I. — La concentration normale de la raffinerie
Les procédés aujourd'hui employés dans la raffinerie du sucre ont porté cette industrie à un degré extrême de complication. On estime aux Etats-Unis, où on ne saurait être accusé de lenteur exagérée, que l'établissement d'une raffinerie réclame un délai de dix-huit mois au moins. On ne peut pas construire et mettre en marche une usine de ce genre dans un temps plus court. Elle ne s'improvise pas.
En plus, le capital d'installation est très considérable. La raffinerie de moyenne grandeur ne peut pas lutter contre la très grande raffinerie par des raisons analogues à celles que nous avons vues pour le pétrole. M. Havemeyer, le président du Trustf témoignait il y a quelques années devant une commission d'enquête parlementaire du Sénat, que beaucoup de petites raffineries se trouvaient mises en perte par les conditions du marché, alors que lui et quelques autres grands raffineurs pouvaient
encore réaliser de très beaux bénéfices *. C'est là le fait primordial, essentiel, qui réclame la concentration pour la marche normale de l'industrie. On ne peut raffiner le sucre avantageusement que dans d'immenses usines. Ces usines sont donc nécessairement peu nombreuses et entre les mains de quelques compagnies puissantes, ou de quelques capitalistes de première grandeur.
Elles ont bien, au surplus, les caractères typiques de la grande industrie moderne. Le machinisme y est poussé à un tel point que les ouvriers d'une raffinerie n'ont besoin, je parle, bien entendu, de la masse, d'aucun apprentissage, l^e secrétaire d'une union ouvrière de Philadelphie me raconte que le Tîmst du sucre entretient à New-York un agent parlant un grand nombre de langues et chargé d'aller embaucher à leur débarquement les immigrants étrangers. Ceux-ci, peu au courant du taux américain des salaires, inquiets d'ailleurs de savoir s'ils trouveront un emploi, acceptent volontiers de travailler pour un dollar par jour, et si, quelque temps après, ils quittent la raffinerie pour un emploi plus lucratif, l'agent n'a qu'à retourner à l'arrivée du prochain paquebot pour les remplacer. En somme, des individus quelconques peuvent se transformer du jour au lendemain en ouvriers de raffinerie. C'est le triomphe du machinisme.
Il est d'autant plus facile au Trust de se procurer des ouvriers de ce genre que presque toutes ses raf-