Trusts in the United States^ by Ernst von Halle, p
avec M. Carnegie ne tourne pas toujours à leur avantage particulier. Il gouverne avec un pouvoir presque absolu; à la fin de 1893, il brisa un pool parce qu'un de ses membres avait produit plus que la proportion qui lui était fixée. Ensuite, quelques semaines plus tard, il fit une nouvelle combinaison avec six usines d'acier, réunissant ainsi sous sa direction 65 pour 100 de la production totale. »
Le but poursuivi par ces différents pools était d'ailleurs toujours le même. Il s'agissait de maintenir les prix à un certain niveau, en évitant la surproduction. Leur dissolution et leur reconstitution n'avaient comme raison d'être que le désir d'écarter un allié trop faible, ou de faire entrer dans la combinaison un rival reconnu dangereux, ou bien encore l'opportunité de modifier le partage de la production entre les associés. Mais l'une ou l'autre de ces circonstances se produisait fréquemment et l'existence des pools était essentiellement éphémère.
Lors même qu'ils étaient conclus pour une période déterminée, ils ne duraient pas toujours jusqu'au terme fixé. Si l'intérêt de celui qui dominait venait à réclamer leur dissolution subite, il était toujours facile de prouver que les conventions avaient été violées sur quelque point, et que par suite personne n'était plus engagé. En général c'était, comme dans le cas que nous venons de citer, le partage de la production qui fournissait le prétexte voulu. Nous avons vu, à propos des ententes conclues entre les mines d'anthracite, combien ce partage [allotment) est toujours difficile,
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combien il est rare que chacun s'y conforme exactement. Il faut à un industriel un respect des engagements malheureusement peu commun pour refuser la commande qui s'offre à lui par la seule raison qu'elle lui fera dépasser le quantum de production auquel il a promis de se limiter. Et les moyens de dissimuler la fraude sont nombreux. Bref, beaucoup succombent à la tentation, et le moindre vestige qui reste de leur manquement à la parole donnée met l'existence du pool à la merci du premier de ses membres qui aura intérêt a le faire disparaître. Il lui suffira de dénoncer le collègue peu scrupuleux qui a violé le contrat.
Le caractère éphémère des pools était encore augmenté ici par les brusques variations économiques qui se produisent dans un pays très entreprenant et plein de ressources non encore exploitées comme les Etats-Unis. On ne peut pas comparer avec justesse, à ce point de vue, les pools sur l'acier dont nous parlons avec les ententes analogues qui existent en Europe, par exemple avec le Comptoir mètallurgicpte de Longwy, ou avec l'entente des usines de fer en Autriche et en Hongrie. Malgré les fluctuations qui se produisent sur nos marchés, ils sont moins sujets aux bouleversements soudains que le marché américain; aussi les ententes entre producteurs européens ont-elles souvent une existence plus longue et une allure plus régulière. Elles correspondent à un milieu économique moins agité.
Les pools sur les rails d'acier, dominés souverain
nement par M. Carnegie, se trouvaient, en plus, livrés k sa discrétion par le peu de scrupule des associés à tenir leurs engagements et soumis à de constantes vicissitudes par les surprises que l'Amérique tient toujours en réserve.
Il suffisait donc que M. Carnegie n'eût plus personnellement intérêt aux pools pour que ceux-ci disparussent. C'est précisément ce qui s'est produit au début de 1897.
A partir de ce moment, M. Carnegie, uni à M. Rockefeller, pouvait lutter pour la production des rails d'acier contre tous ses concurrents tant américains qu'européens. Dès lors il n'avait plus besoin de pools. Et les pools ont pris fin.
Les pools, en effet, ne lui rendaient qu'un service, le seul qu'ils soient capables de rendre : ils maintenaient le taux des prix de vente en empêchant l'encombrement d'un marché préalablement fermé, c'est-à-dire en restreignant la production. Non seulement on fixait aux membres du pool la limite qu'ils ne devaient pas dépasser, mais on indemnisait certains propriétaires d'usines qui consentaient à arrêter tout travail. Comme un tel arrangement était contraire aux lois, on lui donnait une forme légale ; par exemple, l'usinier vendait fictivement à un membre du pool 300 000 tonnes de rails d'acier; celui-ci s'engageait subsidiairement à payer un dédit d'un dollar par tonne s'il refusait d'en prendre livraison à l'époque fixée. Bien entendu, il refusait quand le terme convenu arrivait, et il devait légalement 300 000 dollars à l'usinier, lequel s'était
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tranquillement croisé les bras. C'était le prix de son inaction ^
Il est clair que pour payer ainsi l'arrêt d'une usine rivale il faut redouter la concurrence. Si on est certain de pouvoir livrer une marchandise de qualité égale à un prix notablement moindre qu'elle, on s'embarrasse peu de l'encombrement momentané du marché, on est bien sûr de la victoire, et il n'y a qu'à l'attendre. L'existence d'un pool indique donc toujours un certain équilibre entre les parties contractantes. Sans doute, M. Carnegie parlait en maître dans les derniers pools sur les rails d'acier, mais encore est-il qu'il consentait à partager avec ses co-associés le profit de la combinaison. En fait, il a renoncé à \o\iX pool quand il s'est senti suffisamment fort pour une action indépendante. L'histoire de la dissolution du dernier pool est instructive à ce point de vue.
Les producteurs d'acier Bessemer avaient formé entre eux au printemps de 1896 une entente spéciale — indépendante de celle des fabricants de rails, — et le résultat de cette entente avait été de faire monter le prix de l'acier en barres [steel hillel) de 17 S 50 à 20 S 25 sur le marché de Pittsburgh; mais leur combinaison ne devait pas avoir une longue durée. Dès le mois de novembre de la même année des indices de dissolution prochaine se manifestèrent. On se plaignait du manque de parole de certains membres, et malgré les assurances données
1. Le cas est cité par M. von Halle, op. cit., p. 62, note 3.
aux reporters par le secrétaire des réunions, le public s'attendait à la chute du syndicat colosse qui groupait, disait-on, trois cents millions de doU lars, soit un milliard et demi de capitaP.
Dès le début de novembre, la situation s'accentua; les plaintes se précisèrent contre la compagnie Carnegie et V Illinois Steel Co., et la compagnie Bellaire dénonça formellement l'entente. Le 9, une assemblée des représentants des usines syndiquées se réunit à Pittsburgh pour parer à la crise imminente, mais l'exemple de la compagnie Bellaire avait entraîné d'autres associés, notamment la compagnie Shœnberger, et force fut d'abandonner les prix artificiellement maintenus par l'entente pour entamer une lutte de bon marché avec les compagnies récalcitrantes ^.
Cependant le pool vivait encore nominalement; on espérait que les dissidents reviendraient promptement au bercail et on leur prouvait par une vive concurrence quels étaient les dangers de l'isolement. Le 22 décembre une réunion eut lieu à New- York pour tomber d'accord sur de nouvelles bases d'entente, mais la compagnie Carnegie ne paraissait pas disposée à entrer dans une nouvelle combinaison; elle montrait, dit un reporter, de l'éloignément à accepter certaines conditions de la nouvelh entente éventuelle [a disinclination ta agrée ta certain terms in a supposed new agreement^).
1. Voirie New York Herald du 10 nov. 1896 : Steel Trust 77ien meet
2. New York Herald, dépèches de Pittsburgh, 8, 9 et 11 déc. 1896