‹ Les industries monopolisées (trusts) aux États-Unis;Chapitre 71 sur 99 · I. — La vraie nature de la combinaison · texte numérisé non relu

I. — La vraie nature de la combinaison

L'étude du Trust du cordage, ou plus exactement des différentes combinaisons qui se sont formées successivement sur le cordage, révèle nettement la contradiction qui existe entre le caractère juridique de ces associations et leur nature véritable.

Au point de vue légal, le Trust du cordage, tel qu'il a été constitué en 1890 et réorganisé en 1893, est simplement une société par actions [a Joint stock Company). Il revêt cette forme extérieure comme le Trust du whiskey, comme plusieurs ententes récentes aux États-Unis.

Au point de vue de ses effets économiques et sociaux, c'est un pool énergiquement constitué. Il unit ensemble diverses entreprises d'une manière très étroite, ce qui lui donne l'aspect d'un Trusty mais, à l'usage, ce lien si fort est éphémère; il se

brise promptement comme cela arrive dans les pools.

En plus, les opérations de la société ont un caractère marqué de spéculation. Il s'agit de faire cesser la concurrence par un procédé quelconque, et souvent, on emploie pour cela, comme nous le verrons, une baisse artificielle des prix de vente ; puis, une fois ce résultat atteint, on se hâte de relever ces mêmes prix le plus possible pour se rattraper, et au delà, des sacrifices nécessités par la manœuvre primitive. Tandis que le vrai Trusta le Trust permanent, assoit sa domination sur le bon marché et la perfection du produit, l'entente passagère, le pooly de quelque nom qu'il se décore, tend toujours à hausser le prix de la marchandise vendue, et à profiter de cette hausse temporaire.

Le Trust du cordage n'est donc pas, à proprement parler, un Trust, bien qu'il soit organisé légalement sur le modèle le plus perfectionné des Trusts. Sous son vêtement d'emprunt, il reste ce qu'il est : une combinaison artificielle et temporaire.

C'est que toute base naturelle lui fait défaut pour une monopolisation durable. Il a le même vice originel que le Trust du whiskey. Et toute l'habileté réunie des financiers et des hommes de loi ne supplée pas à ce manque de base.

La matière première de la fabrication du cordage aux Etats-Unis a deux origines principales : d'abord le chanvre américain, grossier et coloré, puis le chanvre océanien de Manille ou de Nouvelle-Zélande.

Le premier ne peut pas être utilisé pour les produits soignés, pour les câbles, les cordages de navires, etc.; il s'emploie cependant, mais dans une mesure restreinte. C'est l'Ouest agricole qui le fournit, mais comme il fournit le maïs, sans qu'aucun État, qu'aucune région ne détienne à cet égard un monopole ou même une supériorité très décidée. Pour celui-ci, par conséquent, la fabrication n'a pas de sphère étroitement déterminée.

Le chanvre océanien pénétrant par les ports, c'est sur le littoral qu'il semble plus avantageux d'établir les usines où il doit être élaboré; en efFet, nous trouvons des fabriques de cordes à Boston et dans la Nouvelle-Angleterre, dans le New-York, etc. Une compagnie s'était établie aussi à Galveston, sur le golfe du Mexique, à proximité des textiles venus <le Tampico; mais il s'en faut que toute l'industrie du cordage se concentre dans les grands ports, comme cela a lieu, par exemple, pour les raffineries de sucre. Dans l'Ohio, dans l'Illinois même, nous trouvons de grands établissements de corderie.

C'est que le marché du cordage est principalement à l'Ouest. Depuis l'emploi des machines self -hinding (moissonneuses-lieuses) toutes les gerbes de blés récoltées aux Etats-Unis sont liées avec des ^bindei'-twines , sortes de cordes préparées spécialement pour cet usage, et c'est là actuellement le débouché le plus considérable de l'industrie de la corderie, il absorbe 60 pour 100 de ses produits.

Dans leur rapport aux actionnaires, les liquidateurs du premier Trust du cordage (de 1890 à 1893)

en fournissent la preuve : « Le commencement de mai, disent-ils', est toujours le moment où les stocks de marchandises sont le plus lourds dans cette industrie ; la saison s'ouvre pour la distribution des liens agricoles {binder-t ovines). Il faut des sommes considérables d'argent pour leur transport et on les vend par paiements échelonnés (les fermiers de l'Ouest ont toujours besoin de crédit) ; c'est l'époque de l'année où la compagnie avait toujours le plus de capitaux employés [was more extended tlian at anxj other period of the whole ijear). Et les liquidateurs indiquent que ces circonstances ont conduit le Trust à la faillite. Elle fut, en effet, déclarée le 4 mai 1893. Ainsi se trouve clairement établie l'importance énorme du marché agricole de l'Ouest dans la consommation des produits de la corderie.

On pourrait ajouter que l'effacement progressif de la marine marchande américaine depuis l'adoption d'une politique ultra-protectionniste, h la suite de la Guerre de Sécession, a dû certainement contribuer à ce résultat. Tandis que la consommation augmentait prodigieusement à l'Ouest par l'emploi des moissonneuses -lieuses et le développement énorme de la culture, elle diminuait peu h peu h l'Est par la ruine de l'armement.

Une industrie qui trouvait ainsi à l'Ouest ses débouchés les plus abondants et une partie de sa matière première ne pouvait pas se confiner absolu-

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