‹ Les industries monopolisées (trusts) aux États-Unis;Chapitre 54 sur 99 · I. — Les pools sur l'acier et les tarifs douaniers · texte numérisé non relu

I. — Les pools sur l'acier et les tarifs douaniers

L'industrie du fer et de l'acier se divise, comme on le sait, en un assez grand nombre de spécialités qui constituent chacune une sorte d'industrie réparée. Depuis une vingtaine d'années, il s'est

•formé à plusieurs reprises dans certaines de ces spécialités, des ententes entre producteurs. Au moment de notre enquête, par exemple, les cinq maisons les plus grandes et les mieux outillées pour la fabrication des fers employés dans la construction avaient établi un pool au moyen duquel elles s'assuraient toutes les fournitures les plus considérables et prélevaient sur ces fournitures un bénéfice élevé. Lorsqu'une grosse commande était annoncée, ces cinq maisons, parfaitement certaines qu'elles seules aux Etats-Unis pouvaient la prendre, en raison de son importance, procédaient entre elles à une sorte de contre-adjudication : chacune d'elles établissait son prix; celle qui avait demandé le prix le plus élevé était désignée comme devant accepter la commande, mais elle versait à la caisse commune du pool la différence entre le prix officiel payé par le client et le prix le plus bas qu'un des cinq membres du pool eût consenti. De cette manière, le fer de construction se trouvait maintenu artificiellement à un taux supérieur à celui que le jeu naturel de la concurrence aurait déterminé, et le pool^ ayant une caisse bien alimentée, pouvait distribuer à ses membres de beaux bénéfices, et même désintéresser entièrement ceux qui arrêtaient leur fabrication, lorsque cet arrêt était jugé avanta^reux à l'intérêt commun.

Toute la combinaison reposait, bien entendu, sur le tarif douanier des Etats-Unis, qui entrave la concurrence étrangère. C'est grâce à lui que les cinq maisons en question pouvaient accaparer un

marché fermé. Les fers de constructions payaient en effet, d'après le tarif Wilson alors en vigueur \ six dixièmes de cent par livre, soit environ 66 fr. la tonne de droits d'entrée. A l'abri de cette barrière, on rançonnait le public.

D'autres pools du même genre se sont formés à plusieurs reprises sur les boulons et écrous, sur les plaques de blindage pour les vaisseaux cuirassés, sur les bicyclettes ^, sur les clous — nous reviendrons sur ce dernier, — sur le fer en saumons, etc., mais nous nous attacherons ici à l'étude des pools conclus au sujet des rails de chemins de fer parce que ces pools ont été l'origine du grand Trust Caimegie- Rockefeller ', c'est donc en suivant leurs vicissitudes que nous verrons apparaître le germe récemment développé en une gigantesque combinaison.

Notons seulement le caractère commun à tous ces pools. Ils sont le fruit du régime protectionniste américain. A vrai dire, leur constitution a pour but l'exploitation avantageuse d'une situation créée par les tarifs. Le tarif ferme le marché, le pool s'en empare, et le consommateur supporte les frais de l'opération. C'est ainsi que le gouvernement fédéral payait jusqu'en 1897 les cuirasses de ses navires au taux de 563 dollars la tonne; la Compagnie d'acier de l'Illinois, après la dissolution du dernier poo/ sur les rails d'acier, proposait au Congrès de se charger de la fourniture des plaques de

1. Voir dans la collection des Tarif Acts, Act du 27 août 1894. Schedide C, 113.

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