Virtue, loc. cit., p
2. Ainsi, en 187G, les compagnies signataires de l'entente sur l'anthracite avaient frappé d'une amende de un dollar et demi toute tonne de charbon vendue par l'une d'elles en excès du chifire qui lui était attribué. (0. Virtue, loc. cit., p. 303.)
IMDUSTaiES MONOPOLISÉES. 11
et malhonnête se retranche derrière « l'exception de jeu ». En d'autres termes, les simples ententes ne peuvent tenir aux Etats-Unis que par la puissance de la bonne foi. La loi ne les reconnaît pas plus que les Ti'usts.
M. Mac Leod, le président du Reading, qui conclut l'entente célèbre de 1892, s'était bien rendu compte de cela et avait cherché à établir la solidarité des compagnies contractantes sur une base plus sûre. Il voulait réunir les chemins de fer traversant les régions de l'anthracite sous sa domination, et une fois maître des moyens de transports, tenir par là les compagnies minières. Le contrat de 1892 était donc inspiré par une vue juste, mais il pouvait être attaqué au point de vue juridique, et il le fut.
Par l'intermédiaire d'une compagnie nominalement distincte du Reading, mais créée uniquement pour le servir — le Poj't Reading Railroad Co. — M. Mac Leod avait loué à bail le Central Railroad of New Jersey et le Lehigh and Susquehanna Railroad. Puis, une fois cette opération préliminaire exécutée, il avait traité avec la Lehigh and Wilkesbarre Coal Company, dont les mines étaient situées sur le parcours de ces chemins de fer. Se croyant déjà sûr de la compagnie minière du Reading, il pensait ainsi exercer une action prédominante sur le marché de l'anthracite.
La convention passée avec la Wilkesbarre Co. est ordinairement désignée sous le nom de Reading Coal Combine, parce qu'elle était, en effet, le cou-
TENTATIVES DE MONOPOLISATION DE l'aNTIIHACITE 123
ronnement de l'édifice. La Wilkeshai-re Co. s'engageait à vendre au Reading le produit tout entier de ses mines à des conditions fixées d'avance, mais variant d'après le prix moyen de l'anthracite dans les ports de l'Atlantique. Ces conditions, fort compliquées, consistaient dans un partage de bénéfices entre les deux parties contractantes, mais à mesure que les prix prévus montaient, la part du Reading devenait proportionnellement plus forte par rapport à celle de la Wilkesbai^re Co. C'était lui qui avait pris l'initiative de la combinaison; il entendait se réserver la part du lion.
Tout cet échafaudage compliqué était à la merci du bon vouloir des différentes compagnies. Le Wilkesbarre pouvait facilement obtenir Tannulation de son contrat le jour où il aurait trouvé trop exagérés les avantages retirés de la combinaison par le Reading. Les compagnies prises à bail par M. Mac Leod avaient aussi la faculté de faire déclarer ce bail contraire à la loi. En fait, ce fut l'une d'elles, le Central RaiJroad of New Jersey, qui recourut h ce moyen pour se dégager. Dès que les signes avant-coureurs de la faillite de 1893 se manifestèrent, elle fit décider par la cour du New-Jersey que son contrat violait un act du 2 mai 1885 interdisant à toute compagnie de chemin de fer de louer son exploitation à d'autres compagnies, et la laborieuse combinaison de M. Mac Leod se trouva anéantie. Elle n'aurait été durable que si l'accord entre les chemins de fer avait résulté non d'un engagement formel, mais d'une fusion inapparente
entre eux. Pour les dominer utilement il fallait pouvoir les dominer sans contrat.
Ainsi la loi américaine a été plus efficace contre les combinaisons monopolistes de l'anthracite peu dangereuses pour la liberté permanente de l'industrie, que contre le Trust du pétrole qui a détruit en fait toute concurrence sérieuse autour de lui. Elle s'est montrée puissante en face des faibles, impuissante en face des forts.
Nous la retrouverons toujours ainsi au cours de notre étude. Toute la législation contre les Trusts est vaine, utterly unserviceahle (entièrement bonne à rien), comme le déclarait un juge de la Cour Suprême.
Si un de ces « capitaines d'industrie » qui étonnent les Etats-Unis eux-mêmes par la hardiesse de leurs entreprises s'était trouvé pour réunir sous sa main puissante les lignes de chemins de fer qui traversent la région de l'anthracite; s'il avait monopolisé les mines d'une façon sérieuse, aucune Anti- Trust Law n'aurait détruit son œuvre.
Mais le fait qu'aucun d'eux ne s'est rencontré pour tenter l'entreprise permet de croire qu'elle était fort risquée. Les hommes qui agissent par imitation, qui, voyant le succès de la Standard OU Company, se sont dit que le vent était aux Trusts, attribuant ainsi à une question de forme un résultat dû à des causes fort complexes, ont bien pu se livrer à de vains essais de monopolisation de l'anthracite. Ceux qui se décident d'après leur coup d'œil personnel, ceux qui jugent par eux-mêmes et