Voir Lexow Committee du Sénat de New-York
effet favorable, je veux parler de la régularité de la production. Il n'est pas douteux que le monopole de fait placé entre les mains d'Havemeyer ait rendu les chômages rares. Pour employer une image chère aux défenseurs des Trusts, la production scientifique a remplacé la production anarchique. Plus simplement, une direction très habile et très prévoyante, pourvue de moyens d'action très puissants et n'ayant pas de concurrence immédiate à redouter, peut maintenir un équilibre suffisant entre la consommation et l'approvisionement du marché, tout en donnant à sa fabrication une allure à peu près égale. Cela se traduit pour les ouvriers en absence de chômages. C'est, à coup sûr, pour eux un avantage appréciable, et c'est là le seul résultat positif que produise le Ti'ust à leur endroit.
Il en est tout différemment en ce qui concerne non plus le groupe restreint des individus employés dans les raffineries, mais la masse des consommateurs américains. Ceux-ci accusent le Trust défaire hausser les prix du sucre, de s'assurer des bénéfices exagérés, de produire à son gré les fluctuations du marché,et si leurs accusations sont parfois exagérées, le Trust n'arrive pas à s'en laver complètement.
A première vue, il semble bien simple de vérifier si le sucre est plus ou moins cher qu'avant l'existence du Trust, et celui-ci répond, statistiques en mains, que depuis 1887 le sucre a diminué de 30 pour 100*. Mais, malgré les apparences, ce
1 . Voir, dans le rapport du Lexow Committee, institué par le Sénat de New -York en 1897, la conclusion du sénateur Mac Garren.
chiffre ne prouve absolument rien. En 1887, le sucre brut payait à son entrée aux États-Unis un droit de 84 pour 100* environ. Le tarif Mac-Kinley de 1890 l'avait considérablemont abaissé ; le tarif Wilson, tout en le relevant, le porta néanmoins h un taux bien inférieur à celui de 1887 ^ Etant donnée la faible proportion de sucre brut produit aux États-Unis par rapport au sucre qui y est raffiné; étant donné, par suite, que les droits de douane exercent h peu de chose près leur plein effet sur les prix de vente, on comprend que la différence des tarifs suffit largement à expliquer la baisse de prix dont le Trust voudrait faire remonter l'honneur jusqu'à lui.
En plus, le premier effet de la formation du Trust fut très certainement de faire hausser le prix du sucre. M. Cook constatait qu'en février 1886 le sucre raffiné se payait 6''^^88 le pound, au lieu de 5'''93 en février 1887, soit près de 0 fr. 10 d'augmentation par kilogramme ^. Tel était le résultat après six mois de monopole.
1. Yoir "William Cook, Trusts, p. 65. J'emprunte ce chiffre à M. Cook parce qu'il offre une base de comparaison plus facile et que j'ai tout lieu de le croire sérieux, mais il ne représente qu'une appréciation. Le droit dont étaient frappés les sucres sous le régime du Tarifl Act du 3 mars 1883 n'était pas un droit ad valorem, mais un droit fixe gradué suivant le degré marqué à l'étalon hollandais. Par exemple, les sucres faisant de 16 à 20 degrés acquittaient un droit de 3 cents par pound (0 fr. 33 le kilog.). Quoi qu'il en soit, le sucre avait alors à supporter avant d'atteindre le consommateur une taxe douanière qui augmentait d'autant son prix de vente. (Voir Tariff Acts, p. 289.)
2. Environ 50 0/0 de la valeur, comme nous l'avons expliqué plus haut.