Voir von Halle, appendix XIV, p
ment dans les États de l'Est. Et, d'autre part, l'Est avait ses avantages en raison des grands ports. L'extrême Sud, de son côté, profitait du voisinage de Tampico. Bref, l'industrie était poussée à la dispersion.
C'est précisément le contraire de ce que nous constatons pour les industries monopolisées par les Trusts. Celles-ci, au lieu d'être dispersées sur un immense territoire, sont concentrées soit dans une région déterminée comme l'exploitation de l'anthracite, soit sur un petit nombre de points offrant des avantages spéciaux comme les raffineries de sucre et de pétrole.
La facilité de la concurrence étant ainsi toujours sauvegardée par les conditions économiques qui président à cette fabrication, toute tentative de monopolisation vient se heurter à un obstacle insurmontable. On peut le tourner momentanément, mais alors c'est une opération à court terme, un pooly que l'on entreprend, sans s'en rendre compte. Et si on ne se hâte pas de reconnaître son erreur, si on ne recueille pas de suite, à la faveur du premier moment de surprise, le bénéfice que comporte le pool; si on fait des sacrifices en escomptant les profits à long terme d'un Trust permanent, on arrive vite à la débâcle.
Nous avons déjà vu les déplorables résultats de cette illusion en ce qui concerne le w^hiskey; nous pourrions les confirmer par d'autres exemples, ceux du Wall-Paper-Trust [Trust du papier de tenture), du Trust du cuir, du Trust des allumettes, etc. Ces
différentes entreprises de monopolisation ont été surtout préoccupées de s'armer contre les Anti- Trust-Laws. Elles avaient peur de la législation ennemie des Trusts et voyaient là le principal obstacle à leur succès. Mais tandis qu'elles s'organisaient légalement de manière à passer au travers des textes accumulés par les législatures américaines, elles néorlio-eaint de rechercher si les conditions économiques permettaient la réalisation de leur plan. Avant de s'ingénier à faire une chose défendue, elles auraient dû s'assurer d'abord que c'était une chose possible. Ce manque de sagesse leur a coûté un grand nombre de dollars.
Le Trust du cordage appartient bien nettement à cette catégorie de combinaisons; mais, comme il arrive presque toujours lorsqu'on passe à l'examen des espèces, le phénomène général que nous venons d'indiquer se complique chez lui d'autres phénomènes secondaires, en sorte que la première chute de 1893 paraît tenir à des circonstances de détail.
Et cette apparence a été assez trompeuse pour dissimuler la vérité aux victimes de cette première chute. Ils n'ont pas vu que leur entreprise manquait de base ; ils ont cru qu'elle était tombée faute d'argent, faute de prudence, et ils l'ont réorganisée, évitant avec soin de retomber dans les erreurs de détail, mais sans s'apercevoir du vice fondamental.
Le plus curieux, c'est que ces erreurs de détail n'étaient en réalité que les conséquences du vice inaperçu. En lisant le rapport des réorganisateurs
et en le rapprochant des opérations connues de ce faux Tr^ust, on en acquiert la conviction. Et, de nouveau, on se rend compte que le Trust du cordage a bien tous les caractères économiques d'un pool. Non seulement il disparaît comme un pool après une courte existence, mais, pendant cette existence, il se comporte comme un pool.
n. — Les agissements du Cordag-e Trust.
Le rapport du comité de réorganisation de 1893 est d'une discrétion admirable au sujet des spéculations plus ou moins aventureuses de l'ancien Trust [National Coj^dage Co.). Il en parle subsidiairement, à l'occasion d'un autre fait qui leur sert d'excuse; non seulement il ne blâme pas la spéculation, mais il ne la nomme même pas, il se contente d'y faire allusion. Après avoir insisté sur les difficultés financières de la société, il constate simplement qu' « elles ont détourné dans une certaine mesure l'attention de ses officiers et directeurs de la question industrielle » [to a certain extenty diçerted the attention of the officers and directors from the management of the manufactujing business of the Company).
En réalité, les administrateurs jouaient avec les valeurs de la société. En France, et généralement en Europe, les lois qui régissent les sociétés financières leur interdisent sévèrement toute opération de Bourse sur leurs propres titres. Il arrive sou-
vent que la défense est enfreinte, mais ce n'est pas sans danger et on connaît des exemples de Présidents de conseil d'administration arrêtés en France pour ce seul fait. Aux États-Unis il n'en est pas ainsi; aucun texte ne défend à une compagnie d'acheter ou de vendre ses titres, securities^ ^ de provoquer artificiellement des hausses et des baisses; c'est donc en dehors de toute crainte qu'elles peuvent se livrer à ce genre d'opération, et Dieu sait si elles en profitent! Il est si tentant de réparer en un jour, par un heureux coup de bourse, les pertes subies par une entreprise industrielle au cours d'une longue crise ! Parfois aussi des administrateurs ou directeurs peu embarrassés de scrupules, emploient les valeurs de la société à des spéculations risquées dont ils empochent le bénéfice en cas de succès et dont ils font subir la perte à la caisse de la société dans le cas contraire. Suivant la chance bonne ou mauvaise, ils considèrent qu'ils ont agi en leur nom personnel ou en leur qualité d'administrateurs ou directeurs.
Ces malversations n'entachent pas seulement la probité de ceux qui s'y livrent; elles portent atteinte dans une certaine mesure au caractère de l'entreprise elle-même. Pour qu'elles puissent avoir lieu, en efFet, il faut que tous ceux qui ont part à la direction de la société aient autorisé la spéculation sur ses propres titres, et bien que cela n'ait rien d'illégal aux Etats-Unis, les compa-