‹ Les industries monopolisées (trusts) aux États-Unis;Chapitre 33 sur 99 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Les deux industries que nous avons examinées jusqu'ici, celle du pétrole et celle de l'anthracite, offraient certains caractères communs que nous ne retrouverons pas dans l'industrie sucrière.

La nature a fait beaucoup pour concentrer sur des points déterminés l'exploitation du pétrole et celle de l'anthracite. Elle a préparé les voies aux Trusts par la rareté des gisements.

Pour le sucre, au contraire, elle a laissé le champ de la production très large. Restreint aux pays chauds à l'époque où le sucre de canne était seul connu, il s'est étendu, depuis la culture de la betterave à sucre, aux contrées agricoles les plus diverses : le nord de la France, l'Allemagne, rivalisent aujourd'hui avec les Antilles, et, aux Etats- Unis, des essais de culture betteravière dans le Kansas, le Nebraska, et jusque dans les Etats qui confinent au Canada ont démontré que le sucre n'était plus un produit réservé aux terres tropicales.

Voilà donc une première base qui fait défaut au Trust du sucre. Aucun monopole naturel n'aide h le constituer.

Mais ce n'est pas tout.

Le pétrole et l'anthracite sont des produits encombrants, dans le prix desquels les frais de transport entrent pour une part importante. Nous avons vu quelle influence considérable ce fait a exercée sur la naissance des Trusts du pétrole el de l'anthracite, grâce au régime spécial des chemins de fer aux États-Unis. Avec le sucre, rien de semblable. Nous sommes, au contraire, en présence d'une marchandise qui, sous un volume donné, a une valeur environ cent fois plus grande que celle de l'anthracite, et dont le transport n'est pas dangereux comme celui du pétrole.

Il semble donc que le cas du Trust du sucre soit tout différent.

Il l'est, en effet, sur ces deux points, et la conséquence très nette va en apparaître de suite : ce n'est pas l'extraction du sucre de la canne ou de la betterave qui fait l'objet du Tr^ust; ce n'est pas non plus son transport; c'est uniquement l'industrie de la raffinerie.

Le planteur de Cuba ou de la Louisiane, le cultivateur allemand ou américain qui fournissent le sucre brut aux Etats-Unis, le produisent sous le régime de la libre concurrence, mais avant que ce sucre puisse atteindre le consommateur, il faut qu'il subisse l'opération du raffinage. A ce point précis, le Trust s'eii empare et se dresse entre le produc-

tciir et la clientèle comme un intermédiaire obligé. Le Trust du sucre n'est donc, à proprement parler, que le Tiuist de la raffinerie de sucre, et c'est cette industrie seule qui fera l'objet de notre étude. Pourquoi s'est-elle concentrée dans un petit nombre de raffineries importantes? Comment ces raffineries sont-elles parvenues h la monopoliser au moyen d'un Trust? 'J'elles sont les deux premières questions que nous ayons à examiner.

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