‹ Les industries monopolisées (trusts) aux États-Unis;Chapitre 48 sur 99 · IV. — Les effets du Trust · texte numérisé non relu

IV. — Les effets du Trust

Il nous reste à déterminer les effets du Trust du sucre.

Beaucoup d'accusations sont lancées contre lui, qui ne tiennent pas essentiellement à sa qualité de Trust. J'ai eu l'occasion de dire plus haut comment le secrétaire d'une union ouvrière de Philadelphie rangeait parmi ses griefs contre les Trusts le fait qu'un agent du Trust du sucre profite des débarquements d'immigrants européens sans expérience pour les embaucher à des prix peu élevés. Cela ne prouve aucunement que l'existence d'un Trust dans la raffinerie du sucre soit une cause de baisse pour'

la main-d'œuvre, mais simplement que cette industrie, pourvue de machines très perfectionnées, peut employer des ouvriers quelconques et que, dans ces conditions, elle croit de son intérêt de les payer le meilleur marché possible. Les raffineries indépendantes n'agissaient-elles pas ainsi avant 1887? Et ne retrouve-t-on pas des faits du même genre dans les raffineries parisiennes où les ouvriers sont embauchés tous les matins pour une journée, à la porte des usines, aux Docks de Londres et de Liverpool? Rien ne prouve que le Trust soit responsable en cela.

Ses défenseurs portent même h son actif une augmentation d'environ 10 pour 100 dans les salaires \ mais là non plus nous ne saurions reconnaître un effet du Trust. Cette augmentation n'est assurément pas bénévole de sa part. Elle résulte des fluctuations qui se sont produites sur le marché de la main-d'œuvre non spécialisée [unskilled labour) dans les grands ports américains. Et peut-être la diminution du nombre des immigrants depuis dix ans, les précautions prises par le gouvernement pour empêcher l'introduction aux États-Unis des gens sans ressources, fourniraient-elles l'explication de ce fait. En tout cas, c'est par une simple rencontre, par TelTet d'une concomitance fortuite, que l'on constate une élévation de 10 pour 100 dans les salaires des ouvriers raffineurs depuis 1887, époque de la constitution du Trust.

Les ouvriers adressent au Trust du sucre un autre

1. Voir The Chronicle du 13 fév. 1897, « The greed of capital »,

reproche, celui d'avoir fermé des raffineries et jeté, par suite, un grand nombre d'individus sur le pavé. Le reproche est matériellement fondé, puisque, dès 1887, le Trust fermait deux de ses raffineries à New^-York, deux à Boston et que dans quelques autres il arrêtait momentanément ou restreignait la production ; mais si un certain nombre d'ouvriers se sont trouvés ainsi privés de leur gagne-pain, il faut tenir compte de tous ceux qui ont été employés dans les raffineries agrandies. \] American Sugar Refining Co. soutient qu'elle emploie actuellement, en 1897, un personnel aussi nombreux que celui des compagnies absorbées par le Trust en 1887 *. A supposer même que ce personnel fût plus restreint, ce résultat ne pourrait tenir qu'à deux causes qui, l'une comme l'autre, dominent les patrons comme les ouvriers, dont les patrons, par conséquent, ne sont pas responsables. Ou bien, en effet, on a moins d'ouvriers parce qu'on produit moins, et si tel est le cas, c'est que le marché se refuse à absorber une production supérieure ; ou bien la réduction du personnel est due au progrès du machinisme, et les progrès connus s'imposent à l'adoption des fabricants.

Les accusations portées par les ouvriers — comme ouvriers, non comme consommateurs — contre le Trust du sucre ne sont donc pas sérieusement fondées. Le seul effet du Trust qui atteigne les ouvriers employés par lui est, au contraire, un

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