — l'habitude, dans la région de Pottsville, est de travailler dans les mines dix heures par jour et six jours par semaine, — elle espérait rétablir l'équilibre entre l'offre d'anthracite et sa consommation, écouler peu à peu les stocks qui, en pesant sur le marché, faisaient fléchir les cours.
Mais il ne lui aurait servi de rien de s'imposer le sacrifice d'une partie de sa production si les autres compagnies minières qui extraient de l'anthracite n'avaient pas, elles aussi, restreint la leur. C'est par l'action combinée de tous les producteurs,
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et seulement par cette action combinée, qu'on pouvait affir utilement sur l'écoulement du stock. De
là, Vagreenient, l'entente, intervenue entre eux pour quatorze mois, et que le public désigne sous le nom de Trust de l'anthracite.
Cette entente repose sur les faits suivants : Actuellement, le marché américain n'absorbe pas plus de 40 millions de tonnes d'anthracite par an. Avec la concurrence illimitée de ces dernières années on en produisait 46 millions. Sous l'influence de l'encombrement du marché, les prix baissaient de plus en plus, comme nous l'avons dit plus haut. C'est alors que les compagnies résolurent de s'entendre pour ne pas dépasser à elles toutes la limite de la consommation. Un accord verbal intervint fixant la part de chacune ; la compagnie du Reading obtint dans cet allotment un cinquième de la production totale, soit 8 millions de tonnes par an. En réalité, il y a là uniquement un syndicat temporaire entre producteurs pour la limitation de la production, en vue du relèvement des prix.
La formation de ce syndicat était rendue plus facile par les causes mêmes qui favorisent le monopole de l'exploitation de l'anthracite : la sphère de cette industrie est étroitement limitée. De plus, les nécessités de l'exploitation l'ont concentrée entre quelques mains. Les petits propriétaires miniers qui se trouvent encore peuvent être considérés comme une quantité négligeable. Et s'il arrivait que l'un d'eux, ayant soudainement transformé son
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exploitation avec une grosse dépense d'argent voulût jeter sur le marché une masse de charbon, encore faudrait-il qu'il eût pour desservir sa mine un chemin de fer qui ne fût ni le Reading, ni le Neiv- Jersey Centrai^ ni le Lehigh Valey, ni aucun de ceux qui sont entrés dans l'entente. Ceux-ci, en effet, n'hésiteraient pas à opposer à ses demandes d'expédition la série de mesures dilatoires en usage dans un cas pareil et que le Pensylvania Railroad employait jadis vis-à-vis des concurrents de \?i Standard OU Co. On lui ferait attendre ses wagons, on les laisserait indéfiniment sur les voies de ffarao^e, etc. L'indépendance des chemins de fer et leur monopole de fait peuvent donc faire rentrer dans le devoir un propriétaire de mines indocile. Pour se permettre d'être indocile, il faut qu'il dispose d'une ligne de chemin de fer, par conséquent qu'il soit lui-même un très gros producteur.
En second lieu, l'entente est ici plus nécessaire en même temps que plus facile. Non seulement l'anthracite est un produit encombrant, dont l'accumulation, par conséquent, offre des inconvénients matériels considérables, mais c'est un charbon dont l'écoulement ne peut pas être régulier. C'est un charbon de saison [a seasonable coal), beaucoup plus employé en hiver qu'en été, puisqu'une de ses principales destinations est celle du chauiï\\ge domestique. On est donc obligé, pour conserver dans les mines une certaine régularité de travail, de faire des approvisionnements en été en vue de l'hiver et de régler sa production non d'après des commandes
reçues, mais d'après des prévisions auxquelles se mêle forcément une certaine part d'aléa. On comprend quel trouble particulier l'existence d'un gro& stock de marchandises non vendues vient porter dans une industrie ainsi constituée. L'incertitude morale et l'encombrement matériel y créent un état général de malaise et de dépression industrielle.
Le président du Reading m'explique quelles difficultés la compagnie doit surmonter en temps ordinaire pour arriver à régulariser sa production. L'anthracite destiné aux Etats de la Nouvelle- Angleterre est transporté généralement par voie d'eau, mais, après le 1*"" novembre, le froid met un obstacle à la navigation ; on fait donc en sorte de multiplier autant que possible les expéditions par eau dans les mois qui précèdent. Cependant il faut être à même de satisfaire à la demande au début de la saison froide, et les expéditions par chemins de fer sont importantes à ce moment. En novembre 1895, le Reading a expédié tout près d'un million de tonnes (937 485, exactement). Au contraire, en mars, le chiffre des expéditions tombe parfois audessous de 400 000 tonnes. Malgré ces énormes écarts, et grâce au stock dont elle se charge en temps voulu, la compagnie parvient à donner à ses ouvriers un emploi assez régulier, 220 à 225 journées de travail par an environ*.
1. Avec le repos hebdomadaire du dimanche universellement observé, et les fêtes américaines du Thanhsgluing, etc., il faut compter environ 60 jours de chômage normal par an. Il reste donc 80 à 85 journées de chômage anormal.
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Et ce n'est pas seulement une question d'humanité, le sentiment de ses devoirs de patronage, qui poussent la compagnie à régulariser sa production. Son intérêt exige que les appareils de descente, d'aération, de nettoyage, de triage et de cassage ne soient pas inutilement multipliés en raison d'une production temporaire importante pour rester inactifs ensuite une partie de l'année. Son intérêt exige que les galeries boisées, ventilées, mises à l'abri de l'inondation par un travail d'épuisement non interrompu, nécessitant par suite une dépense constante et notable d'entretien, soient des chantiers en activité.
Tout concourt donc à rendre particulièrement sensibles dans cette industrie les inconvénients de la surproduction, le caractère encombrant du produit, l'irrégularité forcée de son écoulement, la nécessité des approvisionnements qui en découle. Des compagnies en assez petit nombre, groupées dans une seule région, se sentant à l'abri de la concurrence par le monopole naturel que détient cette région, sont amenées à combattre ce danger par la limitation de la production.
On a même vu à une époque où la multitude des exploitations minières rendait à peu près impossible toute entente entre les patrons, les ouvriers prendre le parti de lutter eux-mêmes contre la surproduction.
C'était pendant la période de renaissance générale qui suivit la guerre de la Sécession. La reprise des affaires avait été si vive que toutes les industries
s'étaient développées à l'envi, brusquement, et sans une juste appréciation de leurs débouchés. Une crise de surproduction devait forcément éclater à bref délai dans plusieurs d'entre elles. Elle pesa lourdement sur les mines d'anthracite à partir de 1867. En présence de la diminution constante des prix de vente, les patrons recoururent à des réductions successives de salaires, et déjà les ouvriers en avaient accepté deux, lorsqu'en 1869 ils déclarèrent par l'organe de la Workingmen s heiieçolent Association que la réduction des salaires n'était qu'un palliatif sans aucune action sur la crise, que seule, la limitation de la production pouvait y apporter un remède, qu'en conséquence ils se refusaient à toute diminution des tarifs en vigueur. Ils ajoutaient fièrement que si les patrons ne prenaient pas de mesures pour protéger leurs propres intérêts et ceux de leurs ouvriers, eux, les mineurs, sauraient en prendre*.
Leur plan consistait tout simplement à arrêter le travail. Ils le firent pour une durée d'un mois en avril 1869, et à d'autres reprises depuis lors. L'organisation ouvrière des mineurs d'anthracite était alors assez puissante pour obtenir ce résultat. Ils se recrutaient parmi des Américains de naissance, des émigrants anglais ou allemands. Aujourd'hui cet élément ne se retrouve plus que chez un petit nombre de vieux ouvriers, principalement chez les contre-
1. J'emprunte ces détails à l'article déjà cité de M, 0. Virtue, dans The Quarterly Journal of Economies, avril 1896, p. 299.
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maîtres, surveillants, mécaniciens, etc. Quant à la masse des mineurs du bassin de Pottsville, elle se compose de Polonais, Hongrois, Lithuaniens très turbulents, et incapables de s'associer utilement. Mais h l'époque dont il est question, la concentration des forces ouvrières suppléa réellement au manque d'entente entre les patrons pour déterminer les premières tentatives de limitation de la production.
Elle eut aussi ce résultat de pousser les compagnies dans les bras les unes des autres. Le danger commun de l'organisation ouvrière qui les menaçait toutes également, et qui manifestait sa puissance en arrêtant à son gré le travail dans toutes les mines d'anthracite, leur montra la nécessité de s'unir. Ainsi se forma un cadre d'action commune favorable aux ententes. Il suffisait maintenant que les petits propriétaires miniers, convaincus de leur impuissance à exploiter les couches profondes, cédassent leurs terrains au Reading et aux autres grandes compagnies pour que celles-ci, demeurées seules, tentassent d'établir entre elles le syndicat limitatif dont les faits précédent» indiquaient si bien l'urgente nécessité
Les compagnies minières étaient ainsi unies entre elles par le désir de résister ensemble aux périls qui les menaçaient, mais elles restaient étroitement dépendantes de compagnies de chemin de fer concurrentes et cette situation devait apporter au monopole un obstacle insurmontable.
IV. — La monopolisation de l'anthracite entravée par la concurrence des cliemins de fer entre eux.
La Pensylvanie est, par destination géographique, le pays où se rencontrent toutes les voies de communication entre New- York, Philadelphie et Baltimore d'une part, Chicago et le Nord Ouest d'autre part. De plus, c'est un Etat peuplé depuis longtemps , offrant d'immenses ressources en houille, en minerais, possédant des manufactures considérables. Les grandes lignes ferrées se dirigeant des ports de l'Atlantique vers l'Ouest devaient donc fatalement établir en Pensylvanie une partie de leur parcours.
En fait, la région de l'anthracite, à elle seule, est desservie par huit compagnies différentes : le toutpuissant Pensyhania Railroad, le Philadelpliia and Readin<^, le LehigJi Valley, le New Jersey Central^ le Delaware and Lackawanna, le New York, Lake Erie and Western, le New York, Susquehannah and Western, le New York, Ontario and Western K
Ces différentes compagnies possèdent à elles seules, soit directement, soit par l'intermédiaire de compagnies minières, la presque totalité des gisements d'anthracite; on estime à 5 p. 100 seulement la portion qui échappe à leur domination^.